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I. — SOLIPÈDES

Étiologie et pathogénie. — La pénétration des corps étrangers dans les voies respiratoires est susceptible de reproduire toutes les variétés de pneumonies lobulaires spontanées des solipèdes. Le degré d'irritation du lobule pulmonaire est subordonné à la diversité, à l'activité et au nombre des germes importés par les corps étrangers. Cette infection polymicrobienne est souvent aggravée par l'action vulnérante traumatique des matières irritantes introduites accidentellement dans les voies respiratoires. La gangrène pulmonaire est ordinairement l'expression de ce concours d'influences pathogènes. Ces bronchopneumonies sont les mieux connues, parce que toutes leurs variétés peuvent être reproduites expérimentalement.

Les injections trachéales de produits irritants, la section des nerfs pneumogastriques sont les deux principaux moyens de reproduction des broncho-pneumonies expérimentales : les agents toxiques, les médicaments et

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lesaliments résument les causes essentiellesdeces infections pulmonaires.

Les inhalations de vapeurs d'acide chlorhydrique et de chlore, de fumée d'incendie, excercent sur les bronches une action irritante et traumatique suivie de la formation de no vaux inflammatoires lobulaires, disséminés ou confluents dans les deux poumons.

Les liquides injectés dans la trachée ne possèdent pas une égale nocuité. L'eau ordinaire, l'opium, le vin de quinquina, la solution d"exti"ait de gentiane, de belladone, produisent la toux, mais ne déterminent aucune lésion pulmonaire.

L'ammoniaque, lessence térébenthine, le perchlorure de fer, le nitrate d'argent, l'extrait de cantharide, le chloroforme, le nitrate de potasse dissous dans l'eau distillée, le c/ï/ora/ (Cadéac et Malet), l'éther, le sulfate de soude ne peuvent être introduits impunément dans le poumon.

Des expériences comparatives nous ont appris que l'introduction dans le poumon d'une certaine quantité d'eau distillée produit une broncho-pneumonie quand la même quantité deau ordinaire est inoffensive (Cadéac et Malet).

Les injections trachéales médicamenteuses risquent de produire, dans les parties les plus déclives du poumon, des lésions qui ne diffèrent, suivant la nocivité des agents injectés, que par leur intensité et leur étendue. Certaines substances irritantes, comme la cantharidine. déterminent une broncho-pneumonie même quand elles sont injectées sous la peau (Cornil).

Les médicaments et les breuvages administrés d'une manière défectueuse pour combattre diverses maladies (inflammation du tube digestif, occlusion intestinale, etc.) peuvent faire fausse route et entraîner avec eux de la salive et des matières alimentaires ; on a alors des broncho-pneumonies qui sont à la fois médicamenteuses et alimentaires.

Ce sont surtout les médicaments huileux qui passent

facilement dans le larynx et dans les bronches. On a recommandé quelquefois de les administrer par les cavités nasales ; mais les expériences de Goubaux ont complètement fait justice de cette pratique que les empiriques ont seuls conservée : elle trouble le fonctionnement du réflexe hucco-phnryngien de la déglutition et provoque, h. coup sur. la chute des médicaments dans la trachée par la glotte incomplètement fermée. Neuf fois sur dix, la broncho-pneumonie succède à ce mode d'administration.

Les aliments et les microbes renfermés dans la bouche confèrent aux solutions médicamenteuses des propriétés septiques et gangreneuses.

La sectiondes pneumogastriques réalise la pénétration de ces corps étrangers et de ces microbes dans les voies l'espiratoires; elle paralyse les cordes vocales et entrave les mouvements de l'œsophage. De là résulte une gêne marquée de la déglutition et la pénétration de parcelles alimentaires, de mucosités, de salive dans les bronches. L'anesthésie du poumon due à la section du pneumogastrique favorise encore l'arrêt de ces corps étrangers en s'opposant à leur expulsion par voie réflexe (Vulpian).

La pneumonie par section du pneumogastrique est une pneumonie par corps étrangers irritants. On peut en fournir la preuve de diverses façons : directement, à la manière de Traube, en établissant la présence de particules élémentaires et de cellules épithéliales de la bouche dans les bouchons qui remplissent les bronches ; indirectement, en montrant que la section du pneumogastrique n'est pas suivie de broncho-pneumonie si l'on empêche la pénétration de ces corps étrangers.

