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Nous avons passé en revue les principaux symptômes et les lésions qui s’observent dans le myxœdème. La pathologie expérimentale et comparée a jeté la lumière sur quelques-uns des phénomènes qui font suite à la disparition de la glande.
La physiologie du corps thyroïde a été longtemps méconnue. On accordait à cet organe depuis Maignien (1842) un rôle de régulation sur la circulation cérébrale : les uns voyaient en lui une sorte de réservoir pouvant emmagasiner un trop-plein de sang, d autres lui reconnaissaient le pouvoir de comprimer les carotides pendant le phénomène de 1 effort et d’empècher l’afflux sanguin au cerveau. Schiff, en 18:19, avait bien montré que la thyroïdectomie déterminait la mort chez le chien, mais son observation n’avait pas attiré l’attention. Ce ne fut qu après la publication des travaux des deux Reverdin et de Kocher que Schiff rappela les recherches qu’il avait faites autrefois et qu’il en entreprit de nouvelles. Il fit voir (1884) (pie, tandis que les rongeurs supportent assez bien la thyroïdectomie, les carnassiers y succombent le plus souvent. Sur soixante chiens opérés par lui, un seul survécut, bien qu ayant présenté d’abord les mêmes troubles que les autres. Trois ou quatre jours après l’opération, les animaux devenaient apathiques; bientôt survenaient des tremblements, des convulsions cloniques et tétaniques, et enfin de la dsypnée; la mort apparaissait du sixième au neuvième jour. Schiff signala (pie la mise à nu de la glande et la section des nerfs qui s’y rendent ne déterminaient pas les accidents; il montra surtout que l’introduction préalable, dans la cavité abdominale, de glandes thyroïdes de la même espèce animale supprimait les dangers de la thyroïdectomie. Il en conclut que la glande élaborait une substance chimique qui, emportée par le torrent circulatoire, jouait un rôle dans la nutrition du système nerveux.
La netteté des expériences de Schiff et la logique de ses déductions frappèrent les esprits. De tous côtés, les expériences se multiplièrent. Rogowitcii, Colzi, Wagner, Sanguirico et Canalis, IIohsley, Ughetti et di Mattéi, Alrertoni et Tizzoni, Gibson, Fuhr, Herzkn, Ew.u.n confirmèrent les observations de Schiff sur le chien et le chat, IIohsley sur le singe, Rogowitcii sur le lapin, Sanguirico et Orecchia sur l’agneau, Allara sur le poulet, Ewald sur le pigeon. Dans cette nomenclature, les expériences d’IIORSLEY, par leur nombre, leur importance et leur précision, méritent une place à part. Dans ses expériences de thyroïdectomie chez le singe, IIohsley obtint tantôt des phénomènes qui rappelaient entièrement ceux qui constituent la physionomie du myxœdème opératoire aigu et tantôt lus symptômes du myxœdème spontané chronique.
DÉ G É N ÊRESCENCE Ml QUE U S E
Dans ce cas, les animaux survivaient plusieurs mois et on trouvait de la mucine dans le tissu cellulaire et même dans le sang. En faisant connaître ses recherches ( 1 885), IIorsley admit que le corps thyroïde possédait une action hématopoétique et, en outre, une influence régulatrice sur le métabolisme des corps protéiques; il affirma qu’après 1 extirpation de la thyroïde les tissus subissaient une dégénérescence mucinoïde.
Les faits expérimentaux qui s’accumulaient montraient avec une netteté de plus en plus grande le rôle de la suppression de la glande thyroïde dans l’apparition du myxœdème. Aktiiaud, Magon, Munck, Dhobnick ont cependant soulevé des protestations. Ils ont soutenu que les convulsions et la cachexie étaient d’ordre réflexe et dues à l’irritation des nerfs résultant du processus inflammatoire qui se développe à la suite de l’opération. Les expériences de von Eiselsberg ont mis fin à ces controverses. Ce savant enleva sur des chats un des lobes de la glande et le greffa dans la paroi abdominale : quand il supposa que la grefle avait réussi, il extirpa le second lobe et l’animal resta bien portant; puis, quatre mois après la transplantation, il enleva le lobe greffé. Dès le lendemain, l’animal fut pris de convulsions et mourut le troisième jour.
