‹ Pathologie interne (volume 2)Chapitre 40 sur 96 · II.— BOVIDÉS · texte numérisé non relu

II.— BOVIDÉS

Étiologie et pathogénie. — Les bovidés sont tributaires d'un grand nombre de variétés de broncho-pneumonies secondaires. Les divers microbes infectieux qui président aux maladies générales ou aux maladies locales peuvent se répandre dans la circulation générale et frapper le poumon ou les articulations. Tous les processus de suppuration menacent simultanément ces deux tissus. Les broncho-pneumonies qui succèdent aux mammites siippurées, aux raginites, aux mctrites, aux infections pos^ pa>'tum. aux foyers de suppuration des ongles, etc., résultent d'une localisation infectieuse secondaire. La pluralité des microbes de la suppuration [staphylocoques, Bacillus pyogenes (Berger, Holti. streptocoques], microbes toxiques et septiques {Bacillus coU commune, bacilles bipolaires ou Pasteurella) deviennent les hôtes des lobules pulmonaires.

La fièvre aphteuse, le coryza gangreneux sont ti*ès favorables à ces invasions secondaires. Les broncho-pneumonies qui compliquent ces maladies ne résultent pas en effet de leur localisation dans le poumon ; les foyers broncho-pneumoniqucs sont habités par des microbes

divers qui n'ont aucun rapport avec l'agent causal de la maladie primitive. La maladie la plus nettement spécifique peut se compliquer d'une broncho-pneumonie infectieuse banale : la première n'a fait que préparer le bouillon de culture pour la seconde. Les broncho-pneumonies par auto-infection sont communes; elles peuvent revêtir le type congestif, hémorragique, purulent ou gangreneux suivant le degré de dépression de l'organisme et l'activité des microbes vulgaires qui parviennent dans le poumon. La dépression qui assure l'ensemencement du poumon par des microbes du dedans ou du dehors peut provenir de causes extérieures.

Le refroidissement a sa part d'influence dans le développement de toutes les maladies des voies respiratoires ; les broncho-pneumonies éclatent spontanément au commencement du printemps et à la fin de l'automne.

L'influence de V encombrement et de la fatigue n'est pas douteuse; la broncho-pneumonie est relativement fréquente chez les animaux transportés en bateau.

Elle sévit d'ailleurs, dans certaines contrées de l'Amérique et se propage parmi les animaux transportés. L'encombrement favorise la contagion possible et bien reconnue pour toutes les affections inflammatoires de l'appareil respiratoire. Ces broncho-pneumonies infectieuses primitives ont beaucoup d'analogie avec la péripneumonie contagieuse ; mais elles s'en distinguent par leur faible contagiosité. Signalées par Billings, Redon, Godbille, Blin, Nocard, on les a attribuées à une bactérie ovoïde, dont l'ingérence est accidentelle et secondaii*e.

Symptômes. — Les symptômes généraux très accusés ne peuvent passer inaperçus.

La fièvre, unie à une dyspnée intense dénoncée par une grande agitation du flanc, est un des symptômes les plus caractéristiques de la broncho-pneumonie; la température dépasse généralement 39°, 5; elle peut atteindre M°,^ et même 42°, 5.

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Lanorexie est complète et accompagnée d'inrumination ; la sécrélion lactée est tarie; les muqueuses ont une teinte safranée. et l'animal fait entendre une plainte à chaque expii'ation; la toux ne fait pas immédiatement son apparition; elle est pénible, quinteuse, fi'équente.

Ces signes indiquent nettement que la maladie pi'imitive (raammile, métrile, fojers de suppuration divers) s'est compliquée d'infection pulmonaire. Pourtant l'exploration du poumon ne révèle d'abord aucune modification caractéristique ; les foyers de broncho-pneumonie sont trop disséminés et trop restreints pour engendrer de la submatité, de la matité, des râles ou des souffles. Les signes stéthoscopiques devancent les signes plessimétriques. L'exsudation alvéolaire et bronchique est suivie de râles sous-crépitants, de râles muqueux, d'une atténuation du murmure respiratoire et d'une respiration bronchique rude; un liquide muqueux ou muco-purulent expectoré souille la muqueuse nasale.

En quelques jours, les fojers pulmonaires se réunissent ; la percussion révèle de la submatité ou de la matité dans les zones inférieures, mais à des hauteurs très inégales dans les divers segments du poumon ; l'auscultation fait percevoir, dans ces mêmes régions, des râles crépitants, une respiration bronchique rude, soufflante ou même un véritable souffle à la place du murmui'e respiratoire. Ce dernier a acquis une intensité inaccoutumée dans les parties élevées de la poitrine.

La toux conserve ses caractères de fréquence; mais elle devient faible, avortée ; elle est toujours quinteuse et facile à provoquer; elle est suivie de l'expulsion d'un jetage muqueux, purulent ou gangreneux, suivant les transformations qu'éprouvent les lobules pulmonaires enflammés.

