‹ Pathologie générale et expérimentale (volume 2)Chapitre 48 sur 87 · I. X /■'/.. t MM A riO.\. PULOGOSF · texte numérisé non relu

I. X /■'/.. t MM A riO.\. PULOGOSF

maintenant sur des animaux supérieurs et sur l’homme; soumettons-les à une cause d’inflammation, nous assisterons au même spectacle, à l'intervention d'un phénomène primordial et essentiel : la réaction des phagocytes, c’est-à-dire de ces cellules parmi lesquelles il faut compter certains globules blancs, les cellules amiboïdes du lissu conjonctif, les endothéliums des vaisseaux et des cavités séreuses. Et alors nous sommes amenés à cette conclusion : l’inflammation n’est pas une maladie comme l’ont dit les pathologistes; c’est le contraire: c’est une réaction bienfaisante contre une cause de maladie.

11 suffit d’émettre une pareille proposition pour marquer la différence qui sépare la conception moderne de l’inflammation, de celle que Cohnheim avait envisagée quand il indiquait, comme résumant les caractères essentiels de ce processus, l’altération des vaisseaux facilitant la diapédèse ! Pour l'auteur allemand, l’élément qu’il fallait combattre pour arrêter les conséquences de l’inflammation était la diapédèse. Aussi, peu de temps après, quand Binz eut découvert que la quinine était un poison du protoplasma des globules blancs et les immobilisait, Helmholtz tira la conséquence logique de toutes ces constatations : le remède par excellence de l’inflammation était la quinine qui, par l’obstacle qu’elle apportait aux mouvements des globules blancs, devait mettre obstacle à leur passage à travers les parois des vaisseaux. On sait quelle fortune thérapeutique fut réservée pendant longtemps à cette déduction d’IIelmholtz.

Des faits acquis surtout par les belles découvertes de Metchnikoff, il résulte que chez les êtres inférieurs , la forme la plus simple de la réaction défensive du. lissu vivant est une action digestive, ou phagocytaire du protoplasma des cellules mésodermiques , à l'égard d'un agent nocif ou irritatif venu du dehors. Cette réaction défensive ne se complique pas de rougeur, de chaleur locale, etc., chez les êtres monocellulaires, les invertébrés ou les animaux à sang froid; mais, en revanche, elle provoque chez les vertébrés et surtout chez les animaux à sang chaud l'apparition de phénomènes pathologiques compliqués, à l'ensemble desquels nous donnons le nom d’inflammation. Ici en effet les cellules mobiles du mésoderme se trouvent principalement dans le sang (leucocytes). Aussi l’inflammation qui se développe s’accompagne-t-elle d’aflluxde sang, de diapédèse des leucocytes, de transsudation du plasma sanguin et d'une série d’altérations qui frappent le lissu et en particulier les éléments mésodermiques.

Quant à la cause intime qui provoque, en un point donné, la diapédèse des leucocytes et l’agglomération des cellules connectives néoformées, il faut la rechercher dans 1 attraction produite sur ces éléments par l’a-

puagocvtose

g-ent nocif, dans l’action chimiotactique positive qu’exerce cet ao-ent à l’égard des cellules mobiles du mésoderme,

Dans certaines formes d’inflammation, dans les inflammations séreuses aiguës, il semble que les substances provocatrices de cette réaction exercent à peine une action attractive sur les leucocytes du san<r Seul le plasma transsude hors des vaisseaux, entraînant avec lui un petit nombre de globules rouges et blancs. Aussi bon nombre de ces processus dits d'inflammation séreuse, ressortissent-ils au domaine des œdèmes aigus consécutifs aux altérations des parois vasculaires et à 1’afïaiblissement de l’élasticité des tissus, plus encore qu’à celui de l’inflammation proprement dite. On peut citer, par exemple, les phlyctènes qui font suite aux brûlures, certaines inflammations des cavités séreuses (épanchements pleuraux, articulaires, etc.). Metchnikofffait, il est vrai, rentrer ces derniers processus dans la catégorie des lésions inflammatoires et il considère leur genèse comme le résultat d’une contraction des cellules phagocytaires (endothéliales) qui, amenant l’élargissement des fentes intercellulaires, facilite l’émigration du plasma et des hématies. Il faut remarquer toutefois que ce phénomène, extravasation plasmatique et hématique, se rencontre dans des régions exemptes d’inflammation proprement dite et frappées d’une simple stase veineuse.

