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II. — Variétés d'allure

Les pneumonies contagieuses se font encore remarquer par leur diversité d'allure, l'irrégularité de leur marche, la variabilité de leur durée et de leur terminaison. On peut voir ces pneumonies avorter, suppurer, faire de la sansrène. ou évoluer si lentement qu'on ne soupçonne Teur existence qu'à une période rapprochée de leur dénoùment fatal.

1° Pneumonies abortives. — Les animaux pneumoniques ne contaminent pas toujours leurs voisins sous une forme grave. Beaucoup dentre eux ne présentent qu"un accès de fièvre ; ime ascension brusque de la température qui atteint 40 ou même -il» pour descendi-e brusquement sous l'influence d'une médication dérivative. C'e^t là toute la maladie; Finfection générale avorte avant d'avoir pu se localiser. La fièvre persiste quelquefois plusieurs jours ou même une semaine sans modification pulmonaire appréciable. Chez d'autres, le poumon est atteint d'une pneumonie éphémère : on constate une atténuation marquée du murmure respiratoire, parfois même un peu de râle crépitant, un son légèrement tympanique ; puis tous ces signes s'effacent et disparaissent rapidement; c'est la guérison définitive.

2° Pneumonie gangreneuse. — La pneumonie cesse d'être l'alïection exclusive du diplocoque; on peut y trouver associés tous les microbes pyogènes et septiques. La mortification du poumon et la formation de cavernes ne

font pas partie de l'évolution de la maladie; c'est une complication; la gangrène du poumon résulte de la multiplicité des thromboses vasculaires ou de l'implantation des microbes septiques dans un tissu hémorragique.

Tantôt une épidémie de pneumonie évolue sans qu'on observe une seule l'ois la gangrène du poumon : tantôt cette terminaison est fréquente et très précoce. Ordinairement, on la voit survenir tardivement vers le milieu ou la fin du deuxième septénaire, quelquefois au moment où la pneumonie semble devoir entrer dans la période de résolution. La gangrène procède souvent de la déglutition de corps étrangers consécutivement à la dysphagie, à une contraction spasmodique du phai'ynx qui s'oppose à la déglutition des aliments et des breuvages (Dumas) (1), Cette complication est favorisée par toutes les maxivaîscs conditions hygiéniques (agglomération des malades, encombrement des écuries par le fumier, le purin ou un trop grand nombre d'animaux).

L'invasion de la gangrène est indiquée, la plupart du temps, par une chute de la courbe thermique suivie d'une brusque ascension; la température peut s'élever jusqu'à 42° L'état général s'aggrave, l'animal est très abattu, fortement déprimé, la marche est titubante. Les conjonctives sont légèrement infiltrées et très congestionnées; l'appétit est nul ; les battements du cœur sont forts, tumultueux ; le pouls est mou, faible, imperceptible.

La respiration est irrégulicre, précipitée ; le râle crépitant persiste à la partie moyenne de la poitrine ; on entend des râles muqueux variés, râles sibilants, assez semblables aux cris d'une nichée d'oiseaux {bruit aviculaire) ou d'une portée de petits chiens, mélangés à des râles ronflants ; le souffle tubairc fait complètement défaut. On perçoit du souffle caverneux et quelquefois même du souffle ampJiorique, qui peut devenir perceptible à distance (fig. 15).

(1) Dumas, Pneumonie infectieuse {Rec. de iném. et observ. sur l'hyg. et la mrd. vét. mitit., 189:2, p. 408).

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A la PERCUSSION, la résonance normale et la malité sont remplacées par le son tympaniquc ou le bruit de

Fig. 15. — Pleuro-pneiimonie gangreneuse. La partie antérieure du lobe pulmonaire est occupée par une caverne volumineuse perforée, dénoncée du vivant de l'animal par un souffle amphorique qu'on pouvait entendre à distance (Photographie Cadéac).

pot fêlé, sorte de bruit métallique, qui indique la désagrégation pulmonaire.

Ce phénomène est bientôt décelé par la fétidité de l'air expiré qui est très froid et par la production d'un jetage grisâtre d'une odeur repoussante.

"La mort survient, oi'dinairement. douze à trente-six heures après l'apparition des premiers signes de gauigrène. Elle peut se faire attendre plus longtemps; des chevaux très énergiques résistent plusieurs jours; mais on peut la considérer comme certaine.

Cependant Renault. H. Bouley, Roll. Trasbot. Com*teaud ont signalé des cas de guérison due, sans doute, à l'élimination des parties mortifiées. Cette élimination ne s'opère presque jamais dans les pneumonies infectieuses, qui sont éminemment destructives. La septicémie générale s'ajoute à la gangrène septique locale.

3° Pnenmonie purnlente. — La pneumonie purulente diffuse ou caractérisée par des abcès est une déviation du processus pneumonique ; elle peut être considérée comme l'expression d'une infection secondaire. Les abcès, très rares dans la pneumonie spoi'adique. sont beaucoup plus fréquents dans les pneumonies endémiques ou épidémiques et évoluent -généralement au moment de la convalescence.

Leur manifestations sont d'abord insidieuses et obscures. Les symptômes généraux reparaissent ou s'aggravent. La fièvre est intense et intermittente, la température se maintient très élevée (41°) et présente de grandes oscillations au moment où la résolution semble devoir s'opérer; l'appétit est nul, l'œil est terne ou fixe, hagard; la peau est sèche, alternativement froide et chaude; la dyspnée n'offre rien de caractéristique, tant que les signes cavitaires ne sont pas appréciables.