Quand la survie est de courte durée, on observe de la congestion, de l'œdème et de l'emphysème vésiculaire ; quand elle est plus longue, on constate la congestion de la muqueuse bronchique, l'emphysème pulmonaire,

BROXCHO-PXEUMONIES l'AR COUPS ÉTRANGERS. 247

Vatélectasie. la f:plL')usation et des noyaux de pneumonie lohulaire.

Ces faits expérimentaux font eompi-endre la gravité des broncho-pneumonies qui résultent de l'administration forcée" de breuvages médicamenteux ou qui succèdent à des maladies troublant la déglutition.

Les breuvages administrés de force aux chevaux couchés ou dont la tête est élevée, particulièrement quand ils sont affectés de coliques, font généralement fausse route ,; ils provoquent des accès de toux ou de suffocation suivis fréquemment de gangrène pulmonaire. Les solutions astringentes stjptiques sont particulièrement dangereuses; elles détruisent la sensibilité et paralysent la couche musculaire sous-jacente : dès lors, les muscles du pharynx ont perdu leurs propriétés contractiles nécessaires pour assurer le fonctionnement régulier et. d'autre part, la muqueuse laryngienne, baignée par le liquide, étant dépourvue de sensibilité, la solution tombe dans la trachée.

Si la quantité de médicament qui pénètre dans le larynx est faible, il se développe une inflammation superficielle de cet organe et de la trachée. Quand la quantité est plus considérable, une trachéo-bronchite apparaît, puis une pneumonie. Parfois la quantité est si grande que le liquide se distribue dans les deux poumons, particulièrement au niveau des parties inférieures, et détermine une broncho-pneumonie d>sséminée dans les deux lobes pulmonaires. Cependant, on a vu des chevaux survivre à la pénétration dans les bronches d'une grande quantité de liquide mucilagineux, renfermant plus de 1 kilogramme de sulfate de soude (Benjamin' . Il est préférable de ne jamais forcer les animaux à les prendre : c'est le plus siir moyen de restreindre considérablement le nombre de ces broncho-pneumonies gangreneuses. On ne les ferait pas disparaître entièrement.

Divers maladies générales ou locales troublent la déglutition en empêchant l'occlusion complète de la glotte et

2i8 POUMONS.

occasionnent la chute des aliments dans la trachée.

Les causes des ces broncho-pneumonies alimentaires sont nombreuses :

Le tétanos, la. fièvre pétéchiale, les maladies de l'encéphale et des méninges, dupharynx [Qourme, laryngite, pharyngite, abcès des ganglions rétro-pharyngiens), les collections des poches giitturalcs, les tumeurs du pharynx et du larynx sont fréquemment suivis de la pénétration de la salive et des matières alimentaires dans les bronches.

Les larves d'œstres fixées dans le pharynx sont une cause d'angine et de troubles de la déglutition.

La paralysie du laryngé supérieur, les blessures du pneumogastrique déterminées par la saignée reproduisent quelquefois toutes les altérations des broncho-pneumonies expérimentales.

L'engouement de l'œsophage engendre les régurgitations et la chute de liquides et de parcelles alimentaires dans les voies respiratoires (d). Les chevaux qui ont présenté des vomissements périssent quelquefois de pneumonie gangreneuse.

Les aliments peuvent passer dans les bronches quand les animaux anesthésiés par le chloroforme se mettent à manger au moment de leur réveil (Knauer).

Les pneumonies des nouveau-nés sont provoquées par la pénétration du liquide amniotique dans les voies respiratoires.

La terre argileuse, les débris d'écorce d'arbres ou de branches du Robinia pseiulo-acacia, de fins graviers (Brétégnier), les épilletsde graminées, sont exceptionnellement la cause de cette double altération bronchique et pulmonaire. Les microbes sont toujours les agents actifs de ces bronchopneumonies spéciales. On peut même réussir à déterminer des broncho-pneumonies chez les animaux, en leur injectant dans la trachée des cultures de divers microbes.

