III. — Localisations extrapulmonaires
Les microbes générateurs des pneumonies ne restent pas •exclusivement cantonnés au poumon ; ils passent dans le sang ■et se dispersent dans les divers organes; on peut observer ■des complications d'angine, de néphrite hémorragique, de péricardite, (ï endocardite, de myocardite, de synovite et d'arthrite, de méningite, d'encéphalite, de gastro-entérite, •de pyohémie, de septicémie.
Ces diverses localisations peuvent, chez le cheval comme ■c\ï<iz\' homme, précéder la pneumonie, apparaîti'e en même
temps que celle-ci, se manifester pendant son évolution, éclater au moment de la convalescence. Quelques-unes d'entre elles semblent se produire en dehors de toute pneumonie. Pendant les épidémies de pneumonie contagieuse, certains sujets, très résistants, sont exclusivement afïectés d'une angine ou d'une bronchite.
i° Pharyngo-laryngite. — Les complicaiions pharyngolaryngées sont très communes dans les pneumonies infectieuses ; elles dépendent généralement d'une évolution primitive des agents pathogènes dans le pharynx et le larynx. L'examen bactériologique de ces organes peut y révéler la présence des diplocoques à l'état pur (Schûtz). L'exploration clinique permet d'affirmer, dans la plupart des cas, l'existence d'une pharyngo-laryngite intense pendant toute la durée de l'évolution de la pneumonie; elle est même une cause d'aggravation considérable de cette dernière maladie.
Chaque fois que la dysphagie est très grande, l'animal meurt de gangrène pulmonaire (Dumas). On peut voir survenir des phénomènes asphyxiques graves résultant d'un œdème de la glollc.
2° Péricardite fibrineuse. — La péricardite fibrineuse est une localisation liée à l'exaltation de la virulence des microbes infectieux. On la voit survenir dans les agglomérations où la pneumonie infectieuse est entretenue par l'arrivée déjeunes sujets prédisposés : l'infection redouble d'intensité au moment de l'introduction d'un nouveau convoi, et les pneumonies cèdent la place aux cardites et aux péricardites (Dumas).
C'est ainsi que l'épidémie, exclusivement pneumonique pendant les six premiers mois, frappe ensuite le cœur et laisse le parenchyme pulmonaire entièrement indemne. On assiste dans ces cas à la transformation graduelle d'un processus infectieux par la culture et les passages successifs d'un microbe dans un foyer d'animaux très réceptifs.
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La pcricardite a une évolution peu caraclérislique; elle est difficile à déceler; le thermomètre n'est pas un bon guide pour reconnaître, cette complication. La température s'élève à peine de quelques dixièmes de degré et dépasse rarement 39". 5 (Voy. Péricarditc).
3° Myocardite. — La myocardite pneumonique signalée fréquemment a été bien étudiée par Cadiot. Elle accompagne la pneumonie, ou complique lapéricardite demême origine ; elle peut même devenir la manifestation exclusive du diplocoquo quand il est acclimaté dans un milieu favorable à son évolution comme un dépôt de remonte où les animaux sont soumis à un renouvellement continu.
La m^'ocardite est une des localisations les plus dangereuses. Ses manifestations ont été longtemps rapportées à la gène de la circulation résultant des oblitérations vasculaires produites dans le poumon par des lésions massives, à la stase dans le cœur droit et à la dilatation passagère de ses cavités. Cette théorie mécanique du retentissement des inflammations pulmonaires sur le cœur est insutTisante quand la zone d'hépatisation pulmonaire est très restreinte. Or Tapparitiondes phénomènes cardiaques graves coïncide généralement avec des altérations peu prononcées du poumon; c'est que les agents infectieux et leurs toxines ont plus frappé le myocarde et les nerfs que le parenchyme pulmonaire.
