CHLOROSE
nombreux travaux ont été consacrés à l’étude de cette question (Benecke, Lancereaux, Lewinsky, Tissier, Bollinger, P. Botkine, Tusckzek, Nikil'orolT, etc.). Pourquoi la chlorose, reposant sur une lésion anatomique congénitale, ne se manifeste-t-elle qu’à la puberté? C’est que la malformation ne constitue qu’une prédisposition ; les phénomènes d’anémie sont retardés jusqu’à l'époque de la puberté, parce qu’il survient alors des modifications profondes dans les échanges organiques, modifications qui réclament un surcroît d’activité du système sanguin et des organes de l’hématopoièse. L’adaptation de l’économie à l’insuffisance artérielle, assez parfaite jusque-là, esttout à coup rompue ; le taux de l’hémoglobine n’est plus en rapport avec les dépenses croissantes, et la chlorose éclate. L’hypoplasie de l’appareil génital et surtout des ovaires chez les jeunes filles, coïncide habituellement avec l’apparition tardive des règles ou même leur suppression prolongée; c’est la chlorose aménorrhéique des auteurs français. Il est cependant des cas de chlorose avec hypertrophie des ovaires qui se traduiraient, dit-on, par des métrorrhagies abondantes (chlorose ménorrhagique).
L’hérédité pèse assez lourdement sur l’étiologie de la chlorose, surtout l'hérédité indirecte (scrofule et tuberculose des parents et des collatéraux, rachitisme, rhumatisme et goutte, maladies du système nerveux;. « Les enfants issus de souche tuberculeuse traduisent la décadence de leur race, entre autres façons, soit par l’aptitude à la tuberculisation, soit par Y hypoplasie hématique qui constitue le substratum anatomique de la chlorose. » (Gilbert.)
La prédisposition à la chlorose peut donc être congénitale ou acquise maladie, débilitation antérieure quelconque).
L’influence du système nerveux dans l’éclosion d’une crise a été admise par Sydenham, Morton, Trousseau et Pidoux, Botkine. Fdle peut se manifester avec une rapidité incroyable. Sous l’influence d’un choc moral, les symptômes les plus intenses de la chlorose peuvent apparaître en l’espace de quelques jours. Indépendamment des secousses violentes et subites, l’état nerveux provoqué par le surmenage, les chagrins, etc., constitue une cause de prédisposition importante. O11 ne peut méconnaître que, dans tous les cas, l’organisme 11e soit préparé de longue date et d’une manière latente à la maladie. « Au tournant de la puberté, au moment de la mise en demeure pour l’organisme, en prévision de la génération, d’un surcroît de vie plastique et d’une extension des activités fonctionnelles, l’insuffisance originelle surgit de toutes parts : comme une faillite, comme une banqueroute, la chlorose apparaît. » (Hanot).
Malgré le grand nombre de travaux parus sur la chlorose, la notion
PATHOLOGIE DU SANG
île cette (orme d’anémie doit rester toute symptomatique (symptômes d’anémie et pâleur verdâtre des téguments survenant à un âge donné et de préférence chez la femme), en l’absence de spécificité des lésions anatomiques et d’unité de la pathogénie. Il existe des chloroses qui n'ont pour lien qu’un symptôme commun, la pauvreté du sang en hémoglobine. Le taux de cette substance est réduit à la moitié ou aux deux tiers de son chiffre normal. Le sang devient d’un rose pâle ; les téguments prennent une pâleur verdâtre [morbus viridis). Chose remarquable, lenombredes globules rouges, parfois diminué, reste d’ordinaire voisin de la normale (Malassez). Très rares sont dans le sang les formes d’hématies nucléées. La dimension des cellules hémoglobinifères se modifie, les macrocytes et les microcytes deviennent plus abondants. La coloration des globules rouges pâlit et la lésion dominante de la chlorose est la diminution de la valeur globulaire, c’est-à-dire l’affaiblissement de la teneur en hémoglobine. Cette lésion provient-elle de l’insuffisance d’assimilation du fer alimentaire ou de toute autre cause ? On connaît encore trop mal les actes qui président à la synthèse de l’hémoglobine dans l'économie pour fournir une réponse à cette question. Il est permis de supposer que les troubles de l’assimilation du fer amenant une sorte d'inanition ferrugineuse, jouent un rôle dans la pathogénie de la chlorose. L’absorption de préparations martiales, un régime alimentaire convenable et la suppression des conditions hygiéniques défectueuses permettent, dans bon nombre de cas, d’obtenir la guérison. Seules, sont rebelles les formes qui ont un double substratum, une anomalie constitutionnelle héréditaire et un vice de formation de l’hémoglobine.
Lorsque la chlorose guérit sous l’influence du traitement, l’accroissement de l'hémoglobine ne se fait que très lentement ; peuàpeu la valeur globulaire s’élève, mais elle n’atteint la normale que longtemps après que le nombre des globules rouges est lui-même arrivé au chiffre physiologique.
Les théories pathogéniques au sujet de la chlorose sont nombreuses. De tout temps, depuis Hippocrate, on a fait jouer un rôle aux troubles de la menstruation, en accommodant aux idées régnantes l’explication qu’on en fournissait (A. Paré, Pinel, Beau, Moutard-Martin, Charrin). L. altération du sang serait consécutive à un défaut d éroulement des menstrues, soit sous une influence nerveuse utérine (Trousseau et Pidoux), soit à la suite d’une hypoplasie générale (Rokitansky). Ktienne et Démangé, Kohane, etc., ont attribué la chlorose à un trouble fonctionnel de l’ovaire, glande préposée à une double sécrétion d’externe (ovule) et l'interne qui serait une manière de produit nécessaire à l’organisme et analogue à la spermine. Comment expliquer, avec cette théorie, la chlorose des garçons, la chlorose ménorrhagique, l'absence de la chlorose chez les femmes castrées et la guérison de la maladie parfois obtenue par .l’ablation des ovaires (Gilbert) ?