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Une hyperthermie rattachée à une origine toxique et accompagnée de troubles fonctionnels, constitue la fièvre. Cette définition implique donc la pluralité des causes du phénomène fébrile, et dans ces causes le rôle tout-puissant des maladies infectieuses. L'élévation de la température du corps au-dessus de la normale, symptôme principal de la fièvre, lui a valu dans l’antiquité les noms de tlups^.? et de febris ifervere, avoir chaud). La définition de Galien qui n’a voulu viser que la symptomatologie est encore défendable (febris et calor prœler natura ni
Dans la seconde moitié du xix° siècle, les recherches physiologiques ont pénétré le secret des échanges dans le cours de la fièvre. Les notions ainsi acquises, jointes aux connaissances thermométriques et calorimétriques, ont permis d’aboutir à une définition précise. On sait aujourd’hui que l’hyperthermie fébrile est due à une rupture de l'équilibre entre la production et l’émission de la chaleur. Celle rupture est provoquée par une perturbation de la région nerveuse thermo-régulatrice, qui accroît la production de calorique et entrave sa déperdition. A l'état normal le niveau de la température est fixé à 3y° ; cette fixité est maintenue à un chiffre plus élevé dans l’état fébrile (Liebermeister).
L’élévation thermique peutêtre le résultat, soiL d’une hyperproduction de calorique, soit d’une diminution dans la quantité de chaleur perdue régulièrement. Deux théories ont été édifiées sur ces hypothèses contraires; l’une n’invoquant que le premier facteur et l'autre ne voulant considérer (pie le second. Les recherches multipliées ont mis fin à la dispute scientifique et montré que, dans toute fièvre d’une certaine durée, l’hyperlhermie est engendrée par une double cause: la production exagérée de calorique, et surtout l'insuffisance de son émission. L'un ou l’autre de ces deux facteurs prédomine suivant les divers moments d’un même processus fébrile et aussi suivant les diverses variétés de pyrexies. Dans les fièvres de courte durée et, d'une façon générale, au débuldc toute fièvre, l élévation thermique est due à l'arrêt de la perte du
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calorique, alors que sa production ne s’élève pas sensiblement au-dessus de la normale. Au contraire, dans les fièvres prolongées et dans celles où le travail musculaire est exagéré (tétanos), l’hyperthermogenèse apparaît. On en a la preuve dans l’augmentation de l’activité des échanges gazeux et dans l’accroissement du taux de l’azote éliminé. Ces laits ont été établis tout d’abord par Liebermeisler et confirmés par les recherches de Pflüger, Colosanti, Leyden et Frankel.
Le symptôme le plus saillant de la fièvre est l’altération fonctionnelle de la calorification et de l’autorégulation thermique. Cette altération joue un rôle si important, qu’elle suffit d’ordinaire à faire porter le dia-
gnostic de fièvre. Par un usage traditionnel, on identifie souvent, les idées de fièvre e t d’hyperthermie, alors que l’augmentation de température ne représente en réalité qu’un des symptômes de l'intoxication générale qui constitue le processus fébrile. Les autres perturbations fonctionnel les que l'on observe dans la fièvre, sont, par ordre d’importance : les modifications de la circulation, de la respiration , celles du système nerveux et enfin les troubles des (onctions digestives , sè-
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créloires et cutanées. La fièvre agit donc sur tous les systèmes de l’organisme et leur imprime des modifications plus ou moins marquées; le résultat est un trouble de la nutrition générale, l’amaigrissement, etc.
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PERTURBATIONS THERMOGÉNÉTIQUES
Une élévation persistante de la température axillaire jusqu’à 38", indépendante, bien entendu, de toute action des vêtements, de surmenage musculaire ou nerveux, constitue déjà un signe de fièvre.
On distingue plusieurs degrés de fièvre suivant la hauteur à laquelle s’est élevée la température. Tandis que l’on regarde comme normal le chiffre de36°-3;70,4 dans l’aisselle, on considère comme subfébrile la température s’élevant dans cette région à 37°, 5-38°.
