‹ Pathologie interne (volume 2)Chapitre 41 sur 96 · III. — CARMVORES · texte numérisé non relu

III. — CARMVORES

Ëtiologie et pathogénie. — La pneumonie catarrhale, appelée enrore pneiunonie lobulaire, broncho-pneumonie, est laffection pulmonaire la plus commune chez le chien; elle est l'expression de processus infectieux distincts. La maladie du jeune âge en est la cause la plus fréquente.

Le sujet commence par avoir un coryza qui se propage, descend graduellement dans les bronches et envahit les alvéoles pulmonaires. La plupart des broncho-pneumonies ont cette origine.

L'ictère infecticuc. à évolution lente, se complique de broncho-pneumonie; les produits toxiques de la bile afîaiblissentlorganisme. congestionnent le poumon et préparent son infection secondaire. De nombreux processus peuvent ainsi rendre les lobules pulmonaires habitables à tous les germes normaux des voies respiratoires.

Les affections graves de la bouche {brûlures, stomatite ulcéreuse) s'accompagnent de l'infection successive des bronches et des alvéoles pulmonaires : l'animal périt souvent dune broncho-pneumonie.

L'influence saisonnière est manifeste; la broncho-pneumonie ne s'observe guère en été. L'animal contracte une bronchite qui est la préface de l'infection lobulaire.

Les chiens de garde, ceux qui chassent dans les marais, qui voyagent en chemin de fer, ceux qui habitent les appartements chauffés et que Ton fait sortir par une température humide et froide, contractent une bronchite qui se complique fréquemment de pneumonie lobulaire.

Quand la bronchite s'est déclarée, le mucus qui obstrue les petites bronches est incomplètement expectoré par la

toux. Les particules alimenlaires, le mucus, la salive accumulés dans la cavité pharyngienne s'y décomposent, s'y putréfient; les microbes qui cultivent dans ce milieu parviennent dans les bronches à la faveur de l'air inspiré et infectent le mucus qui s'y trouve. La pneumonie calar-

Fig. 29. — RépkHion dfs bronches et des alvéoles pulmonaires par du mucus * et du sang épanché (G. Petit).

rliale se développe progressivement et envahit le lobe antérieur et moyen, plus rarement le lobe postérieur.

Les troubles nerveux vaso-dilatateurs, engendrés par le froid, peuvent préparer le bouillon de culture favorable à cet ensemencement microbien.

La broncho-pneumonie consécutive à la vagotomie double pai'aît revendiquer cette origine. Si les animaux ne résistent pas à cette double section des pneumogastriques, c'est que cette opération trouble la nutrition du tissu pulmonaire et permet aux microbes vulgaires qui sont les hôtes normaux des voies respiratoires de s'y implanter.

La pénétration de la salive dans ces voies augmente les chances de l'infection sans jouer un rôle essentiel ; les lésion^

nilONCHO- PNEUMONIES INFECTIEUSES.

sontpourlanl plus intenses chez l'animal non trachéotomisé que sur l'animal qui a subi celte opération en même temps que la vagolomie.

Lq colibacille, \a staphylocoque blanc et doré, et quelquefois le Bacillus subtil is

sont les agents envahisseurs (Beltini)(l).

Anatomie pathologique.— Les lésions de broncho-pneumonie offrent, chez le chien, le même mode de répartition que chez le cheval.

Bronchite, pneumonie lobulaire, œdème, atclectaaie , emphysème, existent côte à côte et donnent à la broncho-pneumonie une physionomie caractéristique. Ces altérations paraissent se développer et se succéder de la manière suivante.

Une bronchite engendre des bouchons muqueux que chaque respiration pousse vers les divisions les plus ténues des bronches ; Yatélectasie des lobules privés d'air commence : ils se dépriment de plus en plus, cessent de suivre le mouvement d'expansion du poumon, qui se produit à chaque inspiration (fig. 29),

Les parties atélectasiées sont foncées, violacées, affaissées ; elles présentent des vaisseaux hyperémiés, turgescents sous l'influence de la congestion bronchique; l'épithélium alvéolaire y est gonflé et détaché. 11 est clair que les parties en voie (Yatélectasie ne gardent

Fig. 30.

Exsudât bronchuiue formant un bouchon obturateur, b. — e, desquamation de l'épithélium bronchique. — 'g, infiltration du tissu bronchique — r. V, vaisseaux sanguins. — c. vaisseau lymphatique.