L inflammation peut se définir : la réaction locale, défensive, souvent salutaire , des tissus contre un agent nocif extérieur . Elle se traduit d’ordinaire par une hyperémie locale, par une exsudation plus ou moins abondante de plasma sanguin et surtout par la migration des leucocytes hors des vaisseaux , enfin par la prolifération des cellules conjonctives fixes, lesquelles exercent aussi une action phagocytaire.

L’inflammation étant une réaction du tissu vivant contre une cause d’irritation, il n’y a pas d’inflammation sans lutte, par conséquent toute région enflammée est un champ de bataille. Et comme la victoire la plus complète, aussi bien que la défaite, ne se terminent pas sans laisser de victimes, il y a dans toute lésion inflammatoire des phénomènes de dégénérescence et de nécrose. Envisagée dans son ensemble l’inflammation se présente donc comme un processus complexe dans lequel entrent, avec des degrés d’intensité variables suivant les cas, la réaction des cellules du mésoderme, les troubles vasculaires, les actes de dégénérescence et de régénération. L’agent d’irritation agit-il d’une manière légère, tout peut se limiter apparemment à l’hyperémie, à l’œdème aigu, etc.; intervient-il avec une grande énergie, c’est la mortification complète qui peut en résulter.

Technique de l'élude du processus inflammatoire . — Deux méthodes s’oflrent à l’observateur : i° la fixation, pendant la vie, des tissus enflammés à l aide de liquides C11 amtemesse et Poi/W yssotsky. — Processus généraux, II.

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INI' LA MM A Tl ON. PULOGOSE

durcissants (alcool absolu, liquide de Flemining, acide picrique, sublimé, etc. ) suivie d’une coloration par des solutions tinctoriales appropriées ; •1“ 1 examen méthodique et prolongé sous le iniscroscope du mésentère ou d'une autre région enflammée d une grenouille curarisée. Cohnheim a recommandé le procédé suivant : a une grenouille curarisée mâle on pratique une petite incision de la paroi latérale gauche de l’abdomen (la femelle ne peut être utilisée en raison de la présence de l’ovaire très volumineux). Renversée sur le dos, la grenouille est fixée sur une grande larne porte-objet où elle peut être placée tout entière. Sur cette lame a été collé préalablement un petit rond de liège fin. L'intestin est attiré avec le mésentère hors de la plaie ; il est étalé d abord sur l’abdomen de l’animal et ensuite tendu sur le rond de liège et fixé avec des épingles de façon que la lame mésentérique soit située au milieu du rond. Une telle préparation n’exige pas plus d’une demi-minute. L’examen porte sur cette larne mésentérique ainsi étalée, humectée de temps à autre avec du sérum iodé ou avec la solution physiologique de NaCl, et recouverte ou non d'un couvre-objet. La mise à nu du mésentère suffit pour provoquer une inflammation qui s'installe peu à peu durant quelques heures. L’air avec les parcelles de poussière qu’il charrie, constitue dans ce cas l’agent d’irritation. On peut accélérer le développement du processus inflammatoire et le faire plus énergique en cautérisant le mésentère avec des solutions faibles d’ammoniaque ou d’autres liquides irritants.

Les premières recherches expérimentales i'elatives aux phénomènes inflammatoires observés sur l’animal vivant appartiennent à Cohnheim. Il est facile de suivre à 1 œil nu, sur l’oreille d’un lapin, le développement d’une inflammation qu’on a provoquée par friction de l’organe avec de l’huile de croton, avec de la teinture de cantharide ou encore avec une substance quelconque très irritante.

