INFLAMMATION. PII LO GO SE
Il n’est pas de manifestation morbide plus fréquente que l’inflammation ; les observations qu’elle a provoquées, les idées théoriques qu’elle a fait naître, constituent le domaine le plus anciennement défriché de la pathologie. Avant la période anatomo-pathologique, depuis Celse, on reconnaissait l'inflammation à la présence de quatre caractères facilement apparents, la rougeur, la tuméfaction, la douleur et la chaleur. A ces quatre signes cardinaux, Galien ajouta un nouveau symptôme révélateur : « functio lœsa », le trouble de la fonction.
Sous le coup des découvertes histologiques de la période récente, l’étude de l’inflammation, la détermination de sa véritable nature ont fait l’objet de recherches multipliées. Les théories émises à ce sujet ont été nombreuses; plusieurs sont encore enseignées. Cependant on ne peut méconnaître que la doctrine issue des admirables travaux de Melchnikolf sur la pathologie comparée, tende de plus en plus à rallier les suffrages des pathologistes.
Un coup d’œil sur l’évolution historique de cette grosse question permettra d’apprécier la marche des idées et le concours des hypothèses successivement étagées sur des constatations anatomiques nouvelles ou plus précises.
Tout d’abord l’apparence extérieure la plus saisissante de ce trouble morbide, la rougeur, attira l’attention des médecins et servit à édifier la première théorie en date, celle qui identifie presque l’hyperémie avec l’inflammation. Des Ecoles attribuèrent l’hyperémie, les unes à une paralysie des vasomoteurs, les autres à une contraction spasmodique des artères lésées, accompagnée d’un afflux du sang des parties voisines.
Mais bientôt on constata qu’une congestion soit aiguë, soit chronique, n'avait pas pour aboutissant nécessaire une exsudation, c esl-a-diie
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la production d’une « tumeur » et on imagina Virchow qu'il devait y avoir dans la région enflammée une suractivité nutritive et reproductrice de cellules, suractivité aboutissant à former un exsudât, aux dépens des éléments du tissu lésé. L'hyperémie ne fut plus qu’un phénomène secondaire et subordonné.
Lorsque Cohnheim cul démontré que les globules blancs sortaient des vaisseaux à travers les parois par le phénomène de la diapadèse, il donna de l’inflammation la définition suivante : l’inflammation est la plus répandue des maladies; elle est caractérisée par une altération des vaisseaux (théorie déjà invoquée par Samuel) dont les parois devenues poreuses se laissent facilement traverser par les globules blancs et aussi par les liquides et les globules rouges. Les parties exsudées se réunissent au lieu de moindre résistance et produisent la tumeur inflammatoire.
Ainsi donc, entre la théorie de Virchow (suractivité nutritive des éléments des tissus) et celle de Cohnheim (diapadèse extra-vasculaire' existait une ligne de démarcation profonde. En 1878, Cornil démontra que dans la tunique interne des vaisseaux des méninges, le tubercule, inflammation chronique, se formait aux dépens des cellules endothéliales. Il devenait dès lors difficile de formuler une définition de l’inflammation qui donnât satisfaction aux observations réelles et positives de tous les anatomo-pathologistes.
Dans l’impossibilité de rattacher les lésions les unes aux autres par un lien commun, les principaux auteurs des traités d’anatomie pathologique, de pathologie générale et d’histologie pathologique (Ziegler, Recklinghausen, Cornil et Ranvier) se contentèrent de donner, en guise de définition de l’inflammation, une description en raccourci des modifications que cette lésion faisail apparaître.
La préoccupation principale des pathologistes se concentra sur le rôle respectif du système vasculaire et des éléments locaux des tissus. Bientôt la découverte de la karyokinèse vint apporter la solution de quelques-uns des problèmes intéressant la genèse des cellules et leur issue à travers les parois des vaisseaux. Au Congrès de Berlin (1890), Grawitz soutint qu’une grande partie des globules de pus se formait aux dépens des éléments du tissu conjonctif. Ressuscitant l'ancienne théorie de Charles Robin, Grawitz ne semblait même pas éloigné d'admettre l’hypothèse de la formation de noyaux au sein d'un blastème germinatif fourni par les cellules conjonctives. Weigcrt au contraire resta fidèle à la théorie de Cohnheim invoquant comme phénomène primordial et essentiel l'immigration des leucocytes à travers les parois vasculaires. Les défenseurs des idées de Cohnheim regardaient les néo-productions cellulaires d’origine karyokinétique constatées dans les lésions
PHAGOCYTOSE
inflammatoires comme le résultat d’actes secondaires, d’actes réparateurs destinés à obvier aux dommages créés par la lésion primaire. Dès lors, les phénomènes constatés dans toute lésion inflammatoire furent considérés à ileux points de vue: on y chercha (Roser) d’une part, les altérations produites par la maladie première, l’inflammation; et, d’autre part, les actes de réparation destinés à guérir cette inflammation. On alla plus loin, on dit (Sachs, Buchner, Neumann) que toutes les lésions constatées dans l’inflammation, aussi bien les phénomènes primaires (immigrations de leucocytes, modifications des parois vasculaires) que les phénomènes secondaires (actes de réparation) représentaient une. réaction salutaire contre une cause nuisible quelconque.
On conçoit sans peine qu’avec les méthodes de recherche ordinaires des pathologistes, la démonstration du bien fondé de cette théorie était d'une difficulté extrême. En effet, chez l’homme et chez les animaux supérieurs, l’inflammation se présente avec des caractères de complexité qui rendent le problème insoluble. Pour le résoudre, il faut éliminer les facteurs de complication, supprimer l’influence du système nerveux, celle des vaisseaux, et chercher, dans la pathologie comparée des êtres inférieurs, la clef de cette énigme. C'est ce qu’a fait Metchnikoff. Il a pris un petit crustacé, la daphnie, dont le corps transparent, de petit volume se laisse traverser entièrement par le regarda travers l’objectif microscopique. Ce petit animal a, lui aussi , des maladies infectieuses. Examinonsle lorsqu’il est attaqué par une cause d’inflammation, par exemple la pénétration d’un certain parasite. Nous voyons qu’au tour du microbe envahisseur viennent se rassembler des cellules mobiles, des globules blancs qui l’entourent, le rongent et parfois le digèrent. Si le parasite résiste à l’attaque des cellules de l’organisme, il pullule et la daphnie meurt.
Voilà une observation facile à répéter et d'une simplicité parfaite. Elle se traduit ainsi : la réaction de l’organisme d’un crustacé contre une cause d’inflammation est une invasion au point irrité de cellules mobiles
capables d’absorber et de digérer. Ces cellules sont des phagocytes.
Renouvelons la même expérience sur un petit invertébré muni d un système vasculaire incomplètement clos ; nous pourrons déjà reconnaître quel rôle va jouer dans l’inflammation la présence des vaisseaux. Eli bien, nous verrons, comme précédemment, une accumulation de globules blancs, une ébauche de tuméfaction inflammatoire sans que le système vasculaire y participe en quoi que ce soit. Faisons l’expérience sur des invertébrés pourvus d un système vasculuiu. entièrement clos, nous observerons le même phénomène; seulement ici la réaction sera plus rapide et plus intense parce que la canalisation vasculaire facilite singulièrement l’arrivée des globules blancs. Üpéions