TERMINAISON DE LA MALADIE
a0 Ou observe encore dans les actes qui aboutissent à la guérison l’élimination ou la destruction de l’agent pathogène et des produits créés sous l'influence de la maladie. Quand une substance étrangère introduite dans l’économie est la cause du processus morbide, la guérison s'opère soit par l'élimination complète de celle substance, soit par sa transformation en une matière inoffensive, soit enfin par sa destruction, sa dissolution sous l’influence du protoplasma vivant et grâce à la fièvre et à l’accélération des métamorphoses nutritives. — L'élimination de l’agent pathogène et des produits morbides s’exécute par les voies d'excrétion: le foie, le rein, le canal intestinal, la peau, l'arbre aérien et le sang lui-mème. ■ — La transformation du corps étranger, incapable de dissolution et de résorption, est réalisée par la multiplication du tissu conjonctif qui l’entoure et l'isole sous l’enveloppe d'une capsule. Les produits pathologiques développés pendant la maladie sont éliminés peu à peu à l’aide des vaisseaux sanguins et lymphatiques, transportés en différentes régions du corps où ils sonl momentanément fixés, et en fin de compte oxydés et utilisés pour les besoins de l’organisme. Nombre de particules solides finissent par être solubilisées et digérées par les sucs des cellules et des tissus.
Les recherches les plus récentes ont sur ce point apporté des éclaircissements inattendus. Certaines cellules de l'organisme possèdent la propriété remarquable non seulement de rendre inoffensives diverses substances qui pénètrent dans le sang, mais encore de fabriquer des antitoxines spéciales contre ces substances. La nature médicatrice d’Hippocrate, restée pour les siècles passés un phénomène constatable dans ses résultats, mystérieux dans son mécanisme, a laissé lever un coin du voile qui cachait son obscurité. Les principaux éléments de celle faculté autocuratrice de l’organisme ont été analyses par les pathologistes contemporains. L’organisme, unité vivante, est muni de fonctions, d’appareils et des moyens d’adapter ceux-ci aux conditions de sa protection; la fièvre pendant les pyrexies, la sudation, le pouvoir d’arrêt du foie sur les poisons, l’élimination par les reins et le tube intestinal des produits nocifs contenus dans le sang, la vasomotricité, les sécrétions internes des glandes, etc., tous ces phénomènes permettent à l’organisme de se libérer des substances étrangères et toxiques et de contrebalancer leurs actions destructives. Chaque cellule prise isolément, chaque granulation vivante du protoplasma jouit de la même faculté de réaction, du même pouvoir de résolution des processus morbides ou d’accommodation envers eux. — C’est en cela précisément que gît le caractère essentiel de la matière vivante. Seuls, les agents très puissants tuent d’un seul coup le protoplasma en frappant à sa base même son
HISTOIRE NATURELLE DE LA MALADIE
organisation, c’est-à-dire en le coagulant ou en l’intoxiquant définitivement, tandis que les influences nocives de faible intensité ne font qu’altérer pour un temps donné la nutrition de la cellule. — Avec une composition physico-chimique modifiée, celle-ci peut encore s'accommoder aux actions extérieures et poursuivre sa vie.
Depuis quelques années un nouveau et puissant moyen de défense de l’organisme a été mis en lumière. Les travaux anciens de Schlltze, Vinciiow, Recklingiiausen, Ziegler, Bizzozero, Arnold, Corml résorption du séquestre du choléra des poules, 1880), Ranvier, etc., avaient montré l’absorption des particules étrangères par les leucocytes et les cellules du tissu conjonctif. Les travaux récents de Metchnikoff et de ses élèves sur la phagocytose sont venus jeter la lumière sur la nature jusque-là incomprise et sur l’importance de ce très grand phénomène biologique. Certaines cellules dites phagocytes (Metchnikoff sont capables d’absorber les microbes à l’état vivant et les toxines, de les digérer, de les détruire, de les rendre inoffensifs (voir plus loin les chapitres sur le sang, l’inflammation, les maladies infectieuses, etc.).
A côté des moyens de défense préexistants que l’organisme met en jeu pour sa guérison, il en est d’autres, absents à l’état ordinaire, et qui se créent, pour ainsi dire, suivant les besoins : c’est la production dans les plasmas de l’organisme de substances (pii jouent un rôle anti-infectieux ou antitoxique contre les germes vivants et contre les poisons microbiens. On sait quel secours a apporté à la thérapeutique, dans ces derniers temps, la connaissance des propriétés du sang des animaux immunisés.
Les données de la science contemporaine ont projeté une vive lumière sur les procédés, les appareils, les modes de défense de l'organisme, considéré comme unité vivante, engageant la lutte, avec la somme de ses défenses locales et générales, contre un corps nocif venu du dehors. Souvent, dès le début, les forces de défense de l'organisme élèvent une barrière suffisante au mouvement de progression de l’agent pathogène, de sorte qu’il ne peut être question de maladie véritable avec une physionomie clinique arrêtée. Le trouble morbide se dessine vaguement sous la forme d’un malaise général, d’une indisposition.
La propriété de certaines cellules de pouvoir digérer et détruire des substances nuisibles se rattache en partie à l’hérédité, mais non d'une manière complète. Elle est le fruit d’une adaptation, d'une différenciation des cellules qui s’éloignent de l'état embryonnaire. On sait, par exemple, que les animaux nouveau-nés sont fragiles à l'égard d'infections qu ils supporteront facilement dans la suite. L'homme adulte est en gêné-
INCUBA nos
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ral plus résistant que le nouvcau-no et que l enfant contre les influentes qui menacent sa vie.
