‹ Pathologie interne (volume 2)Chapitre 28 sur 96 · II. — BOVIDÉS · texte numérisé non relu

II. — BOVIDÉS

Définition. — La pneumonie franche des bovidés est caractérisée, comme celle des solipèdes, par une inflammation aiguë, accompagnée d'une exsudation fibrineuse dans les alvéoles.

Quant à la trame même du poumon, parois alvéolaires, tissuconjonctif, sacs lymphatiques interlobulaires, elle est presque entièrement respectée parle processus inflammatoire. Aussi le poumon récupère entièrement son intégrité

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dès que la pneumonie a achevé son évolution. Là réside la dilîérence fondamentale qui sépare la pneumonie franche de la péripneumonie contagieuse.

Historique. — Ces deux maladies ont été longtemps confondues. Hormis les pneumonies produites par des corps étrangers, toutes les lésions pulmonaires étaient rattachées à la péripneumonie contagieuse. L'existence de la pneumonie fibrineuso simple, admise par quelques praticiens (Cruzel. Zundel, Leblanc, Trasbot, Cagny. etc.), combattue par dautres, a été définitivemement établie par les études comparatives de Coulon et Olivier. La pneumonie est un processus alvéolaire central qui embrasse d'emblée et au même degré un ensemble de lobules, lèse à peine les cloisons interlobulaires et respecte toujours la plèvre dans son développement centrifuge ; elle nest ni contagieuse ni inoculable.

La péripneumonie a une marche centripète ; elle débute par la périphérie des lobules intéressés successivement à divers degrés, frappe la plèvre et les cloisons conjonctives interlobulaires, de telle sorte que le tissu pulmonaire est marbré au lieu d'être uniformément hépatisé.

Étiologie et pathogénie. — La pneumonie franche des bêtes bovines n'est pas une maladie d'étable : elle ne frappe presque jamais ni les vaches laitières, ni les animaux d'engrais entretenus à une température constante. Son développement exige l'action prédisposante des influences extérieui*es. C'est une maladie de refroidissement. Fréquente dans le Midi et dans les pays montagneux chez les animaux de travail exposés aux vents, à la pluie, à toutes les intempéries atmosphériques, on la voit frapper les animaux qui. après des charrois ou des labours très pénibles, supportent des averses, des courants d'air, la rosée du soir (Cruzel), traversent une rivière (Thierry), ou séjoui-nent plusieurs heures sous un hangar (ïrasbot). ou sont soumis en toutes saisons à de brusques variations de température.

Les étables très chaudes, basses et mal aérées, sont également des causes prédisposantes. Linfection ne peut se produire sans le secours de ces influences, la pneumonie ne se propage ni par cohabitation ni par inoculation. On peut laisser séjourner les suiimaux malades au milieu des animaux sains : on peut inoculer impunément les exsudats pulmonaires au fanon et à la fesse des animaux jeunes et adultes (Coulon et Olivier).

C'est que les ruminants ont moins de réceptivité pour les streptocoques que les solipèdes. Ces microbes n'existent pas seuls dans les voies respiratoires et le poumon des animaux malades : les bactéries bipolaires {Bacillus bovisepticus) y sont généralement associées.

Leur intervention dans lorigine de la pneumonie croupale est encore hypothétique. Rien n'autorise à déposséder les streptocoques de ce rôle pathogénique pour l'attribuer au Cacillus bovisepticus. Si les observations de Jensen, de Busch et Krueger ont mis en évidence la forme sporadique de la septicémie hémorragique, on n'a pas démontré que la pneumonie franche n'est qu'une forme atténuée de la septicémie hémorragique. On peut seulement affirmer que l'infection microbienne qui préside à l'évolution de la pneumonie bovine ne possède pas une haute spécificité, puisqu'elle est toujours subordonnée à l'intervention d'une cause prédisposante. Les résultats négatifs obtenus par l'inoculatien sous-cutanée du suc pulmonaire des animaux atteints de pneumonie démontre le peu de virulence des microbes contenus dans le poumon et fait présumer qu'ils n'ont rien de septique.

Symptômes. — Le bœuf qui commence une pneumonie franche paraît courbatm-é et offre une fièvre modérée '38°, 5 à 39°). qui augmente progressivemeent; la respiration s'accélère : on compte 20 à 25 mouvements respiratoires par minute ; le pouls devient fréquent. 50 à 70 pulsations; la conjonctive s'injecte, s'infiltre et acquiert lentement une teinte safranée. Le tube digestif n'offre pas

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de troubles appréciables : l'appétit diminue sans jamais disparaître entièrement: la rumination est normale; on nobserve ni météorisation, ni coliques.

