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CHLOROSE

Tenant compte de l'hypertrophie du corps thyroïde que présentent certaines chlorotiques, quelques auteurs ont émis l'hypothèse que la chlorose serait une forme de l’intoxication thyroïdienne (Jeulan, Capitan).

L’hypothèse de l’origine gastro-intestinale a rencontré plus de faveur. Hoffmann avait invoqué l’état d’adynamie du tube digestif; Beau, Mongour, Rosenbach ont accusé la dyspepsie; Bouchard la dilatation d’estomac, Duclos et Clarck la constipation. Ainsi fut mis en évidence le rôle considérable que jouent, dans l’étiologie de la chlorose, les auto-intoxications intestinales (constipation habituelle, dyspepsie et infections intestinales chroniques) évoluant sous forme de diarrhées et d’entérites, en particulier chez les enfants (Nothnagel, Miller, V. Tchernov, Gilbert, etc.). 11 serait excessif de rattacher toutes les chloroses à une auto-intoxication intestinale, car certaines chlorotiques, jeunes filles et enfants, n’ont jamais souffert de constipation ou n'ont présenté que des troubles intestinaux très minimes. 11 ne suffit pas non plus de mettre lin à la constipation et de guérir la dyspepsie pour supprimer la chlorose. Les recherches de Noorden, Retter et Monter entre autres, ont démontré que les acides sulfo-conjugués des urines qui servent d’indicateur des processus de putréfaction intestinale, ne sont pas augmentés de quantité dans la chlorose. Les recherches de Ilayern sur le chimisme stomacal de ses patientes lui permirent de constater, à peu près sans exception, l'existence de troubles plus ou moins profonds de ce chimisme.

La théorie infectieuse de la chlorose (Clément) repose sur la fréquence de l’hypertrophie de la rate, de la fièvre, et des complications inflammatoires (phlegmatia), que présentent certaines patientes et surtout sur la présence de germes (streptocoques et staphylocoques) fréquents dans le sang avant le traitement ferrugineux (10 cas positifs de Lemoine). Cette théorie donnerait l’explication des épidémies de chlorose observées dans certains pensionnats de jeunes filles.

La théorie nerveuse a vu le jour avec Sydenham qui classait la chlorose parmi les

hystéries. Trousseau, Botkine, et plus récemment Grawitz en ont fait une névrose générale retentissant sur la fonction vaso-motrice et sur la circulation hémolymphatique. Meynert, Rémond et Baudon ont également invoqué l’inlluence nerveuse et toxique, mise enjeu par la ptose des viscères abdominaux (estomac et intestin), ptose qui a été si remarquablement étudiée par Glénard.

Luton (de Reims), ayant constaté la présence de sang dans les gardes-robes de chlorotiques, émit l’idée que cette maladie pourrait bien n’être qu'une anémie provoquée par des hémorrhagies légères et répétées à la surface interne de la muqueuse gastrique ulcérée. Cette idée a été reprise par Hôsslin (1890). L'analyse des matières fécales de chlorotiques lui a démontré que ces malades perdaient par les fèces beaucoup plus de fer que les sujets sains. Dans a 5 cas, sur 67 examinés, c’est-à-dire dans 3;, 3 p. 100, llôsslin a constaté la présence d’hémorrhagies gastro-intestinales. La pathogénie de la chlorose se ramènerait ainsi à une déperdition ferrugineuse. Pour généraliser cette hypothèse, il faudrait faire abstraction d’un grand nombre de chloroses où l'on n'a pu constater la moindre hémorrhagie intestinale. Toutefois, une déperdition ferrugineuse peut bien être réalisée sans l’intervention d’hémorrhagies du tube digestif. Dans les métamorphoses nutritives du fer organique, la phis grande partie de ce métal est éliminée par le canal intestinal (bile, mucus intestinal, etc.).

En dehors des hémorrhagies, 1 appauvrissement en ter du sang peut, dans chlorose, avoir deux facteurs ; d une part, 1 insuffisance d assimilation du métal dans l'économie, d’autre part son élimination exagérée. Envisagée a ce point de vue,

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PATHOLOGIE DU SAM

la chlorose se ramènerait à une formation défectueuse de l’hémoglobine, à son instabilité, à sa destruction rapide, à son élimination par l’intestin. Ces anomalies dans les mutations de l'hémoglobine cadreraient assez bien avec la théorie des auto-intoxications gastro-intestinales.

A la théorie hématique se rattache l’hypothèse de Groeber qui attribue la chlorose à une augmentation de l’alcalinité du sang, et à une diminution consécutive de l'hémoglobine. D’après cet auteur, l’efficacité des préparations ferrugineuses dépendrait exclusivement de la diminution de l’alcalinité du sang qu elles provoquent. Cette théorie est peu séduisante, car il n’est pas démontré que l’accroissement de l’alcalinité du sang doive nécessairement entraver la production de l’hémoglobine ; d’ailleurs, dans certains cas de chlorose, l’alcalinité du sang a été trouvée affaiblie (Jacksch). Il faut remarquer toutefois que le sérum des chlorotiques possède un véritable pouvoir globulicide, et qu’il exerce une action altérante et destructive sur les hématies normales et pathologiques (Maragliano et Castellino). C’est là un argument singulièrement puissant pour établir que, dans la chlorose, il ne s'agit pas purement et simplement d’une hypoplasie hématique.

En résumé, dans l’état actuel de nos connaissances, la chlorose ne peut être ramenée à une cause univoque. Les facteurs étiologiques mul-

Fig. 0 4. — Sang examiné à l’état frais ; — en A, hématies observées dans l'anémie pernicieuse : — rit*, en B, hématies observées dans la chlorose. — (a) microcytes de volume divers ; (A) globules rouges de volume normal ; (c) macrocytes ; (rf) poikilocytes. — Grossissement 55 o. (D’après Gram.)

tiples se résument en ceci : insuffisance de formation ou destruction exagérée de l’hémoglobine. Le mode pathogénique suivant lequel s’exerce leur action est encore inconnu. Syndrome constitué essentiellement par la diminution de la richesse hémoglobique, la chlorose se présente sous deux formes : l’une bénigne, curable, et l’autre maligne, très grave. La première comprend tous les cas qui résultent d'intoxications d'ori' gine gastro-intestinale ; la seconde, proche voisine de l’anémie pernicieuse progressive, est apparemment liée à un arrêt de développement des organes hématopoiétiques. La période de puberté et scs troubles (hémorrhagies menstruelles, activité particulière du développement du

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