(1) Bettini, De la pneumonie par paralysie du pneumogastrique {(nornale délia Renie Soc. ed Accad. vet. ital-, î avril 1904, p. 3i'0).

ft'ni^

Vis. :u.

pas toutes co type d'altération, (jue la bronchite cajjillaire tend à généraliser. La raréfaction de l'air les prédispose aux infections septiques et pyogènes. L'arrivée de ces germes dans l'intérieur des alvéoles pulmonaires

provoque l'exsudation d'un liquide séreux, incoagulable, septique.Ce liquide est peu abondant; il renferme des globules de pus qui altèrent les bronches et les alvéoles pulmonaires; il y a endobronchite, mésobronchite et péribronchite. pneumonie catarrhale. formation de nodules périhronddqucs. dont l'évolution est subordonnée à la quantité et à la qualité de la semence infectante (fig. 30).

Les noyaux lobulaircs caractéristiques de la bronchopneumonie sont arrondis, durs, disséminés irrégulièrement dans les deux poumons, saillants sous la plèvre ou cachés dans la profondeur du parenchyme ; ils sont particulièrement nombreux vers les parties antéro-inférieures du poumon. Rouges au début, ils deviennent plus tard gris, puis jaunâtres (fig. 31).

Ces xoDui.KS, constitués au début par l'inflammation catarrhale des alvéoles pulmonaires, forment, dans l'axe des lobules, des points rouge bleu, puis rouge brim, rouge grisâtre plus tard, et finissant par devenir gris clair puis jaunâtres. Ils sont denses, sphéroïdes, de nombre et de volume variable, légèrement granuleux à la coupe, parce que les hématies, les globules de pus et l'épithélium

Nodules péribroncliiques r, 6, v', 1/, a, isolés ou en foyers el vus à la loupe. — p, tissu pulmonaire (Cadéac).

BRONCHÛ- PNEUMONIES INFECTIEUSES.

Fig-. 3:;. — Pneumonie calanhale du cliien

Cellules épithéliales e et leucocytes 6, ([ui remplissent les alvéoles pulmonaires. — a. infiltration des parois alvéolaires (Cadéac).

Fig. 33. — Splénisation pulmonaire.

Les alvéoles sont comblés de globules rouges auxquels sont mêlés quelques globules blancs (G. Petit).

comblent les alvéoles et les bronchioles (fig. 32). Ils résistent à linsufflation et gagnent le Tond de l'eau. Ils sont

toujours entourés d'une zone splénisée, lisse, de couleur violacée, pouvant être progressivement envahie par la zone centrale.

La spLÉMSATio.N-, qui domine au début de la période de congestion, est remplacée, plus tard, par la zone péribronchique en voie de ramollissement, de suppuration qui empiète sur la zone périphérique comme labcès sur la partie phlegmoneuse. Ces nodules peuvent s'indurer dans quelques cas ; ils suppurent généralement ; ils peuvent devenir confluents et faire disparaître les parties violalobulaire atrecle alors

Fig. 34. — Broncho-pneumonie suppurée du chien.

Le lobe pulmonaire P piésente de nombreux foyers de suppuration C, dont le contenu, entraîné par le lavage, met en évidence, dans la partie antérieure, une série de cavités anfi'actueuses qui communiquent entre elles (Cadéac).

cées, splénisées. La pneumonie

une forme pseudo-lobaire (fig. 32 et 33).

L'évolution des nodules péribronchiques aboutit généralement à l'infiltration purulente et à la formation d'abcès, du volume d'un pois ou d'une noisette, en communication avec les bronchee et connus sous le nom de vacuoles et de gi-'anulations purulentes (fig. 34).

Les GRANULATIONS PURULENTES résultent delà suppuration péribronchique ou de la suppuration de plusieurs infundi-

bula terminaux, en communication avec une bronchiole ancienne entlammée: elles rwiferment une gouttelette de pus bien lié.

Les VACUOLES succèdent à rinfiltration de la pai*oi bronchique, à la destruction de la couche musculaire par les éléments du pus. La bronche se dilate, refoule les alvéoles

Fig. 3.5. — Exsudât de la broncho-pneumonie suppurée.

Cellules bronchiques alvéolaires et globules blancs plus ou moins altérés. (G. Petit).

voisins dont les parois sont envahies el souvent détruites aussi par les globules du pus. La bronchiole terminale prend alors la forme d'une ampoule à parois épaisses, irrégulières, qui se remplit de pus, de muco-pus et, plus tard, d'air ou de gaz (fig. 34).