Pendant que se déroule la lutte des appareils et des éléments de l'organisme contre une cause morbide, la clinique en traduit les di\eises phases et permet de reconnaître plusieurs périodes dans 1 évolution d'une maladie. On distingue dans les affections aiguës une période d’incubation, une période d'invasion, une période d état, une péiiodt de déclin à laquelle l’ait suite la convalescence.
Incubation. — Celle période sépare le moment où l’organisme subit l'influence de la cause morbifique de celui où se manifestent les piemiers symptômes de la maladie. Elle peut durer de quelques heures (pneumonie) à plusieurs années (rage, lèpre); elle correspond au laps de temps qu’exige l’agent morbide pour triompher des résistantes que l'organisme lui oppose, pour se multiplier et provoquer une lésion locale manifeste ou pour imprégner l économie de ses toxines. Elle est donc en rapport avec la nature de la maladie et ne varie, pour cei laines d’entre elles, que dans des limites assez restreintes (les lièvres éruptives par exemple). — Dans certaines maladies sa durée est très inconstante, elle dépend du point de pénétration du germe et de la longueur du chemin qu’il a à parcourir avant de frapper les éléments anatomiques, susceptibles de réagir par des symptômes. Ainsi la morsure de la lace donne la rage bien plus rapidement que la morsure du pied, la syphilis doit franchir par voie centripète toutes ses étapes ganglionnaires a\anl de devenir une infection sanguine générale; le paludisme peut \égétei dans la rate pendant des mois avant de donner signe de vie. Cela revient à dire que* l'homme peut porter au milieu des apparences dune santé florissante des germes de maladies dont l incubation sera presque illimitée. Nulle constatation ne permet mieux de se rendre compte de la
nature et de l’existence de ce microbisme latent \ erneuil) que 1 expérience de Tr.vpesnikoff. Une poule a reçu dans le sang des spores charbonneuses que l’on retrouve pendant des mois dans les phagocytes sanguins de l'animal dès qu’on fait l’examen de son sang. Elle reste en parfaite santé. Veut-on que le charbon éclate, que la période d’incubation finisse, il suffit de refroidir la poule : en quelques heures l’infection charbonneuse l’envahit. Cette expérience permet de saisir sur le vif quelquesunes des conditions qui interviennent dans l’incubation des maladies.
Parfois l’organisme, dominé parle nombre ou la virulence des germes assaillants, ou encore affaibli dans sa résistance par une cause quelconque, un coup de froid, etc.,, se laisse envahir en peu de temps; parfois, au contraire, il oppose, à l’aide des procédés dont nous avons
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parlé, une résistance extrêmement longue. L’un <le nous a fait, sur la demande de Pastel», l'autopsie d’un homme mort de la rage à Bourg, vingt-sept mois après une morsure laite par un 'chien enragé. La résistance de cet homme contre l'infection rabique avait été accrue probablement par la vaccination. 11 jouissait d’une santé parfaite, lorsqu'il lit une chute violente : dès le lendemain, c’est-à-dire bien plus vite que si on lui eût injecté le virus dans les méninges même, la rage éclata et tua le malade en trois jours. Le bulbe contenait un virus rabique d'une virulence exactement semblable à celle de la rage des rues.
Dans leurs allures, les maladies affectent le type intermittent, rémittent ou continu. Le type intermittent dans les maladies infectieuses (fièvres paludéennes, typhus à rechute) est dû à la destruction, pendant l’accès, d’un certain nombre de germes et à l'évolution ultérieure de ceux d’entre eux qui, sous une forme de résistance, ont été se loger, pendant un certain temps, dans la rate ou la moelle des os. La période d’apvrexie correspond à l’absence à peu près complète de parasites dans le sang de la circulation générale. Quand de nouvelles générations de parasites se sont formées par un cycle évolutif naturel, le sang est envahi de nouveau et la crise fébrile recommence. On constate parfois une certaine intermittence dans les manifestations des maladies du système nerveux; il faut invoquer ici l’épuisement que provoquent les douleurs ou les convulsions dans l’activité des centres cérébro-spinaux.
La rémittence s’observe dans un grand nombre de maladies aiguës d’une certaine durée. La rémission matutinale, qui est un phénomène phvsiologique dans la température du corps humain, s’accentue ici. Le chiffre thermique, qui atteint le soir 4o°, descend le matin presque à la normale.
Le type continu des maladies aiguës est fréquent dans nos contrées.
L 'Invasion se fait d’une manière brusque (variole) ou graduelle lièvre typhoïde), elle est variable dans sa durée.
Période d’état. — Pendant qu’elle se déroule, la fièvre se maintient au voisinage de son chiffre le. plus élevé. Elle dure quelques heures dans l’accès intermittent palustre, des jours et des semailles chez le typhique. Quand la maladie a, par son essence, un cycle régulier exempt de complications, la pneumonie franche par exemple, on peut prédire à peu près le jour où la fièvre tombera. Dans l’évolution des maladies aiguës, la possibilité d’une telle prophétie n’est que rarement réalisée.
La Période de déclin évolue rapidement et c’est la crise, ou bien la défervescence est lente et c’est la lysis. Les Anciens accordaient une imporlance considérable à la crise ; ils la considéraient comme le dernier