Variétés de siège
Ces variétés de pneumonie ont des symptômes généraux communs; leurs principales différences résultent principalement de la diversité des symptômes fournis par l'appareil respiratoire.
1° Forme lobaire. — Cette variété sert d'intermédiaire entre la pneumonie lobaire sporadique et la pneumonie lobaire contagieuse. Elle affecte la physionomie de la pneumonie franche et n'en diffère que par sa contagiosité.
Signalée en 1884. parSiedamgrotzky, elle a été observée par Friedberger, Cadéac, bien étudiée par Joly, Dumas.
Hi PUUWONS.
C'est la forme contagieuse qui présente le moins de complications.
Les symptômes locaux sont très nets : le jelage rouillé apparaît sur les trois quarts des sujets au moins (Jolj). L'exploration de la poitrine l'évèle de la submatité à la percussion, du râle crépitant, une respiration bronchique forte et un dédoublement du murmure respiratoire à l'auscultation.
Au deuxième stade de la pneumonie lobairc infectieuse, les animaux recouvrent leur gaîté et leur appétit ; il y a des chevaux qui hennissent, leur démarche est à peu près normale, malgré l'exsudation fibrineuse abondante qui s'est effectuée dans la portion inférieure du poumon.
Les signes locaux de l'iiépatisation sont très nets; il y a généralement de la matité au niveau des parties hépatisées, de la résonance tympanique au voisinage des parties malades, et le soufre tubaire est souvent très intense à partir du troisième jour. .\ défaut de ce signe, on perçoit généralement la toux tubaire.
■L'inflammation pulmonaire, presque toujours unilatérale, arrive à son plus haut degré en cinq à six jours et disparaît du douzième au quinzième jour.
Cette forme est caractérisée par une marche cyclique identique àcelle de la pneumonie fibrineuse. Elle se termine généralement par la résolution et n'est presque jamais suivie de complication de pleurésie ni de gangrène.
2° Forme centrale. — C'est une variété très commune dans la forme épidémiqiie ; l'inflammation occupe le voisinage des gros troncs bronchiques.
Pendant longtemps, les signes physiques font complètement défaut. Les symptômes généraux évoluent depuis plusieurs jours, notamment la fièvre, et cependant le poumon paraît entièrement sain. Un jetage jaune-safx'an est le seul symptôme qui indique une altération du poumon et qui dénonce la cause de la fièvi'e.
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Les signes p/eA'si??ie7/'j(]î<es et stéthoscopiques peuvent demeurer toujours masqués par la couche do poumon sain qui isole les parties malades de la surl'ace pleurale. OMinairement, les symptômes physiques se font attendre quatre, six jours; ils apparaissent quand le processus atteint la surl'ace du poumon.
La percussion révèle un son tjmpanique marqué à la limite des parties malades ; ce son peut persister pendant toute la durée de la maladie, quand l'inilammation pulmonaire demeure profonde et n'atteint jaanais les parties superficielles du parenchyme.
L'auscultation fait percevoir une respiration bronchique rude, un bruit de crécelle prononcé (Ilutyra et Marek) et un râle crépitant inspiratoire, passager ou prolongé pendant un ou deux jours et témoignant de l'existence d'un exsudât dans les alvéoles. Un souffle pulmonaire d'œ'igine cardiaque est un signe précoce de la pneumonie infectieuse du cheval. Pour le découvrir, il faut porter le membre antérieur, le gauche de préférence, en avant du cœur, comme dans l'auscultation de cet organe. On perçoit alors, dans son voisinage, un double souffle, exclusivement pulmonaire déterminé par les mouvements du cœur. A chaque systole, les parties engouées du poumon sont comprimées, elles acquièrent ainsi le degré de solidité nécessaire pour faire percevoir la résonance de l'air contenu dans les bronches. Ce bruit est dû sans doute à l'aspiration bnisque d'une certaine quantité d'air dans la partie du poumon située entre le ventricule et la cavité thoracique ; il se distingue du souille tubaire par sa brièveté; il précède souvent de deux ou trois jours l'apparition du souffle tubaire (d).
Le silence se fait peu à peu, mais moins rapidement que dans la pneumonie franche; le son lympanique s'efface et disparaît pour reparaître à la période de résolution; le
(I) Cadéac, Journ. de Lyon, 1898, p. 394.
murmure respiratoire est remplacé par le bruit bronchique et le bruit de crécelle qui précèdent l'hépatisation définitive et qui reparaissent au moment de la résolution.
Le souffle tubaire n'est perçu que dans les fortes inspirations qui succèdent k l'obstruction dos deux naseaux ou à la toux. Ce souffle lointain ne couvre pas entièrement le murmure respiratoire des parties superficielles demeurées saines. Il est limité, ou a son maximum d'intensité en arrière de l'épaule à mi-hauteur de la poitrine tandis que, p4us en arrière, on perçoit, au même niveau, le murmure respiratoire et la résonance normale (Trasbot). Souffle tttbaire et matité sont moins circonscrits que dans la pneumonie franche. Tous ces signes peuvent rétrograder et l'animal guérir.
La résolution est généralement très lente ; la température descend graduellement; elle présente une rémission le matin, une exacerbation le soir et ne disparaît complètement qu'au bout de cinq à six jours.