Vers la fin du premier jour, ou au commencement du second, apparaissent des symptômes locaux importants. L'oppression fait des progrès, une toux avortée, pénible, douloui"euse. spontanée et facile à provoquer, se fait entendi'e; un jetage blanchâtre, non rouillé est facile à constater; la percussion et lauscultation font percevoir des deux côtés de la poitrine ou d'un seul, les signes caractéristiques dune affection pulmonaire.

La percussion révèle de la matité et un son légèrement tympanique vers les parties inférieures de la poitrine ; l'auscultation dénonce une atténuation du murmure respiratoire vei"s les parties déclives, une respiration rude au niveau des grosses divisions bronchiques : un murmiu"e légèrement exagéré et double vers les parties supérieures du poumon.

Les jom's suivants, les symptômes se complètent et se précisent ; c'est la période d'augment ; la température atteint 39°. 5. 40° et conserve ce maximum pendant toute la période d'état jusqu'au commencement de la résolution.

La dyspnée est en rapport avec l'importance des lésions pulmonaires qui s'édifient; on compte 30 à Somouvements respii'atoires

La circulation se modifie comme la respiration: l'artère est tendue, dure, roulante: la gène circulatoire vient avec l'engouement du poumon, la stase pulmonaire s'exagère : l'exsudation s'accomplit et l'exsudat trahit sa présence par une submatité qui confine à la matité par des râles crépitants et muqueux caractéristiques, par une respiration supplémentaire des parties demeurées indemnes. L'animal mange peu. boit beaucoup, mais il n'olTre pas de symptômes digestifs.

La période d'état ou d'hépatimlion est caractérisée par Cadè.\c. — Patholosie interne. IV. 11

la persistance de tous les symptômes généraux avec leur maximum d'intensité.

La toux augmente encore de fréquence et s'accompagne du voussement du dos ; le jetage albumineux diminue de quantité dès que le poumon est hépatisé.

La plainte peut manquer pendant toute la durée de l'évolution de la maladie ; elle commence à être perçue chez l'animal couché et devient continue quand l'hépatisation occupe une grande surface. Ce bruit sourd est produit à la suite d'une expiration brusque; il se répercute fortement dans le poumon hépatisé. L'animal paraît abréger l'inspiration pour se soustraire à la douleur déterminée par la colonne d'air ; il ferme la glotte, d'où un temps d'arrêt après lequel l'air emprisonné, brusquement chassé du poumon, vient se briser sur les anfractuositésdu larynx en produisant cette plainte particulière connue sous le nom de téguement.

La percussio7i révèle de la matité du quart ou du tiers inférieur du poumon; de la submatité ou de la résonance tympanique sur une étroite zone qui circonscrit la partie hépatisée, et une résonance exagérée des parties situées au-dessus.

Matité et résonance sont séparées par une ligne irrégulièrement convexe, dont le point le plus élevé est situé immédiatement en arrière de l'épaule.

L'ausgultatiox fait constater l'atténuation du murmure respiratoire au niveau des parties congestionnées ; le bruit expiratoire disparaît, puis le bniit inspiratoire lui-môme cesse de se faire entendre, et l'on perçoit un râle crépitant humide très souvent mélangé à un râle muqueux. Le râle crépitant parait être, chez le bœuf, le signe physique le plus constant et le plus durable ; l'héputisation n'est jamais assez cohérente ni assez complète pour l'abolir entièrement sur toute la surface malade. Le souffle tuhaire comme le téguement lui-même est rarement entendu : la condensation du poumon n'est pas assez prononcée pour

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le produire : quand il se manifeste, on le perçoit à partir du deuxième ou troisième jour, vers le tiers inférieur du poumon, au niveau des gros tuyaux bronchiques.

Quand la pneumonie est double, elle envahit successivement les deux lobes et présente toujours une intensité différente : la moitié ou le tiers de l'un, le quart ou le cinquième de lautre.

Ces symptômes persistent avec leur maximum d'intensité pendant six, sept, huit, neuf jours : elle s'achemine ainsi vers sa terminaison.

Résolution. — La résolution s'annonce par la diminution de la fièvre et l'abaissement de la température, qui de 40°,oou 41° revient graduellement à 40°, 39°, 38°, 5. Les mouvements respiratoires prennent de l'ampleur et deviennent moins rapides ; leur nombre décroît de oO à 40 puis à 30. La circulation se ralentit également. Le pouls devient plus ample, plus lent: l'artère devient molle et dépressible.

La toux change de timbre : elle est plus forte, plus sonore, plus prolongée, et s'accompagne de l'expulsion, par la bouche et les naseaux, d'abondantes mucosités purulentes.

