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II. Auto-intoxications

RÉCEPTI VITE

lieuse n’est jamais créée qu’avec l’aide de causes prédisposantes.

En dehors de la spécificité étroite et puissante d’un agent morbide, c’est l’organisme lui-même qui joue le rôle essentiel dans le développement de tel ou tel tableau clinique; le plus souvent, la maladie est le résultat d’une double complicité, celle de l’organisme et celle de l’agent pathogène. Ainsi formulée, cette proposition perd tout caractère paradoxal quand elle s’applique à l’étude des maladies infectieuses. Dans les services hospitaliers de la diphtérie à Paris, avant qu’on prît les mesures de désinfection de la période récente, ne savait-on pas, presque à l’avance, les époques de l’année où la diphtérie ferait des victimes parmi les internes? Les périodes de labeur prolongé, les jours qui suivaient les fêtes de la salle de garde avaient une réputation fâcheuse et méritée. Dans le cours d’une épidémie quelconque, combien de personnes, combien de médecins sont soumis à la contagion et qui ne sont pas frappés? La réceptivité différente des organismes est la cause de cette fortune inégale.

La pathologie expérimentale a réuni une foule d’observations qui donnent la preuve du rôle des conditions prédisposantes dans la genèse des maladies infectieuses. Considérons, par exemple, l’état du suc gastrique. Dans les conditions normales, l’acidité du milieu, favorable à la digestion des matières albuminoïdes, est en même temps un obstacle au passage de germes pathogènes qui ne prospèrent que dans les milieux alcalins. On peut introduire des vibrions cholériques dans l’estomac d’un cobaye sans lui donner le choléra; les microbes sont détruits ou altérés par leur passage dans l’estomac et la culture intestinale est empêchée. Mais, avant l’introduction du virus cholérique dans l’estomac, neutralisons avec soin l’acidité du milieu : les germes pourront alors franchir la cavité gastrique et arriver, à peu près intacts, dans l’intestin pour y sécréter la toxine cholérique. Dans les épidémies, cette expérience se réalise souvent chez l’homme; un écart de régime qui change les conditions chimiques du milieu gastrique en fait une victime du choléra.

L’immunité contre une maladie infectieuse, conférée par une vaccination artificielle ou par une atteinte antérieure, est aussi un bel exemple du rôle assumé par l’organisme dans l’éclosion des maladies.

La susceptibilité plus ou moins marquée des individus à contracter des affections dites a frigore est en raison inverse de l’accoutumance des téguments à supporter les changements brusques de température. Chez ceux-ci, les forces défensives de l’organisme, mises enjeu par le système nerveux de la peau normalement excitable, neutralisent en quelque sorte la fâcheuse influence des oscillations thermiques brusques; chez ceux-là, l’affaiblissement du pouvoir de régulation vasomotrice de la peau

É Tl 0 1.0 GIF. GÉNÉRA LE DES, MALADIES

apporte un coefficient favorable à la nocuité des brusques modifications thermiques. De tout temps, les cliniciens et principalement les médecins militaires avaient signalé le rôle de la fatigue, du surmenage dans révolution et aussi dans la production des maladies infectieuses; les recherches de Ch.uuun et Rogkr ont donné un point d’appui expérimental à ces constatations de la clinique.

Au premier rang des causes prédisposantes morbides signalées par l’ancienne médecine se trouve l’état désigné sous le nom de misère physiologique. Un des éléments de cette misère est l’insuffisance de la nourriture. Le typhus exanthématique (dénommé typhus de famine), le béri-béri ou kakke du Japon, la peste indienne, font leurs victimes les plus nombreuses dans la population mal nourrie. Canalis et Mohpurgo ont consacré une étude expérimentale à l’influence du jeûne. Les expériences de ces savants ont porté sur l’inoculation du charbon à des races d’animaux (pigeons) qui ne sont ni réfractaires, ni très sensibles à cette maladie. Sur douze animaux inoculés en bonne santé, il en est mort seulement deux. Si les animaux sont soumis à l'inanition, soit quelques jours avant, soit au moment même de l’inoculation, ils succombent tous au charbon. Ces mêmes animaux résistent à l’inoculation malgré l’inanition antérieure, si, au moment de l’inoculation, on leur rend leur nourriture, à la condition toutefois que l’atteinte portée à la santé n’ait pas été trop profonde. L'ne dernière expérience montre bien le rôle du microbisme latent et l’importance des causes adjuvantes. Des pigeons inoculés sous la peau avec le charbon continuent à se bien porter; quelques jours plus tard, on les soumet à l’inanition pour savoir si les germes introduits ont conservé leur virulence. L’inanition, commencée le cinquième jour, fait périr tous les pigeons du charbon; à mesure qu’on s’éloigne du jour de l’inoculation, les pigeons réfractaires deviennent de plus en plus nombreux malgré le jeûne : au delà de g jours, les animaux ne succombent plus au charbon, mais à l’inanition.