La myocardite pneumonique s'accuse au début et pendant deux ou trois jours par des signes d'excitation cardiaque ; les systoles sont précipitées, violentes et le pouls vite ; il ya aussi une accentuation de la dyspnée, des phénomènes d'anxiété et d'oppression. Puis survient la phase d'asthénie : à la violence des battements succède une faiblesse de plus en plus marquée avec de l'arythmie; les bruits s'assoui'dissent ; le pouls, toujours accéléré, devient de plus en plus faible, filiforme, difficilement perceptible : il y a de la cyanose, des pulsations veineuses, et l'animal meurt avec les symptômes d'un œdème pulmonaire. Ces troubles ne sont pas exactement
en rapport avec l'étendue des altérations du myocarde : un cœur indemne ou à peine touché est quelquefois profondément troublé. Les poisons pneumoniques suscitent des désordres complexes de l'innervation du cœur, mais surtout une paralysie ou une parésie des fibres pneumogastriques. Il se produit au niveau du cœur un phénomène analogue à celui qui s'opère au niveau des terminaisons des fibres récurrentielles consécutivement aux pharyngolaryngites infectieuses. D'un côté comme de l'autre, l'altcration nerveuse provoque la dégénérescence musculaire et une insuffisance fonctionnelle organique. L'animal offre de la tachycardie avec faiblesse croissante du pouls, comme il manifeste du cornage : la même cause peut produire ces deux sortes de troubles.
Quelle que soit l'origine des troubles cardiaques, ils sont toujours une cause importante d'aggravation de l'état du malade; les animaux accusent une dyspnée dont l'intensité est infiniment plus grande que ne le comportent les altérations pulmonaires. Ces troubles s'atténuent et disparaissent généralement quand ils sont exclusivement nerveux; ils aboutissent à l'asphyxie, à la congestion passive du poumon, à la syncope, au bout d'un temps variable, quand les fibres du myocarde sont dégénérées.
4° Endocardite. — L'endocardite est une détermination immédiate ou tardive de la pneumonie. Les pneumonies contagieuses sont essentiellement infectantes : les microbes répandus dans tout l'organisme atteignent plus le sang et l'endocarde que le poumon. C'est ce qui explique la gravité des symptômes de ces pneumonies relativement au peu d'importance des lésions pulmonaires décelables par la percussion ou l'auscultation.
C'estcelte disproportion entre les symptômes fonctionnels et les signes physiques qui font soupçonner une lésion du myocarde ou de l'endocarde dans le cours de ces pneumonies. Sinon les troubles cardiaques el valvulaires passent souvent inaperçus ou sont trop peu caractéristiques pour
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reconnaître l'endocardite. Los symptômes se confondent avec ceux de la pneumonie ; on perçoit tout au plus un dédoublement du premier bruit provoqué par la dilatation du cœur droit et l'insuHisance du myocarde : l'endocardite pneumonique n'est guère découverte qu'à l'autopsie. Elle est nettement caractérisée quand les lésions de la pneumonie se sont effacées, de telle sorte qu'à l'auscultation on n'entend plus qu'un souffle d'insuflisance oriflcielle de l'un des ventricules, et on observe les signes de l'asystolie.
5° Néphrite. — La néphrite résulte souvent de l'infection du sang par les diplocoques ; elle est caractérisée par l'hématurie, par la présence de cylindres dans l'urine avec une proportion plus ou moins grande d'albumine et par le symptôme anasarque. Les animaux présentent des piétinements saccadés et alternatifs des membres postériem's; ils font entendre des plaintes, le faciès est grippé; on observe des épreintes et des efforts pour uriner. Cette complication aggrave considérablement l'inflammation pulmonaire quand elle coexiste avec elle et provoque la mort quand elle lui succède.
La cystite a été très rarement signalée dans le cours des pneumonies sporadiques ou contagieuses.
6" Méninge-encéphalite. — Méningo-my élite.— La??iéningite, la méningo-cncéphalite, la congestion encéphalique et la méningo-myélite à forme paraplégique peuvent survenir dans le cours des pneumonies. Ces localisations rares apparaissent dans le cours de la pneumonie, au début de riiépatisation ou à une période rapprochée de sa terminaison. Elles coïncident fréquemment avec la gangrène pulmonaire.
Les animaux accusent fréquemment des troubles cérébraux vertigineux : on les voit se cabrer, tirer sur la longe, pousser au mur, manifester tour à tour de l'excitation et du coma, des troubles sensoriels, sensitifs, moteurs et psychiques.