En même temps, il y a retour manifeste de l'appétit. La matité descend progressivement : le bruit de souffle, s'il existait, est bientôt remplacé par le râle crépitant humide qui accompagne la matité dans sa marche descendante.

Cette terminaison est la plus fréquente : elle survient en un temps variable suivant l'intensité du mal et l'âge des animaux : plus rapide chez les jeunes que chez les vieux, elle peut être parfaite chez les premiers en huit à dix jours, tandis que. chez les autres, elle exige deux ou trois semaines.

Mort. — Elle peut résulter de l'asphyxie progressive déterminée par l'extension de la matité.

On entend alors, dans la plus grande partie des pou-

mens, un mélange de râles crépitants et muqiieu.v, de gargoiiitlements et de vagisseinents rendus très confus par les battements bruyants du cœur, raccélération de la respiration et l'exagération du murmure respiratoire qui a persisté supérieurement.

La mort, inévitable, est précédée de tremblements généraux; l'animal fléchit les membres, tombe et meurt après une courte agonie (Coulon et Olivier).

On ne constate jamais, à proprement parler, la terminaison par gangrène, par suppuration avec formation d'abcès ; on ne constate pas davantage le passage à l'état chronique.

Pronostic. — Le pronostic de la pneumonie franche est bénin : la maladie guérit six fois sur dix ((".oulon et Olivier); mais cette proportion est au-dessous de la vérité.

Beaucoup de cas, plus béniiiis, passent inaperçus ou sont regardés comme de simples catarrhes aigus des voies respiratoires.

Anatomie pathologique. — .\ l'autopsie, on ne constate pas (ïépanchement pleurètique ni de lésions des plèvres.

Le pou.MO.\ est volumineux, il ne s'affaisse pas au contact de l'air ; il est lourd, inélastique, sauf à la pai'tie supérieure, et garde l'empreinte des doigts; il est atélectasié.

Les lésions sont homogènes, étendues à tout un lobe ; elles accusent de Vengouement, de Vhépatisation rouge, l'arement de Vhépatisation grise. Ces altérations sont ordinairementsuperposées sans discontinuité, sans irrégularité ; l'aspect extérieur du poumon rappelle la marche progressive et ascensionnelle de l'hépatisation caractéristique de la pneumonie aiguë du cheval.

Engouement. — Les parties engouées ont gardé leur

texture, leur élasticité ; jetées dans l'eau, elles surnagent.

Sur la coupe, la couleur du poumon se fonce de la

surface au centre du lobe malade : de rouge vif, elle

passe au rouge sombre, puis au rouge-brique, au rouge

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lavé, au rouge brun. Les travées inlerlobulaires sont infiltrées de sérosité noirâtre, qui s"écoule abondamment de la surface de section : leur diamètre est uniforme et ne dépasse jamais 2 à 3 millimètres. La teinte des lobules est uniforme ; on y observe seulement des points noirâtres dus aux hémorragies capillaires, aux caillots sanguins qui englobent complètement un lobule pulmonaire.

Hépatisatiox rouge. — Les parties hépatisées n'offrent point de territoires lobul aires multicolores ; elles présentent une teinte rouge lavée et sont circonscrites par des cloisons régulières blanchâtres ; leur épaisseur uniforme, de i à 2 millimètres, parait diminuer sous l'influence de la compression des lobules pulmonaires. La coupe de la portion hépatisée est sèche, nette : la déchirure est granuleuse etfait apparaître les finesconcrétionsfibrineuses contenues dans les bronches. La densité et la consistance rappellent celles de l'hépatisation rouge du cheval.

Hépatisatiox grise. — L'hépatisation çjrise et les petits abcès semblent faire partie intégrante de l'évolution de la pneumonie chez le bœuf. Ces lésions sont ordinairement situées vers le bord inférieur: elles se traduisent par « une multitude de points jaunâtres, très serrés : ce sont de très petits foyers jjurulents du volume de moins dune tête d'épingle, enchâssés dans le parenchyme hépatisé. Par la pression entre les doigts, ces foyers se vident, et leur contenu vient sourdre à la coupe sous forme de gouttelettes d'un pus jaune, épais, crémeux (Coulon et Olivier) (1).

Les BRO.NCHES se remplissent de sérosité blanchâtre, spumeuse ; les petites bronches renferment quelquefois des concrétions fibrineuses ; la muqueuse est injectée, enflammée ; elle est quelquefois détruite par places. Exceptionnellement, lexamen du poumon décèle les lésions de

(1) Coulon et Olivier. Bull, de la Soc. centr., 1J<84, p. 338.