Les?'â/es sibilants et muqueux qui apparaissent au centre des parties hépatisées ou silencieuses deviennent significatifs; ils annoncent — les premiers surtout — la désagrégation du poumon, l'effondrement de la parties hépatisée. Le jetage est grisâtre ou nul; la toux persiste et

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s'accompagne quelquefois de l'expulsion d"une certaine quantité de pus. Labcès formé n'est pas toujours mortel.

La collection purulente peut s'enkyster. — Cette séquestration est très rare; elle est marquée par une amélioration sensible dans létat du malade : la fièvre diminue ou tombe : la respiration reste courte et fréquente, le jetoge cesse; mais il va persistance de la toux, de la faiblesse; la matité peut manquer, car l'abcès enlîvsté siège ordinairement au niveau dun lobe antérieur. A l'auscultation, on peut noter l'absence complète de tout bruit. La mort est amenée par les progrès de ladjTiamie, de la maigreur et du marasme.

Labcès s'ouvre ordinairement dans les bronche^. — Le pus s'écoule par les narines sous la forme d"un jetage plus ou moins abondant. Lorsque les abcès se sont vidés et ne contiennent que de lair ou de lair et peu de liquide, on peut constater, à leur niveau, la résonance tympaniquc. La. percussion fait entendre encore un son de pot fêlé, quand les parois de l'abcès sont rapprochées de la plèvre. Il n'est pas rare d'entendre ce son dans la variété gangreneuse des pneumonies contagieuses.

A I'auscultation, on perçoit le râle caverneux produit par le passage de l'air à travers le liquide contenu dans la poche purulente. Ce râle, à grosses bulles, se fait entendre dans un point circonscrit et s'accompagne fréquemment d'un gargouillement très intense dû à l'écoulement et à l'agitation du pus dans les bronches. La guérison est très rare après l'évacuation du pus dans les bronches.

Trasbot signale cependant cette terminaison heureuse.

L'expulsion du pus est le signal de la résolution et de la convalescence. Ordinairement le mal s'aggrave plus ou moins rapidement, et la mort survient dans le marasme. Si les animaux ne périssent pas à bref délai, ils restent généralement dans un état de maisreur extrême. Malgré

leur toux répétée, ils peuvent être utilisés à un service léger, mais ils sont toujours poussifs.

Les abcès s'ouvrent fréquemment dans la plèvre. — Ce phénomène est annoncé par la disparition du râle caverneux et son remplacement par le souffle amphorique et le gargouillement pleurétique. Le souffle amphorique se manifeste quelquefois avec une telle intensité qu"il est perceptible dans tous les points du corps et à 1 mètre de distance. Le bruit de glouglou ou le gargouillement pleurétique succède au souffle amphorique quand Tépanchement pleural dépasse le niveau de la fistule.

Les abcès du poumon peuvent perforer le diaphragme, former des diverticules sous-lombaii*es (Benjamin), tuer par infection purulente ou par septicémie.

4° Forme aciynaiiiique. — La forme aclynamique est caractérisée pas l'asthénie, l'adjnamie et une marche très lente ; elle est sporadique, infectieuse, mortelle. Signalée par les hippiatres, elle a été étudiée par Trasbot.

On l'a désignée sous le nom de pneumonie bilieuse, de pneumonie ataxique ou par le mot impropre de pneumonie d'écurie des vieux chevaux (Siedamgrolzky).

C'est une pneumonie contagieuse caractérisée par l'invasion d'un terrain sans défense.

La pneumonie aclynamique est la maladie des chevaux de tout âge, des animaux vieux, plus ou moins épuisés par excès de travail ou par insuflisance de nourriture. Elle se développe h la suite d'un séjour prolongé dans une écurie où se trouvent des chevaux & plaies suppurantes {mal d'encolure, mal de garrot). Elle mérite la qualification de maladie d'hôpital qui lui a été souvent donnée.

Description. — Au début, on n'observe pas de signes caractéristicjues de la pneumonie; les symptômes généraux sont vagues; il y a de la tristesse, de l'inappétence, de la fièvre et de la titubation. Le murmure respiratoire est atténué à la partie inférieure du poumon. L'affection

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reste /rt/cn<e pendant un certain temps; le jetage rouillé fait défaut, il n"j a pas de râle crépitant ni de râle humide; l'exsudation qui s'accomplit dans les vésicules pulmonaires •commence par les racines du poumon; elle s'etîectue lentement; les parties externes du poumon demeurent saines.

Peu à peu les phénomènes locaux progressent, le râle •crépitant devient perceptible à diverses places quand les •animaux ont marché. Ce râle est disséminé, les parties affectées sont séparées par des espaces sains.

Les deux poumons sont presque toujours atteints; le bruit de souffle finit quelquefois par se faire entendre.

Vancmie est profonde, les muqueuses deviennent pâles, terreuses en quelques jours. L'artère est molle, le pouls petit; les battements du cœur sont, au contraire, forts et tumultueux.

Les animaux titubent, sont très essoufflés; ils ne peuvent marcher sans se couvrir de sueur. Les membres postérieurs, les bourses ou les mamelles sont le siège d'un œdème prononcé, et les plaies cutanées, même insignifiantes, se mettent à suppurer.

La marche est très lente ; la mort est la terminaison habituelle; elle est déterminée par la suppuration et la .gangrène pulmonaire.

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