‹ Pathologie générale de l'empoisonnement par l'alcoolChapitre 4 sur 8 · partie plus ou moins considérable de matériaux · texte numérisé non relu

partie plus ou moins considérable de matériaux

Et n'arrivons-nous pas forcément à conclure que le fœtus est le produit d'un travail inflammatoire?

Ce que je dis du fœtus peut s'appliquer à tous les développements vég-étatifs possibles, et Villemin, dans ces derniers temps, n'a pas hésité à regarder la croissance de l'animal comme un fait inflammatoire (1). Virchow n'est donc pas allé plus loin au sujet de l'inflammation que l'auteur du Traité des maladies; il n'a fait que répéter ce qu'a dit ce dernier, il y a plus de ving-t siècles, et il a laissé toute la question à résoudre.

Ilsag-it, dans l'inflammation, non d'un trouble nutritif en g'énéral, mais d'un trouble nutritif particulier, présentant des caractères qui n'appartiennent qu'à lui, et qui doivent nous le faire reconnaître partout et toujours. «Il semble, ditBordeu, que lorsqu'une partie s'enflamme, elle devienne un org-atie particulier qui a son action, sa circulation et toutes ses fonctions indépendantes, à certains ég-ards, de ce qu'elle reçoit

de la circulation g>énérale elle fait un cercle à

part» (2).

Cette assimilation de la partie enflammée à un org-ane peut se pousser aussi loin que possible. La partie enflammée n'aboutit-elle pas à une production, comme le fait un org*ane? Ici, des masses abondantes de fibrine; là, des quantités plus ou moins coi*sidérables de noyaux et de cellules. L'mlîammation est un véritable eng'endrement : tout tend, dans l'inflamma-

(1) Voir les idées étranges de cet auteur dans ses Études sur la tuberculose.

(2) Œuvres complètes; édit. Richerand, p. 194.

lion , vers le produit li (brnier. C'est là la fin de ses actes, et, pour l'accomplir, toutes les fonctions qui concourent de près ou de loin au g-rand acte de la nutrition entrent en jeu.

Devant cet effort des fonctions conununes nutritives, vég-étatives, cn^culatoires, sympathiques, concourant à un nouveau et même but, s'efface en g-énéral la fonction spéciale de lorg-ane affecté. Supposons que la cause qui a produit l'inflammation ait jeté aussi le trouble dans la fonction spéciale, que verrons-nous? Le désordre le plus gTand surg-ir dans la marche de l'inflammation , la dissociation apparaître dans les phénomènes, la difficulté survenir dans la formation du produit. L'inflammation cesse d'être pure et franche, jusqu'à ce que ces troubles de la fonction spéciale aient disparu. La douleur trop vive est nuisible, on le sait, au sain et complet développement du travail inflammatoire.

Ainsi, l'inflammation consiste en un soulèvement de toutes les fonctions qui concourent. à la nutrition, fonctions qui tendent à une fin commune et nouvelle. Les actes inflammatoires sont donc à la fois nutritifs, vég*étatifs, circulatoires, nerveux, etc. ; ils sont le produit d'une même irritation. Ils sont tous ég-aux, tous essentiels; ils naissent, se développent et disparaissent ensemble; en supprimer un, c'est les supprimer tous et détruire même l'idée d'inflammation. Voici un capillaire g'org'é de sang-, une cellule proliférante , une autre trouble et gTanuleuse , ou bien encore une artériole, ou bien encore une veinule, ici dilatées, là rétrécies; qui osera nous dire, en voyant séparément ces actes, qu'il a sous les yeux des actes infïamma-

toires. L'inflammation n'est pas une simple association ou succession d'éléments; c'est un tout complet, possédant son unité et des propriétés nouvelles et spéciales, que les composants ne contiennent pas en eux. Et, s'il m'est permis de faire cette comparaison inférieure, l'inflammation, pas plus que l'eau, ne sont un simple mélang-e d'éléments difTérents. '

Y a-t-il quelques rapports entre l'hyperg-énèse et la dég*énération g*raisseuse alcoolique et le travail inflammatoire? A vrai dire, je n'en vois qu'un; c'est celui qu'établit l'orig-ine commune de ces phénomènes qui sont produits par un trouble de la nutrition et de la vég-étation. Mais après, tout n'est-il pas difïé rent? Les troubles circulatoires sont -ils nécessaires au développement exag'éré du tissu conjonctif? Et quand ces deux symptômes sont associés, supprimer la cong-estion, ce qui n'est pas difficile^ équivaut-il à supprimer les troubles vég-étatifs? Bien plus, les troubles vég*étatifs semblent, en certains cas, dépendre des troubles circulatoires ou du moins s'activer sous leur influence, tellement que Lhyperg^énèse semble liée à l'hyperémie comme l'effet à la cause ; cela n'éloig'net-il pas encore plus l'idée d'accorder un caractère inflammatoire à notre lésion alcoolique?

L'hyperg'énèse et la dég-énération g'raisseuse alcooliques ne sont pas plus inflammatoires que la vég'étation cancéreuse^ adénoïde, tuberculeuse, etc., non plus que le développement du fœtus et la croissance de l'être vivant.

Les troubles nerveux paraissent être une des pre-

mières manifeslalions de l'alcoolisme. La névrose est un des symptômes qui caractérisent le mieux cette maladie.

Les symptômes nerveux sont dominants dans cet état particulier que Huss décrit sous le nom de forme prodromique de l'alcoolisme chronique. A vrai dire, ce sont ces symptômes qui font le côté saillant de cet état. Aussi je n'hésite pas à placer ici, comme une variété de l'état nerveux, la forme prodromique de Huss.