Ces expériences permettent de saisir, sous une forme concrète, le rôle de ce qu’on a nommé la misère physiologique et l’importance de l’alimentation dans les causes prédisposantes des maladies infectieuses.

En quoi consiste exactement, au point de vue physiologique, celle diminution de la résistance de l’organisme? Les recherches récentes de London (i8g6) apportent quelques éclaircissements dans le débat. On sait que le sérum d’animaux vivants présente souvent des propriétés bactéricides à l’égard de certains microbes. London a montré qu'après un jeûne de dix jours le pouvoir bactéricide du sérum de lapin disparait

HÉRÉDITÉ

ou se trouve considérablement amoindri; il revient au contraire à son taux primitif à mesure que l’alimentation est rendue a 1 animal.

Nous reviendrons plus loin sur les causes spéciales des maladies et sur les agents pathogènes qui les provoquent. Nous n étudierons ici, comme cause morbide, que V Hérédité.

Notions générales sur l'Hérédité.

La transmission des propriétés, qualités naturelles ou acquises, des ascendants aux descendants constitue l’hérédité, c’est-à-dire le phénomène biologique qui gouverne le monde vivant. L hérédité est la force conservatrice des propriétés de la matière vivante, mais la matière n est vivante qu’à la condition de réagir contre les actions externes, et celte réaction ne peut se faire que par l’adaptation ou l’accommodation aux conditions ambiantes. Or, cette adaptation tend à modifier les êtres et à les transformer; elle est donc une force èvolutrice qui lutte contre l’hérédité.

Tandis que la connaissance de l’évolution des êtres , le 1 ransformismc, n’a pénétré dans la science que depuis un temps relativement court, depuis cpie les travaux de Lamarck et surtout de Darwin ont fourni a la doctrine du transformisme les lois de la sélection naturelle, les phénomènes principaux de /'hérédité ont frappé les yeux de 1 homme dès la plus haute antiquité. Il est vrai (pie la constatation des faits d’hérédité physiologique et pathologique n’avait pas dissipé 1 obscurité qui régnait sur leur cause et leur mécanisme. Les découvertes, qui datent a peine d un demi-siècle, de Darwin, de Virchow, de Pasteur, sont venues, à trois points de vue, jeter les bases de la pathologie générale et permettre de pénétrer profondément le mystérieux problème de l hérédité.

Une science était née dans les laboratoires, qui s’occupait d’étudier la forme et les réactions histochimiques des cellules du corps de l’individu sain et de l’individu malade. Cette science des détails microscopiques paraissait d’abord bien éloignée des études poursuivies par les Évolutionnistes, lesquels ne portaient leur attention (pie sur les caractères extérieurs des plantes et des animaux, sur leur forme, leui couleui , leur anatomie, leur développement, etc. Cependant, quand la théor ie cellulaire eut montré (pie 1 ovule et le spermatozoïde, donL la fusion formait 1 em bryon , né ta i c n I 1 un cl 1 au t rc (pi une cellule, la sou i ce commune, les points de départ des études sur 1 Hérédité et 1 Évolution se trouvèrent tout à coup découverts, rapprochés et fixés. La théorie microbienne vint

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à son tour apporter une lumière inattendue qu’elle était allée puiser dans le domaine de la pathologie comparée. Chez un insecte, le ver à soie, atteint de plusieurs maladies qui se transmettaient héréditairement, Pasteur suivit le germe de la pébrine dans le corps de l’insecte, dans la .chrysalide, dans le papillon pondeur et enfin dans l'œuf lui-méme. Ce fut la découverte expérimentale d’un des modes de l’hérédité des maladies infectieuses. Sur le même insecte et à propos d’une autre maladie, la flacherie, Pasteur constata, par l’expérience, la transmission héréditaire de la fragilité d’un organe, d’une faiblesse originelle, qui prédisposait héréditairement aux troubles digestifs. Ainsi furent constatés pôur la première fois et reproduits par l’expérience ces deux modes de l’hérédité : l’infection et la dystrophie.

