C. — Hyperthermie, surcii.vuffa.ge
L’élévation de la température de l’organisme peut être obtenue par deux moyens : l’hyperproduction de calorique ou l’amoindrissement de la déperdition, grâce à un chauffage direct dans un milieu dont la température dépasse celle du corps.
Un séjour de courte durée (dix minutes) dans un milieu sec chaullé à 6o° amène chez l’homme une élévation de la température rectale d un demi à un degré, en môme temps que le pouls s’accélère jusqu à 120-140 battements par minute.
PEU VERSIONS CALORIFIQUES
Dans l'air chaud et humide ou dans un bain de vapeur, une chaleur bien plus faible sulTil pour élever la température du corps et cette ascension toujours rapide s’accompagne de phénomènes très graves. Lorsque l’air chaud est saturé de vapeur d’eau ou encore lorsqu’un individu est plongé dans un bain à 37°, 38°, la température du corps s’élève encore vite (de un degré par heure), le pouls arrive à battre 160 par minute; on compte 4° respirations et plus ; l’abattement du sujet s’accompagne d’une sensation de gêne intra-thoracique, etc. Une immersion durable de l’homme dans un tel milieu devient menaçante pour la vie.
L’expérimentation sur l’homme se soumettant à un séjour prolongé dans un milieu surchauffé crée un danger qui se manifeste si rapidement, par des troubles psychiques, respiratoires et cardiaques, que l’étude ne peut en être poussée bien loin ; aussi les recherches ont- elles porté surtout sur les animaux, d’autant mieux que les observations cliniques faites sur le processus pathologique appelé insolation concordent parfaitement avec les donnéestfournies par l’expérimentation.
Chez les animaux, l’hyperthermie a ôté étudiée en détail par de nombreux auteurs, au premier rang desquels se place, par la date et l’importance des découvertes, Cl. Bernard. Plus tard sont venus les travaux de Vallin, P. Bert, Ivachkevitch, Paschoutine, NazarolF, Xaumann, Litten, Rosenthal, Yde, Werhowski, Ch. Richet, Vincent et Rallière, Laveran, Regnard, etc. Dès 1871, Cl. Bernard énonçait comme conclusion, de ses expériences, les lois suivantes dont l’avenir a confirmé la justesse :
i° Les animaux ne peuvent survivre longtemps, quand ils sont plongés dans un milieu dont la température est plus élevée que celle de leur corps ;
20 La chaleur humide tue plus rapidement que la chaleur sèche ;
3° Les petits animaux périssent plus vite pendant le surchaulYage que les animaux de grande taille ;
4° La mort d’un animal survient dès que la température de son corps dépasse de quatre à cinq ou six degrés le chiffre, normal; les mammifères succombent lorsque leur température s'élève à 44R~45°, les oiseaux lorsqu’elle atteint 48°-5o°. Les animaux à sang froid font exception. Les grenouilles peuvent supporter les oscillations thermiques les plus larges, notamment de o à 37°, et seule une température de 37 à 4o° les tue. Les poissons succombent à l’hyperthermie lorsque l’eau dans laquelle ils nagent acquiert la température de 28° à 32° (Jolyet et Regnard).
Pour élever artificiellement la température du corps, point n'est besoin, comme le faisait Cl. Bernard, de rendre la température du milieu extérieur supérieure à celle de l’organisme. Le séjour d’un animal pendant quelques heures dans un milieu dont la température n'est que de
HYPERTHERMIE
quelques degrés inférieure à sa température normale, suffit pour amener la rétention de calorique et le surchauffage. Les lapins périssent au bout d'une heure et demie à deux heures si la température extérieure est de 34°-35°. Les chiens, dont la température normale est de 3g0, sont plus résistants et ne périssent par hyperthermie qu’après un séjour d’une durée de trois à quatre heures dans une caisse chauffée à 3y ou 38°. Ce résultat expérimental, la mort par hyperthermie dans un milieu dont la température est inférieure à celle du corps, est d’apparence un peu paradoxale . Ii s’explique toutefois parce qu’une différence de deux ou trois degrés entre la température normale du corps et celle de l’extérieur est insuffisante pour que la chaleur dégagée par le jeu des processus vitaux ait le temps de quitter l’organisme en quantité nécessaire pour assurer le maintien d'une température supportable. L’animal perd moins de calorique qu’il n’en produit, les appareils de régulation ne suffisent plus à leur tâche, et la chaleur s’emmagasine dans le corps, si l’expérience se prolonge.
L’animal (chien, lapin, cobaye, chat) placé dans un milieu dont la température est égale à la sienne ou en diffère de un à deux degrés en plus ou en moins, lutte d’abord contre l’hyperthermie. Les vaisseaux de la peau se dilatent, l’animal élimine de l’eau en abondance, et pendant les vingt ou trente premières minutes de l’expérience la température de son corps ne s’élève pas; on ne constate pas d’agitation, le pouls et la respiration gardent leur fréquence normale. C’est la période d’indifférence ; sa durée dépend de la taille de l’animal et surtout de la température du milieu extérieur ; elle est d’autant plus courte que celle-ci est plus élevée et que le volume de l’animal est plus petit. Si la température de l’appareil est par exemple de 3y°, la période d’indifférence est pour le chien d’une heure (Vincent).