Les accès épilcptifonnes sont plus rares ; ils peuvent apparaître au début de la pneumonie, persister pendant la période d'état, s'atténuer à la période de déclin et disparaître avec la maladie de poitrine, ce qui atteste, d'une manière certaine, leur caractère symptomatique [Lenk (I), Rej(2), Lemesle(3)]. Les accès cessent au bout d'une à deux minutes; ils durent quelquefois près d'un quart d'heure; ils se reproduisent à la suite d'une exploration, notamment de la conjonctive, de sorte qu'on peut voir se dérouler jusquà dix-neuf accès en moins de huit jours. Ces troubles cérébraux peuvent s'espacer de plus en phis, disparaître et l'animal guérir.
On peut noter des signes indiscutables d'hémorragie cérébrale, accompagnée d'une paralysie simple ou double du facial et du trijumeau.
La paraplégie est une des complications nerveuses les plus fréquentes ; elle procède d'hémorragies médullaires, de localisations streptococciques multiples, de l'action des toxines microbiennes qui agissent sur le cerveau, la moelle et les nerfs en déterminant des paralysies sensorielles (cécité, surdité), des monoplégies, la. paralysie du sciatiquc ou la paralysie du pénis, c'est-à-dire un ensemble de complications très graves.
1° Fièvre pétéchiale. — La fièvre pétéchiale est lune des déterminations les plus caractéristiques des pneumonies infectieuses; elle peut survenir pendant toute l'évolution de la pneumonie, au commencement ou à la fin de la résolution ou pendant la convalescence. Elle office comme la pneumonie des oscillations variées ou des intermittences curieuses analogues aux manifestations dos pneumonies contagieuses.
(1) Lenk, Accès épileptiformes chez un cheval jiendant une i)Meanu)iiie (Journ. (tes vél. milit., 1865, p. 439). — Wallher, Jnhresbericht iiber die Leistungen, 1891.
(2) Rey, Comptes rendus sur les maladies de poitrine (Journ. du l Ecole vit. de Lyon, lSi-3, p. 762).
(3) Lemesle, Journ. des vét. milil., 1905, p. 13i.
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8" Septicémie. — La septicémie est une terminaison fréquente des pneumonies infectantes parvenues, dans une agglomération de jeunes clievaus, aux limites extrêmes de la virulence : la maladie déserte presque entièrement le poumon pour se cantonner dans le sang. L'altération de ce liquide a pour corollaire une dyspnée intense qui aboutit à une anoxyhémie complète.
La septicémie complique aussi les pneumonies à forme gangreneuse et précipite leur terminaison mortelle.
9° Gastro-entérite et hépatite avec ictère. — Les troubles digestifs liés aux pneumonies sont peu fréquents; ils sont gouvernés par la fièvre, par les troubles circulatoires et quelquefois par des localisations microbiennes. On peut voir survenir des coliques intenses chez les animaux vivant dans une écurie contaminée et offrant brusquement une tempéi-ature élevée. Les coliques ne résistent pas à un traitement révulsif, et leur disparition est suivie de l'abaissement de la température. Assurément, ces animaux sont préservés de la pneumonie par une légère atteinte du tube digestif. Les localisations secondaires de la pneumonie dans le tube digestif aggravent considérablement l'infection pulmonaire; les animaux. privés de tout appétit ne peuvent faire les frais de la maladie. L'animal qui refuse aliments et boissons est généralement voué à la mort; l'animal qui conserve son appétit a presque toutes les chances de guérison. Exceptionnellement, on constate le développement d'un abcès périrectal comme dans la gourme.
L'ictère est une complication beaucoup plus fréquente due à Textension de l'inflammation duodénale (ictère par rétention) ou à la destruction des globules rouges et à un hyper fonctionnement du foie (ictère par excès de pigment,!.
Cette dernière forme est la plus fréquente.