L inflammation du mésentère vivant s observe avec facilite chez un inammitèie qu’on a immobilisé par le chloral et la morphine.

L’étude plus instructive du phénomène essentiel de 1 inflammation, c est-à-dire de la réaction du tissu vivant contre l'agent d’irritation, nécessite l'emploi de méthodes indiquées par Metchnikoff.

Nous n’entrerons pas dans le détail des observations faites par l’auteur et qu il a réunies dans ses belles «leçons sur la pathologie comparée de l’inflammation ».

Après avoir étudié sur une série d’animaux, allant des organismes les plus simples aux plus complexes, les phénomènes élémentaires de la réaction inflammatoire, Metchnikoff est arrivé à la conclusion suivante : la source primitive de l’inflammation est la réaction digestive ou phagocytaire du protoplasma contre un agent irritatif ou nocif. Envisagé dans sa nature élémentaire, l'inflammation apparaît simplement comme un cas particulier de la digestion intracellulaire, (.liez les protozoaires l’organisme tout entier possède la faculté digestive ; à partir delà classe des spongiaires, celte aptitude est concentrée exclusivement dans le mésoderme. Chez les invertébrés la réaction inflammatoire s’exerce à l’aide de 1 agglomération des cellules conjonctives mobiles vers le point irrité. Les animaux supérieurs qui possèdent un système vasculaire et des globules sanguins accomplissent la réaction phagocytaire, surtout grâce aux leucocytes ; le fait est apparent quand l’agent d irritation se trouve en dehors des vaisseaux. Dans le cas contraire (par exemple la fièvre récurrente, la malaria, etc.), la source d’inflammation se trouvant dans le sang même, ne provoque ni diapédèse des leucocytes, ni transsudation du plasma.

Contre la doctrine biologique de l’inflammation édifiée par Metchni-

PHAGOCYTOSE

ko (T, les partisans. des anciennes Ecoles anatomo-pathologiques ont fait valoir les arguments suivants : i° il est impossible de désigner sous le nom d'inflammation les formes de réaction du tissu oit il n’y a ni liypérémie, ni exsudation, ni diapédèse ; donc l’inflammation n’a lieu que chez les vertébrés et chez les animaux à sang chaud ; l’hypothèse qui consiste à considérer l’inflammation comme une adaptation défensive de l’organisme contre un agent nocif envahisseur, n’est point rationnelle, puisque nombreux sont les cas oit la phagocytose est impuissante et oit l’inflammation commencée n’arrive pas à sauver le malade.

Aujourd’hui la théorie de Metchnikoff est reconnue par la plupart des pathologistes comme la seule qui réponde aux enseignements de la pathologie comparée. En effet, elle a établi solidement que toutes les formes de l’inflammation chez les êtres placés à un degré quelconque de l’échelle animale, ont toujours une cause unique : la réaction défensive du mésoderme contre l’infection et d’une manière plus générale, contre tout agent nocif.

Suivant la nature et la complexité de l’espèce animale, la réaction est plus ou moins compliquée, voilà tout. Simple chez tous les êtres simples, elle revêt plusieurs aspects chez les individus plus élevés en organisation. Chez eux, elle se traduit par l’augmentation de la mobilité des cellules mésodermiques et l’accroissement de leur pouvoir phagocytaire, par la dilatation des vaisseaux, par la diapédèse des leucocytes vers la région où siège l’agent nocif, par la prolifération de l'endothélium, et enfin par la formation, autour des microbes et des substances étrangères, de véritables agglomérations de cellules jeunes, sécrétant un ferment digestif. Les pathologistes qui, pour battre en brèche la conception de Metchnikoff, déclarent ne reconnaître les véritables caractères de l’inflammation que chez les animaux à sangchaud, oublient de nous dire s’il faut aussi faire table rase des expériences de Colmheim, lesquelles ont porté sur un animal à sang fi’oid, la grenouille !