On regarde comme une fièvre légère celle de 38°,o-38°5 ; comme
une fièvre modérée celle de 38°, 5-39°; comme une fièvre très vive celle de 39°-4o°,6: comme une fièvre très grave et hyperpyrétique celle qui dépasse 4i°- Le chiffre thermique de 42°. 5- 43° est exceptionnel et 11e s'observe que pendant un court laps de temps, dans certaines maladies infectieuses [fièvre récurrente, malaria, tétanos traumatique ). Les ascensions thermiques de 44° ou 45° ne se voient que dans le tétanos, elles sont le résultat du travail excessif de tous les groupes musculaires et se terminent par la mort. La règle énoncée par Cl. Bernard que les animaux à sang chaucl ne supportent pas un surchauffage qui élève la température de leur corps de 4 à 5° au-dessus de la normale , se vérifie dans la pathologie humaine.
A l’état fébrile comme à l’état normal, la température est sujette à des oscillations matutinales et vespérales; la moyenne de la température fébrile est alors comprise entre les exaspérations du soir et les rémissions du matin. Parfois la température subit des inversions ; les rémissions sont vespérales et le,s exacerbations matutinales. Cette anomalie s’observe avec une fréquence relative dans le stade des oscillations décroissantes au cours de la fièvre typhoïde. Les pyrexies caractérisées par la régularité de leur courbe thermique, portent le nom de fièvres typiques , par opposition aux fièvres atypiques , dans lesquelles les oscillations sont dépourvues de toute régularité susceptible d’une prévision, et présentent des écarts désordonnés, plus ou moins inattendus.
On distingue trois espèces de fièvres régulières ou typiques : A. fièvre éphémère , B. fièvre continue , persistant un certain nombre de jours et C. fièvre intermittente.
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Fig. 84. — Stade de rémission dans la fièvre typhoïde. Les oscillations thermiques entre le matin et le soir atteignent et dépassent deux degrés.
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.1. La fièvre éphémère ou de courte durée se maintient de quelques heures à un ou deux jours; elle est généralement provoquée par des sensations douloureuses violentes, des inflammations peu graves, des
Fig. 85. — Courbe de température dans le typhus à rechute.
catarrhes séro-muqueux ; elle s’observe principalement chez les personnes excitables, chez les enfants à l’époque de la dentition, etc..
Elle se rattache parfois à l’excitation réflexe de la zone corticale thermo-régulatrice, sous le coup d’une irritation des nerfs sensitifs et le plus
Fig. 86. — Courbe de pneumonie franche.
souvent à une auto-intoxication par résorption de diverses excrétions
et sécrétions. . .
B. La fièvre continue dure plusieurs semaines et même plusu-u
mois, avec de légères rémissions matinales et vespérales de un a c eux degrés (fig. 83). Elle apparaît dans les processus inflammatoires graves (péritonite, pleurésie) et dans un grand nombre de maladies in ectieuses [fièvre typhoïde , typhus exanthématique , pneumonie , tu et eu ose, scarlatine , etc.) L’élévation de la température peut alors atteirn re
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4i°, mais elle ne se maintient à cette hauteur que pendant quelques jours, dix, quinze, vingt jours. Les formes plus prolongées de fièvre continue évoluent d’ordinaire avec une température qui ne dépasse la normale que de un demi, un degré ou un degré et demi.
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Fig. 87. — Courbe de scarlatine.
C. Le type intermittent de fièvre est caractérisé par des périodes apyrétiques d’une durée de un à plusieurs jours, séparées les unes des autres par des ascensions de courte durée ou accès fébriles désignés
sous le nom de paroxysmes (rapol-uva), j’aggrave), qui se répètent à des
Fig. 88. — Courbe de variole.
intervalles a peu près réguliers. Cette variété d hyperthermie s'observe surtout dans la malaria , dite encore fièvre intermittente et dans le typhus récurrent ou fièvre récurrente (fig. 85).
Dans la première de ces maladies l'accès fébrile peut se montrer tous
les jours (type quotidien — fig. 89), tous les deux jours (fièvre tierce — fig. 90) tous les trois jours avec deux jours d'apyrexie (fièvre quarte — rïff* 9’)- Dans la fièvre récurrente la période apyrétique s’étend sur
quatre, cinq ou six jours, el peut même se manifester à ce moment par de l'hypothermie ; la maladie se compose d'accès multiples, durant chacun de 4 à h jours.
Étude de la courbe thermique. — Lorsqu’on étudie l’évolution d’une
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Fig. 89. — Courbe de fièvre paludéenne quotidienne.
Fig. 90. — Courbe de fièvre paludéenne à type tierce.
courbe thermique quelconque, on y distingue facilement trois périodes, de durée variable suivant les maladies : période d’ascension, période d’état, période de défervescence, qui affectent jusqu’à un certain point des relations avec les étapes des processus anatomiques caractérisant chacune des espèces morbides.
