V ATURE ET ROLE BIOLOGIQUE DE LA FIEVRE
Nature et rôle biologique de la fièvre
Le processus fébrile n’est pas seulement constitué par l’hypertherniie. Les substances pyrétogènes élèvent la température, et provoquent aussi tles altérations organiques, indépendantes de 1 hyperthermie. La pathologie humaine offre des exemples de maladies fébriles sans élévation thermique, telles la fièvre typhoïde apyrétique, certaines formes de diphtérie, etc. Chez les vieillards, les personnes affaiblies, les cachectiques, nombre de maladies fébriles évoluent avec des élévations de température insignifiantes. Les cliniciens ont reconnu depuis longtemps que 1 absence d’une réaction thermique intense, dans le cours d’une maladie infectieuse grave, comportait un pronostic sévère. L’hyperthermie fébrile n’est en somme qu’un acte réactionnel du système nerveux actionné par les substances lébrigènes qui circulent dans le sang. Cette réaction est, d’une manière générale, salutaire puisqu’elle permet l’élimination ou la destruction des toxines et qu elle apporte un obstacle à la multiplication des microbes.
11 v a toutefois dans la fièvre deux points de vue à considérer isolément: l’hyperthermie accompagnée d’un accroissement des métamorphoses nutritives, et les phénomènes d’intoxication générale indépendants de réchauffement du corps. Les premiers révèlent une réaction active de l’organisme, les derniers ne traduisent que des manifestations de dépression et de passivité.
Chez les organismes unicellulaires et chez quelques plantes (cellules de la levure de bière, seigle germé), on observe sous le coup d'une infection bactérienne, ainsi qu’en témoignent les expériences de llerz, une sorte de fièvre caractérisée par l’hyperthennie avec production exagérée de chaleur.
Quelques pathologistes du xvie et du xvne siècle avaient déjà considéré la fièvre comme un phénomène de défense de l’organisme. Stahl, le chef des vitalistes, regardait la fièvre comme l’indice d’un effort de la nature luttant pour éliminer ou annihiler la cause de la maladie. Sydenham au xvne siècle, P. Franck au début de ce siècle ont émis des opinions analogues. Toutefois leur argumentation ne reposait que sur des données cliniques, sur la constatation de la gravité de certaines maladies de nature fébrile, qui évoluaient sans fièvre. A ces observations on pouvait en opposer d’autres qui parlaient dans un sens diamétralement opposé, et en particulier, on faisait valoir 1 extrême sé^ôiilé des affections typhoïdes qui atteignaient ou dépassaient 4l".
La fièvre est-elle une réaction salutaire? Tel lut le problème agité
FIE VUE
dans la période de 1870 à 1880 el ui resta longtemps sans solution, parce que les éléments objectifs cl réellement scientifiques permettant de séparer les effets de l’hyperthermie proprement dite de ceux de l’intoxication, faisaient défaut. Naunyn, Winternilz, Samuel s'étaient déjà élevés contre les idées de Liebermei sler, de Wunderlich, et nhésilaient pas à déclarer que l’hyperthermie était un phénomène utile, dans la lutte contre l’infection. Aujourd’hui beaucoup de médecins 11e considèrent pas l’hyperthermie dans le cours des maladies infectieuses comme un mal qu’il faut combattre toujours et à tout prix, et à leurs yeux l’élévation de la température est l'indice d'une réaction puissante et salutaire contre la cause pathogénique de la maladie. Celle conception gagne chaque jour du terrain; elle s’appuie sur des observations cliniques, et aussi sur des données de la pathologie expérimentale et de la bactériologie. En 1876, Heydenreich, étudiant l'influence des diverses températures sur la spirille de la fièvre récurrente contenue dans le sang, a constaté qu’à partir de 4°° l’élévation thermique exerçait une action nocive sur le parasite et a conclu que la fièvre constituait un phénomène salutaire dans l’évolution de la maladie. A cette opinion 011 pouvait objecter qu’une expérience faite sur des parasites in vitro ne permettait pas de préjuger la nature des actes qui se passaient dans l'économie vivante envahie par le microbe. Une critique semblable ne pouvait être élevée contre les recherches de Rovighi. Cet auteur a inoculé à des lapins le charbon et la septicémie des lapins. Divisant les animaux inoculés en deux lots, il a soumis le premier groupe à un surchauffage artificiel et le second à la réfrigération et il a abouti à ce résultat constant, que les animaux fébricitants normalement, et, plus encore ceux qui étaient soumis à un surchaulfage artificiel, supportaient l’infection mieux que les animaux donlla température avait été abaissée artificiellement. Après infection par le pneumocoque de la salive, le sang des animaux à température très élevée renfermait moins de bactéries, possédait une action toxique moindre que le sang des animaux dont la température avait été abaissée.
Les recherches de Rovighi (1889) ne sont pas restées isolées. Antérieurement, Pasteur avait démontré que la poule refroidie prenait le charbon. E11 1884, Alexander avait constaté que le sang des malades atteints de fièvre récurrente se peuplait d'une quantité de spirilles plus grande dès qu’on abaissait la température du malade par l’antipyrine.
Des travaux récents et nombreux sont venus soutenir l'utilité de l’hyperlhermie dans l’évolution des maladies infectieuses (Bouchard, Walter, Savtchenko, Dokhinann, Filennc, Loewy et Richter, llildebrandt,