Envisagée dans sa nature et dans sa cause, l’hérédité est le résultat de toute multiplication, de tout accroissement qui dépasse les limites de l’individualité. Lorsque la cellule musculaire donne, en se multipliant, une autre cellule musculaire et qu’un épithélium produit de l’épithélium, ce ne sont là que des manifestations de l’hérédité des éléments isolés des tissus. La propriété essentielle de l'hérédité telle (pie nous la constatons est de permettre, d’une part, la conservation de l'identité des descendants avec les ascendants, et, d’autre part, l’accumulation, dans les organismes de nouvelle génération, de qualités physiques et morales des générations précédentes. Cette accumulation est quelquefois favorable, c’est la cause d’un progrès ; quelquefois défavorable, c'est la cause de dégénérescence; elle est en tout cas une source d’évolution. Les propriétés héréditaires de conservation et d’adaptation font de nous la copie, mais non la copie servile, de nos parents.

Quand la matière vivante apparut sur la terre, l’essence même de sa nature devait amener chez elle une modification immédiate, provoquée par l’action réciproque de cette matière et du milieu environnant. La vie se continuant, cl l’accroissement par multiplication ne pouvant dépasser les limites de l’individualité primitive, la transmission du protoplasma, et par conséquent de ses fonctions, se fit naturellement. L’hérédité devait naître.

Chez les êtres uni-cellulaires et, en général, dans les cellules d'un organisme multicellulaire se développant par scission ou par bourgeonnement, l’hérédité se trouve ramenée à la continuité du protoplasma : la cellule-fille est identique à la cellule-mère parce qu'elle n'est qu’une parcelle et la continuation immédiate du corps maternel. Dans les organismes monocellulaires asexués la faculté d’accroissement et de continuation de l’espèce, et par conséquent la faculté de la transmission des caractères par hérédité, est propre à chaque cellule et même aux por-

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tions de cellule, pourvu que celles-ci contiennent la substance nucléaire. C’est cette dernière qui nous apparaît déjà comme le substratum matériel de l'hérédité.

Chez les métazoaires, la faculté de multiplication, qui comprend le pouvoir de conservation de l’espèce, n’appartient qu’aux cellules génitales. La présence d’organes spéciaux, la nécessité d’une fusion de cellules mâle et femelle, rendent ici l’étude des phénomènes de l’hérédité beaucoup plus compliquée. On ne peut se rendre un compte exact des moyens par lesquels les qualités héréditaires paternelles et maternelles des ascendants immédiats et des ancêtres sont transmises aux enfants; on ne peut juger des précautions prises par la nature pour conserver le type de l’espèce en empêchant l’hérédité d’accumuler un trop grand nombre de caractères ancestraux; on ne peut connaître, enfin, les conditions matérielles de la transmission de l’hérédité dans l’ordre physiologique et dans l’ordre pathologique, sans demander aux travaux récents des eytologistes les renseignements puisés dans l’élude des êtres de la série zoologique.

Nous résumerons brièvement les notions embryologiques nécessaires à l’intelligence et à la discussion de ce problème.

Cellules-germes. — Chez les êtres, plantes et animaux, unicellulaires , la création d'un individu nouveau se fait par la séparation en deux parties du corps entier des parents. Dans les organismes multicellulaires les choses se passent différemment, parce que, à une date plus ou moins rapprochée, les éléments qui constituent le corps se différencient en deux groupes profondément distincts, les cellules somatiques qui forment les tissus variés, assumant les fonctions de la vie individuelle, et les cellulesgermes destinées, après leur séparation du reste du corps, à donner naissance à des individus nouveaux. Cette distinction entre les deux espèces de cellules n’est pas absolue; elle consacre surtout une condition physiologique s’appliquant à un mode particulier de division du travail ; il suffirait, pour le démontrer, de citer les cas où quelques cellules somatiques sont capables de régénérer le corps entier de l’animal. Chez les animaux les plus inférieurs, les cellules-germes sont distribuées çà et là autour des cellules somatiques. Chez les êtres plus élevés en organisation, les cellules-germes sont logées dans des organes, ovaires, testicules, qui leur fournissent le support, la protection, la nourriture. Au début du stade embryonnaire, il est difficile de distinguer les cellules-germes de l’un et de l’autre sexe et même de les distinguer des cellules somatiques. Plus tard la différenciation est facile. L’ovule se présente sous la forme d’une cellule volumineuse qui a emprunté une grande quantité d’éléments nutritifs destinés à servir à l’alimentation du nouvel être, tandis que le spermatozoïde qui a, comme l’ovule, la constitution nucléaire d’une cellule, 11e possède qu’une faildc quantité de cytoplasme dépourvu de réserve alimentaire. Sa constitution lui assure seulement le pouvoir de déployer pendant un certain temps une énergique activité. Nous étudierons successivement l’ovule et le spermatozoïde. L’ovule est une cellule et, à ce titre, il possède la structure de toutes les cellules (voir page 5). Dérivant des éléments de l’épithélium germinatif de l’éminence