Toutes les parties malades ne présentent pas cette même série daltérations. Les germes infectieux ne sont pas toujours exclusivement pvogènes: des foyers de pneumonie fihrineuse gardent le caractère lobulaire des autres altérations et évoluent à peu de distance.

240 poUMOXS.

Ces diverses lésions troublent la circulation du sang comme celle de l'air; il se produit en même temps de l'œdème et de l'emphysème pulmonaire.

L'cKDÈME PULMONAIRE cst déterminé par la stase du sang, consécutive aux altérations des capillaires alvéolaires: cette lésion entrave le champ de l'hématose et précipite le dénouement fatal.

L'emphysème pllmonaire, interstitiel et môme souspleural, fait partie des lésions contingentes de la bronchopneumonie. Sa présence est la règle dans toutes les pneumonies. Olte lésion succède à la dyspnée, aux efforts violents et répétés qui accompagnent la respiration.

Symptômes. — On voit d'abord le tableau symptomatique de la bronchite se dessiner; elle gagne les rameaux capillaires des bronches: puis les premiers signes de la pneumonie apparaissent : la dyspnée devient extrême, la toux plus pénible, le j étage visqueux, grisâtre ou sanguinolent; le râle crépitant remplace le râle muqueitx en bas et en avant, et, au bout de deux à trois jours, les sj'mptômes sont caractéristiques. La peau est sèche et brûlante, le souffle labial est intense: les yeux saillants expriment l'anxiété; les naseaux sont obstrués par du jetage; beaucoup de chiens ont tant de peine à respirer qu'ils restent assis, les membres antérieurs écartés; tous les efforts de l'animal tendent à faciliter la respiration, à augmenter la quantité d'air introduite dans la poitrine.

La PERCUSSION révèle de la submatité. quelquefois de la matité en avant du poumon; on perçoit, en divers points, une résonance exagérée, due à l'emphysème vésiculaire dont s'accompagne à peu près constamment la bronchopneumonie; on peut déceler lui son tympanique à la périphérie des parties malades.

L'auscultation fait entendre le râle muquexix île la bronchite et le ràJc crépitant de la pneumonie; ce nlle fait défaut dans les parties malades du poumon qui correspondent à des bronches obstruées. On perçoit, en même

liUO.VCHO-I'XEUMOXIES INFECTIEUSES. 241

temps, un bruit trachco-hwnchiquc excessivement fort et retentissant, auquel se joint souvent un souffle tubaire des mieux caractérisé. On renforce ce bruit quand on presse un peu les parois thoraciques du sujet; ce sont les chiens à poitrine très dépressible qui présentent ce signe avec son maximum d'intensité.

« Des bruits cardio-pulmonaires pathologiques se rencontrent dans la broncho pneumonie des jeunes sujets, à peu près exclusivement. Ils se produisent dans les deux temps de la révolution cardiaque, plus souvent dans la systole; ils ne sont point soumis d'une façon absolue aux mouvements respiratoires et peuvent s'entendre dans l'inspiration, comme dans l'expiration, plus fréquemment cependant dans la première. Ils sont associés à d'autres bruits pulmonaires, raies humides ou sonores, et peuvent prendre des timbres particuliers; tantôt ils consistent en de la crépitation, du râle muqueux. ou, d'autres fois, en sifflements, en râles sifflants très courts, comme des piaulements iïoiseau.x.

« Leur mode de production est facile à concevoir: ce sont les matières contenues dans les alvéoles ou dans les petites bronches dépressibles qui sont agitées par le choc du cœur. Leur durée est celle de la maladie qui leur donne naissance; leur siège, I3 même que celui du souffle normal » (Mathis) (1).

Sous l'influence de la difficulté (îirculatoire, il se produit de la stase sanguine dans le foie, d'où résulte une exagération de pigment biliaire et Victére par excès de production de bile; ce liquide amène la distension de la vésicule biliaire, obstrue le cholédoque et entraîne l'ictère par rétention.

Alors le tube digestif cesse de fonctionner; l'intestin, privé de bile, ne peut plus rien digérer: des vomissements se produisent après chaque ingestion de lait, d'aliments,

(1) Mathis, Journ. de tnéd. vét. et de zootechnie, 1884.

