‹ Pathologie générale et expérimentaleChapitre 66 sur 72 · NÉCROSE. M ORTIE ICA T ION. OA N O II E N E · texte numérisé non relu

NÉCROSE. M ORTIE ICA T ION. OA N O II E N E

Les hypothèses émises par Brieger et C. FrXxkel sur la nature des toxalbumines sont loin d’avoir été consolidées par les recherches ultérieures. La loxalbumine isolée par Buieger et Fit an k EL des cultures du bacille diphtérique, produit soi-disant pur, s’est trouvé cinquante fois moins active (pie la toxine isolée par Roux et \ ersin et que ces auteurs avaient considérée comme une diastase encore très impure. On a vu bientôt que les toxalbumines étaient constituées, non par un produit albumineux, mais simplement par la précipitation de la substance active ou toxine, qui adhérait aux précipités obtenus aux dépens de cultures riches en albumine. Briegeu, lui-même, a constaté récemment, en utilisant le chlorure de zinc pour précipiter la toxine des cultures de diphtérie, que ce poison ne possédait aucun des caractères de la matière albuminoïde.

Ceci dit sur la nature de ces substances dites toxalbumines, nous signalerons que Baginsky et Stadthagen ont extrait de la viande putréfiée, sous l’influence d’une bactérie isolée du contenu intestinal, un corps toxique qu’ils ont nommé toxalbumine. Des produits toxiques analogues sont retirés des cultures du bacille qu’on trouve dans certaines viandes altérées, microbe que Vax Eiimengem a isolé dernièrement 1897 et qu’il a nommé Bacilles boliiliniis. La toxine du botulisme, même h très faible dose, produit des paralysies musculaires et des troubles cardiaques profonds. Elle entraîne la dégénérescence graisseuse disséminée des muscles, la chromatolyse des cellules nerveuses des cornes antérieures de la moelle, la dilatation des pupilles, etc. : un cinquième de milligramme de la culture filtrée de celte bactérie suffit pour tuer un lapin.

Dans le processus de la putréfaction prennent naissance une série de produits dont quelques-uns sont toxiques el les autres dépourvus de nocivité ; il faut donc considérer que le terme de toxine septique on putride ne désigne pas une seule substance , mais qu'il se rapporte collectivement à tous les produits de la décomposition putride doués d'un pouvoir toxique quelconque sur l’organisme. Les propriétés et l’énergie de la toxine septique peuvent être très différentes, suivant les conditions dans lesquelles la décomposition putride s’est poursuivie et suivant la nature des produits qui ont pris naissance. La durée seule de la décomposition joue un rôle important dans la production de substances toxiques actives ; mais d'autres conditions interviennent encore puissamment, et parmi elles il faut citer la lumière , la présence ou V absence d'oxygène , la température , etc., etc.

La question de savoir à quel point les propriétés delà toxine septique varient, suivant que la putréfaction se fait avec ou sans accès d air, a été abordée par Kossorotoff, qui a prouvé que la putréfaction à l'abri de 1 air

PUTREFACTION

donne naissance à des ptomaïnes douées d’un pouvoir d’excitation manifeste sur le système nerveux central, tandis cpie la putréfaction au contact de l’air amène la formation des substances pyrètogènes. D’après les observations de Kiaxitzine, les ptomaïnes formées en présence de l’air sont moins stables et moins toxiques que celles qui prennent naissance à l’abri de l’air; en revanche, au contact de l’oxygène, la quantité produite est plus grande. La température la plus favorable au développement des ptomaïnes semble être celle de 16 à i8° C; aux températures plus élevées ou plus basses, la formation des ptomaïnes est entravée.

De toutes les ptomaïnes de la putréfaction la mydalcine , la neurine et la midotoxine possèdent le plus fort pouvoir toxique.