Quant au second argument qui dénie à l’inflammation un rôle défensif sous prétexte que, dans beaucoup de cas, le processus inflammatoire n’est pas salutaire et se termine par la mort de l’organisme, il suffit, pour en faire justice, de montrer que l’englobetnenl des microbes dans les cellules du mésoderme n'implique pas que ces microbes soient, par cela seul , toujours réduits à l’impuissance et digérés. Tel est le cas par exemple, pour les lésions de la lèpre ou delà tuberculose; l’englobement des bacilles lépreux ou tuberculeux a été cependant une réaction utile, un acte de défense, mais un acte de défense insuffisant. Les troupes de couverture d’une frontière peuvent être impuissantes à arrêter un enva-

INTLAMM.t TI ON. P II LOGOS F.

hisseur, el cependant, qui solide à leur dénier un rôle de défense Bien qu’impuissant à assurer la victoire, leur effort peut retarder longtemps l'issue finale d'une guerre. Tel est le lait d observation que présentent les maladies infectieuses chroniques (actinomycose, lèpre, tuberculose, rhinosclérome, etc.) dans lesquelles la réaction inflammatoire arrête précisément et retarde 1 évolution d une infection aiguë.

Phénomènes vasculaires ue l'inflammation

La dilatation des vaisseaux (artérioles, ensuite capillaires et, en dernier lieu, veinules) est la première réaction inflammatoire qui se manifeste vers le système vasculaire ; elle constitue aussi le premier phénomène morphologiquement appréciable. Elle s’exerce principalement sur les petites veines et les capillaires dont le diamètre finit par atteindre deux fois les dimensions normales. La constatation en est facile a faire à l’œil nu. Hippocrate l’avait caractérisée d un mot : abi stimulus , ibi fUixus. Cette dilatation est aussi l’origine du symptôme signalé par Celse, rubor. La mensuration directe des vaisseaux dilatés a été faite par Peckelharing et Dusselhorst.

L’élargissement vasculaire est fréquemment précédé d un spasme momentané des petits vaisseaux pendant lequel on peut constater une légère accélération de la circulation. A cette rapidité accrue du mouvement sanguin fait suiLe un phénomène, qui est, celui-là, prolongé et constant dans l'inflammation : le ralentissement du courant circulatoire. A mesure que ce ralentissements’installe, on assiste à l'arrêt des leucocytes qui prennent le long des parois vasculaires une station marginale et s accumulent en ces régions. Bientôt apparaît la diapédèse, c’est-à-dire 1 issue des globules blancs, de quelques globules rouges et dune certaine quantité de plasma, à travers les parois des veinules et surtout des capillaires. Au bout d’un temps variable, de quelques minutes à quelques heures suivant l’intensité du processus, la quantité de leucocytes émigrés est assez grande pour entourer de toutes parts les veinules et les capillaires. Cheminant le long des fentes interstitielles, ces globules blancs infiltrent peu à peu le tissu sur une étendue plus ou moins grande. Mêlés à la sérosité exsudée, ils provoquent l'apparition du second symptôme de la phlogose, la tuméfaction .

Quant au mode d’apparition, les phénomènes se présentent dans l’ordre suivant :

a. Dilatation des vaisseaux hypérémie inflammatoire).

b. Accélération de courte durée du courant sanguin.

c. Ralentissement de ce même courant.

PUKXOMENES VASCULAIRES

il. Stagnation marginale des leucocytes.

e. Migration des leucocytes et exsudation du liquide.

