K TI 0 I. O G I K G Ê V É II A L E D E S MA LADIES
La fécondation consiste essentiellement dans la fusion du noyau du spermatozoïde avec le noyau de l’ovule. Ces deux noyaux réunis forment le noyau primaire de la cellule de l’embryon dans le règne animal et le règne végétal. Ce sont les divisions successives de ce noyau qui donnent naissance aux noyaux de toutes les autres cellules du corps, de telle sorte que chaque noyau de la cellule de l’enfant contient une certaine quantité de la substance nucléaire des parents. Ces faits s’observent d’une manière très précise sur les œufs des Ascarides \ an Benkdkn et aussi dans le règne végétal (Strasrurger, Guignard, Xavaschixë . Chez l’Ascaris bivalens, aussitôt après l’entrée du spermatozoïde dans l’ovule et pendant la formation des globules polaires, le noyau du spermatozoïde augmente de volume et ressemble exactement au noyau de l’ovule (fig. 42, 43, 44)- Dans chaque noyau la chromatine se dispose en deux longs chromosomes filamenteux qui s’équivalent exactement par leur siège et leur réaction tinctoriale. Bientôt la membrane qui les sépare disparaît et les quatre chromosomes sont libres dans la substance ovulaire.
Cependant un amphiaster se développe, dans la région médiane duquel se voient les quatre chromosomes. On reconnaît ainsi une figure de karyokinèse, premier indice de la division de l’ovule. La substance chromatique qui subit ainsi ce processus de mitose a été constituée de toutes pièces par 1 union de la chromatine des noyaux des cellules-germes des deux générateurs. L’évolution continue suivant le type ordinaire de la division indirecte, c’est-à-dire qu’en définitive chaque noyau des cellules-filles reçoit une quantité égale de chromatine de descendance paternelle et de descendance maternelle (fig. 4 3 et 46).
Boveri a établi la loi de l’égalité numérique des chromosomes fournis à la première cellule embryonnaire par l’un et l’autre parent. Le fait a été aussi constaté chez les végétaux (lys) par Guignard. On sait que, dans tout noyau de cellules somatiques qui subit la karyokinèse, on trouve toujours pour une même espèce un même nombre de chromosomes. Dans la fécondation de l’ovule, le noyau de 1 œuf et le noyau du spermatozoïde présentent chacun un nombre de chromosomes qui est juste la moitié de celui que possèdent les cellules somatiques, et l’union des deux cellulesgermes rétablit précisément la totalité du nombre des chromosomes caractéristiques pour l’espèce.
Ces faits démontrent que les noyaux des cellules-germes mâle et femelle, envisagés au point de vue morphologique, sont équivalents et que les chromosomes des deux sexes, égaux par leur nombre, leur forme et leur volume, jouent un rôle égal dans la transmission des propriétés héréditaires. La chromatine apparaît ainsi comme la base physique de V hérédité.
Nous avons vu que la distribution des chromosomes et la division de l'œuf étaient commandées par le centrosome et l’amphiaster. Dans un grand nombre de cas, les constatations suivantes ont été faites d’une manière précise. Avant ou pendant la fécondation, le centrosome de l’ovule disparaît, tandis que le nouveau centrosome apporté par le spermatozoïde se divise pour former l'amphiaster. Chez l'oursin de mer 011 peut suivre facilement les diverses phases de ce processus (Y\ 11. son . Dans ce cas, la tète et la pièce intermédiaire du spermatozoïde pénètrent seuls dans l’œuf. Aussitôt après son entrée, la tète du spermatozoïde, portant à sa base la pièce intermédiaire, exécute sur elle-même un mouvement de rotation d’environ i8o°(fig. no, 5 1 , 5-z). Pendant cette volte-face un petit aster se développe autour de la pièce intermédiaire, qui présente un centre se colorant vivement comme le centrosome. A mesure que le noyau spermatique avance, l’aster sc développe rapidement dans le cytoplasme ovulaire, occu-
hé ni: dite
pant presque un hémisphère (lig. o3, 54)- Ld masse centrale de 1 aster se met en contact avec le noyau de l'œuf, se divise en deux asters-fdles qui se placent aux pôles opposés du noyau ovulaire, tandis que le noyau du spermatozoïde pénètre dans le noyau de l’œuf où on le distingue encore a son aspect do lentille biconvexe, et la fusion se termine (f ig . 55, 56). Bientôt la membrane nucléaire disparaît, un fuseau
Fig. 4:. 48, 49, 5o, 5 1 , 5a, 53, 54, 55, 5G. — Ces figures montrent (d’après Wilson) l’entrée et la rotation de lu tète du spermatozoïde et la formation de 1 aster achromatique d origine spermatique dans l’oeuf de l’oursin de mer.