«Une personne qui a fait abus d'alcooliques, dit le médecin suédois, commence à avoir des tremblements des mains, surtout le matin. Au commencement, ces tremblements cessent après l'ing-estion de stimulants; plus tard, le tremblement tend à continuer pendant l'après-midi; il peut devenir semblable à une espèce de chorée. Sentiment particulier de faiblesse dans les bras et les jambes, ou plutôt diminution g-énérale de la tonicité musculaire, surtout dans la matinée. Fourmillements dans les jambes; éblouissements; dilatation des pupilles le matin. Au réveil, sensation de pesanteur du corps et de l'esprit, mauvaise humeur; souvent alors tremblement vermiculaire de la lang-ue, difficulté de parler » (1).

L'insomnie opiniâtre est aussi une des manifestations précoces de l'affection, et une des plus tenaces. Graves, dans ses Leçons cliniques, appelle l'attention sur ce symptôme : il a vu des individus qui usaient

■ (4) Tout ce que je cite de Magnus Huss est tiré de la thèse de Racle : De l'alcoolisme. Paris. 1860.

libéralement des alcooliques, sans cependant en faire excès, n'ayant pas g-randes douleurs, possédant un embonpoint normal et présentant quelques troubles g-astriques, être pris d'une irritabilité nerveuse excessive; les malades restent éveillés pendant des nuits entières; s'ils s'endorment, ils sont accablés par des song-es effrayants, des cauchemars, ou bien ils s'éveillent au plus lég*er bruit. Graves donnait à ces alcooliques des tonique^ des stomachiques et quelques anodins et calmants.

Le tremblement des buveurs est remarquable. Il peut être à peu près nul, très-difficile à saisir; il manque rarement. Il peut exister seul, le plus souvent associé à d'autres troubles, comme fourmillements, tiraillements dans les membres et crampes dans les mollets. Il est très-limité ou très-étendu. Il peut être très-prononcé aux mains et aux membres supérieurs ; dans quelques faits exceptionnels , on l'observe aussi au plus haut degTé aux lèvres et àla lang-ue; lemalade ne peut prononcer un mot. Ce symptôme est rarement très-marqué aux membres inférieurs.

«Dans ses formes les plus' accusées, dit Trousseau, il constitue une sorte de frémissement universel. Si vous appuyez la main sur son épaule, le malade vibre

pour ainsi dire; vous le verrez se produisant avec

des soubresauts musculaires; vous le trouverez assez convulsif pour rendre la marche hésitante et la préhension des objets presque impossible : vous constaterez qu'il peut cesser sous l'influence d'une excitation maniaque excessive, ou persister même pendant les ag-itations extrêmes, h l'inverse du tremblement para-

lytique. Vous observerez que le sommeil ne le suspend pas aussi sûrement qu'il interrompt les mouvements choréiques» (1).

Mon ami Damaschino, actuellement chef de clinique de la Faculté, m'a raconté qu'un homme affecté de délire alcoolique, était ag'ité par un tremblement considérable, qui parfois diminuait tellement qu'on aurait pu le croire disparu ; il suffisait alors de toucher, même lég'èrement, le malade ^our ranimer ce tremblement et l'exag-érer encore. Dans la plupart des cas, l'ag-itation musculaire est aussi prononcée d'un côté que de l'autre ; cependant elle peut quelquefois être prédominante dans une partie limitée du corps. Son intensité et son siég*e varient d'un jour à l'autre. La trémulation du matin, nous l'ayons vu, cesse en g-énéral quand l'ivrogme a bu du vin ou de l'eau-de-vie.

Il n'est pas rare d'observer aussi, chez les alcooliques, la pesanteur de tête et la céphalalgie , le vertig-e, l'indifférence et l'eng-ourdissement. A cet état de prosti'ation, de stupeur, peuvent se joindre des douleurs vag^ues dans les membres, la courbature, la lassitude, l'accablement, la faiblesse extrême et la résolution.

On rencontre souvent aussi des chang-ements notables dans le caractère et dans les affections. La volonté est sansénerg-ie, l'inteUig-ence affaiblie, troublée, la colère facile ; ajoutons encore la méchanceté, le désespoir et le suicide, enfin l'irritabifité excessive, les éblouissements, les hallucinations, le délire. Ce

(4) Clinique médicale, vol. II, p. 302, 2e édit.

dernier symptôme offre un gM^and intérêt à eause de sa fréquence et de ses caractères : je veux le décrire à part. Nous arrivons ainsi et peu à peu jusqu'à la démence et à l'abrutissement.

On peut admettre d'autres formes et variétés de l'état nerveux. En outre de la forme prodromique, Mag^nus Huss établit encore dans son alcoolisme chronique des formes parésique, anesthésique, hyperesthésique, convulsive , épileptique. Toutes se rapportent à notre névrose, si ce n'est la variété parésique ou paralytique qui appartient en majeure partie, comme symptôme, aux maladies org^aniques alcooliques. La forme anesthésique mérite à peine une mention, on pourrait peut-être en dire autant de l'hyperesthésique.

