‹ Pathologie générale de l'empoisonnement par l'alcoolChapitre 5 sur 8 · DU DÉLIRE ALCOOLIQUE · texte numérisé non relu

DU DÉLIRE ALCOOLIQUE

Le nom el les formes de la maladie. — Forme commune, bénigne ou grave. — Forme insidieuse el maligne. — Les causes. — Le pronostic. — Le traitement.

Les symptômes de ralcoolisme ne demeurent pas toujours inférieurs et soumis; quelques-uns s'élèvent sur le fond morbide, s'accentuent, s'essentialisent, et dès lors persistant par eux-mêmes, se développent en une maladie nouvelle, indépendante, mais néanmoins symptomatique de l'aiïection primitive, d'oili elle est sortie. Or, parmi ces affections alcooliques secondes, une des plus communes et des plus caractéristiques est , sans contredit, celle que l'on désig-ne, depuis Sutton, sous le nom de delinum tremens.

Les auteurs, qui ont suivi Sutton dans la description de cette maladie, se sont plu à médire du nom qu'il lui avait imposé. Ils en ont créé de nouveaux, et, comme toujours, chacun de ces noms retrace quelque côté saillant de la maladie (1). Si l'occasion le veut, je les emploierai sans scrupule dans le cours de ce chapitre. Toutefois, je préfère donner à l'affection

{{) Synon. : Dclirium tremens, Sulton. — Œnomanie, Rayer. — Encephalilis tremefaciens, Jos. Franck. — Stupeur ébrieuse, folie alcoolique aiguë, Delasiauve. — Délire nerveux, manie, lypémanie, mélancolie alcoolique, etc., etc.

dont je vais ni occuper le nom de délire alcoolique, nom qui nous livre immédiatement et le g-enre et la nature de la maladie.

Conmie toute autre maladie, on peut diviser le délire alcoolique en simple et en compliqué, rég-ulier ou irrég'ulier; en vif et rapide, ou à développement lent, d'une seule tenue ou paroxystique, etc., etc. Sutton avait établi deux formes de delirium tremens, la forme aio'Lië et la chronique. Rayer rejette cett© dernière, qu'il prétend n'avoir jamais vue (1). Toutes ces distinctions sont, du reste, de peu de valeur et sans g-rande importance.

Le délire alcoolique ne s'accompagnie pas ordinairement de fièvre. 11 ne faut pas prendre pour un mouvement fébrile Fexcitation cardiaco - vasculaire que provoque l'ag^itation délirante. Cependant la fièvre peut se joindre à cette maladie; de là de nouvelles divisions. Dreyfuss, cité par Rayer, divise le délire tremblant en deux espèces, selon qu'il est sans fièvre, ou que la fièvre l'accompag-ne. Cette variété se subçlivise ensuite, suivant que la fièvre est inflammatoire, g'astrique, nerveuse, etc.

Je dois sig-naler aussi la distinction du délire en primitif et secondaire. Sur cette distinction, le D' Ware a établi quatre classes de delirium tremens :

Le defirium tremens se déclare spontanément, chez les buveurs, sans cause apparente.

Il peut survenir aussi à la suite d'un excès.

On le voit encore apparaître dans le cours des maladies aig'uës.

(l) Mémoire sur le ddiriim Iremcm, 1819. 18C8. - Aii.:ii ui. -

Enfin, clans le cours des maladies chroniques (1).

Quoique secondaire, dans ces deux derniers cas, il n'en est pas moins essentiel. Il complique la maladie dans le cours de laquelle il apparaît; il ne faut pas l'oublier.

On s'est basé sur les symptômes pour établir encore d'autres divisions. Mais un symptôme, soit qu'il manque, soit qu'il s'affaiblisse ou se développe outre mesure, ne peut jamais, à lui seul, fonder une forme de l'affection. C'est pourquoi je ne saurais adhérer aux formes admises aujourd'hui. Je reg-arde la manie, la lypémanie, la folie alcoolique aig*uë, le delirium tremens, etc., comme de simples et lég-ères variétés du délire alcoolique.

Delasiauve, en 1852, a décrit une forme particulière de delirium, qu'il nomme suraig'uë ou g-rave. Elle est caractérisée par l'intensité extrême ou l'incohérence des symptômes, avec terminaison fréquemment funeste (2). Son élève Leg-ruel, la même année, se livra à une comparaison étendue, entre la forme que Delasiauve venait de décrire et la forme commune, ordinairement bénig-ne de la maladie (3). Mais la forme suraig^uë de Delasiauve comprend des faits d'ordre différent; elle ne peut être conservée, telle que l'auteur l'a admise. Cependant ses observations sont intéressantes, comme je le montrerai plus tard, et me conduisent à étabUr d'une façon naturelle les formes fondamentales de la maladie.

(1) Dr Ware, Remarcks on the liistory and tretement of delirium tremens (Arch. gén. de méd., 2"= série, t. YI).

(2) Revue médicale : d'une forme grave du delirium Iremens.

(3) Thèse de Paris, ISS-iî.

Page 1