Fig. 47. — Tète du spermatozoïde avant son entrée.
A, pièce intermédiaire portant un bout du filament axial ; — B, noyau du spermatozoïde.
Fig. 48- F‘g. 49-
Zone de tuméfaction de l’œuf au moment de la pénétration du spermatozoïde.
Fig. 5o. Fig. 5i. Fig. 5a.
Rotation de la tète du spermatozoïde et formation de l’aster d’origine spermatique au niveau de la
pièce intermédiaire.
Fig. 53.
Rapprochement des noyaux des
Fig. 04.
cellules-germes; grossissement de 1 aster.
se montre entre les deux asters et les chromosomes se distinguent et se séparent, emportant chacun une part égale de la substance nucléaire des deux cellules-germes.
Tels sont les faits histologiques constatés aujourd’hui d'une manière très précise. On voit que l’opinion de Fol, la description tpi il avait donnée du quadrille des centres , ne peut plus être considérée comme un fait qui réponde a la réalité. Dans la formation des premiers blastomères, le centrosome qui dirige le processus de segmentation vient du mile; il n’est pas un composé d un demi-ovocentre et d un derni-spermocenlre, par l’excellente raison qu au moment de la maturation, 1 ovule a perdu son centrosome et qu’il est devenu une cellule incomplète, incapable de sc développer sans l’apport du spermatozoïde.
Si le centrosome persistait dans I ovule, la parthénogenèse serait en vérité tiop
fréquente.
En résumé, il ressort de cette description sommaire les laits suivants . 1 Ea
ÉTIOLOGIE GÊNÉ HA LE UES MALADIES
première cellule embryonnaire est formée par la fusion de deux cellules-germes, ovule et spermatozoïde. Ces deux cellules sont I une et 1 autre incomplètes; elles
renferment une quantité de chromatine inférieure à celle qui existe dans les cellules somatiques ordinaires. La réduction quelles ont subie dans leur patrimoine de chromatine est due à un phénomène de maturation-, cette maturation assure l'élimination d’une partie de la cellule qui porte en elle des propriétés ancestrales.
Ainsi est évité dans l'embryon l'entassement total de toutes les propriétés des parents et des ancêtres; ainsi est préparée la voie de la variation dans les êtres. Ai les vertus ni les vices, dans le domaine physique et dans le domaine moral, ne sont obligatoirement transmis dans toute leur intégralité. La substance chromatique, base physique de l’hérédité, porte-cachet de la race, lire son origine à dose égale des deux parents. 3° L'ovule donne le cytoplasme, substratum du développement
et de la différenciation futurs; le spermatozoïde fournit exclusivement le centrosome, l’agent actif de la division mitosique, le tisserand de l’œuvre qui va se poursuivre.
Fig. 56.
Fig. 55, 56. — Conjugaison dos noyaux des cellules-germes cl division de 1’nstei1 achromatique d'origine spermatique.
Les données précédentes vont nous permettre d’apprécier, à un point de vue pour ainsi dire objectif, les théories plus ou moins ingénieuses cl surtout les faits dont la clinique et l’expérimentation ont établi la réalité dans le domaine de l’hérédité.
La théorie des anciens Préformistes, qui admettaient que l’œuf renfermait un embryon en miniature, comme la chrysalide renferme le papillon, la théorie de l’emboîtement des germes de Bonxkt, fui bientôt abandonnée. Son absurdité découlait précisément de ses conséquences, car si un œuf contient un embryon complet, celui-ci doit aussi contenir des
HÉRÉDITÉ 5
amis, ceux-là d'autres œufs, et ainsi de suite à l’infini. D’ailleurs les observations de Wolff (i 709) portèrent à cette théorie le dernier coup. Ce savant montra que dans l’œuf au début il n’y a pas trace d’embryon, (pie l'embryon apparaît peu à peu sous l'aspect de parties récemment formées; il créa en un mot la théorie de l’épigenèse , opposée à celle de l'évolution.