Voici les caractères principaux de Fhyperesthésie alcoolique, tels que les indique Leudet, dans un travail récent : « douleurs profondes ou superficielles

ne suivant pas le plus souvent de trajets nerveux limités et variant d'intensité depuis les douleurs périphériques plus ou moins violentes jusqu'à Fhyperesthésie de presque tout le tég-ument extérieur. Ce trouble de la sensibilité s'accompag-ne en g^énéral d'un dérang-ement des fonctions motrices se traduisant par de l'affaiblissement, des soubresauts, des crampes, de la contracture même et coïncide souvent avec un affaiblissement de la sensibilité tactile dans certains points et une exag'ération plus ou

moins marquée des actions réflexes Ces accidents

sont susceptibles de présenter des oscillations remar-

qiiables, de disparaître » (1) Leudel, en affirmant

que ces accidents dépendent d'une lésion de la moelle et des nerfs, ce qui doit être vrai dans beaucoup de cas, s'est laissé aller à de sing'ulières erreurs. Si en effet l'hypereslhésie dans l'alcoolisme est liée à une lésion de la moelle et des branches nerveuses, comme l'effet à sa cause, il faut la rapporter tout entière à cette lésion et non à l'alcoolisme. Nous ne pouvons donc admettre la forme hyperesthésique, telle que Leudet l'a conçue.

Mag-nus Huss dit, à propos des convulsions alcooliques : « elles peuvent être g-énérales ou partielles. J'en exclus les tremblements; les soubresauts des tendons n'en font partie qu'autant qu'ils sont les prodromes de véritables convulsions Les convulsions apparaissent, soit à la suite d'une cause occasionnelle , soit d'inie manière inopinée. Elles sont

quelquefois précédées d'hallucinations ou de perversion des sens. Ordinairement les accès vont en croissant d'inttensité et de fréquence^ quelquefois le malade reste des mois sans en éprouver. D'autres fois, il en a tous les jours , plusieurs fois par jour, ou même plusieurs en une heure. Quelquefois la connaissance subsiste pendant l'attaque, d'autres fois elle est plus ou moins perdue; puis il survient une prostration qui est en rapport avec l'intensité de lattaque. Si l'abus des alcools continue les convulsions peuvent dég'énérer en véritables attaques d'épilepsie. »

(i) Arch. méd., 1867, t. I, p. 3o, 39.

Les troubles de la fonction des g^landes, dans l'alcoolisme, sont bien rarement isolés : ils s'associent dans la plupart des cas aux autres symptômes de la maladie. Ces troubles peuvent atteindre toutes les g-landes; mais en g-énéral, ils ne portent que sur quelques-unes et tout particulièrement sur celles de

l'appareil dig"estif.

Nous avons vu, au chapitre F', que l'alcool en passant par le foie, peut offenser très-vivement cette g^lande et provoquer l'ictère, même chez les individus qui ne font pas un habituel excès de boissons. Cet ictère est commun, simple, et de forme bénig-ne : il ne présente pas de caractère particuUer. C'est ordinairement aussi à la suite d'un excès plus j2;'rand que de coutume que se développe l'ictère chez les alcooliques, mais la maladie n'est plus simple; elle est évidemment influencée par l'état affectif qui domine l'individu. D'après Leudet, quoique présentant des phénomènes en apparence fâcheux, cet ictère se termine ordinairement par la g'uérison. Dans certains cas cependant, il se rapproche des formes graves et malig'nes, et la terminaison est fatale. (1)

L'altération de la fonction des g-landes salivaires et des g-landes muqueuses de l'estomac et de l'intestin est beaucoup plus fréquente que le trouble isolé de la fonction du foie. La sécrétion de ces g-landes est tantôt diminuée, tantôt et le plus ordinairement aug*mentée et complètement pervertie, modifiée dans ses qualités. Un très-lég^er deg-ré d'ictère, un flux bilieux

(1) Étude sur l'ictère déterminé par l'abus des boissons alcooliques (Journ. de chim. et méd., 1860.

plus ou moins abondant s'y joig-nenL souvent aussi. Ces troubles g-landulaires s'unissent à peu près constamment aux autres symptômes de l'alcoolisme pour former une maladie très- commune chez les buveurs : la dyspepsie.

Un certain nombre de dyspepsies alcooliques se trouvent pourvues de tous leurs symptômes : cong'estion de l'estomac et de l'intestin ; troubles nutritifs et vég-étatifs amenant l'hyperg-énèse du tissu conjonctif, la dég-énération graisseuse des muscles et des éléments essentiels des g-landes et tous les désordres qui s'en suivent; troubles nerveux variés; bétérocrinie; enfin troubles lég-ers, superficiels ou profonds de la fonction dig^estive, tels que :

L'appétit dérég'lé, dépravé, diminué, modifié de toutes les manières; l'anorexie;

La bouche chaude, sèche, mauvaise, fade, amère; le g-oût nul ou perverti; la soif vive; tantôt le besoin de choses fraîches, acidulés, de g-lace, de fruits, l'éloig'nement pour toute espèce de viande, tantôt le désir des épices et un besoin effréné de liqueurs fortes;

Les dig-estions difficiles, lentes, laborieuses, incomplètes; plénitude, pesanteur, douleur, brûlure à l'épig-astre; les renvois, le hoquet, les nausées, les rég-urg-itations brûlantes, le vomissement parfois fréquent et très-pénible;

Les flatuosités, le météorisme, les coliques; tantôt la constipation, d'autres fois enfin la diarrhée et l'expulsion de matières extrêmement cuisantes.

La dyspepsie alcoolique est simple ou compliqué'-. Les complications dépendent de la maladie elle-même,

comme le rétrécissement pylorique, qui est dû à l'hypertrophie du tissu conjonctif et à la rig-idité des parois de cet orifice; elles sont indépendantes, comme la g-astrite catarrhale ou phleg'moneuse, l'ulcère de l'estomac et toutes ses conséquences, etc., qui sont dus à l'action directement caustique d'un alcool trop concentré ou fortement altéré.