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la pneumonie chronique. Elles ne rappellent en rien celles de \â péripneumonie chronique.

Les GANGLIONS BRONCHIQUES sont hypertrophiés, du volume d'un œuf de pigeon : leur coupe est congestionnée et hémorragique. On n'a pas signalé de lésions extrapulmonaires.

Diagnostic différentiel. — Ldi pneumonie lobaire sporaclique doit être difl'érenciée de la péripnenmonic contagieuse, de la pneumonie par corps étrangers, de la bronchite, de la tuberculose, de la pleurésie et de la péricardite traumatique.

i° Péripneumonie contagieuse. — Cette différenciation a perdu de son importance en raison de la disparition à peu près complète de la péripneumonie contagieuse du sol français ; mais cette maladie peut revenir, et il faut toujours être en mesure de la reconnaître.

Les renseignements, à défaut des symptômes, peuvent servir à établir le diagnostic différentiel. Si un sujet atteint n'a été en contact avec aucun animal étranger, on diagnostique la pneumonie sporacliqxie .

Les inflammations pulmonaires déterminées par les migrations des corps étrangers du réseau sont souvent difficiles à différencier des pneumonies et des bronchopneumonies.

Ces inflammations intéressent la base du poumon, respectent les lobes inférieurs; elles sont précédées de météorisation, de troubles digestifs et d'une toux réflexe sans jetage. En outre, ces pneumonies traumatiques ont une évolution irrégulière atypique; elles mettent ordinairement plusieurs semaines à se compléter et aboutissent généralement à l'abcédation et à la gangrène.

2° Broncho-pneumonie par corps étrangers. — On différencie la pneumonie lobaire sporadique de la pneumonie par corps étrangers par la marche irrégulière, suppurative ou gangreneuse de cette dernière.

3° Bronchite. — La bronchite se dislingue de la pneu-

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monie par l'absence de matité et par la production de râles muqueux à grosses ou à petites bulles, qui n'empêchent pas d'entendre le murmure respiratoire.

4° Tuberculose. — L'évolution aiguë, fébrile, rapide, la localisation exclusive des signes plessimétriques et stéthoscopiques dans les parties inférieures de la poitrine appartiennent exclusivement à la pneumonie sporadique. Ces signes sont en opposition avec la marche chronique, et les signes physiques [râles sibilants, submatitc irrégulièrement distribuée), qui font partie du cortège symptomatique de la tuberculose. Il conviendrait d'essayer la tiiberculine afin de compléter la séparation des cas douteux qui peuvent se produire.

5° Pleurésie. — La pleurésie est généralement tuberculeuse. Elle se fait remarquer par l'horizontalité de la zone de matité qui occupe la partie inférieure de la poitrine et par des troubles fonctionnels analogues à ceux qui servent, chez le cheval, à distinguer cette maladie de la pneumonie.

6° Péricardite traumatique. — On différencie la péricardite traumatique de la pneumonie sporadique en se basant sur l'œdème sous-sternal, le pouls veineux à la jugulaire, et sur l'assourdissement des battements et des bruits du cœur, tous signes pathognomoniques de l'inflammation du péricarde.

Traitement. — Des soins hygiéniques (aération régulière de l'étable, température modéi'ée, boissons tièdes, bonne alimentation" exempte de poussières) sont aussi utiles dans la pneumonie du bœuf que dans celle du cheval.

Les moyens thérapeutiques sont les antipyrétiques, les antiseptiques et les expectorants.

Dubourg conseille les excitants externes (sinapismes, trochisques) et internes (alcool, essence de térébenthine, café).

Parmi les antipyrétiques, la saignée a eu jusqu'à présent

la plus grande vogue; ses effets sont instantanés (Cruzel). Utile chez les animaux de travail, la saignée est nuisible chez les animaux faibles, débiles, chez les animaux jeunes, et chez les vaches laitières. — Elle détermine toujours l'abaissement de la température, la dilution' du sang, si elle ne hâte pas la résolulion.

Les médicaments antipyrétiques (quinquina, acétanilide, plîénacétine à la dose de 45 à 20 grammes chez les grands animaux) ont une action très efficace. On peut recourir encore au sulfate de quinine et au salicvlate de soude.

Pour assurer la désinfection des vésicules pulmonaires et des bronchioles, ,on utilise tous les agents qui s'éliminent par la muqueuse pulmonaire; les aromatiques; le goudron, la créosote, l'essence de térébenthine, etc., peuvent être avantageusement emplo^'és. Ils facilitent en même temps l'élimination des produits exsudés, hâtent la résolution et la disparition de tous les troubles morbides.

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