Cependant, la question du rôle de la glande thyroïde allait prendre encore de l’ampleur avec les travaux de Bouunevjlle. Dans un mémoire Associai, franc, pour l’avancement des sciences, i88i)),cet. auteur s’exprimait ainsi, à propos de l'idiotie myxœdémateuse :
« Le lait qui domine la situation c’est l’absence de la glande thyroïde; « c’est à lui que nous rattachons non seulement l’idiotie, mais encore les « modifications de la voix, les manifestations scrofuleuses, les déforma- « tions rachitiques, la persistance de la fontanelle antérieure, le naît nisme, etc. D’où il résulte que la glande thyroïde exercerait une « action très importante sur la nutrition générale et en particulier sur « celle du cerveau, dont les circonvolutions ont un aspect gélatiniforme « rappelant celui du cerveau des nouveau-nés. Le défaut d’action de la « glande thyroïde se traduit, pour le système osseux, par la persistance « de la fontanelle antérieure, le nanisme et les déformations rachitiques « (rachis, thorax, os dos membres). En ce qui concerne la peau et le « tissu cellulo-adipeux, elle se manifeste par des éruptions diverses, une « coloration toute particulière, le relâchement des anneaux ombilicaux « et inguinaux, une diminution de la fonction sudorale, un état de molli h;sse spéciale et une hypertrophie du tissu adipeux, surtout dans « certaines régions.
« Le rôle capital que nous faisons jouer à l’absence de la glande
TROUBLES ATROPHIQUES DE LA NI TRITIOS ( LL LL LAI RL
« thyroïde trouve un appui dans la constatation, a I autopsie des adultes « atteints de cachexie pachyderrnique, de l('*sions sérieuses <le la glande « thyroïde et dans l’apparition de tous les symptômes de la cachexie « pachydermique chez les sujets auxquels on a pratiqué la thyroïdec- « tomie complète (myxœdème opératoire). Si, dans le myxœdème des « adultes et le myxœdème opératoire, on n’observe pas de symptômes « physiques et intellectuels aussi accusés que ceux qu’offrent les idiots « myxœdémateux, c’est que la lésion pathologique (cachexie pachyder- « mi quel des adultes) ou l’opération chirurgicale (myxœdème opératoire « interviennent alors que le corps s’est développé, que les eirconvolu- « tiens cérébrales ont atteint leur volume normal eL leur conformation « régulière. »
Les observations recueillies depuis cette époque n’ont fait que confirmer la justesse des vues de 13 ourxe ville. La glande thyroïde agit sur la nutrition en sécrétant une substance indispensable au bon fonctionnement des centres trophiques ; chez le myxœdémateux, la fatigue est insurmontable, la torpeur intellectuelle grande, le pouls ralenti, la température abaissée, les échanges réduits au minimum : l’être est comme eu sommeil. Quand cet état survient dans le tout jeune âge, on assiste à l’arrêt de la croissance; l’idiotie inyxœdémateuse se développe. Si le myxœdème apparaît à un âge plus reculé, on obtient ces êtres difformes, à la physionomie bestiale, qui, sous le nom de crétins, peuplent certaines vallées des Alpes. Les derniers n ollrenl pas, comme l’idiot myxœdémateux, une absence matérielle du corps thyroïde, mais chez eux l’organe est kystique et a perdu tout attribut fonctionnel.
A un degré moins éloigné de dégradation apparaît l’imbécile, puis l’arriéré, enfin l’infantile (Buissaud). 11 reste ici assez de tissu glandulaire pour que la fonction trophique générale ne soit pas gravement endommagée, juste assez pour quel’inlelligence suffise a certains emplois. Les expériences d’IloFMEisTEii que nous avons citées plus haut sur la thyroïdectomie des jeunes lapins, permettent de si' rendre compte de ces arrêts de croissance. Ces observations par la constatation de I hypertrophie compensatrice de l’hypophyse sont encore du pl us grand intérêt. Les ingénieuses expériences de Lan/ méritent une mention particulièi e. « De deux poules provenant d’une même couvée lune fut éthyroidéc: elle pondit un œuf ayant les dimensions d’un œuf de pigeon et ne pesant (pie 5 grammes, puis elle devint stérile. L autre reçut avec sa nouiiiture d’abord io grammes, puis jusqu a 3o grammes de glande thyroïde fraîche: elle pondit trois fois plus que les autres poules et ses œufs augmentèrent graduellement de poids, les derniers pesant io a i > grammes de plus que les premiers » (Guiaht).
DÉGÉNÉRESCENCE MUQUEUSE l;)3
Mais comment la glande thyroïde agit-elle à la fois sur la croissance, sur 1 intelligence et sur la reproduction '.’ Sans doute par l’effet d’une substance chimique dont l’existence avait déjà été invoquée par Sciiiff. Ouelle est celle substance et quel est son mécanisme d’aclion ? Agitelle en détruisant une matière toxique qui, après la thyroïdectomie ou 1 ali ophie spontanée de 1 organe, s accumule dans l’organisme et exerce une action nocive sur le système nerveux (Schii-t, Rogowitch, Hors- LEY, etc.)? ou bien fournit-elle, elle-même, la matière indispensable au fonctionnement régulier des mêmes centres trophiques ? Ces deux hypothèses ne sont pas inconciliables.