Le laps de temps pendant lequel ces actes se déroulent est variable et sa durée dépend de l’intensité et du degré de puissance de l'agent nocif sur le tissu. L’irritation est-elle faible et le développement du processus inflammatoire lent, quelques heures peuvent s’écouler (de une à huit, dix, douze heures et même davantage) entre l’intervention de la cause et la réalisation des actes essentiels de l’inflammation, c’està-dire l’exsudation du plasma et la sortie des éléments figurés du sang. Quand agit sur le mésentère d’une grenouille vivante un agent irritatif de faible puissance, par exemple l’air chargé de ses microbes, l'inflammation est lente à se développer et l’apparition des phénomènes caractéristiques est progressive et régulière; elle exige quelques heures pour atteindre son épanouissement. Les tissus subissent-ils, au contraire, une forte irritation, l’inflammation peut surgir en quelques minutes. Le ralentissement de la circulation, la diapédèse des leucocytes et la tuméfaction apparaissent avec une grande rapidité. En général, il faut, pour mettre en train le processus inflammatoire, une irritation d’une certaine puissance. Lorsque celte dernière est de courte durée, lout peut se réduire à l’hypérémie pure et simple et à l’accélération de la circulation. Les autres réactions d’ordinaire concomitantes font défaut; les vaisseaux reprennent bientôt leur calibre habituel, la circulation redevient normale. D’autre part, quand l’action de l’agent nocif sur le tissu atteint une extrême intensité, l’inflammation ne peut se développer au point lésé, précisément parce que la mortification frappe la région atteinte et la supprime pour ainsi dire. Le processus inflammatoire ne se développe alors qu’autour du foyer de gangrène, sur la limite du tissu sain, où il constitue la zone de démarcation inflammatoire.

La dilatation des vaisseaux dans les régions enflammées est plus forte que la distension vasculaire provoquée par la section des cordons nerveux; on peut s’en rendre compte en provoquant l’apparition d’un foyer d’inflammation dans une région déjà énervée par la section des troncs nerveux ou par celle de la moelle épinière ou encore par la destruction de régions superficielles du cerveau. La dilatation vasculaire d’origine inflammatoire n’est donc pas, d’une manière étroite, un phénomène d’origine réflexe.

On ne saurait cependant nier complètement le rôle de l’innervation locale et générale sur l’évolution du processus inflammatoire. Une lésion des vasomoteurs, en provoquant une anémie ou une hyperémie locale change, par ce fait même, le caractère de l’inflammation. 11 estdémontié par de nombreuses expériences (Denders, Sinitzine, Danile\sky, Nu

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chow, Cohnheim, Samuel, Cornil et Babès, Bouchard, Roger, Charria, Bunzel, Gamaleia, etc.) qu’on peut affaiblir ou exagérer le processus inflammatoire en irritant ou en provoq liant la paralysie des vasomoteurs. L'inflammation anémique et hypérémique des anciens auteurs n’est autre chose que l’inflammation évoluant dans une région anémiée ou pléthorique. Quant à l’anémie et à la pléthore locales, elles sont commandées principalement par l’état de la vasomotricité.

Dans le cours de l’hypérémie artérielle vasomotrice, la dilatation principale porte sur les artérioles. Dans l’hypérémie inflammatoire, au contraire, les artères se dilatent relativement peu; ce sont les veinules et les capillaires qui subissent la distension. L’hyperémie inflammatoire peut être localisée exclusivement à la région qui subit l'action de l’agent irritatif, telle est, par exemple, la rougeur provoquée par le sinapisme, par l’huile de croton ou par une brûlure, etc.. L’hyperémie artérielle consécutive à la paralysie des vasomoteurs est, au contraire, toujours plus ou moins diffuse, suivant l’étendue du domaine de la branche nerveuse intéressée, telle est l’hyperémie qui envahit l’oreille d’un lapin, après la section du sympathique cervical.

Une autre distinction se tire de la durée même des deux variétés d’hyperémies, celle qui est d’origine vasomotrice pouvant ne persister que quelques minutes.

