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Un abcès peut rester longtemps sans s’ouvrir, quand il siège dans des parties profondes ou dans des organes à parenchyme résistant ; il est alors séparé des éléments circonvoisins par une capsule conjonctive. Dans les inflammations du tissu cellulaire lâche, le pus de l'abcès primitif (idiopathique) fuse vers des régions plus ou moins éloignées, reliées au premier foyer par un système de fentes et de cavités conjonctives, gaines aponévrotiques et tendineuses (abcès par congestion; . Parfois des abcès apparaissent en des régions très éloignées du siège primitif de l’inflammation purulente, et n'affectent aucun rapport de conti-
Fig. 70. — Celte figure et les quatre suivantes montrent les lésions survenues successivement dans les muscles de la cuisse d'une série de lapins auxquels on a injecté le même jour une dose égale d’une culture do staphylocoques dorés tués par la chaleur. La figure 71 montre la lésion au bout de vingt-quatre heures. On distingue une infiltration déjà abondante de leucocytes polynucléaires dans les voies lymphatiques. Les faisceaux musculaires n'ont pas encore subi de dégénérescence apparente et se colorent comme à l’ordinaire.
guïté avec ce dernier. Ils ne tirent pas leur origine de la migration du pus parti du foyer primitif, mais de l’apport de bactéries pyogènes charriées par les vaisseaux sanguins et lymphatiques, en des parties très éloignées de l’organisme (abcès métastatiques).
On dit qu’il y a abcès chaud lorsque le processus évolue d'une manière aiguë et s’accompagne d’hyperémie et d’élévation thermique notable, au niveau même du foyer de la suppuration. L'abcès se forme-t-il avec lenteur, sans hyperémie marquée, en produisant une désagrégation purulente des parties nécrosées, il prend le nom d'abcès froid.
L’inflammation purulente est une des formes les plus bruyantes de la réaction inflammatoire. Elle exige pourse produire l’action d’agents plus énergiques que ceux qui commandent l’inflammation séreuse ou librineuse.Elle peut toutefois se développer sous l’inlluenee d'une intervention
CLASSIFI CA TIO.X DES INFLAMMATIONS
quelconque, mécanique, chimique ou thermique, à la condition que le foyer créé recèle une des espèces de bactéries pyogènes, ou encore, à la condition plus générale que le tissu lésé contienne des substances douées d’une chimiotaxie positive. En dehors des bactéries, certaines matières chimiques, d’origine non bactérienne (la térébenthine, le nitrate d’argent, etc.), introduites dans le tissu cellulaire sous-cutané sont capables de provoquer une réaction inflammatoire purulente.
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Fig. ~0. — La figure -li montre la lésion réalisée 48 heures après l’injection. On voit l’infiltration leucocytaire se collecter pour former l’ébauche d’un abcès. Les faisceaux musculaires ont déjà subi une modification dégénérative et sous l'influence des matières colorantes ils ne prennent plus la même teinte qu’à l’état normal.
Les bactéries pyogènes les plus actives sont les suivantes : staphylocoques pyogènes (auretts et albus), streptocoques pyogènes, gonocoques, microcoques tétragènes, bacille pyocyanique, coli-bacille, pneumocoque, bacille d’Eberth, etc.. La statistique de Steinhaus signale les staphylocoques dans 66 1/2 p. 100 des suppurations et le streptocoque dans 20,4 p. 100 des cas; Karlinskyet d’autres auteurs ont confirmé ces résultats.
Ehrmann a récemment décrit de nouvelles espèces de bactéries pyogènes (microcoque opalescent fétide et microcoque pyogène liquéfiant); Lioubinsky a lait connaître des bactéries anaérobies capables aussi de provoquer la suppuration, bavtchenko a isolé une variété de bacilles anaérobies, qui, chez 1 homme et le lapin, produisent une suppuration progressive, dont 1 évolution clinique et 1 aspect extérieur (grains zoogléiques) rappellent les lésions de 1 actinomycose. Kultncr a Chantemesse et Podwyssotskt. — Processus généraux, 11.