Parmi les théories qui ont été mises au jour pour expliquer la transmission des propriétés héréditaires, plusieurs sont célèbres par leur ingéniosité ou par le nom de leurs auteurs.
Buffon considérait que les molécules organiques qui n’étaient plus nécessaires à la nutrition formaient les éléments sexuels. Darwin supposa que des molécules organiques, gemmules cellulaires, émis comme des atomes par les unités du corps, circulaient, se multipliaient, se développaient ultérieurement en cellules semblables à celles dont ils dérivaient et servaient à la formation des cellules sexuelles. Ce fut la théorie de la pangenèse qui permettait d’expliquer facilement les propriétés innées et acquises, physiologiques et pathologiques, mais qui était privée de toute base anatomique et (pii n'est plus aujourd’hui défendue par personne.
L’hypothèse de Hæckel est non moins métaphysique que celle de Darwin et ne repose sur aucune propriété objectivement constatable des cellules et des tissus. — Hæckel considère que la cellule n’est pas l'unité vivante, qu’il y a au-desssus d’elle des plastidules, molécules de substance jouissant de sensations, de volonté, de mouvements propres, de mémoire, de réceptivité. La mémoire des plastidules est l’hérédité, due à la persistance du même mouvement moléculaire ondulatoire, transmis des parents aux enfants ; les modifications de la mémoire des plastidules, en plus ou en moins, dues à leur réceptivité, expliquent la variabilité des formes organisées. C’est la théorie de la périgenèse.
Cependant des théories allaient naître qui cherchaient à donner de l’hérédité une explication fondée sur des observations histologiques. iS œgei.i a proposé le premier la théorie de l’idioplasme. Pour lui chaque cellule renferme deux espèces de plasma organisé, l’idioplasme et le trophoplasme. Au premier seul appartient la faculté de reproduire les qualités des générateurs, au second reviennent les phénomènes de nutrition, d’assimilation et de relation avec le monde extérieur. L’idioplasme des cellules sexuelles contient à l’état de germes toutes les particularités et les caractères des ascendants. Ces germes peuvent être comparés à l’énergie potentielle ou aux forces de tension de la matière non organisée. Ils peuvent se manifester et se développer dans des individus ou bien rester à l’état latent pendant de longues périodes de temps, si les impul-
Ciiantemks.su ot Poiav yssotsky. Processus generaux. 4
F T 10 LO G J F G F N F H A L F U F S M A LA ÜJ F S
sions nécessaires à leur manifestation font défaut. En se produisant dans une série de générations, ils peuvent s'affermir, acquérir une intensité d’énergie plus grande, ou bien au contraire, dans des conditions inverses, ils peuvenl s’affaiblir graduellement et disparaître. Lorsqu’un organisme naît d’un bourgeon (Nœgeli en sa qualité de botaniste visait surtout le monde végétal), l’idioplasme ne se sépare pas sous forme de particules isolées, localisées dans des cellules ou des organes; il se propage comme un réseau de « micelles », qui s’étend du noyau au cytoplasme et, de cellule en cellule, à tout l’organisme. Aussi l’idioplasme est-il toujours l’agent decontrôle de toute modification qui apparaît dans le plasma nutritif. Dans l’accroissement des cellules, des tissus et des organes, dans la régénération de diverses parties, dans la substitution d’éléments nouveaux à ceux qui sont dégénérés, toujours se fait sentir la présence de l’idioplasme, gardien des particularités de l’individu, de l’espèce et du genre.
Dans celte conception de Nœgelt, les germes de l’organisme générateur sont contenus dans l'idioplasme de chaque cellule; si certaines de ces cellules sont différenciées, c’est-à-dire présentent des particularités de fonction et de structure, la cause en est dans les différences de tension et de mouvement que présente l’idioplasme de l’organisme dans ces cellules.
On ne peut refuser à l’hypothèse de Nœgeli un caractère d'ingénieuse philosophie, mais deux objections suffisent pour la renverser. Chez les animaux supérieurs et chez l’homme il y a, d’une manière évidente et contrairement à l’hypothèse de Nœgeli, une individualisation spéciale de l'idioplasme des cellules génitales; celui-ci possède seul la faculté de transmettre à la descendance les propriétés caractéristiques des ascendants. En second lieu, les constatations de Nussbaumm, Gruber, Verworn ont établi que seule la présence d'un noyau ou d’un fragment de noyau peut donner à des débris cellulaires la capacité de se régénérer. Enfin, les recherches de Hertwig, de Strasburger, de Van Beneden, de Guignard ont montré le rôle du noyau dans le phénomène de la fécondation : Boveri a fait voir que les substances paternelle et maternelle intervenaient à égalité de masse chromatique. La chromatine est donc apparue comme l’élément qui concentrait en lui l’idioplasme de Nœgelt et qui supportait la base physique de l’hérédité. C’est la conclusion à laquelle ont abouti de divers côtés Hertwig, Kolliker et surtout Weismann.
