ÉLABORATION DE LA MATIÈRE COLLOÏDE
On trouve parfois clans les vésicules de la glande thyroïde des sphères colloïdes qui, par leur structure stratifiée, rappellent les corpuscules amyloïdes, mais qui ne donnent pas avec l'iode la réaction caractéristique. La substance colloïde, qui possède la propriété de se gonfler fortement, exerce une pression sur le parenchyme voisin et dilate parfois les vésicules jusqu’à les transformer en kystes colloïdes. A travers les cloisons fibro-conjonetives qu’ils rompent, ces kystes s’unissent les uns aux autres.
Les recherches de B.vitus, Biondi, Langendorff, Renaut, Pisenti, \ iola, 1 odack, Il i!R thle, Roz/.t, etc., ont montre que la substance colloïde pénétrait des vésicules dans les vaisseaux lymphatiques et, de là, dans la circulation générale. Parfois même, la présence du suc a été constatée dans la lumière des vaisseaux lymphatiques péri-thyroïdiens. D’ailleurs, cette matière colloïde élant en continuelle formation à l’étal normal, on s’expliquerait mal, sans faire intervenir un phénomène d’excrétion, la conservation du volume invariable de la glande.
La sécrétion exagérée, pathologique, d’une substance colloïde, s’observe dans les tumeurs kystiques de l’ovaire el aussi dans certaines néoplasies cancéreuses de l’estomac ou du rectum, dans des tubes glandulaires du col utérin, dans ceux des capsules surrénales, dans les glandes gastriques, dans les tumeurs kystiques du cou développées au-dessus des vestiges des arcs branchiaux. Lorsque le processus de formation est très accusé, la distension des vésicules amène la rupture des vaisseaux et par suite des hémorrhagies, de sorte que le liquide colloïde est plus ou moins teinté de sang. Certains kystes de l’ovaire remplis de matière colloïde peuvent acquérir des dimensions considérables. Le contenu de ces poches renferme de la matière colloïde mélangée dans une proportion variable avec de la sérosité sortie des vaisseaux. A mesure (pie l’épithélium (pii tapisse la vésicule s’atrophie, par le fait de la pression inlra-vésiculaire, les vaisseaux mis à nu dans les cloisons versent leur sérosité, el le liquide épanché devient de plus en plus fluide. Ainsi s’opèrent les transformations des goitres ou des kystes de l’ovaire primitivement colloïdes en goitres et kystes séreux.
La cause du goitre endémique, c’est-à-dire de la production exagérée de substance colloïde dans le corps thyroïde, est encore obscure, malgré les travaux nombreux (pii ont tenté d’éclairer son étiologie. La théorie qui rattache l’apparition du goitre à l’existence d’une maladie infectieuse n’a jusqu’ici fourni aucune observation positive. Ce goitre se voit dans les régions montagneuses de la Suisse, du Tyrol, du Caucase,
TROUBLES ATROPHIQUES T) E LA H UT RIT l OS CELLULAIRE
de la Sibérie, des Pyrénées et des Alpes. En France, la Maurienne, c'està-dire le territoire de la vallée de l’Arc, a été toujours un des principaux centres de l’endémie goitreuse. Le l)r Rupin, qui a fait sur les lieux une enquête, a bien voulu nous fournir (communication écrite au D> Ch.vntemesse) les renseignements suivants. Les habitants qui boivent de l’eau de puits ou de l’eau provenant directement de la fonte des neiges ne contractent pas le goitre. A Saint-Jean-de-Maurienne, les gendarmes et leurs chevaux prenaient le goitre jusqu’à ce que l’administration militaire eût fait creuser un puits dans la caserne. A partir de ce moment, le goitre disparut. Les eaux qui possèdent au plus liant point la propriété goitrigène sont des eaux limpides, provenant de petites sources très calcaires, sortant de terrains calcaires (schistes calcaires carbonifères, mélangés le plus souvent de gypse et de dolomie . Certaines de ces sources sont réputées pour donner le goitre et sont parfois fréquentées par des conscrits désireux d’acquérir le goitre, afin de se faire exempter du service militaire. L’absorption de l’eau de certaines petites sources calcaires, pendant un mois, suffit pour provoquer l’apparition du goitre. La tuméfaction du cou disparaît et reparaît de nouveau, si on cesse l’usage de l’eau mauvaise et si, plus tard, on la reprend. L’ébullition de l’eau goitrigène, ou sa filtration à travers un simple filtre de ménage, à sable, dépouille le liquide de sa nocivité. Dans un village où toutes les maisons contenaient des goitreux, deux maisons seules étaient indemnes, celles du maire et du curé. Le Dr Repin a pu s’assurer que, seules, ces maisons étaient pourvues d’un filtre à sable. Le transport des eaux dans une canalisation d’une certaine longueur, d à 4 kilomètres par exemple, les améliore beaucoup. Le mélange de l’eau avec le vin lui fait perdre également ses propriétés pathogènes. C’est par ce moyen que se protègent les familles aisées, chez lesquelles on ne trouve presque jamais de goitreux.
Dans les pays de goitreux, le myxœdème est d’une fréquence anormale. Le goitre n’est pas vraisemblablement d’origine infectieuse; son développement affecte un rapport étroit avec la quantité d’eau ingérée, et le volume du cou des patients cesse de grossir et diminue, dès qu'on supprime l’usage de l’eau nocive. Le goitre n’est incurable (pie lorsque des lésions chroniques se sont installées et que la glande thyroïde est devenue kystique; en revanche, des personnes aboutissent au crétinisme sans avoir présenté à aucun moment d’hypertrophie apparente du corps thyroïde. Dans les eaux goil rigènes, h' l)r Rkpin a trouvé en abondance une diatomée (pii existe dans presque toutes les eaux calcaires et qu’on trouve même, quoiqu'on quantité moindre, dans les eaux des environs de Paris. Ces eaux nocives sont très limpides; les sédiments en