(1) Brétégnier, Joitr/i. des vct. milit., 190.J.

Les staphylocoques, les streptocoques, les bacilles septiques, le bacille de la nécrose sont les principaux microbes qu'on retrouve dans ks parties gangrenées du poumon.

Kig. 36. — Broncho-pncumouie double, licaucoujj plus pi-uuoiiLce à droite qu'à gauche ; la surface du poumon est irrégulière, mamelonnée. . — Le parenchyme pulmonaire est creusé de cavernes V. V, V (Photographie Cadéac) .

Anatomie pathologique. — Les lésions sont généralement réparties dans les deux poumons : elles intéressent les lobes antérieurs et sont très dissemblables.

Quand on ouvre la poitrine dun cheval mort de celte maladie, on n'observe pas laffaissement général et ré-

gulier du poumon comme à l'état sain ; sa surface parait mamcloni^ée (lig. 36) : les parties antérieures sont volumineuses, dures ou empliysémateuses par places. Les parties postérieures sont foncées ou présentent des foyers saillants et durs, séi)arés par des parties restées saines. Ces foyers inflammatoires se distinguent des parties voisines par leur couleur noirâtre, lie de vin, quelquefois grisâtre, par leur relief et leur résistance à la pression. En passant la main sur les faces pulmonaires, on décèle des lobules engoués, hcpatiscs, ramollis, abccdcs ou gangrenés. A côté de ces bosselures, on peut rencontrer des dépressions de la plèvre : quelques lobules malades ont diminué ce volume et sont atélectasiés.

A la coupe, on reconnaît des foyers congestionnés qui donnent à la pression un liquide spumeux bulleux, des foyers d'hépalisation, des abcès du volume d'un pois, d'une noisette ou du poing, des cavernes sous-pleurales qtii renferment un liquide grisâtre et fétide.

Les BRoxcHEs afférentes aux parties malades sont rouges, parfois bleuâtres ou d'une teinte lie de vin ; elles sont remplies d'un exsudât purulent ou muco-purulent. Les petits fragments de poumon isolés de ces divers points et jetés dans l'eau se comportent diversement : certains surnagent, d'autres s'enfoncent à demi ; il en est qui vont immédiatement au fond de l'eau. L'insufflation d'air dans les bronches fait augmenter de volume certaines parties ; il en est d'autres, au contraire, qui se gonflent ci peine ; d'autres demeurent affaissées.

Chaque sujet présente une grande variabilité d'altérations lobulaires. Les lobules ont reçu des doses différentes de microbes ou de poisons, et ils sont le siège d'une réaction inflammatoire adéquate. Successivement inoculés, ils offrent des altérations de tous les âges.

Les broncho-pneumonie alimentaires sont bilatérales et siègent au niveau des lol)es antérieurs du poumon, particulièrement du lobe droit ou de celui qui occupait la

BRONCHO-PXEL'MOXIES PAR CORPS ÉTRANGERS. 231

situation la plus déclive quand le breuvage a été administré à un animal couché ; elles peuvent revêtir le type lobulaire comme après la section du pneumogastrique (Barrier). L'inflammation catarrhale envahit les bronches, le tissu péribronchique et bientôt le tissu pulmonaire. Ces tissus se convertissent rapidement en foyers de gangrène ou de suppuration.

Peu à peu, les parties hépatisées se transforment en foyers purulents. Ceux-ci sont accompagnés de la perforation du poumon ou de la formation de cavernes dont le contenu composé de produits putrides (acides gras, ammoniaque, acide sulfhydrique, corps étrangers, grains davoine. parcelles de fourrage) répand une odeur infecte.

Souvent, la pleurésie, le pnewnothorax et le pyopneumothorax compliquent la broncho-pneumonie.

Le FOIE et les reins enflammés sont considérablement hypertrophiés.

Les lésions delà, septicémie ou de la pyohémie découlent presque toujours de celles qui précèdent ; les tissus se décomposent promptement. Après la mort, le sang est jaunâtre, putriile.

Symptômes. — Los broncho-pneumonies alimentaires et médicamenteuses sont caractérisées par des troubles respiratoires immédiats : des accès de suffocation peuvent même succéder à l'administration de breuvages huileux.