Il y a autant de variétés dans la dyspepsie qu'il y a d'individus affectés. Il est inutile et il serait impossible de donner de toutes une description détaillée. La variété la plus fréquente est, saris contredit, la pituite : elle a été décrite bien des fois.

On donne le nom de pituite à un liquide tantôt semblable au blanc d'œuf, presque transparent, vitré, filant, visqueux, tenace ou non; d'autres fois jaune et plus souvent verdâtre; dans quelques cas, floconneux, rarement parsemé de stries de sang*, roug'es, noires ou brunes.

Il est insipide, aigTe, salé ou amer, parfois brûlant à la g-org-e.

La pituite est composée de mucus, de sang* et de bile, de liquide ing-éré. La quantité en est très-variable. ,

Elle est rendue le matin au réveil ou dans la matinée, le malade étant encore à jeun. Elle est rejetée en une ou plusieurs fois : la rég-urg-itation le plus souvent facile, se faisant brusquement au moment du lever, mais pouvant cependant être parfois précédée d'éructations, de nausées, enfin de malaise, d'ang'oisses et de quintes de toux. L'inquiétude vag-ue,

Ja pcsaiileiip opiy-aslrique sont soulag-éos par le vomissement.

Apparaissent ensuite : envie très-g-randc de boire, sentiment de vide à l'estomac, affaissement et faiblesse pouvant aller jusqu'à la syncope, vertig-e, tremblements. L'alcoolique pour se remonter a recours aux liqueurs spiritueuses, et cela lui réussit souvent.

Telle est la g^astrorrhée des buveurs, un des premiers symptômes de la dyspepsie alcoolique, qui dure ordinairement long^temps , persistant ou s'effaçant pour revenir. La pituite existe fréquemment seule, mais il n'est pas rare de la voir mêlée à tous les accidents de la dyspepsie que j'ai indiqués ci -dessus.

On peut rapprocher des cas de g^astrorrhée, les faits dans lesquels le flux intestinal est dominant. Il survient alors des coliques et de la diarrhée présentant les caractères les plus divers, avec ténesme rectal, sentiment de brûlure et de déchirure à l'anus, et selles mucoso sang^uinolentes. Le flux intestinal peut aller jusqu'à la colliquation.

Parfois la dyspepsie s'accompag-ne de spasme et d'éréthisme g-énéral, et dans ce cas nous avons observé :

La céphalalg-ie g-ravative, persistante, totale ; quelques troubles intellectuels, la loquacité et l'insomnie nocturne ; la faiblesse et la lang^ueur des forces musculaires ;

L'appétit des plus dérég-lés, les hoquets très-fréquents, une susceptibihté extrême de l'estomac allant parfois jusqu'à l'intolérance absolue;

Avec cela, des phénomènes de cong-estion en divers org-anes; une espèce d'excitation fébrile, le pouls dur el assez rapide, la peau chaude et sèche; les urines peu abondantes, bridantes, troubles, roug-es et sédimenteuses..

Je termine par une variété rare et curieuse, qui ne semble paraître que tard dans l'alcoolisme, je l'ai observée chez un malade, effréné buveur, plong-é dans la cachexie. Les symptômes de l'appareil dig-estif ne présentaient rien de bien insoUte ni de fâcheux; et cependant un dégoût des plus prononcés, insurmontable, invincible pour toute espèce d'alimentation; l'anorexie absolue : le malade ne mang-e rien, il semble que le besoin de mang^er n'existe plus. La soif était encore assez vive; il ne tarda pas à mourir.

Tels sont les symptômes de l'alcoolisme. Cette affection se développe sur la faculté nutritive. Le travail de la nutrition est fortement déprimé chez les buveurs; il se dévie même, et ne marche plus avec ses caractères normaux. L'alcoolisme tourne les individus à la g-raisse : il crée une sorte de cachexie que caractérise et représente très-bien l'état g-ras. La cachexie alcoolique survient de bonne heure, elle est primitive et n'est pas la conséquence des symptô mes dont je viens de faire l'histoire : elle les précède assez souvent et persiste môme alors qu'ils ont disparu.

La peau est mate, humide et gTasse au toucher; le tissu sous- cutané se chargée de g-raisse, cet amas pre-

lSt''8. — Audhoui. k

sente quelques variétés : tantôt il est assez abondant, l'alcoolique est replet sans être obèse; dans d'autrel cas, surtout chez les amateurs de bière, il existe une véritable obésité; chez le buveur exclusif d'eau-devie, la g-raisse sous-cutanée peut rester à l'état nor . mal, elle peut diminuer, l'émaciation et le dessèchement devenir extrêmes.

Quelque soit l'état de la couche g'raisseuse souscutanée, on observe toujours un notable dépôt adipeux dans les parties plus profondes.

La g-raisse surcharg-e les muscles, pénètre dans leurs interstices, entre les faisceaux, si bien que la coloration jaunâtre tend à dominer.

Dans l'épiploon, sous le péritoine de la paroi abdominale antérieure, autour des reins, du pancréas, dans le mésentère, on trouve des amas de graisse parfois énormes ; le foie en est toujours chargé, ses cellules en sont remphes, et le volume de cette g-lande peut devenir considérable.