11 nous reste à exposer la théorie célèbre, développée avec beaucoup de soin par Weismann, à laquelle reste attaché le nom de ce savant : c’est la théorie de la continuité clu plasma germinatif. Avant d’entrer dans les détails, il est nécessaire d’indiquer à quelles sources Weismann a
HÉRÉDITÉ
puisé pour édifier son hypothèse; celle-ci découle en effet des théories de W. Roux et de de Vries dont elle combine les éléments. Roux concevait l’idioplasme, c’est-à-dire la chromatine, non pas comme une masse homogène de molécules, mais comme un mélange de substances diverses, douées de qualités différentes et représentées chacune dans les granules individuels de chromatine. Au moment de la formation du filament mitosique, la division qui suivait pouvait être ou (/uanlitative ou qualitative. Chaque noyau de cellule recevait ainsi une dose de chromatine munie de qualités en quelque sorte spécifiques, qui déterminaient la nature de la cellule et le sort qui lui était réservé dans le développement. Ce développement n’était lui-même influencé que très faiblement par les relations de la cellule avec ses voisines, c’est-à-dire par la loi de différenciation corrélative. De Yiues, de son côté, avait modifié l’hypothèse de Darwin qui admettait l’existence de gemmules se transportant d’une cellule à une autre. 11 admit que des gemmules ou pang'enes existaient dans les noyaux de chaque cellule; qu’ils déterminaient le caractère de celles-ci en émigrant du noyau dans le cytoplasme, où ils produisaient des changements spécifiques durant l’ontogénie et pendant les étapes successives du développement. Weismann admit ces deux hypothèses, mais, par sa conception de la continuité du plasma germinatif, il a donné à sa théorie une ampleur et un caractère de généralisation tout particulier. Il y a d’après lui un idioplasme corporel (somatischer plasma) et un idioplasme germinatif Keimplasma). Ce dernier se trouve dans la substance nucléaire de l’ovule et du spermatozoïde. Il est formé de pangènes. Ces pangènes ou biophores sont des éléments agrégés en groupes de plus en plus volumineux. Le premier groupe représente les déterminants dont le volume est encore trop petit pour être visible au microscope; le second groupe est formé d’ides, qui sont les plus petits grains visibles de chromatine; le troisième groupe, qui physiquement se montre sous la forme de chromosomes, représente les idantes. La chromatine, d’après W eismann, possède donc une architecture complexe qui se transmet de générations en générations et qui détermine le développement de l’embryon dans une forme définie et spécifique. La division mitosique est le mécanisme qui délivre avec égalité ou inégalité la chromatine aux noyaux des cellules filles. Durant l’ontogénie, par le moyen de divisions qualitatives successives, les éléments de l’idioplasme sont distribués d’une manière définitive et prédéterminée aux différentes parties du corps. En fin de compte, il ne reste dans chaque cellule qu’une seule espèce de déterminant. Celui-ci, dans la cellule, se subdivise en ses biophores qui donnent à l’élément son caractère spécifique héréditaire. Le développement est donc pour Weismann le lait de l’évolution et non de l’épi-
(il)
K TI O T O a I F. a É N K lt A L F U F S XI A /. A U / F S
o-enèsc- il est le résultat d'une harmonie prédéterminée dont les effets se déroulent successivement.
Quant à la transmission héréditaire des qualités des générateurs, Weismann admet que, par le moyen de la division quantitative ou intégrale, une partie du plasma germinatif originel est mise à part et livrée, sans altération, dans son architecture première, aux noyaux des celluleso-ermes. L’idioplasme de celles-ci renferme donc à l’état potentiel toutes les propriétés de l’organisme des ascendants. Le plasma germinatif se poursuit sans interruption à travers la lignée des individus; ceux-ci ne sont que les porteurs de ce plasma, quelque chose comme les coureurs de Lucrèce qui se transmettaient.de main en main le flambeau de la Vie. Telle est la conception de la continuité du plasma germinatif.