Linfection des alvéoles pulmonaires est très rapide, les corps étrangers envahissent les deux côtés de la poitrine et provoquent une recrudescence de fièvre, 40 à il", des frissons, de la tristesse, de l'abattement, une accélération du pouls (80 à 100 pulsations) et de l'adynamie. Ces signes annoncent le développement delà broncho-pneumonie.

Son apparition est immédiatement caractérisée par une dyspnée dont l'intensité révèle la difficulté des échanges respiratoires. L'obstruction des bronches par les produits muco-purulents rend le champ pulmonaire inaccessible à l'air, de sorte que Taccéléi'ation des mou-

232 l'OLMOXS.

voments respiratoires est plus gronde que dans la pneumonie lobaire. La respiration est bruyante, pénible, douloureuse, plaintive. Le rythme respiratoire est modifié; on constate un tem[»s d'arrêt entre l'inspiration et l'expiration.

Les broncho-pneKiiionics alimentaires et médicamenteuses présentent une évolution particulière, qu'il faut connaître. On peut observer des accès de suflbcalion au moment de l'adminislralion des breuvages.

Le jetage, d'abord séreux, muqueu.x et inodore, offre quelquefois une couleur orangée ; il devient rapidement purulent, fétide, l)runàtre ; il dénonce ainsi l'existence des foyers gangreneux qui se sont formes ; il peut même renfermer des débris de corps étrangers et de parenchyme .pulmonaire nécrosé. Le sujet, empoisonné parles toxines, présente un abattement extrême ; il est inerte et a beaucoup de peine à se tenir debout.

La percussion donne souvent un son mat. des deux côtés de la poitrine, vers les [)arties antérieures explorables; sur le tiers de la hauteur du poumon, en allant de bas en haut, on entend quelquefois un son franchement tympaniqxie des deux côtés de la poitrine. L'auscultation y fait percevoir des râles crépitants, sibilants et parfois même le souffle tubaire; mais ce souffle est doux et très rapproché de la respiration rude. La symétrie des lésions l'évélées par la percussion et l'auscultation, /es signes de gangrène primitive permettent de dépister ces broncho-pneumonies par corps étrangers.

Parfois la bronclio-pneumonie par corps étrangers revêt les mêmes caractères (jue la pneuinonie lobidaire disséminée; rarement elle donne aux deux lobes pulmonaires une cohésion suffisante pour simuler la pleurésie double : le jetage gangreneux demeure toujoiu's un signe révélateur d'une sûreté indiscutable.

Vers la fîn de l'évolution morbide, on peut percevoir le râle caverneux ; les animaux, profondément stupéfiés par

intoxication et aspliyxio. sont pris d'une diarrhée abondante: leur température s'élève ; ils meurent de septicémie au bout de trois à quatre jours.

La guérisonest exceptionnelle ; elle résulte de ïenkystement du corps étranger.

Diagnostic. — Le diagnostic est difficile : tous les symptômes sont masqués par ceux de la bronchite. Il ne faut pas oublier que toute affection pulmonaire survenant au cours des maladies de l'encéphale, de l'intestin ou pendant l'évolution du tétanos de la fièvre pétéchiale, etc., s'accompagnant de signes confus, généralisés, peu profonds, plus accentués vers les parties inférieures des deux côtés de la poitrine et d'une dyspnée très grande, peut être regardée comme une pneumonie par corps étrangers. Dès que la gangrène pulmonaire se déclare, Y odeur fétide de Vair expiré, perçue aux deux naseaux, la présence de débris pulmonaires dans le jetage purulent, brunâtre ou de couleur chocolat, et les signes physiques fournis par les cavernes pulmonaires, permettent d'établir un diagnostic précis.

L'état général du sujet, l'abattement, la stupéfaction, la diari"hée abondante, la température élevée, la lividité des muqueuses, dénoncent l'état septique du sang et achèvent de confirmer l'existence de la gangrène pulmonaire.

La broncho-pneumonie peut être confondue avec un certain nombre de maladies qui sont la bronchite simple, la congestion pulmonaire et les formes lobaires des pneumonies contagieuses.