La période initiale ou ascendante (pyrogénétique de Wunderlich) comprend la partie de la courbe où la température s’élève et poursuit son ascension. Elle s’étend du début de la fièvre jusqu’au momentoù la température a atteint son niveau le plus élevé (acmé). Elle dure de une à deux heures jusqu’à plusieurs jours.
L’ascension brusque et par conséquent de courte durée de la température est particulière aux accès isolés de la malaria et du typhus récurrent , au typhus exanthématique, à la pneumonie, à la variole, à la scarlatine, à la peste , à la pyohémie , à la grippe , à l' érysipèle (fig. 85, 86, 87, 88).
Une période d’ascension de longue durée, lente par conséquent, se prolongeant de 257 jours s’observe dans les inflammations catarrhales du poumon, dans les inflammations des séreuses ( péricardite , pleuresie, péritonite) dans le rhumatisme articulaire aigu et surtout dans la fièvre
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typhoïde. La courbe de la fièvre typhoïde présente rarement la régularité que lui a assigné Wunderlich (fig. 83).
Les observations de Thomas, Griesinger, Liebermeister, Lorain, Jaccoud, Chantemesse , Borodouline, S. P. Botkine, Tchernaieff , Kildiouchevsky ont fourni des notions très exactes sur le cycle thermique.
Sur la marche de la température, Wunderlich avait émis quelques propositions qui s’appliquent à bon nombre de formes communes et
Fig. 92. — Courbe thermique d’une fièvre typhoïde abortive (Chantemesse).
auxquelles on a voulu accorder force de loi : toute fièvre qui, dès le second jour , atteint 40°, n’est pas la fièvre typhoïde ; toute fièvre qui, le soi/' du quatrième jour , ne s'élève pas à 40°, n’est pas la fièvre typhoïde ; le maximum de température dans la fièvre typhoïde se montre d'abord le soir, quel que soit le jour de son apparition ; le septième jour de la fièvre typhoïde apparaît une rémission de la température qui ne s'abaisse jamais jusqu’à la normale; la défervescence se fait par lysis.
11 n’est aucune de ces propositions de Wunderlich qui ne puisse être inexacte. On observe des dothiénentéries sans fièvre; des fièvres typhoïdes abortives qui, dès le second jour, provoquent une élévation thermique de 4o° ; on note une température plus élevée le matin que le soir ; une rémission fébrile qui apparaît du cinquième au dixième jour et peut abaisser la température au chiffre normal (Jaccoud) ; enfin la défervescence est quelquefois brusque.
Plus courte est la période initiale, plus rapide est l'ascension de la température vers le chiffre de 39,5-4o° et plus marqué aussi se montre le phénomène du frisson. Sensation subjective de froid cutané, le frisson
s’accompagne souvent de secousses musculaires générales et même de claquement de dents. 11 est occasionné par l’anémie de la peau, consécutive au spasme des artérioles dermiques, anémie à laquelle ne sont pas habituées les terminaisons nerveuses périphériques et qui, par l’abaissement intra-dermique de la température donne l’illusion d’une sensation de froid généi'al.
Le mécanisme du Irisson fébrile est analogue à celui du frisson du au refroidissement. Dans la fièvre le spasme des vaisseaux cutanés est provoqué par l’excitation du centre vaso-moteur sous l’influence des substances pyrétogènes qui circulent dans le sang. Consécutil à 1 action du froid extérieur le frisson est aussi un phénomène reflexe ; seulement ici l’excitation du centre vaso-moteur est partie des filets nerveux sensitifs de la peau exposés à l’injure du froid extérieur. Dans les deux cas,
1 aboutissant ultime du frisson est 1 exagération de la production de chaleur sous l’influence de la mise en mouvement d’une foule de groupes musculaires, dermiques et sous-dermiques. 1 lus le sang contient de matières pyrétogènes, plus violente et rapide est 1 excitation subie parles vaso-moteurs cutanés, et plus saisissant apparaît le tableau du frisson.
Les maladies qui se caractérisent par une courte période d'ascension thermique débutent d'ordincure par un frisson violent , tandis que, celles dont la période initiale fébrile est longue ne se traduisent pas d’habitude par un frisson initial intense. Cette règle constitue un des moyens importants de diagnostic de certaines maladies fébriles.