Dès que l’animal cesse de lutter, c’est-à-dire que sa résistance contre le chauffage faiblit, la température de son corps s’élève progressivement jusqu’à la mort. Chez le chien la température monte de 38°, 5 à 39°, à 4o°, à 4l°, à 42°- L’animal est surexcité, crie, pleure, geint, hurle, exécute en un mot une série d’actes irréfléchis qui n’ont d’autre résultat que d’augmenter encore l’hyperthermie ; enfin apparaissent les convulsions. Les mouvements respiratoires s’accélèrent jusqu’à atteindre le chiffre colossal de 200 à 280 par minute et même davantage, car Ch. Richet a constaté chez un chien exposé au soleil, 3oo respirations par minute. Ce savant donne à cette fréquence respiratoire le nom de polypnée hyperthermique. La courbe de cette dyspnée est extrêmement irrégulière, avec prédominance tantôt du type inspiratoire, tantôt du type expiratoire ; elle s’accompagne de dicrotisme et polycrotisme. Voici quelques-unes de ces courbes empruntées à Vin-
PEU l'EUSlOXS CALORIFIQUES
cent et qui donneront, mieux qu’une longue description, l'idée de ces mouvements respiratoires (fig. 81).
Fig. Si. — Courbes pneumographiques d’un chien placé dnns une caisse chauffée à 38”. — I. Respiration normale. Température du chien 38°. Respiration y. 4 ; — 11 à Vil. Fréquence de la respiration provoquée pur l’hypcrthermie ; — 111. I ne heure et demie après le début de 1 expérience. Température 4 i", 3. Respiration 280; — IV. Syncope respiratoire ; — V. Type expiratoire (à gauche) qui devient (à droite) du dicrotisme respiiutoire ; — VI. Polycrolisme expiratoire ; — VU. Polypnée très intense. (D’après Vincent.)
L’absorption d’oxygène augmente peu à peu ; à la température de 43°-44° (du corps) elle s’élève à un chiffre double de celui de l’état normal.
Le pouls s’accélère jusqu’à i3o, i.jo; la salivation s'accroît, les muqueuses se congestionnent, la sensibilité générale et les réflexes
HYPERTHERMIE
s’exagèrent. D’une manière générale, toute cette période se caractérise par une hyperexcitabilité des fonctions respiratoires, sécrétoires, cardiaques et cérébro-spinales. Bientôt s’annonce la troisième et dernière période, celle de l’épuisement de la respiration et du coma qui se termine par la mort. Au fur et à mesure que la température monte jusqu’à 43°-44° et quelquefois même jusqu’à 45°, la respiration devient, de plus en plus, lente et faible; elle tombe au chiffre de vingt-quatre, quelques minutes avant la mort. L’absorption d’oxygène qui s’était accrue diminue sensiblement quinze à vingt minutes avant la mort. Le cœur continue ses battements 140, iSofois par minute; une demi-heure avant la mort, ces derniers peuvent atteindre le chiffre de aao par minute et même le dépasser; ils se suppriment brusquement au moment de la mort; le pouls est alors dierote. L’accélération des contractions cardiaques de la g-renouille soumise à l’action d’une température élevée, peut atteindre le chiffre de 120 par minute; ce phénomène s observe quand on élève la température du corps de la grenouille jusqu a 3 20 C. (Flatoff).
L’accélération des battements cardiaques se montre encore plus rapide quand on fait passer dans le cœur préalablement extirpé du corps un courant de sang porte a une température plus élevée que la normale (Newell-Martin, Langendort, Nav. rocki). L’accélération de l’activité du cœur isolé du corps et soumis à une circulation artificielle de sang chauffé à 45°, 46° C, atteignait, dans les expériences de Nawrocki, le chiffre de 3 12 battements par minute.
La pression sanguine ne commence à diminuer que quelques instants avant la mort. L’animal devient de plus en plus affaissé, apathique; il est secoué par intervalles de convulsions toniques générales, ou de mouvements convulsifs isolés des extrémités. Le coma finit par éteindre ces excitations motrices, l’anesthésie et l’analgésie s’installent, les réflexes, le eornéen excepté, disparaissent, les pupilles se dilatent, les muqueuses rougissent et se dessèchent, la respiration s’arrête avant le cœur. Pendant le coma précurseur de la mort, on observe très souvent des convulsions violentes. Quand l’animal a succombé, la température se maintient sans modifications et s’élève môme parfois encore. La iigidité cadavérique survient brusquement dès que la vie a cessé, bien que d’ordinaire elle ne s’installe qu’une demi-heure après la mort. Elle frappe d’abord le ventricule gauche et les muscles thoraciques.
L’analyse des courbes de la température, du pouls et de la respiration, prises sur un animal soumis à l’hyperthermie, montre que dans le premier et le deuxième stade, c’est-à-dire au début de l’hyperthermie, l’élévation de la température, l’accélération de la respiration et la vitesse du pouls marchent de pair. Dans la troisième période, la courbe «les
PER VERSIONS CA L OIUFIQ CES