Elle peut éprouver des perturbations critiques : sa chute rapide peut être suivie d'une nouvelle ascension qui ne persiste qu'un à deux jours. Parfois, on peut constater de l'hypothermie, la température descend pendant un temps très court à 36° (Hutyra et Marek). La convalescence est très longue.
3" Forme disséminée. — Cette désignation ne nous paraît pas absolument exacte; l'inflammation n'est pas exclusivement limitée ou lobulaire ; elle est diffuse, plusieurs lobules sont affectés à la fois; elle procède par foyers qui, indépendants tout d'aboi'd, tendent à se fusionner ensuite.
Les symptômes, difficiles à percevoir au début, deviennent plus accusés à mesure que les foyers pneumoniques s'étendent progressivement et se confondent. Du reste, la' fusion est toujours incomplète. Celte variété s'accuse par des signes de bronchite, de dyspnée intense, de jetage visqueux et non rouillé.
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La percussion, normale au début, décèle une siibmatité ou une matité irrégulières. occupant les parties inféroantérieures et décrivant bien souvent des zigzags. Entre les parties complètement hépatisées, on constate quelquefois une résonance tympanique (Pécus) (1).
h' auscultation dénonce une respiration rude, un murmure respiratoire double : plus tard, on entend, çà et là, un râle crépitant qui persiste plus que d'babitude. La marche de la maladie est anormale, atypique. Les sujets meurent parfois le troisième ou quatrième jour, de congestion pulmonaire foudroyante ; une amélioration notable et la guérison surviennent généralement à partir du sixième jour. Mais il n"est pas rare de voir les animaux périr de gangrène survenue tardivement.
4° Pneniuonie double. — La pneumonie lobaire contagieuse est rarement double. Unilatérale au début, elle peut devenir bilatérale; mais la pneumonie de chaque poumon évolue d'une manière indépendante. Ce sont deux pneumonies évoluant à intervalle variable sur le même sujet. Tantôt la pneumonie du second lobe pulmonaire commence son évolution deux à trois jours après celle du premier; c'est le cas le plus fréquent; tantôt l'invasion du côté sain coïncide avec le commencement de la résolution du côté malade. Cette pneumonie secondaire s'observe principalement chez les animaux vieux usés; sa fréquence est très variable; Friedberger l'a rencontrée 8 fois sur 70 malades; Querruau, 6 fois sur 27; Courteaud,17fois sur 19 sujets; mais une pareille proportion est excessivement rare. La pneumonie secondaire offre ordinairement moins de cohésion que la première; elle est plus congestive qu'hépatisante : le souffle tubaire est moins soufflant, et cette différence est facile à faire par l'auscultation des points symétriques du poumon quand les deux pneumonies sont presque contemporaines. Les signes dyspnéiques
(I) Pécus, Jonrn. de méd. vét. et de zootechnie, 18&2.
sont toujours considérablement aggravés par l'addition d'une pneumonie nouvelle à la première. 11 ne faut cependant pas désespérer des malades. Les pneumonies hépatisantes, quelle que soit leur étendue, sont généralement bénignes; leur principale gravité résulte moins de la grande surface du poumon envahi par l'exsudation que de la prolongation de la maladie et de l'épuisement des malades. La plupart résistent à ces deux atteintes rapprochées ou successives de pneumonie.
5° Plearo-pneuinonie. — Cette variété est considérée comme le type de l'affection, sans doute parce qu'elle est la plus caractéristique, la plus grave et la plus contagieuse. Elle est effectivement la plus meurtrière ; le virus infecte le poumon et se répand dans la plèvre et dans les autres parenchymes [pneumonie infectante).
Ls. pleurésie, exceptionnelle àdJ\s Ik pneumonie lobaire, accompagne les variétés centrales, disséminées, doubles et les variétés gangreneuses, que nous étudierons plus loin. Les travaux de Dieckerhoff, de Schûtz, de Friedberger, de Benjamin, de Trasbot ont fait ressortir la fréquence de cette complication dans le cours des pneumonies infectieuses. Dans cette forme, le processus exsudatif fibrineux paraît subir une dérivation vers les plèvres. Cette inflammation est souvent primitive, les microbes ne font que travei'ser le poumon et se reproduisent dans la plèvre.
La. pleurésie intercurrente s'annonce par une recrudescence de fièvre avec affaiblissement du pouls, exagération de la sensibilité pectorale à la pression et à la percussion immédiate. On peut constater les signes physiques de la pleurésie en même temps que ceux de la pneumonie. L'auscultation révèle, pendant quelques heures ou même pendant un ou deux jours, un bruit de frottement caractéristique qui précède l'épanchement. Une matité double horizontale dénonce ensuite ce dernier; cette matité peut être irrégulièrement découpée à la limite supérieure de
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l'épaiicbement quand il exisle des foyers de pnciunonie.
Le murmure respiratoire n'est plus perçu dans aucun point de la partie inférieiu-e de la poitrine.
Cette pleurésie évolue quelquefois si rapidenwnt quelle passe inaperçue et n'est reconnue qu'à Tautopsie. Sa terminaison est à peu près irrémédiablement mortelle.