Ces propriétés de l’hyperémie inflammatoire démontrent que la cause de la dilatation vasculaire ne réside pas simplement dans les troubles vasomoteurs, mais qu’elle tire sa source de conditions particulières : d’une part, l’affaiblissement et le trouble nutritif des parois vasculaires, d’autre part, la diminution de l’élasticité du tissu qui sous-tend les capillaires.

La perversion nutritive des parois des capillaires et des petites veines, sur laquelle insistait Samuel, exige, pour se manifester anatomiquement, un haut degré d’intensité de la lésion; elle se traduit alors par le gonflement et la dégénérescence hyaline de la tunique interne. Le plus souvent, ce trouble nutritif n’est pas appréciable et se réduit à des altérations moléculaires invisibles au microscope.

Déjà, en 1846, Kiiss avait signalé la faible résistance et la diminution de l'élasticité du lissu enflammé, condition qui favorisait, disait-il, l’ hyperémie locale. En 1 88 5 , Landerer, et plus récemment, Yoronine ont attiré de nouveau l’attention des pathologistes sur ce point.

Par la mensuration directe de lélastici té des tissus en flammés, Landerer a constatéque celte dernière était plus faible que celle des tissus normaux. La pression dans les capillaires à l’état normal atteignant quinze à vingt millimètres de mercure, se trouve très élevée eu égard à la ténuité

PHÉNOMÈNES VASCULA TRES

de la paroi ; celle-ci ne résiste que grâce au lacis de tissu conjonctif et de cellules parenchymateuses qui l'entoure de toutes parts et qui représente, pour les capillaires, une sorte de revêtement élastique jouant le rôle de la tunique moyenne des grands vaisseaux.

Toute influence nocive qui trouble la nutrition des éléments des tissus, diminue leur élasticité propre et affaiblit la résistance qu’ils opposent à la pression sanguine intracapillaire. La dilatation des fins vaisseaux sous l’effort du sang est donc la conséquence de cette diminution de l’élasticité des tissus péri-vasculaires. Voronine, par ses expériences sur quelques ascidies et d’autres invertébrés, a démontré que lhyperémie inflammatoire, c’est-à-dire la réaction inflammatoire des vaisseaux contre l’irritation, n’est possible que dans les régions où le tissu péri-capillaire est élastique.

A celle dilatation vasculaire se rattache le symptôme caractéristique de la rougeur inflammatoire. Celle-ci revêt au début une teinte claire : plus tard, par le fait du ralentissement du courant sanguin, elle apparaît plus foncée, avec le reflet bleuâtre du sang veineux.

L’accélération du courant sanguin dans la région enflammée persiste, tant que le sang conserve la couleur rouge clair. Pendant cette période les artérioles sont dilatées et pulsatiles. La quantité de sang écoulée dans l'unité de temps, à travers une région enflammée, estplus grande que celle qui traverse la partie correspondante saine. C est la période de Thyperémie artérielle dont la durée est brève, d ordinaire. Plus tard, lorsque le ralentissement du courant est circonscrit à la région enflammée, l’accélération de ce même courant dans les zones limitrophes peut persister encore pendant longtemps. Cet accroissement de vitesse est le résultat de l hyperémie collatérale et représente une sorte de compensation, faisant équilibre au ralentissement constaté dans le foyer de l’inflammation.

Ce ralentissement apparaît plus ou moins vite et son intensité varie avec la puissance d’action de l’agent nocif.

Dans les capillaires et dans les petites veines le mouvement du sang est moins rapide que dans les artères adjacentes. Une stase produite à la suite de l’agglomération des leucocytes et de l’agglutination des plaquettes de sang dans certains segments vasculaires, peut se dissiper sous l'influence d’un afflux plus impétueux du liquide sanguin. On observe souvent en pareil cas, au niveau des veines dilatées, des mouvements oscillatoires ou mouvements de balancier de la masse du sang, sun blables à ceux qui se manifestent pendant la stase veineuse. Ils découlent naturellement des nouvelles conditions hydrauliques établies dans les vaisseaux de la région enflammée.

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