Les phénomènes de la putréfaction prennent naissance sous l’influence d'actes chimiques dont la nature n’est pas connue dans tous ses détails. L 'hydratation, Y oxydation et la synthèse sont les plus importants d’entre eux. Le fait que les éléments constitutifs de la toxine septique ne s’obtiennent pas seulement par voie de décomposition des matières organiques, mais sont fabriqués de toute pièce, synt/iêtû/uement , par l’activité vitale des microbes, a été établi par les expériences où la putréfaction s’est développée dans les solutions salines contenant du tartrate d’ammoniaque, du phosphate de potasse, du sulfate de magnésie et du chlorure de calcium (solution de ÎSageli), ou encore du sucre candi, du tartrate d’ammoniaque et du phosphate de potasse (solution de Pasteur). Ces liquides putréfiés renferment une toxine composée de plusieurs substances chimiques, analogues à celles cpii prennent naissance dans la putréfaction des albumines et qui provoquent dans l’organisme vivant les phénomènes caractéristiques d’intoxication.

Les symptômes de la gangrène putride ont des caractères tellement particuliers, qu’on ne peut les méconnaître. Cependant, suivant l’étendue, la forme et la cause de la gangrène, il y a dans l’évolution clinique des phénomènes la plus grande diversité : certaines gangrènes sont facilement curables, d’autres emportent le malade en quelques jours.

Quand une région va se gangrener, elle pâlit et prend une teinte livide, due à la stase du sang dans les capillaires; des taches rougeâtres ou grisâtres apparaissent çà et là, et, tandis que la coloration générale se fonce ch' plus en plus, les veines s’accusent à la surface par des traînées rouge sombre. La douleur existe le plus souvent et se traduit par des sensations de brûlure, de fourmillements ou d’élancements, qui arrachent des cris au malade; alors que celte sensibilité profonde s’éveille, le patient est incapable de percevoir les piqûres ou les incisions superficielles. Les douleurs ne cessent que lorsque la mortification est

NÉCROSE. MORTIFIE A TION. GANGRENE

complète et que les éléments nerveux sont détruits. La motilité disparaît dans les muscles mortifiés, et les mouvements qu’on peut constater dans les orteils ou les doigts, en cas de gangrène des pieds ou des mains, ne sont que des mouvements transmis par les masses musculaires, restées saines, des avant-bras et des mollets. Dans les régions gangrenées, que l’oblitération vasculaire soit primitive embolie, thrombose) ou secondaire, remontant, de proche en proche, des capillaires vers les gros vaisseaux, la cessation des pulsations artérielles est constante. Aussi la chaleur propre de la région tend de plus en plus à s’abaisser. On a cependant observé des laits où la température locale s’élevait au moins pendant un certain temps; l’une des causes de ce phénomène peut être rapprochée des observations de Sciiottelius, de Karlinski, etc., qui ont constaté que la température de cadavres ayant succombé à des maladies infectieuses, enfouis, s’élevait au-dessus de celle du sol environnant.

La région qui subit la putréfaction est toujours tuméfiée et répand une odeur putride pénétrante; la peau se soulève par places et forme des phlvctènes dont la déchirure laisse écouler un liquide fétide, trouble, rouge brunâtre, connu sous le nom d’ichor (b lyùp — liquide sanguinolent, suc d’une plaie). Le tissu musculaire est désagrégé en une multitude de fragments troubles, jaunâtres.

Sous le microscope , on observe au début de la putréfaction une tuméfaction trouble des éléments cellulaires et ensuite les différentes phases de leur désagrégation ; seuls les os et les fibres élastiques résistent «à la décomposition. Acôté des éléments désagrégés de lamatière albuminoïde encore reconnaissables, on trouve toujours, en quantité plus ou moins grande, suivant les tissus, des gouttes de graisse qui transforment quelquefois le liquide ichoreux en une véritable émulsion ; on y distingue aussi des cristaux de margarine, de cholestérine, de leucine, de phosphate tribasique, de carbonate de chaux, de chlorure de sodium, et enfin une multitude de bactéries affectant principalement la forme de bâtonnets ; beaucoup d’entre elles se meuvent avec rapidité. Tous les microbes dont on constate la présence dans les tissus putréfiés ne possèdent pas une action putride spécifique; tel est le cas pour la plupart des germes apportés accidentellement par l'air, pour quelques infusoires, comme par exemple le cercomonas, le monas lens, etc., que Ton trouve, au début de la putréfaction, dans le foyer gangreneux, et qui disparaissent lors de révolution ultérieure du processus.

La bibliographie de la question de la septicémie est très étendue, puisque l’étude expérimentale en remonte àplusdeccnt ans. Le célèbre physiologiste Alheut Haller

Page 1