Marche. — L'évolution de la maladie est très rapide; le malade, miné souvent par une maladie antérieure, perd rapidement ses forces et son embonpoint ; il devient

très maigre; la maladie ne saurait diircr 1res longtemps; elle s'achemine vers sa terminaison.

La guérison relative, Incomplète, est le propre des broncho-pneumonies peu intenses et très limitées; la fièvre, modérée, s'apaise graduellement ; les portions de poumon engouées, splénisées, récupèrent partiellement leurs fonctions; elles se convertissent ordinairement en tissu fibreux.

C'est la principale cause des scléroses pulmonaires.

Lu. suppuration est la marque d'une invasion pulmonaire abondante par les pyogènes, ou d'une profonde débilitation des animaux inl'ectés; les malades accusent une température modérée et oscillante; le jetage est purulent: l'amaigrissement progresse pendant des semaines et aboutit à l'épuisement complet des malades.

Les abcès qui évoluent dans le voisinage de la plèvre peuvent atteindre cette dernière et déterminer, au bout d'un temps variable, une pleurésie adhésive ou exsudative qui s'accuse par un bruit de frottement, par une sensibilité de la paroi pectorale ou des signes caractéristiques d'un épanchement. Les animaux peuvent vivre des mois; mais il y a tout avantage à s'en défaire de bonne heure.

La gangrène pulmonaire dénonce généralement des broncho-pneumonies par corps étrangers : la fétidité de 'haleine et le jetage grisâtre expulsé par les quintes de toux trahissent cette complication.

Anatomie pathologique. — Les lésions pulmonaires sont très variables. Les parties inflammécs sont hépatisées ou splénisées ; ces lésions occupent principalement les lobes antérieurs et les parties inférieures des poumons.

Dans les parties hépatisées, les cloisons conjonctives interlobulaires sont le siège d'une inflammation séreuse très abondante. La coupe du tissu hépatisé présente, au premier abord, l'aspect d'ime lésion péripneumoniqiie récente; le tissu est dense, ferme, compact, friable, d'une couleur variant du l'ouge clair au Iwun foncé presque noir, les

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lobules sont isolés par dépaisses travées conjonctives, infiltrées d'une quantité considérable de sérosité jaunâtre, limpide (fig. 28).

L'infiltration conj onctive est moins abondante que dans la péripneumonie, la sérosité moins'al bumineuse, d'une teinte jaune moins accusée, d'une limpidité moins parfaite; çà et là, la pression fait sourdre des sacs lympliatiques, distendus à l'excès, de petites concrétions, fibrlneuses blanchâtres, lisses, de consistance ferme.

Le tissu du lobule, emprisonné dans cette enceinte conjonctive si démesurément épaissie, n'a pas l'uniformité de teinte et de consistance qui caractérise la lésion péripneumonique; il est plus dur, plus manifestement lié-

patisé dans sa partie centrale qu'àla périidiérie : la lésion procède généralement de la bronche et du tissu [lulmonaire.

Fig. 28. — Broncho-pneumonie du bœuf. Inégalité de la surface du poumon. Des lobules sont congestionnés, d'autres atélectasiés ; il y a enlin un emphysème prononcé dans les parties antérieures.

Le tissu splcnisc fornie des mamelons saillants, de diverses colorations et accompagnés de zones atélectasiées, déprimées et de masses emphysémateuses transparentes.

Il n'est pas rare de rencontrer des abcès enkystés et des oyers de sclérose.

Diagnostic. — La pneumoxie franche est infiniment plus rare que la broncho-pneumonie: elle est moins caractérisée que cette dernièi'e, qu'on reconnaît principalement à l'absence de signes précis de percussion et d'auscultation, aux irrégularités de la température et de l'évolution morbide.

La péripneumonie n'existe plus dans notre pays et n'y reviendra que très accidentellement; elle se dilTérencie des broncho-pneumonies par des signes évidents d'une pleurésie avec épanchement et d'une pneumonie lobaire envahissante et progressive.

La tiiberculo.se ne peut en être distinguée que par la tuberculine et l'inoculation du jetage.

On ne peut reconnaître d'une manière certaine la nature d'une broncho-pneumonie : la broncho-pneumonie par corps étranger peut simuler entièrement les broncho-pneumonies infectieuses.

Traitement. — Le traitement prophylactique doit surtout viser les maladies primitives, qui peuvent se propager au [loumon par la voie aérienne ou la voie sanguine : il faut tarir, aussitôt que possible, toutes les sources de suppuration utérine, mammaire, articulaire, ou des voies respiratoires.

Les broncho-pneumonies déclarées sont justiciables des révulsifs externeset des vésicants divers. d'inhalationsou de l'ingestion des substances antiseptiques (goudi'on, créosote) de l'administration de salicylate de soude, 25 à 35 grammes par jour; d'acide salicylique, 3 grammes ; d'acétate d'ammoniaque, 5 à 10 grammes.

Les injections trachéales de solution de créosote contre la gangrène et la suppuration sont indiquées.

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Les purgatifs et les diurôtiques complètent cette médication.

(In tonili»^ l'organisme ù laide do rarincux et d'une alimentation alibile.

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