Nous avons vu que 1 hyperthermie des maladies infectieuses était provoquée par le passage dans le sang de toxines qui actionnent la région nerveuse centrale thermo-régulatrice. C’est pour cela que les maladies dans lesquelles l'élévation thermique est rapide , reconnaissent d'ordinaire pour cause, soit la présence de parasites vivants dans le sang même et mettant en liberté à un moment donné une forte dose de toxines, soit encore l'existence de parasites situés en dehors du ton eut sanguin, mais capables d' éliminer d un seul coup une grande quantité de poison. Celui-ci passe rapidement dans le sang, a l’instar d une solution toxique injectée sous la peau, et porte son action sur le système nerveux central. Les maladies qui s'accompagnent d’une ascension thermique progressive et surtout irrégulière tirent leur origine de l’existence de bactéries vivant dans les tissus en dehors du sang et 11’y déversant leurs toxines que d’une manière graduelle. Ces conclusions découlent de beaucoup d'observations cliniques et expérimentales. Les maladies dont la fièvre présente une période d’ascension très courte (fièvre palustre, fièvre récurrente, typhus exanthématique) sont dues cà des parasites du sang.
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On a pu constater dans la malaria que chaque ascension thermique correspondait au maximum de multiplication intra-sanguine du parasite. Les maladies à ascension thermique lente ( diphtérie , fièvre typhoïde, tuberculose , etc.) sont provoquées par des microbes qui se multiplient d’ordinaire en dehors du sang. Cependant la pénétration en une seule fois dans le torrent circulatoire des produits élaborés par ces parasites, peut provoquer des accès isolés, avec élévation rapide de la température.
Le frisson doil être considéré comme une des réactions de l'organisme contre les toxines pyrétogènes, et souvent comme une réaction salutaire. Les animaux curarisés sont incapables de réagir par le frisson, aussi bien contre les toxines que contre le froid extérieur (Steffanucci ). L’élévation thermique consécutive au frisson a donc deux origines : la diminution de la perte de chaleur, par suite du spasme des vaisseaux cutanés, et l’exagération de la production de calorique sous l'influence des contractions musculaires.
La sensation de frisson se rattache à la contraction des vaisseaux de la peau et à l'anémie de celle-ci , connue cela a lieu sous linfluence du froid ; ruais elle a encore un autre point de départ : V élévation de la température centrale, accentuant encore davantage la différence entre la température de l’intérieur du corps et celle de la périphérie. Ce fait, aujourd’hui indiscutable, a déjà été noté dans l'antiquité. Après que Boerhaave eut le premier conseillé de prendre la température des malades et reconnu là un moyen de diagnostiquer les maladies, son élève de Idaen démontra en 1760 que pendant la période de frisson la température rectale pouvait atteindre 4o°. Depuis les recherches de Gavarret (iB'ip), de Zimmerman, de Wunderlich, etc.., on peut considérer comme définitivement démontré ce fait que l'élévation thermique précède toujours le frisson. On s’est demandé pendant longtemps si celte élévation de la température centrale était due à l' hyperproduction de chaleur ou à la rétention du calorique consécutive aux spasmes des vaisseaux cutanés. Traube pensa d’abord ( 1 855) que cette hyperthermie centrale était due, du moins en partie, à une hyperproduction; plus tard ( x 863) il changea d’avis et se fit le défenseur ardent de la seconde hypothèse, celle qui incrimine, pour expliquer l’augmentation de la température, exclusivement le spasme des artères et la rétention de la chaleur.
Cependant, les recherches plus récentes de Leyden, Liebermeister, Salkovski, Senator, Finkler, Steffanuci, Ludwig, Richter, Ughetti, etc., ont établi que déjà pendant le stade de frisson les mutations organiques et la production de chaleur étaient exagérées. Alors vit le jour la théorie éclectique qui attribuait l'élévation thermique non seulement à la rétention, mais encore à la surproduction de chaleur. Lne double cause produisait l’écart cpii se manifestait dans cette période entre les températures centrale et périphérique. Cet écart si brusque rendait compte de la sensation de froid éprouvée par le malade lors de l’accroissement rapide de la température, sensation plus aiguë que celle qui se manifeste sous linfluence d’une cause unique, fût-elle représentée par le froid extérieur le plus vif. Plus le frisson est violent, plus la température du corps monte haut et vite, en raison même de 1 activité des contractions musculaires cutanées qui fabriquent de la chaleur.