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sexuelle, l’ovule a la forme d’uri sphéroïde casé dans un ovisac de l'ovaire qui lui serl de réceptacle jusqu’au moment de la ponte ovarienne. Entouré d une ou plusieurs enveloppes, il présente un orifice, le micropyle, dans lequel pénétrera le spermatozoïde; il possède un protoplasme, un noyau, un centrosome. Le centrosome s’observe à certaines périodes près de la vésicule germinative; il disparaît d’ordinaire au moment de la maturation de l’œuf. Sa disparition met la cellule ovulaire dans l’impossibilité de subir une division spontanée. Il faudra, pour que l'ovule se divise et prolifère, qu’un nouveau centrosome lui soit apporté par un spermatozoïde. Le noyau de l’ovule occupe à peu près la partie médiane de la cellule. A

l’époque de la maturation, il perd une partie de sa chromatine. Nous verrons plus loin dans quelle proportion le cytoplasme ou vilellus revêt des apparences variant avec les qualités du deutoplasme ou jaune de l’œuf. Ce cytoplasme offre une sorte de structure alvéolaire formée de granules ou microsomes, enfouis dans une substance fondamentale claire et homogène. Les corps deutoplasmiques renfermés dans lecytoplasme (protoplasme cellulaire ont une composition chimique variable et contiennent, à côté des matières protéiques, des nucléoalbumines associées à des substances grasses et à des hydrocarbures. Le deutoplasme est en général plus lourd que le protoplasme, de telle sorte que, lorsque le jaune est accumulé dans un hémisphère, il détermine par sa pesanteur la position de l’axe de l’œuf. Les enveloppes de l’œuf sont au nombre de trois : la membrane vitelline, sécrétée par l’ovule; le chorion, formé par l’activité du follicule maternel ; les enveloppes accessoires, fournies par i'oviducle après que l’œuf a quitté l’ovaire.

Le spermatozoïde est aussi une cellule dérivée, comme l’élément femelle, de l’épithélium germinatif de l’éminence sexuelle. Considéré depuis deux cents ans comme un animalcule parasite, il ne fut rattaché au groupe des éléments cellulaires que par les travaux de Koi.likeh et surtout de Sweiggek-Seidel et La Valette Saint-Geohges

Dans sa forme flagellée, le spermatozoïde présente \ parties (lig. 38).

i° Le noyau, qui constitue la partie principale de la tête, est formé d’une masse de chromatine entourée d’une mince enveloppe cytoplasmique;

■x° Le sommet, situé au-dessus du noyau dont il semble dérivé ;

3° La pièce intermédiaire, qui prend bien les couleurs acides et donne attache à la queue ;

4° La queue ou flagellum, formée en partie de substance cytoplasmique, dérivée de la sphère d’attraction de la cellule maternelle. Elle consiste en un filament axial librillaire entouré d’une enveloppe. On suit le trajet de ce filament axial jusque dans la pièce intermédiaire où il se termine par un petit bouton qui représente vraisemblablement le centrosome. Ce flagellum du spermatozoïde est l’organe locomoteur

Fig. 38. — Spermatozoïde (d'après Wilson).

A, sommet; — ti, noyau compact formé de chromatine riche en phosphore; — C. extrémité renflée du filumenl axial représentant probablement le centrosome de la cellule; — D, pièce intermédiaire; — E, gaine protoplasmique du filament axial; ; — F, filament axial; — G, pièce terminale.

HEREDITE

Si

dont les mouvements vibratiles emportent le noyau et le centrosome jusque dans l’œuf ovulaire. On trouve les éléments constitutifs essentiels de cette forme du spermatozoïde flagellé chez tous les métazoaires, depuis les cœlentérés jusqu a 1 homme, avec des modifications plus ou moins marquées suivant les espèces.