Les rdles crépitants, la prédominance des râles muqueux fins, une dyspnée des plus marquée sont les principaux signes qui permettent de séparer la broncho-pneumonie de la plupart des bronchites. On doit faire une exception pour la bronchite capillaire qu'il est impossible de différencier des formes disséminées de bronchopneumonie. Seules, les broncho-pneumonies par corps C.\DÉAc. — Pathologie interne. IV. 13

éli"angers finissent par être nettement caractérisées par la matité des parties déclives ou du tiers inférieur des deux poumons.

La congestion pulmonaire active a une évolution trop rapide pour être longtemps confondue avec la bronchopneumonie ; l'élévation thermique qu'elle produit est éphémère; la fièvre de la bioncho-pneumonie est prolongée et présente des oscillations nombreuses. Nous avons fait connaître, à propos des pneumonies lobaires, les signes différentiels qui les séparent des broncho-pneumonies.

Pronostic. — La broncho-pneumonie doit loujoiu-s être considérée comme une maladie très grave. Les complications de suppuration et de gangrène pulmonaire sont imminentes dans le cours de cette maladie.

Relativement aux diverses formes de broncho-pneumonies, c'est la pneumonie par corps étrangers (aliments ou médicaments) qui est la plus grave. La plupart des animaux périssent. Quelques-uns guérissent, malgré la production de quelques foyers gangreneux, révélés parlaféti- ^lité de l'ah' expiré: mais cette teniiinaison favorable est alors une rareté.

Traitement. — 1° Phoi'hvl.\cti(jie. — Le traitement prophylactique est le seul efficace.

Il faut proscrire les breuvages dans toutes les maladies [tétanos, anasarqne) où une fausse déglutition est à craindre. Ne jamais verser les liquides dans les narines, éviter de faire boire les animaux qui sont couchés, conserver à la tête une position normale, telles sont les principales règles à suivre dans ce mode d'administration.

2° GuRATiF. — Le traitement curatif est généralement peu efficace, il faut :

a. Combattre l'inflammation à l'aide des antiseptiques en fumigations et en électuairos.

Les fumigations de goudron, d'acide phénique, de crésyl, d'essence de térébenthine, peuvent diminuer lu

imONCHO-PNElMOXIES P\R CORPS ETRANGERS. 255

virulence dos germes sepliques. Le goudron^ la créosote et tous les médicaments qui précèdent parviennent plus sûrement dans le poumon quand on les administre en électuaires. Il ne faut recourir aux injections trachéales de ces produits que lorsque la gangrène est déclarée et qu'on veut s'efforcer de désinfecter le contenu des cavernes, quoique les injections intrapulmonaires de liquides antiseptiques soient en général assez bien supportées par le cheval (1). Les excitants diffusibles, adminitrés par la bouche, fortifient l'organisme et lui donnent la force <le résister à la gangrène envahissante en limitant ses désordres.

b. Faciliter le rejet des jiroduits putrides à l'aide des expectorants (Voy. Bronchite).

c. Les antifébrilcs (aeétauilide, phénacéline. lactophénine). les révulsifs (moutarde) permettent de lutter contre la fièvre septique. Il faut tenir les animaux chaudement, dans une atmosphère pure et douce, pour atténuer Faction irritante de l'air inspiré.

II — BOVIDÉS.

Étiologie et pathogénie. — Les broncho-pneumonies par corps étrangers constituent une maladie des plus fréquente et des plus grave des jeunes veaux, comme des adultes. Elles résultent principalement de l'alimentation forcée des animaux sains ou malades.

Les éleveurs et marchands de veaux ont, dans beaucoup de pars, l'habitude d'administrer de force, à ces animaux, une grande quantité de liquides alimentaires, afin d'augmenter leurs poids. Ces breuvages, ordinairement composés de farine de blé délayée dans l'eau, ou de farine lactée, remplacent entièrement le lait quand les jeunes veaux sont sevrés ou séparés de leur mère à la

(1) Masson el Vazeux. Des injections trachéales de créosote dans les pneumonies gangreneuses ^/o«;vi. (le Lyon, 1904).