On en rencontre pareillement et en grande abondance dans les médiastins et sous le péricarde; les faisceaux musculaires du cœur sont comme perdus dans le tissu g-raisseux; enfin elle se montre aussi en plus gTande quantité dans toutes les parties qui normalement en contiennent, autour des articulations, dans les os, etc. ; ces divers dépôts varient selon les individus.

Ainsi s'altère la vie nutritive, qui entraîne fatalement dans sa déchéance toutes les fonctions particulières. 11 en résulte un affaiblissement radical qui, dans les facultés nerveuses et g*én éra triées , détermine des modifications et des troubles particuliers,

importants à connaître et que je vais maintenant esquisser.

La vie nerveuse, on le sait, puise dans la nutrition toute sa force, toute sa stabilité et son énergie; elle éprouve rapidement le contre-coup des troubles qui peuvent atteindre cette fonction. Aussi, dans l'alcoolisme, la faiblesse radicale des facultés nerveuses suit de près l'établissement de la cachexie, faiblesse que caractérise une irritabilité excessive jointe à une extrême débilité. La fonction s'exalte et réag-it sans mesure à l'occasion la plus banale; elle vacille sans rég'ularité, sans énergie, tantôt exagérée, tantôt trop faillie; enfin elle s'anéantit parfois avec une extrême facilité. Nous verrons le rôle que jouent ces modifications nerveuses dans les réactions et dans le délire alcoolique. Je passe à la g'énération.

Les symptômes de l'alcoolisme (cong'estion, liyperg'énèse et dég-énération graisseuse, etc.) peuvent se centraliser sur les org'anes g-énitaux ; mais, en outre, l'alfection étend son influence sur la fonction ellemême. Ces désordres sont fortement marqués cbez la femme, ou, du moins, il est plus facile de les apprécier chez elle, à cause des troubles qui surviennent dans la menstruation. Lancereaux les a constatés chez des femmes adonnées aux boissons spiritueuses. « Des métrorrliagies répétées, dit-il, et plus ou moins abondantes constituent l'un des premiers dérang^ements (j'en ai déjà parlé ailleurs); plus tard, un arrêt souvent définitif de la fonction menstruelle, à un âg-.e où celte fonction est en pleine activité , entre 30 et 40 ans.... Une lemme, âg-ée de 28 ans, qui a eu plu-

sieurs enfants, et qui depuis longtemps a pris l'habitude des excès d'absinthe, entre à la clinique de l'Hôtel-Dieu, pour un accès de delirium Iremens.... La menstruation, déjà dérang-ée avant l'entrée à l'hôpital, a cessé et n'a pas reparu depuis plus de huit mois que nous avons la malade sous les yeux. Cette malade nous a, de plus, raconté avec bonne foi, qu'elle avait depuis plus d'un an perdu toute

espèce d'appétit vénérien Magnus Huss raconte,

de son côté, qu'une femme âg-ée de 32 ans, et déjà arrivée à une période avancée de l'alcoolisme chronique, lui avait appris qu'elle avait cessé d'éprouver la moindre sensation voluptueuse. » [Loc. cit.)

Ces faits n'ont rien que de très-naturel; on pouvait les prévoir. La fonction de g'énération n'est pas isolée dans l'org'anisme; ses racines sont très-profondes : elle participe, en quelque sorte, de toutes les facultés et de la manière d'être de l'individu. La fonction nerveuse animale a une très-g*rande influence sur Tacte g^énérateur : n'est-ce pas cette fonction qui nous fait sentir et concevoir les approches vivantes, le plus puissant stimulant du besoin vénérien. L'alcool, en jetant le trouble dans toutes les facultés de l'être, devait nécessairement altérer profondément la fonction g-énératrice, et c'est ce que prouve l'observation. Ainsi, afîaiblissement, anéantissement même du sens g-énital; chez la femme, indifférence et infécondité; chez l'homme, à l'indifférence sejoig-nent des modifications dans la constitution du sperme et dans l'éjaculation, les érections incomplètes ou impossibles, en un mot l'impuissance.

Mais tout cela n'est, en quelque sorte, que l'exté-

rieur de la fonction, son li oublc va plus loin ; il transporte et incarne clans le fœtus et l'enfant, produits de la g^énération, l'impression profonde et morbide que l'alcool fait subir à l'économie. Mord dit, à propos de cette question dont on s'occupe déjà depuis long"temps : «Nous avons étudié les effets de l'alcoolisme chronique chez les descendants d'individus livrés à cette passion dégradante, et nous avons eu occasion d'établir deux classes distinctes d'êtres dég'énérés. Les premiers sont frappés d'un arrêt cong-énital de développement; ils naissent imbéciles ou idiots. Les deuxièmes ne vivent intellectuellement qu'un temps limité; ils ont des époques critiques qui ne sont que trop souvent le sig'nal de dég"énérescences ultérieures irrémédiables. »

Parmi les histoires intéressantes que rapporte cet auteur, on remarque la suivante (4' observation) :

«On nous amène, il y a quelques mois, un malade de 18 ans, à démarche vacillante, à reg-ard fixe, avec la face injectée et une prostration g'énérale du système locomoteur: on dirait d'un homme ivre ou d'un paralytique. Quand on lui adresse la parole, il sourit d'une façon stupide, sa bouche reste entre ouverte, et la salive en découle. Il ne répond que par oui et par non, et souvent ses réponses ne sont pas en rapports avec les questions. On nous apprend que son père est lui-même à l'asile depuis douze ans. On les met en présence, le fils reste impassible et ne paraît nullement le reconnaître, bien qu'il l'ait vu quelques mois auparavant. Voici les antécédents de la famille ' de cet aliéné: Son trisaïeul était un dypsomane dans toute la force du terme. Son fils devenu maniaque fut

amené à l'asilo et mourut des suites d'une paralysie générale. Il est le père du malade que nous avons depuis douze ans; celui-ci eut des habiliides plus sobres que eelles de ses afecendants, mais l'hérédité a favorisé chez lui l'évolution d'Un délire de persécution: Quant h son fils, le malade actuel, il fut atteint il y a huit mois, sans cause connue, d'un accès de manie, prélude peut-être de l'idiotisme... Ce malade, en effet, devint complètement idiot peu après...