Origine et maturation des cellules-germes . — L ovule et le spermatozoïde prennent naissance aux dépens des cellules-germes primordiales qui de lionne heure, dans l’embryon, se distinguent des cellules somatiques. Leur différenciation sexuelle ne semble pas être le résultat d’une prédisposition antécédente, mais plutôt la conséquence d’une stimulation extérieure. Maupas a montré que, chez les rotifères, une élévation de température donnait naissance à des mâles, un abaissement thermique, à des femelles. Quant à la naissance des cellules-germes, on peut la reconnaître de bonne heure (ascarides, d’après Bovbri) à ce fait que ces cellules ne sont pas seulement plus volumineuses et plus riches eu chromatine que les cellules somatiques voisines, mais encore que les blastomères donnant naissance à ces cellules-germes gardent tout entière leur chromatine sans en expulser une partie dans le cytoplasme, comme cela s’observe dans les blastomères des cellules somatiques.

Comment se fait leur développement et s’exécute leur différenciation ?

Ovule. — On constate ordinairement une association active entre l’œuf et les cellules environnantes qui lui forment un follicule chargé de le protéger et de le nourrir. Quand l’œuf augmente de volume, le cytoplasme s'accroît et se charge de corps deutoplasmiques suspendus dans ses mailles et qui y apparaissent comme les granules zymogènes dans les cellules glandulaires. Dans beaucoup d œufs d’oiseaux et de mammifères on distingue à un certain moment, dans le cytoplasme, la présence d une sphère d’attraction et d’un centrosome, lesquels disparaissent tôt ou tard.

Spermatozoïde. — Les cellules-germes primordiales, en se divisant, donnent naissance à des cellules-filles qu’on nomme spermatogonies. Celles-ci, à un certain moment, cessent de se diviser, augmentent de volume et forment les spermatocytes primaires d’où découlent les spermatoevtes secondaires, puis les spermalides et enfin les spermatozoïdes (fig. 3y). Dans ceux-ci, le noyau est devenu petit, compact, et le cytoplasme a pris la forme d’une queue ou d’un filament flagellé. Le centrosome se trouve dans la pièce intermédiaire.

Avant d’entrer dans la description du phénomène cytologique qui assure la fusion de la cellule mâle et de la cellule femelle, deux remarques doivent attirer l’attention. Le produit de la fécondation comporte, comme le démontre l’observation clinique, la persistance de qualités qui lui viennent non seulement de ses parents immédiats mâle et femelle, mais aussi des ancêtres de ses patents, envisagés dans la branche masculine et dans la branche féminine. Le spermatozoïde et l’ovule ne transmettent donc pas que des qualités purement masculines ou purement

Fig. 3(). — - Schéma (d’après Boveri) montrant la formation et la maturation (c’est-à-dire la réduction de plus en pins grande do la masse chromatique) des cellules-germes mâles.

A, cellules-germes primordiales; — B, G, spermatogonies constituées par les divisions successives des cellules primordiales; —

D, période d’accroissement d’une spermatogonie; — D’, spermatocyte primaire; —

E, spermatocyte secondaire; — F, sperniatide; — H, spermatozoïde.

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féminines. L’embryon, de son côlé, ne renferme pas toutes les qualités du père et toutes les qualités de la mère additionnées les unes aux autres. Quelques-unes des propriétés des parents ont disparu, tandis que celles des ancêtres plus ou moins reculés ont surgi tout à coup. Ces diverses constatations que l’observation révèle

on! vraisemblablement pour raison d’être une cause physique, une condilion anatomique déterminée. Et cette base physique se reconnaît précisément dans les modifications que présentent les cellules-germes mâle et femelle à l’approche de leur maturité. Ces modifications consistent essentiellement en ceci, comme le montre le schéma de Boviîri (fig. 3q et 40), que l’ovule mûr ou le spermatozoïde ne renferment l’un et l’autre qu’une part de la quantité totale de chromatine contenue dans l’oocyte primaire ou dans le spermatocyte primaire.