Chez les êtres unicellulaires, l’organisme nouveau, constitué par la moitié de l’organisme générateur, lui est qualitativement identique, en attendant qu’il le devienne quantitativement. L’hérédité est parfaite. L’idioplasme des protozaircs, qui se divise perpétuellement et se continue dans des organismes nouveaux, est immortel. Le plasma germinatif des métazoaires, qui se multiplie et se perpétue dans la descendance, peut être aussi considéré comme virtuellement immortel. Seul l’idioplasme différencié, le plasma somatique qui se manifeste sous la forme de cellules corporelles, est voué fatalement à la mort.
Wkisma-NN s’est efforcé d’appuyer sa théorie sur des constatations d’embryologie comparée et en particulier sur la découverte de Boveri touchant l’œuf des Ascarides. Ce savant a démontré que, pendant les processus de division, les noyaux des cellules somatiques perdaient une partie de leur chromatine, laquelle tombait dans le cytoplasme et se 1 csorbait; tandis que les cellules germinatives gardaient, pendant leur division, toute leur chromatine, c’est-à-dire l’héritage ancestral complet.
Sa conception de la continuité du plasma germinatif a fait admettre à Weismann que les qualités acquises par l’individu au cours de sa vie ne se transmettaient pas héréditairement. « Comment, dit-il, concevoir l’hypothèse que la dextérité obtenue par la main d’un pianiste puisse impressionner le protoplasme des cellules germinatives et provoquer un développement correspondant dans la main d’un enfant.’ C’est une impossibilité physiologique. » Pour lui, l’enfant hérite des cellules germinatives de ses parents, mais non du corps de ses parents, et ces cellules germinatives n’empruntent pas leurs caractères au corps qui les porte, mais elles les détiennent de cellules germinatives préexistantes de la même espèce.
Cette théorie de Wkismanx, à cause de son intransigeance, en raison aussi de la base anatomique sur laquelle elle reposait, des relations so-
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(il
lides qu'elle établissait entre la théorie cellulaire et la théorie évolutionniste, a attiré vivement l'attention. Des pathologistes 1 ont adoptée; Ziegleh a émis cette proposition que les états morbides et les anomalies acquis par l'organisme différencié ne se transmettent pas, avec leurs caractères propres, à la descendance.
On peut faire à la théorie de \\ eismann des objections graves d ordre histologique et d'ordre biologique. Au point de vue de la division cellulaire, l’hvpothèse de la distribution qualitative des grains de chromatine est purement métaphysique. On a multiplié les expériences sur les animaux inférieurs et l'on a vu (pie, sous 1 influence d un traumatisme, on pouvait détacher des cellules de segmentation blastodermique des fragments de l’embryon; et les cellules détachées ont donné tantôt une partie de l’animal et tantôt l’animal entier, mais de volume réduit. La distribution originelle des déterminants ne se fait donc pas comme 1 a indiqué W eismann. Aussi d’autres embryologistes ont-ils poussé, dans une autre voie que celle choisie par Weismann, la doctrine du développement basée sur l’idioplasme nucléaire. Mertwig et Diuesch admettent que la chromatine représente l’idioplasmc et qu (die se distribue par parties égales à chaque division et non pas suivant une sélection qualitative. La différenciation des tissus et des organes, ils 1 attribuent à 1 iutervention d’une autre force, celle de la loi de corrélation des parties, s’exerçant par l’intermédiaire des pangènes de de Vhies. On sait que, pour de Vhies, le caractère de chaque cellule est déterminé par les pangènes qui émigrent du noyau dans le cytoplasme et là, devenant actifs, produisent des changements spécifiques, c’est-à-dire le caractère de la cellule. Quant à l’influence qui guide la migration des pangènes et discipline leurs opérations, O. IIehtwig et Driescii l’attribuent à la loi biologique qui veut que le mode de développement particulier d’une réirion, ou du blastomère de 1 œuf, soit le résultat de ses relations avec le reste de la masse : c’est la loi de la corrélation des parties.