10° Localisations oculaires. — Les localisations oculaires des pneumonies sont généralement superficielles; elles
consistent dans des conjonctivites catarrhaks caractérisées par un larmoiement et une sécrétion muco-purulente qui se concrète sur le chanfrein. On peut cependant observer deslésions plus graves et plus profondes caractérisées par une isflammation de la cornée, de l'iris ou des abcès périoculaires qui témoignent de la parenté des pneumonies avec la gourme. Mais il est certain que Viritis exsudative ou hémorragique ou les kératitee sont plus fréquentes dans la gourme que dans la pneumonie.
dl» Synovites et arthrites. — Les synovites et les arthrites accompagnent fréquemment les pneumonies. Ces inflammationssont l'expression des pneumonies infectantes.
Sans nul doute, tous les germes ne sont pas morts au moment où la résolution s'opère; les survivants sont résorbés avec l'exsudat : ils peuvent infecter le sang et s'établir au niveau des synoviales comme des autres séreuses. Synovites et arthrites doivent être regardées comme le résultat de la fixation et de la repullulation dans les articulations et les synoviales des diplocoques de la pneumonie.
On pourrait les croire sous la dépendance des toxines engendrées par la pneumonie s'il n'était possible de découvrir les streptocoques dans l'exsudat synovial. Ce sont les pneumonies contagieuses les plus infectieuses qui engendrent le plus grand nombre de déterminations articulaires. Les pneumonies franches sont rarement suivies de synovites ; les pneumonies à marche irrégulière en sont principalement accompagnées.
liCs streptocoques demeurent dans l'économie prêts à frapper toutes les séreuses, simultanément ou successivement : à l'infection de la séreuse des alvéoles pulmonaires peut succéder, à échéance variable, l'infection des séreuses synoviales et exceptionnellement, en dernière analyse, l'infection de la séreuse pleurale (Clerc) (1).
(1) CleiT, Pleuro-pi)eumonie unilatérale conséculive à une synovite aiguë du genou précédée elle-inènie d'une infection gournieuse compliijuée de pneumonie {Rec. des vét. mi/it., 1905, p. 312).
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La fréquence de cosarthriteset de ces synovites est sujette à de grandes vai'iations. Exceptionnelles dans certaines épidémies, elles se montrent en série dans d'autres; elles sont soumises à toutes les fluctuations de la virulence de diplocoques. Ces localisations succèdent aux pneumonies gourmeuses comme aux pneumonies contagieuses; elles offrent les mêmescaractères, lamémeévolutiondanscesdeuxmaladies, de telle sorte qu'il est permis d'affirmer que pneumonies contagieuses, gourme et synovites infectieuses sont trois chaînons d'une même chaîne : la chaîne streptococcique.
A quel moment surviennent ces localisations? C'est ordinairement quinze, vingt jours après l'apparition de la pneumonie, lorsque les chevaux sont en convalescence, que cette singulière claudication se manifeste; quelquefois cependant elle ne se montre qu'au bout de trente à quarante jours et, par conséquent, après le plus complet rétablissement (Bouley jeune) (1).
La synoviale sésamoïdienne est le siège de prédilection de ces déterminations. Ordinairement, le mal envahit les membres antérieurs, particulièrement le gauche; la station forcée, pendant l'affection de poitrine, est une cause de fatigue qui explique cette vulnérabilité ; rarement, on voit l'affection débuter par un membre postérieur ; cependant d'autres gaines que la sésamoïdienne peuvent être atteintes; la synoviale de glissement du coraco-radial (Leblanc), la gaine carpiennc [Rey, Wiart, Trasbot, Joly (2)] et toutes les synoviales tendineuses
(1) liouley jeune, Rec. de méd. vêt., 1840, p. 5. — Fromage de Feugré cite dans sa Correspondance un passage d'AbsyrIe dans lequel on peut reconnaître la description de pleuro-pneumonies suivies de boiteries. Bouley jeune a rassemblé de nombreuses observations de pleuro-pneumonie suivie de synovite sésamoïdienne.
Palat, Arch. vét., 1877, p. 6.
Palat l'a vue apparaître tantôt pendant la première semaine, tantôt entre le seizième et le cent-huitième jour après l'invasion de la maladie de poitrine. Trasbot lui assigne la deuxième ou troisième semaine, c'est-à-dire vingt à vingtcinq jours. Mitaut prétend qu'elle peut se montrer après six mois.
(2) Joly, Recueil de mém. et observ. sur Vhyg. et la méd. vét. milit. 1895, p. 337.