En noté-. Les deux sœUrs sont des fdles de 22 à 24 aUs, arriérées au physique et au ilioral et qU'oii peut clâëser parmi lés feimples d'esprit. J'ajouterai que leur fflère est adcouchée depuis l'isolement de son mari à l'aëile, le résultat de cette union illéo-itime est un enfant qui se trouve dans des conditions três-différèntes au physique comme au moral, et lie présente aucun caractère de dèg'énérescèUce)) (1).

Marcé, insiste sUrceë faits, dans soU Traité des malûdies mëntdks^ « Tous leà médeciUs d'aliénéëj dit-il, qui otit fixé leur atfcéntioii feur les deseèudatits des ivrOg^ney ont tônëtaté de là manière la plus saisissante qUe les enfanta issus d'un père oU d'une mère adonnés aux boissons alcooliques, fournissaient Uhe proportion considébàble d'aliénés , d'imbéciles, d'i-^ diots, d'éplleptiquBs, de scrofuleux, dfe sourds-muets. Plus souvent encore les enfants riés dans de sembla^ bles conditions, sont eicposés dans leUr bas-âg*eà deë cOnvulsionë qUi les empoi-tênt d'une mauière presque fatale... Un homme tiyànt éprouvé à diverses reprises de;^ symptômes d'aliénation métitaîe dus à des excès

fi) Mbréi, tt'.iilé des dégéfiéhfesbëfit^es, ëlc, Pai'is, iBâf.

alcooliques, se marie deux fois; avec la première femme il a 16 enfants dont 15 sont morts avanl un an, au milieu de convulsions, le survivant est épileptique. Avec la seconde femme il a 8 enfants, 7 ont succombé à des convulsions, le survivant est scrofuleux ; il y a eu en outre une fausse couche» .

Ce sont les troubles nerveux qui paraissent surtout se transmettre à l'enfant dans l'alcoolisme. Peut-être constaterons-nous, plus tard, la transmission d'autres actes de celte maladie, comme les troubles nutritifs et vég-étatifs.

J'ai dit que Talcool énerve et finit par détruire la résistance vitale, en jetant la désharmonie dans la succession des fonctions (chap. I). Or cette déeharmonie s'accentue dans l'alcoolisme, et devient l'occasion de troubles divers. C'est un nouveau et g-rand côté de l'affection alcoolique, que cet énervement de la résistance vitale. Les maladies et la cachexie que cette affection eng'endre, ne sont pas tout ; il faut aller plus loin. Etudions son influence sur le développement des maladies diverses qui peuvent atteindre l'individu; recherchons quel aspect présente chez le buveur la réaction médicatrice; question importante, car en dehors de toute manifestation alcoolique, les modifications que l'alcoolisme imprime à la réaction peuvent conduire à une terminaison funeste.

L'alcoolisme détruit les conditions de stabilité vitale. Les actes de cette affection peuvent bien ne s'être pas encore hautement manifestés, et déjà cependant, la vie est profondément atteinte. Sous une apparence nor-

maie, elle ne possède plus cette solidité et cette résistance qui font qu'elle neutralise l'action délétère desi impressions de toutes sortes, qui peuvent l'assaillir. Elle en ressent vivement et péniblement le choc, et ne dispose plus de synerg'ies assez vives et assez puissantes pour dominer le mal. Le buveur ne résiste qu'avec peine aux occasions morbides extérieures. On voit se développer chez lui, très-facilement, toutes les maladies aig*ues: ce sont surtout les phleg-masies qui le frappent, celles du poumon en particulier. Il n'échappe à aucune influence morbifîque, spécifique ou commune. On a dit que le choléra le respectait; l'expérience des diverses épidémies a démontré combien cela était faux. Ce qui fait que l'alcoolique résiste moins aux occasions extérieures, fait aussi qu'il se laisse plus facilement dominer par. les diathèses innées ou acquises dont il peut être aff'ecté. Le cancer semble vég-éter assez facilement chez les buveurs. Ne sommes-nous pas autorisés à le croire? si on en jug-e par la constance avec laquelle certains auteurs rangent le cancer, parmi les manifestations alcooliques.

La diathèse tuberculeuse a donné Heu à quelques discussions. Certains alcooliques tuberculeux présentent jusqu'à la dernière période de leur maladie, un embonpoint qui contraste avec l'émaciation de la g'énéralité des phthisiques. On en a conclu qu'il y a un certain antag-onisme entre l'alcoolisme et la maladie tuberculeuse. Quelques-uns ont été plus loin; ils ont affirmé que l'alcoolisme excluait la phthisie. La statistique a prouvé qu'il n'est pas rare de rencontrer des tuberculeux parmi les ivrognies. Mais qui aurait pu croire que la tuberculose devien-

cirait un symptôme de l'alcoolisme, et que nous aurions la pbthisie chronique, aig-u.ë , g-alopante des buveurs ?