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observe une espèce (lu groupe coli-bacillaire, ayant provoqué la suppuration de la paroi abdominale. Cliiari a fait des constatations analogues. Il n'est pas jusqu’à certains cladothrix qui ne puissent être considérés comme des microbes pyogènes.
L inflammation provoquée par des streptocoques affecte un caractère de malignité tout spécial. La suppuration a plus de tendance à s étendre que dans l’inflammation staphylococcique. Ces divers germes pullulent avec activité dans toute région privée de vie.
Fig. 77. — La figure 77 montre la lésion réalisée cinq jours après l’injection. L'infiltration leucocytique très abondante a dissocié les luisceaux musculaires. La plupart de ces derniers ont perdu leur striation normale et présentent divers types de dégénérescence (état moiré, état cireux, etc.)
D’ordinaire le foyer renferme non pas une seule, mais plusieurs espèces de germes de la suppuration. Comme l’ont, établi les recherches de Kronacher et surtout de A. Ebermann, la suppuration est plus facile et plus étendue lorsque des espèces microbiennes multiples agissent à la fois. La plupart des processus purulents appartiennent en effet aux infections mixtes. Quelques-unes des bactéries pyogènes, avons-nous dit, agissent à l’abri de l’air. La connaissance de ces dernières est récente et devient de jour en jour plus complète à mesure que se perfectionnent les procédés techniques.
Les microbes font sentir leurs effets sur les tissus et les vaisseaux par des procédés physiques et chimiques. L’action physique seule est impuissante à provoquer la suppuration ; elle ne peut qu’oblitérer des vaisseaux et des fentes lymphatiques ou comprimer des parois vascu-
CLASSIFICATION DES INFLAMMATIONS
laires et des cellules du parenchyme. Celle action est d’ordinaire impuissante à provoquer la perforation spontanée des parois vasculaires. La plupart des phénomènes inflammatoires d’origine microbienne se ramènent à l’action chimique des produits solubles élaborés par les germes. Ces toxines accroissent la perméabilité du ciment interendothélial, ce qui facilite la migration des leucocytes et elles attirent activement ces derniers. L’examen histologique pratiqué par un grand nombre d’auteurs (Hohmfeld, Ribbert, Wissokowitch, Cornil et Babès,
Fig. 78. — La figure 78 montre la lésion réalisée sept jours après l'injection. L’infiltration leucocy tique est ici massive et représentée surtout par des globules mononucléaires. Les faisceaux musculaires dégénérés sont en voie de résorption.
Kronacher, Kraazfeld, Y. Janovsky, Hausler, Jacoby, Gravitz, Bourjinsky, Kriloff, Pfeiffer, J. Catlani, Levine, Ivruse, Chantemesse, Iviener et Duclert, Poliakoff, S. Solovieff, Molodovsky, Roger, Voronine, etc.) sur les tissus injectés de cultures pures des bactéries pyogènes, démontre que le premier effet constatable est la dégénérescence et la nécrose des tissus, ensuite l’infiltration par les leucocytes de la région limitrophe du point nécrosé et, plus tard, du foyer lui-même et enfin fonte de la région atteinte, qui se remplit peu à peu de cellules pyoïdes et se transforme en abcès. Les germes pyogènes qui pénètrent les tissus vivants apparaissent tout d’abord dans les fentes lymphatiques et gagnent plus tard les divers éléments des tissus. L’action des toxines microbiennes ne reste pas strictement circonscrite ; elle s’étend à tout le système
JNFLA MM A T ION . PIILOGOSE
lymphatique et sanguin. Les observations récentes de Roger et Josué, Besançon et Labbé, et surtout de Dominici, el<:., ont iait saisir dans la moelle osseuse, le lieu de production et de multiplication active des cellules lymphatiques et des myélocytes, la moelle jaune se transformant en moelle rouge et retournant à l’état d’activité.