La totalité de la chromatine du spermatocyte primaire est distribuée à quatre spermatozoïdes; celle de l’oocyte primaire est également divisée en quatre parties, la première attribuée à l’ovule arrivé à maturation et les autres aux corps polaires qui sont éliminés au moment de cette même maturation. Ce processus d' élimination des g lobules polaires joue un très grand rôle dans V hérédité. La vésicule ou noyau de l’œuf subit la karyokinèse; il se forme un amphiaster qui envoie une de ses étoiles vers la surface de l’œuf d’où elle s’élimine. Cette élimination du premier globule polaire emporte la moitié de la chromatine du noyau. L’aster resté dans le vitellus se divise encore sans phase de repos, c’est-à-dire sans avoir eu le temps de reconstituer la masse de sa chromatine; le produit de sa division sous forme d’aster s'élimine encore, c’est le deuxième globule polaire. Ainsi la chromatine a perdu les trois quarts de sa masse. O11 s'explique de la sorte que l’ovule mûr et le spermatozoïde ne représentent l’un et l’autre que des cellules incomplètes, et que ce soit précisément la fusion de ces deux cellules incomplètes qui restaure une cellule nouvelle complète, en lui fournissant, avec les éléments de son intégralité, la vitalité de la jeunesse. On s’explique aussi que cette élimination de la substance chromatique prive les cellules-germes d’une partie des qualités des parents. Ce processus met obstacle à l’accumulation dans l’œuf fécondé de toutes les propriétés des ancêtres qui s'additionneraient dans une proportion arithmétique et peu à peu aboutiraient à la création d’organismes d’une incroyable complexité.

La réduction qui s’opère dans les cellules-germes avant leur union ne met pas obstacle à la transmission des qualités héréditaires; elle la limite seulement. Vertus et vices payent à la nature des droits de succession.

Fig. 40. — Schéma (d’après Boveri) montrant la formation et la maturation (c’est-à-dire l’élimination d’une partie de la masse chromatique) des cellulesgermes femelles.

A, cellules-germes primordiales;— B, C, oogonies constituées par les divisions successives de ces cellules primordiales; — D, période d’accroissement d’une oogonie ; — E, oocyte primaire ; — F, oocyte secondaire, œuf avec le premier corps polaire; — H, œuf arrivé à maturité et les trois corps polaires.

Fécondation. — Dans les formes les plus simples, la vie se transmet; peut-être estelle même capable de se transmettre indéfiniment, par simple division cellulaire successive; mais, dans l’immense majorité des cas, l’énergie de la division ne se maintient et ne persiste que grâce à l'addition à une cellule d’une parcelle do

HÉRÉDITÉ

d une autre cellule. Le phénomène de la fécondation

Fig. 41, 4a, 43, 44, 45, 4G, représentant les diverses phases de la fécondation de l’ascaris megalocephala bi valons (d’après Boveri, figures empruntées à Wilson).

matière vivante provenant représente l’essence de la reproduction sexuelle, qui a pour but le rajeunissement de l'énergie de développement et de division cellulaire. Les observations de Maupas , faites sur les infusoires unicellulaires , montrent que les procédés de division cellulaire s’arrêtent d’eux-mêmes tôt ou tard, comme par un phénomène de sénilité, tandis que le retour à l’activité, la jeunesse, leur est restitué par leur fusion avec un fragment de matière vivante

A, B, élimination du second corps polaire; — G, noyau du spermatozoïde qui a pénétré dans l’œuf; près de lui se distingue la sphère d’attraction.

D, globules polaires éliminés;

— K, sphère d’attraction contenant le centrosome qui se divise;

— h, G, noyaux des cellules-germes .

venu d’une autre cellule.

Chez les êtres plus élevés, la fécondation est la fusion des cellules-germes paternelle et maternelle.

La pénétration du spermatozoïde dans l’œuf, entrevue par Neavpoiit en i854, a été bien décrite par Fol en 1879. Le

spermatozoïde est attiré H, globules polaires en voie L,N, les noyaux des cellules-

vers ]’n»nf nar un irle d’élimination; — I, J, forma- germes réduits en deux chromo-

pat Ull acte tion des chromosomes. somes ;— M,M, sphère d nttrne-

de sensibilité spéciale, tion devenue double.

de chimiotaxie positive.

Sous l’influence d’un phénomène, de nature peutêtre semblable, le vitellus présente une sorte de

tuméfaction limitée, zone cl' attraction, dans laquelle s'enfonce la tête du

spermatozoïde (fig. 48).

Aussitôt le vitellus s’entoure d’une membrane et donne même des témoignages de chimiotaxie négative, qui ferment la voie

à l’entrée d'autres spermatozoïdes. Si, par exception, deux spermatozoïdes réussissent à pénétrer dans l’œuf, il en résulte la création d un monstre double.

O, fibres du fuseau — processus devenu haryoUinetiquc ,

R, chromosomes à l étal de

division longitudinale.

Les parcelles de chromosomes se dirigent vers les pôles du fuseau, première division cellulaire dont l’évolution va se poursuivre.

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