S'il est vrai que dans le stade initial de la fièvre la production de calorique subisse une légère augmentation, le fait essentiel qui caractérise cette période réside dans la diminution de la quantité de chaleur émise normalement. Certains auteurs, Rosenthal entre autres, affirment encore avec Traube que dans cette période tout le secret de l’élévation thermique se résume dans le phénomène de la rétention du calorique. Les recherches expérimentales de Ivrehl et Malthes sont contraires à cette opinion.
Ivrehl et Malthes ont cherché la solution clu problème à l’aide du calorimètre de Rubner. Ils ont opéré sur des animaux à jeun, période pendant laquelle la production de chaleur est régulière aussi bién chez les fébricitants que chez les non-fébricitants, ou bien, ce qui revient au même, sur des animaux soumis à la stricte ration d’entretien .
L'expérience a toujours duré plusieurs heures, de cinq à dix et même vingt heures. Ils ont constaté que, par heure, la déperdition de chaleur par conduction, par rayonnement et par évaporation aqueuse, se faisait avec beaucoup de régularité chez le cobaye et encore mieux chez le lapin. Leurs expériences, entreprises à 1 aide de diverses substances pyrétogènes, leur ont permis de connaître la déperdition de chaleur et d évaluer la production, en tenant compte de 1 alimentation, du poids moyen de 1 animal, de sa température initiale et finale, et de la chaleur spécifique de son corps. Envisagés au point de vue des diverses périodes de la lièvre, les résultats ont été les suivants : dans la phase d'ascension thermique ces auteurs ont toujours constaté une production exagérée de chaleur, supérieure d’environ i p. ioo au chilfre normal. Seulement, l’élévation thermique mesurée par le thermomètre n est nullement l’indice précis de la quantité de chaleur formée par les décompositions organiques. Dans les chiffres relevés, la cause de la fièvre et 1 influence du sujet jouent un rôle important. Par exemple, dans une même maladie on peut constater, tantôt une élévation thermométrique médiocre, tandis que la production de chaleur est très exagérée, et tantôt une forte hyperthermie alors que l’organisme fébricitant forme à peine plus de chaleur que l'organisme sain. En tout cas dans cette période ascendante de la courbe thermique la déperdition de calorique par rayonnement , par conduction et par évaporation aqueuse, est toujours diminuée.
Dans la période d'état de la fièvre, Ivrehl et Matthes ont également constaté la production exagérée de chaleur, supérieure d’un cinquième en moyenne à la production normale et en même temps une augmentation dans la déperdition de calorique. Grâce à ce dernier phénomène, l’hyperthermie ne dépasse pas certaines limites. Chez les animaux soumis à l’expérience celte déperdition en excès du calorique n’est pas sous la dépendance d’une perte excessive de vapeur d’eau ; elle résulte plutôt d’un accroissement de la conduction ou de la radiation.
Ainsi donc, tandis qu’à l’état normal la chaleur produite par un exercice musculaire intense s’élimine en grande partie par la voie pulmonaire, il n'en est plus de même dans la fièvre. Il serait fort intéressant de contrôler chez l’homme ces faits expérimentaux et de connaître la quantité de chaleur émise par la voie pulmonaire chez l’individu fébricitant.
Dans la période de défervescence, la chaleur produite tombe au-dessous de la normale, et la déperdition n’est ordinairement pas forte, excepté dans quelques
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cas où l’émission de calorique reste exagérée. L explication de ce dernier fait, constaté expérimentalement, reste obscure, car il ne semble pas dépendre de la nature des substances pyrétogènes injectées à l'animal.
La seconde période est celle oit la température fébrile se maintient au maximum qu’elle a atteint (fastigium , période d’état . avec de légères oscillations quotidiennes ou des rémissions plus marquées (fièvre rémittente).Elle peut durer de quelques heures à quelques jours ou quelques semaines. La durée la plus courte s’observe dans la malaria, oit la température atteint au moment de l’accès 4°-4|0, mais ne s’y maintient que pendant une ou deux heures, pour tomber ensuite Tig. 89, 90 et 91). Cette période stationnaire présente une longue durée 8 à i5 jours dans le typhus exanthématique, la fièvre typhoïde, la pneumonie, et en général les maladies qui offrent une courbe thermique assez régulière. Pendant cette période, l’exagération de la thermogenèse atteint son maximum; le malade est en pleine fièvre, la peau est rouge et chaude, et la différence entre les températures centrale et périphérique s’efface presque complètement. Dans le stade stationnaire une sorte d’équilibre entre la perte et la production de chaleur s'installe ; la déperdition de calorique est exagérée, comme aussi la production; c’est pourquoi l’hyperthermie persiste.