Le problème reste encore non résolu de savoir si la suppuration peut être provoquée par la seule et unique action d agents purement chimiques. La solution dans son sens absolu en est rendue diificile parce
Fig. 79. — La figure 79 montre faisceau musculaire dégénéré la part des phagocytes.
u un plus fort grossissement un des points de la figure 78. Le n’est presque plus reconnaissable. Il subit une résorption active de
qu’on ne peut séparer complètement les microbes, en voie de prolifération dans un tissu, des produits chimiques qu’ils élaborent. Dans les régions oit pénètrent des extraits stérilisés de cellules bactériennes ou des substances chimiques isolées de ces extraits, on voit se former de petites accumulations de pus. Le même phénomène s’observe quand on introduit dans les tissus des tubes remplis de ces substances. Buchner a démontré que ce sont précisément les matières protéiques, constitutives des corps bactériens qui possèdent le pouvoir pyogène: elles renferment des nucléo-albumines, lesquelles, lors de la destruction des organismes microbiens, manifestent une action eliimiotaxique positive plus ou moins énergique et provoquent ainsi la suppuration. Au dire de certains auteurs, le nombre des espèces bactériennes
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capables de provoquer la suppuration ne serait pas inférieur à 4o. Il ne faut pas oublier cependant que les germes étroitement spécifiques de la suppuration se limitent aux espèces des staphylocoques pyogènes, des streptocoques, du bacille pyocyanique, du coli-bacille et de quelques autres. Le pouvoir pyogène de certaines bactéries frappe par son caractère d'inconstance.
La suppuration provoquée par les agents chimiques seuls ne s’étend pas au tissu circonvoisin et ne prend jamais le caractère progressif de la purulence d’origine microbienne. Pour obtenir des foyers de suppuration uniquement par l’action de produits solubles élaborés par les bactéries, il faut avoir recours à des solutions très concentrées. Une faible quantité de bactéries pyogènes reste souvent impuissante à faire naître la suppuration dans un organisme sain et vigoureux; tandis que la môme dose suscite la purulence d’un tissu en voie d’altération, imprégné par conséquent de cellules plus ou moins nécrosées.
Les expériences de Lachi (injections de cultures pures de staphylocoque doré dans la trachée) montrent bien la nécessité d'une certaine dose de culture bactérienne, dose relativement forte par rapport à la surface du tissu, pour déterminer la suppuration, c’est-à-dire pour fabriquer en solution suffisamment concentrée la substance chimique nécessaire. Tandis qu’un nombre donné de ces mêmes bactéries introduit dans les reins, les muscles, la cornée, etc., donne naissance à des foyers purulents, avec nécrose du tissu autour des bactéries, dans les poumons celte même quantité de germes ne provoque ni foyer purulent, ni mortification. C’est que la masse injectée se répartit ici sur la vaste surface pulmonaire et que les bactéries isolées qui ont envahi les alvéoles pulmonaires sont bientôt englobées par des leucocytes. De petits noyaux inflammatoires surgissent, mais non des foyers purulents.
Parmi les bactéries spécifiques de certaines maladies et capables en même temps de provoquer la suppuration, les plus intéressantes à noter sont : le bacille d’Eberth, le coli-bacille, le pneumocoque, le gonocoque, le bacille de Yersin et le bacille de Pfeiffer. Les méningites, les ostéomyélites, les pleurésies, les otites, les arthrites, les cystites et les salpingites purulentes qui s’observent à la suite de la fièvre typhoïde, de la pneunornie franche, de la blennorrhagie, de l’influenza, peuvent se développer sous 1 influence de germes spécifiques (Hauser, Franck, Cornil, Chantemesse et Widal, Frommel, lvruse, Pansini, Pein, Colri, Roux, Gilbert, Orlolf, Lannelongue, Hintze, Finger, Weichselbaum, Wertheim, Mende, Ackermann, etc., etc.). Ces faits ont été constatés par de nombreuses recherches bactériologiques chez des malades et confirmés par des expériences d’inoculation de ces divers microbes à des animaux. Le staphylocoque pyogène et le bacille d’Eberth peuvent rester longtemps, parfois même des années, dans la profondeur des tissus (périostites consécutives à la fièvre typhoïde, Chantemesse et Widal), et probablement aussi dans les ganglions lymphatiques, sans provoquer de foyer de suppuration manifeste. Une lésion occasionnelle, un affaiblissement de la nutrition locale provoqué par une cause quelconque, telle qu un traumatisme, etc., fournissent l’occasion propice à la prolifération des bactéries et à 1 éclosion de suppurations jusque-là virtuelles.