Revenons à ce que je disais. Certains phthisiques, buveurs décidés, conservent pendant longtemps un embonpoint en désaccord complet avec les lésions que l'examen de la poitrine révèle. Voilà le fait.; il s'ag-it de s'en rendre compte. Ce fait prouve-t-il une immunité quelconque de l'alcoolique h l'ég-ard de la pbthisie? Non, puisque toutes les formes de celle-ci ont été observées chez les buveurs. Que prouve-t-il donc? Une seule chose, c'est que, chez certains individus, la marche de la pbthisie chronique peut être modifiée par l'introduction répétée des liqueurs spiritueuses dans l'économie.

Beaucoup de phthisiques ne meurent pas directement de la poussée tuberculeuse. L'éruption des tubercules étant faite , le parenchyme pulmonaire se détruit. Une suppuration abondante survient, qui entraîne les malades; cette suppuration est souvent, seule, la cause du dépérissement prog-ressif. Si l'alcool ne s'oppose pas à la poussée tuberculeuse, il peut agnr sur la suppuration secondaire. Il n'arrêtera pas, il ne préviendra pas l'éruption de tubercules, mais en diminuant la suppuration des ulcères du poumon, en la tarissant quelquefois, il pourra arrêter le dépérissement de l'org'anisme , l'amaig-rissement que produisent ces pertes incessantes. On peut se reporter, pour bien saisir cette action , à ce que j'ai dit de l'action de l'alcool sur le travail vég'étatif des plaies.

Neveu-Dérotrie, dans sa thèse, dit que chez les

buveurs los phtliisles soul, remarquables par leui* durée long'ue el par la présence cliez ces malades d'une énerg'ie inexplicable avec la gM-avité de leur étati II cite Texeniple d'un portefaix de 63 ans, gTantl buveur. Cet homme avait eu, au début de la maladie, de la toux et des liémoptysies abondantes. Après être entré sepc ou huit fois à l'hôpital dans Tespace de deux ans, il y entre de nouveau le 8 août 1853. Craquements, râles caverneux, pectoriloquie , g^arg^ouillements. MalgTé cet état si grave, le malade, dont la raaig'reur n'était pas excessive, dont les mouvements étaient vifs et le reg'ard plein de feu, eut le désir d'aller reprendre son travail , et malg'ré toutes les observations qu'on put lui faire, il quitta l'hôpital le 19 août (1). Il est probable que cet homme n'avait à lutter que contre le dépérissement causé par la suppuration des cavernes. L'alcool ag'issait non sur la diathèse tuberculeuse, mais sur la suppuration.

L'affection alcooHque n'est pas tellement antivitale que l'org-anisme qui lui est soumis ne puisse souvent soutenir une réaction complète et franchement médicatrioe ; mais cela devient rare à mesure que l'alcoolisme affecte plus profondément l'individu. Je laisse de côté les réactions modifiées ou compliquées qu'on peut observer dans cette maladie, comme dans beaucoup d'autres, pour arriver de suite à celles qui lui sont propres et habituelles, et qui sôht : la réaction adynamique et la réaction alaxique et malig'ne.

(l) Thèses de Paris, 18S8,

L'adynamieest, en cjuclquo sorle, le Hond commun de la réaction, dans toutes les maladies qui atteig-nent les buveurs. Klle est liée intimement k cette dépression de l'activité vitale commune que provoque l'alcool. Cette faiblesse est . vraie, primitive, radicale; elle entraîne après elle le défaut d energ-ie des forces en action. Or dans cette aclynamie, il y a des variétés. La réaction est toujours adynamique, mais chaque malade la conçoit à sa manière; de là des caractères particuliers selon les individus.

Tantôt l'adynamie est simple, c'est-à-dire que chaque appareil particulier n'est affaibli qu'à proportion de ses rapports habituels avec la vie commune; la réaction est faible^ lang'uissante, mais sans grand abattement des forces animales^ qui paraissent conserver encore un certain degré d'énerg^iei Dans ce cas^ l'emploi des toniques, les amers, le quinquina, le vin, sera nécessaire; joignons-y une alimentation peu abondante mais réparatrice» Sous l'influence de cette médication, les forces renaissent et la réaction devient franche.

D'autres (bis, il survient une faiblesse extrême et directe des fonctions animales, une résolution de ces fonctions, sans rapport avec la faiblesse de la vie commune. Cette forme d'adynamie s'observe surtout après la suppression brusque et complète des liqueurs spiritueuses; elle est caractérisée par de la stupeur et le subdelirium typhoïde. Ces cas réclament impérieusement l'emploi des excitants et dos alcooliques, Linis à l'alimentation et aux autres moyens de la médication tonique. L'alcool est. de\enu un excitant nécessaire et indispensable au cenire céré-

bral. Par la suppression de cette substance, la vie animale s'est affaissée clireetement, primitivement, et non plus secondairement par suite de la faiblesse de la vie commune. Il faut donc remonter directement ce système près de défaillir, et le mettre au niveau des autres org'anes, pour pouvoir ensuite ag-ir avec fruit, sur l'ensemble de la réaction.

Passons à un mode réactif plus difficile à apprécier, insidieux et fournissant des indications délicates.