Une autre objection s’élève contre la théorie delà continuité inaltérée du plasma germinatif, c est la transmission incontestable des caiactèits acquis niée par eismann. Sans doute la Zoologie a recueilli une scinde faits qui établissent la fixité des formes spécifiques actaelles : les lésions, les mutilations d’un individu ne se transmettent pas aux descendants; les formes nouvelles qu’on obtient par croisement ou par tout autre procédé n’ont qu’une fixité relative, qui n’est jamais comparable à celle des espèces ou variétés naturelles. Cependant, la 1 aléonlologic possède une longue série de faits qui démontrent que «les formes spécifiques varient, mais varient si lentement (pie toutes les espèces qui ont été étudiées depuis que l’homme observe paraissent fixes » (E. Pehrieh).
ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE UES MALADIES
(ri
C’est dans le monde de la Microbie <|iie l’on voit le plus facilement se faire la transmission des caractères acquis et la création d’espèces nouvelles, différentes par la forme et par la fonction de leurs ascendants. La rapidité d’évolution de la vie de ces êtres nous fait assister, en un temps relativement court, à la venue au monde de générations successives, extrêmement nombreuses, chez lesquelles les caractères acquis par les ascendants, sous l’influence d’une cause quelconque, s’imprégnent et se fixent dans le corps des descendants soumis à l’action persistante de la même cause. La découverte par Pasteur de l’atténuation des virus a été le point de départ de tous les faits acquis depuis quelques années dans ce domaine. Roux et Chamberland prennent une bactéridie charbonneuse, virulente, ordinaire; ils la transforment en peu de temps en une bactéridie qui ne fait plus de spores, qui ne présente plus trace de virulence à l’égard des animaux. Ce microbe, d’une forme et d’une action si spéciale et si terrible, est devenu une baguette banale, sans caractère, sans force, qui continue à donner naissance par scissiparité à des baguettes de même banalité.
Mais ce même microbe, avant d’être véritablement atténué, c’est-àdire avant d’avoir ses caractères acquis fixés dans sa descendance d’une manière durable, peut être modifié rapidement par un procédé quelconque; il peut perdre une de ses propriétés, la virulence par exemple. Les générations issues d’une manière immédiate et directe de ce microbe altéré témoigneront d’une vigueur amoindrie ; si la cause n'a pas agi trop longuement, le retour à l’état normal s’effectuera dans les générations successives.
Ces variations profondes et persistantes d’un côté, profondes et fugitives de l’autre, sous l’influence de causes qui ont agi d’une manière faible, lente et prolongée dans le premier cas, violente et rapide dans le second cas, peuvent être facilement observées quand on passe de l’étude des êtres unicellulaires à celle de l’organisme humain. Dans les deux cas les variations sont d’origine héréditaire. On reconnaît aussi chez l’homme qu’il faut à certaines familles des années d’une hygiène particulière pour aboutir à créer la goutte, qui se transmettra aux descendants, tandis qu’une intoxication rapide chez un des générateurs pourra modifier d’une manière sensible la vitalité du produit, sans que celui-ci conserve le pouvoir de transmettre aux cellules de ses descendants le trouble nutritif dont il a souffert lui-même.
Des laits embryologiques (pie nous avons passés en revue, des théories qui ont été émises pour les expliquer et les éclairer, nous voyons se dégager peu a peu dans ses grandes lignes le secret de l’évolution généa-
HÉRÉDITÉ
logique. Les mierosomes du filament du noyau sont transmis sans altération à travers un nombre infini de générations : les êtres sortent les uns îles autres comme formés dans le même moule (Debierre). Chaque individu lègue à ses descendants ses caractères spécifiques et en même temps quelques-unes des particularités secondaires qu’il a acquises durant son existence. D’ordinaire, l’hérédité atavique submerge ces particularités. « Les morts gouvernent les vivants » (A. Comte). Parfois ces particularités persistent, fixées par la sélection; ainsi varient les espèces. Ces variations, cpii sont le fruit de l’adaptation des êtres à des conditions nouvelles, ne peuvent s’obtenir que par une lutte contre la lorce conservatrice de l’hérédité.