Pour démontrer que la sécrétion du corps thyroïde détruit, à l’état normal, un principe toxique qui se trouve dans le sang et dont l’accumulation produit le myxœdème, on a étudié tour à tour, après l’extirpation de la glande, la toxicité des tissus, du sang et de l’urine. Les extraits des tissus ont été analysés par Sgobbo et Lamari et ne se sont pas montrés particulièrement toxiques. Ughetti et ni Mattéi, Rogowitch reconnurent (pie l’injection du sang d’un chien thyroïdectomisé ne produit lien chez un chien normal, mais amène un tremblement continuel, suivi des autres accidents, chez un animal dont on vient d’extirper la glande thyroïde. Gley vit que le sang, après la thyroïdectomie, possède la propriété de produire des contractions fibrillaires. Les expériences de Laulaxié, de Masoin montrèrent aussi que l’urine des chiens opérés était plus toxique qu’à l’état normal. Restait à préciser la nature du poison. En 1 885 , Horsley avait émis l’idée, adoptée par von Eiselsberg, que cette substance était la mucine. Plus tard, on invoqua l’influence d autres corps toxiques ; le problème n'est pas encore résolu à l’heure actuelle.
On n avait jusque-là étudié qu’un côté de la question: l’empoisonnement du corps résultant du défaut d’action du corps thyroïde. Il fallait se demander si ce suc thyroïdien, qui jouait un rôle de contrepoison, n était pas lui-même, à une dose minime, toxique pour les organismes bien portants. Chante.messe et René Marie ont fait voir les premiers cpie ce suc thyroïdien, inoculé à des animaux sains et à l’homme, provoquait a une certaine dose l’apparition de phénomènes graves. Un mouton jeune et vigoureux était soumis à des injections de suc thyroïdien : à laibles doses, ces injections étaient bien tolérées; à dose forte, elles déterminaient chez l’animal une agitation vive, l’accélération du pouls, l’augmentation de la température, un amaigrissement notable et une excitation qui le faisait se jeter avec violence sur les personnes qui s’approchaient de lui et sur les parois de sa cage. La suspension du traitement amenait un rètour complet eL rapide à la santé; sa reprise faisait
Chantemessk et Podw yssotsky. Processus généraux. 1 1
TROUBLES ATROPHIQUES DE LA NUTRITION CELLULAIRE
recommencer le cycle des nccideiiLs. L'éludé expérimentale de la toxicité du suc thyroïdien a été faite par Bkci.éhe qui, ajoutant à la nourriture d'un singe macaque des glandes fraîches de moutons récemment égorgés, le lit mourir eu dix jours. Les recherches de Ballet et Emuqlkz sur le chien les ont conduits aux mômes conclusions. Nous reviendrons plus loin sur ces expériences, à propos de la pathogénie du goitre
exophtalmique.
Pour connaître la nature du poison dont 1 accumulation dans 1 organisme provoque le myxœdème, îles travaux récents ont été entrepris. Au début de l'année 189a, Notkin réussit à retirer de la glande thyroïde du bœuf, du mouton, du cochon, du chien, une substance albuminoïde, la thyroprolèide , dont 1 inoculation aux animaux fait apparaître les symptômes de la cachexie strumi prive.
D'après Notkin, cette thyroprotéide, qui représente la plus grande partie de la substance dite colloïde, serait non pas un résultat de Goitre exophtalmique (Coll. A. Lo.nde'. sécrétion de la glande, mais
un produit d’emmagasinement d'une substance circulant dans l'organisme à 1 état normal et représentant un déchet des échanges organiques.
Le véritable produit de sécrétion de la glande renfermerait un ferment (enzyme) : à l étal normal, ce poison organique serait détruit par le ferment; après la suppression de la fonction thyroïdienne, le poison s’accumulerait dans l’organisme et produirait les accidents de la cachexie strumi prive. L’enzyme en excès donnerait naissance a la maladie de Base Dow.
Dans un travail récent, Mohkotounk dit avoir retiré de la glande thyroïde un corps albumineux phosphore, qui correspondrait a la thyronucléo-allnimine de 1 1 ammaiisten. D’après cet auteur, le corps thyroïde recueillerait la mucine contenue dans le sang et la transformerait, par