2i2 POUMONS.

de médicanionts et de substances les plus inoffensives: ils sont provoqués par chaque quinte de toux ; il j a de la constipation de la diaiThée, de la gastro-entérite généralisée.

Marche. — Terminaison. — La broncho-pneumonie a tantôt une marche rapide, tantôt une évolution lente.

Le9, pneumonies dues à l'introduclion dans les bronches d'une grande quantité (Valiments ou de médicaments se terminent brusquement par la mort. Certaines bronchopneumonies poursuivent leur marche pendant quinze jours à trois semaines, avec des alternatives d'amélioration et d'aggravation.

La MORT est cependant la terminaison habituelle; elle est due à la suppuration des lobules pulmonaires, à l'œdème, à Vatélectasie, à Vintoxication et à Vasphyxie. Quand elle doit survenir, le chien tombe dans un abattement i)rofond; il reste constamment couché, insensible à tout ce qui l'entoure ; ses yeux se cavent, la respiration devient de plus en plus pénible : quelquefois, elle se ralentit vers la lin, sans être pour cela plus facile: les mouvements du cœur deviennent de plus en plus tumultueux, forts, irréguliers, tandis que le pouls est petit, misérable et devient imperceptible. La toux est de plus en plus faible, puis tout à fait impossible : on remarque seulement, de temps à autre, une légère secousse du tronc due à la contraction des muscles expirateurs; elle est sans force, incapable d'amener la moindre expectoration : tout au plus s'accompagne-t-elle d'un léger souffle à l'ouverture des narines, avec soulèvement des lèvres. La mort survient sans convulsions, par asphyxie lente et progressive, ordinairement du huitième au quinzième jour à partir du début (1). Quel([uefois c'est la nature qui triomphe.

La GUÉRisoN est alors annoncée par une détente géné-

(1) Saint-Cyr, Journ. de i École vit. de Lyon, lSo6.

raie : les symptômes asphyxiques diminuent, la respiralion devient moins laborieuse, le pouls se régularise, les malades sont moins profondément abattus, puis les symptômes locaux s'amendent à leur tour et successivement. La co«ra/esce«ce estlongue. pénible, sujette à des rechutes qui. presque toujours, emportent le malade.

Diagnostic. — Le souffle labial et le souffle tuhaire coïncidant avec une dyspnée excessive et des symptômes généraux graves indiquent une pneumonie fibrineuse ou une broncho-pneumonie. Mais, chez le chien, la pneumonie fibrineuse est Texception; la broncho-pneumonie, la règle. Néanmoins la différenciation de ces deux maladies est souvent très difficile, sinon impossible.

On se liem'te à de sérieuses difficultés quand il s'agit de distinguer la broncho-pneumonie de la bronchite capillaire.

Traitement. — Le traitement de la broncho-pneumonie est sensiblement le môme que celui de la bronchite capillaire (Voy. ce mot).

Il faut soutenir les forces du malade par les préparations vineuses, favoriser l'expectoration à l'aide de l'ipéca à la dose de 2 à 30 centigrammes, suivant la taille des animaux; utiliser les révulsifs pour dériver l'inflammation; les diurétiques pour prévenir l'intoxication; les antifébriles contre la fièvre; les antiseptiques contre les microbes qui pullulent dans les bronches et les alvéoles pulmonaires.

Les lésions caractéristiquesde ces broncho-pneumonies consistent dans une exsudation séreuse, superficielle et une prolifération cpithéliale déterminées par les corps étrangers infectants qui obstruent les bronches et produisent la gangrène. L'exsudat est dépourvu de fibrine et de mucus

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(les parois alvéolaires ne renfermant pas do glandes muqueuses); il est composé de sérum sanguin, de leucocytes, d'hématies et de cellules cpilhéliales. On trouve ces altérations autour de la bronche et dans le tissu conjonctif intralobulaire ou périlobulaire: elles sont disséminées dans les divers lobes du poumon et offrent des caractères très variés.

Par leur origine, leur caractère sporadique, leurs symptômes physiques etfonctionnels, leur mai'che irrégulière, leur terminaison gangreneuse et mortelle, ces bronchopneumonies diffèrent complètement des pneumonies lobaircs et s'éloignent même des autres formes de broncho-pneumonies.

Ce type d'inflammation est la règle chez le chien, un accident chez le cheval. Il convient de l'étudier dans chaque espèce animale.

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