La période fébrile stationnaire est la plus dangereuse pour la vie du malade, surtout lorsqu’elle est de longue durée. La mort au cours des pyrexies survient le plus souvent pendant cette période, où des organes importants pour la vie subissent des altérations dégénératives diverses.
La troisième période, de décroissance ou de défervescence (st. decrementi) a comme les deux premières, une durée variable, de quelques heures à plusieurs jours et plusieurs semaines. Généralement la fièvre tombe vite dans les maladies où la période d’ascension a été très rapide, c’est-à-dire dans la pneumonie, l’érysipèle, la fièvre récurrente, la fièvre intermittente, etc.. Cette chute brusque de la température, de deux à cinq degrés au-dessous du niveau où elle était au moment du stade stationnaire, chute qui se fait en une, deux, douze, vingt-quatre, trente-six heures, porte le nom de crise (xoCyto, je sépare, j’arrête). La chute lente et progressive se faisant en 7 ou 8 jours et plus, s’appelle, lysis (Xuw, je résous). Elle appartient presque exclusivement aux maladies dans lesquelles le stade d'ascension est prolongé. Les oscillations vespéro-matinales sont faibles comme dans la température normale, ou bien atteignent un, deux, trois degrés. Alors se trouve constitué le type rémittent de la fièvre.
La lysis la plus prolongée (7-8 jours et plus) et la plus typique s’observe dans la fièvre typhoïde (fig. 83) ; on la rencontre encore dans
la scarlatine, la grippe, la variole, l’érysipèle et d’autres affections. Par- . fois, surtout dans les formes prolongées delà fièvre typhoïde, au cours de la troisième période, la défervescence en lysis ayant déjà commencé, on voit tout à coup, d’une façon imprévue, la température chaque soir s’élever brusquement; c’est la perturbation critique ou stade amphibole de Wunderlich. Ce phénomène traduit l’aggravation momentanée delà maladie et il modifie le pronostic en restreignant les chances de guérison.
Pendant la troisième période, la production de chaleur subit une diminution relative, tandis que la déperdition se restreint ou parfois augmente. La thermo-régulation est donc encore notablement troublée. La phase de la chute thermique se déroule suivant un cycle analogue, quoique inverse, à celui de l’ascension. Au stade initial 1 altéialion de la régulation amène le frisson ; à la période terminale elle provoque la sueur. Celle-ci survient fréquemment lorsque la température tombe avec brusquerie, après une période d’ascension courte (fièvre intermittente, fièvre récurrente, pneumonie, etc.) Le malade est littéralement baigné de sueur.
L’existence de ces trois stades dans la courbe thermométrique d une fièvre ne fait défaut dans aucune pyrexie. Certaines affections offrent des stades courts, d’une durée de quelques heures (fièvre intermittente), d’autres présentent des périodes ascendante et décroissante tiès écourtées (typhus exanthématique, pneumonie, fièvre récurrente). La fièvre typhoïde laisse se dérouler lentement les trois stades.
Chez les typhiques, les oscillations de la température ont été étudiées avec beaucoup de soin, non seulement aux divers stades, mais aux diverses heures de la journée. On reconnaît facilement dans ces courbes l’existence d’oscillations brusques et souvent inattendues qui se présententà certaines heures de la journée. Quelques-unes de ces oscillations marquées par une chute brusque ont été signalées par Wunderlich qui a voulu fixer leur date d’apparition d’une façon trop précise.
La courbe ci-jointe (fig. cjf) où la température rectale a été prise avec le plus grand soin toutes les trois heures à partir du second jour de la maladie, montre quelques-unes des particularités thermiques de la fièvre typhoïde. Il s’agit d un cas de maladie grave survenue chez une petite fille de six ans, très vigoureuse et d'une santé ordinaire excellente. La malade a été traitée parles bains froids sans aucune médication. Elle a été nourrie avec du lait et du bouillon. On remarque sur cette courbe les abaissements thermiques très profonds marqués par une ligne verticale reliant le point supérieur (température avant le bain) au point inférieur (température après le bain) que produisait chez cette petite fille l'application systématique de la méthode de Grand et, malgré ces abaissements, le retour rapide de la chaleur. On voit que la rémission matinale momentanée et trompeuse décrite par Wunderlich ne s’est pas faite le septième