La transmission des caractères acquis dans 1 ordre physiologique
Transformisme) et surtout dans l’ordre pathologique n’est plus contestable. Par quel mécanisme s’exerce l’action de l’organisme sur les cellules germinatives ? Lorsqu’il s’agit de faits pathologiques, d’un individu dont le sang charrie un toxique quelconque d’origine inorganique ou organique (plomb, alcool, toxine microbienne, etc.), on s’explique facilement que la substance de l’ovule et du spermatozoïde subisse une imprégnation qui puisse aboutir à la perte ou à la diminution plus ou moins complète de sa vitalité. Que le produit, issu de la fusion de cellules germinatives dont l’une ou l’autre est altérée, s’éloigne plus ou moins de l’état physique et moral de ses parents, cela se conçoit. Plus difficile est l’explication à donner de la transmission de certaines propriétés ou qualités héréditaires. L’espèce canine présente dans certaines races des aptitudes qui n’appartiennent pas à toute l’espèce. Un jeune chien de chasse, mis pour la première fois en présence du gibier, se comporte immédiatement comme chien d’arrêt ou comme chien courant. Dira-t-on que ce sont les produits solubles fabriqués par les cellules cérébrales des ascendants de ce chien qui ont influencé les grains chromatiques de leur plasma germinatif, au point que les descendants aient dans leur cerveau, les uns la tendance à se mettre en arrêt et les autres la tendance à courir en aboyant?
Bard (de Lyon) a émis une théorie différente. Il croit, comme Weismann, que l’individu est un bourgeon latéral destiné à protéger et à soutenir les cellules reproductrices qui représentent la véritable cellule ancestrale; mais il admet, contrairement à Weismann, l’hérédité des caractères acquis. Cette hérédité serait expliquée pour lui par l’influence que, dans l’organisme, les cellules exercent les unes sur les autres, influence qui s’étend nécessairement aux cellules germinatives. 11 y a dans cette conception une réminiscence involontaire de la loi de la corrélation des parties. Cette influence, d’après Bard, serait due à une
ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE DES MALADIES
propriété de la matière vivante et consisterait essentiellement en un mode particulier de mouvement, d’où le nom d’ induction vitale. Cette explication du savant lyonnais est bien métaphysique. Les mouvements qu’il imagine, avec des variations de longueur d’onde, de rythme, de direction, constituant l’induction vitale, nous semblent se rapprocher beaucoup des mouvements ondulatoires des plastidules de Hæckel, auxquels l’auteur allemand donnait le nom de mémoire des plastidules. En réalité, cette influence, cette induction vitale supposée n’est pas une explication; c’est l’énoncé, en termes nouveaux, d’un problème déjà posé.
Dans une théorie récente, Hillemand et Pétrucci, inspirés par celte phrase d’AuG. Comte, que le cerveau eut l'appareil de l’action des morts sur les vivants , ont émis l’idée que l’agent principal de l’action de chaque organisme sur sa descendance est le système nerveux et que l’hérédité se réduit à l’action de ce système sur les cellules germinatives. Les impressions « ressenties et réagies par les centres réflexes de la substance grise du cerveau ou de la moelle sont transmises, par l’intermédiaire des cordons nerveux centrifuges, dans le centre génital de la moelle, condensées et concentrées par lui, et enfin réfléchies sur les cellules-mères des spermatozoïdes et des ovules par les filets nerveux qui, partant de ce centre, se distribuent aux testicules et aux ovaires ». Il v aurait donc dans l’organisme deux modes de réflexes : l’un destiné à protéger l’individu, à assurer son adaptation et son accommodation aux conditions extérieures; l’autre destiné à préparer l’adaptation de la descendance vis-à-vis de ces mêmes changements. Les modifications avantageuses de l’organisme peuvent par ce moyen arriver à faire disparaître certaines tares de la race (hérédité régressive de Charpentier .
L’hypothèse de ITillemànd et Pétrucci est celle qui donne l’explication la plus plausible, basée sur l’anatomie, non pas de ces troubles dits héréditaires, fondés sur l’intoxication plus ou moins massive de l’embryon, mais des perturbations nerveuses d’origine héréditaire, telles qu’on les voit dans-l’épilepsie, l’hystérie, le tremblement essentiel héréditaire, les tics, les chorées, les vésanies, etc.
Comme résumé de cette étude, on peut avancer que le pouvoir de développement d’un individu est enfermé dans la structure du plasma germinatif qu’il a reçu en héritage. Comment cette structure protoplasmique a-t-elle été acquise? C’est un problème au sujet duquel les Évolutionnistes, par leurs études sur le transformisme des espèces, nous ont fourni d’utiles renseignements; mais pourquoi ce plasma contient-il en soi les propriétés ancestrales de tant de générations? Nous aboutissons ici à un problème insoluble, comparable à celui qui envisage la raison des causes physiques. Le chimiste constate que la combinaison de l’oxv-