Sur un fond adynamique réel, s'élève une réaction vive, qui semble trahir une véritable et tranche hypersthénie, La chaleur est forte, le pouls g-rand, plein, dur, ou petit et obscur, la douleur de tète vive, la face cong-estionnée, le malade plong-é dans la somnolence, ou bien encore dans l'agntation délirante; avec cela une respiration anxieuse, oppressée : symptômes qui semblent indiquer le besoin d'une prompte et large émission sangniine, et tout l'appareil de la médication anti-phlognstique et débilitante. Or c'est ici le lieu de se souvenir et de méditer cet aphorisme de Stoll : « 616. » At princeps canon esto : medendum symptomati, » sine dispendio virium vitalium, nisi id ab harum » excessu pendeat, ut effectus a sua causa. »

En effet, dans l'alcoolisme, tout cet appareil réactif, pour si violent qu'il soit, est faux et superficiel; il ne tient pas au fond vital lui-même, mais bien à quelque circonstance accessoire : et cela est si vrai que, souvent chez les buveurs, nous voyons s'effacer tout à coup ces exag^érations des forces ag-issantes. L'oig-anisme épuisé, s'affaisse et se trouve immédiatement placé sous l'imminence d'une dissolution prochaine.

Avant d'attaquer cette réaction, nous devons donc

song-er aux forces vitales, nous rappeler avec quelle sing-ulière facilité elles se résolvent dans l'alcoolisme; nous devons nous souvenir de l'adynamie qui est là, prête à paraître et d'autant plus gTave alors, qu'à la faiblesse alcoolique, nous aurons ajouté l'affaiblissement que produisent nos moyens antiphlogûstiques et débilitants.

Il faut cependant abaisser celte réaction qui épuise, mais nous devons le faire avec tous les ménag-ements possibles. Si la saig^née parait formellement nécessaire, ne l'employons qu'avec réserve et parcimonie, en préférant toujours les sang^sues, les ventouses à l'ouverture de la veine. Si les contro-stimulants paraissent indiqués, préférons au tartre slibié dont l'action est trop profonde, la digitale, l'ipéca, ou encore les sédatifs comme l'acétate d'ammoniaque, etc. On joindra à cela les émollients, les calmants, les antispasmodiques; on ne nég'lig^era pas le vin, et une convenable alimentation. On sera toujours prêt, du reste, à soutenir la réaction, si elle venait à trop faiblir.

L'alcoolisme affaiblit l'activité vitale commune et toutes les fonctions qui en émanent. xMais l'affaiblissement ne va pas, eng^énéral, jusqu'à la suppression brusque et directe de toutes ces fonctions : on ne peut pas le comparer, par exemple, à celui que produit le miasme paludéen dans les fièvres pernicieuses. Aussi est-il rare de rencontrer des réactions alcooliques primitivement malig-nes : la maligmité est secondaire, dans ralcoolisme. Voyons quel détour prend la réaction, pour y arriver.

Lorsque l'excitation normale ou accidentelle d'un org-ane éveille l'excitation d'un ou plusieurs autres org^anes plus ou moins éloig-nés du premier, on donne à cet éveil, au rapport qui s'établit entre les org-anes excités, le nom de sympathie. Les sympatliies ont leuisource dans l'unité vitale elle-même, par conséquent elles doivent participer des caractères propres à cette unité. Elles varient, en effet, d'un org-anisme à un autre, dans l'enfance et dans la vieillesse; elles varient aussi, selon les modifications diverses que peut présenter la vie, chez un même individu. Aux affections particulières de la vie correspondent des sympathies particulières. L'alcoolisme nous offre un bel exemple de tout ces faits.

Que l'on se reporte au chap. I. Quelles sont les fonctions qui ressentent le plus vivement et le plus rapidement l'action de l'alcool? Ne sont-ce pas celles du système nerveux? Et encore, ne voyons nous pas dans l'alcoolisme, le trouble de ces facultés fournir les symptômes les plus caractéristiques de la maladie? (Voir chap. III.) L'impression produite par l'alcool sur ces fonctions, d'abord passag-ère, n'entraînant qu'une réaction fug^itive, finit par créer dans la vie nerveuse une irritabilité excessive. Or^ cette irritabilité est encore aug-mentée par l'affaijDlissement des fonctions nutritives, que provoque aussi l'alcool. Nous savons, en effet, que le système nerveux est d'autant plus irritable, que la nutrition est plus affaiblie. Ainsi tout concourt dans l'alcoolisme à rendre le système nerveux irritable, et à lui faire perdre toute stabilité; aussi, se soulève-t-il brusquement à l'occasion la plus futile, et répond-il à toutes les excitations. Il entre

en sympathie avec tous les org'anes et appareils, entrave et rend ataxiques les efforts médicateurs.

Les désordres nerveux, les spasmes et le délire, viennent donc se mêler fréquemment aux phénomènes de la réaction. Les fonctions animales, atteintes primitivement et en elles-mêmes, sont en proie à des mouvements violents, profonds et fâcheux. Ces désordres sont d'autant plus à craindre qu'ils amènent très rapidement des troubles secondaires dans la vie commune. Ici l'mdication est évidente, il faut calmer les nerfs irrités. Il faut employer avec persistance les antispasmodiques, les nervins, les calmants, comme l'opium, Téther, le camphre et le musc; il ne faut pas non plus nég-lig-er les révulsifs cutanés et surtout les vésicatoires ; enfin, tous les ag-ents de la médication sédative, en évitant tout ce qui pourrait débiliter et affaiblir des forces déjà trop déprimées.

Et si l'on ne parvient pas à ramener le calme dans la vie nerveuse, la réaction opprimée, dissociée, ne tardera pas à tomber dans une sidération inopinée. Tel est le tour que prend habituellement l'alcoolisme pour arriver à la malig^nité.

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