■2o6 POUMONS.

suiie de loiir vente. Ces jeunes animaux avalonl d'autant plus l'acilenient de travers qu'on leur tient la tète renversée et qu'on a la mauvaise habitude de leur tirer la langue au dehors.

La déglutition est troublée par celle attitude anormale et par l'immobilisation de la langue, de telle sorte que la plus grande partie du contenu de la bouteille tombe fréquemment dans la trachée.

Les bovidés adultes sont eux-mêmes exposés à cet accident chaque fois qu'on veut suppléer à leur inappétence en leur administrant des aliments (thé de foin, farineux, barbotages) ou combattre leurs troubles digestifs en leur faisant prendre des solutions médicamenteuses. Maintenu la tête renversée et la langue tirée hors de la bouche afin d'éviter tout mouvement, ces malheureux animaux ne peuvent ni rejeter, ni déglutir les liquides versés dans leur bouche ; ceux-ci s'engagent dans les ouvertures qui s'olfrent à eux : la trachée et l'œsophage reçoivent chacun leur part. Les quintes de toux qui se produisent presque immédiatement témoignent de la pénétration d'une partie du liquide dans les voies respiratoires. On estime que 5 p. 100 des animaux soumis à ces manœuvres inhabiles présentent bientôt des accidents pulmonaires.

Le nombre des victimes est certainement accru quand les médicaments astringents, am ers ou trop chauds, produisent , en même temps, duspasme pharyngien ou œsophagien. Les pilules et les médicaments huileux, l'essence de térébenthine, leau-de-vie, le cidre chaudsontune source de bronchopneumonies gangreneuses quand on ne les administre pas par petites gorgées, en laissant la langue entièrement libre.

Diverses maladies générales ou locales susceptibles de déterminer delà dysphagie pharyngienne {fièvre aphteuse), de l'inertie pharyngo-œsophagienne [indigestions gazeuses, abcès péripharyngiens) ou de la i)aralysie du pharynx (fièvre vitulaire) sont une cause importante de bronchopneumonie par corps étrangers.

BIîONCHO-PNEUMOXlES PAR COHPS 1.T1:A>T,F.R>. 2^)7

De fausses déglulitions peuvent se proiluire accMentellemont et amener la pénétration de corps étrangers dans les bronches : des soies de porc, un épi de seigle, un peloton de fil de chanvre, peuvent s'y engager. Les débris dune sonde ayant servi à repousser un corps étranger de l'œsophage peuvent aussi tomber dans la trachée et provoquer une pneumonie traumatique'.

Symptômes. — Dès que le liquide alimentaire ou médicamenteux a fait fausse route, il se produit des troubles analogues à ceux qu'on observe chez l'homme qui vient d'avaler île travers : des quintes de toux violente, expulsive. provoquées par un réflexe d'origine laryngienne et suivies d'accélération manifeste des mouvements respiratoires quand les corps étrangers sont parvenus dans les bronches. Tantôt ces symptômes ont une intensité extrême; ils prennent même un caractère asphyxique. et l'animal succombe quelques minutes après l'accident : tantôt ils s'atténuent et semblent disparaître pendant vingt-quatre à quarante-huit heures : tantôt enfin la chute de coi'ps étrangers dans les poumons n'est dénoncée par aucun signe particulier : la broncho-pneumonie sort, au bout d'un temps variable, de sa période d'incubation et se révèle par dt^s symptômes généraux et respiratoires caractéristiques.

Une fièvre irrégulière, à température variant de 39 à 41°. se développe : elle est accompagnée de battements cardiaques violents, d'accélération et d'irrégularité de la respiration, d"ina[)pétence complète.

La dyspnée fait rapidement des progrès, les naseaux sont dilatés, la tête est étendue sur l'encolure, les membres antérieurs sonjt écartés du thorax. La respiration est inégale, courte, laborieuse, irrégulière, soubresautante, précipitée et plaintive. L'air expiré est chaud. Un jetage grisâtre, orangé, ou gris rougeàtre, séreux, séro-muqueux. fétide, et de mauvaise nature, est rejeté par les deux naseaux; il s'écoule parfois en gros flocons.

La percussion des parties inférieures de la poitrine dénonce, çà et là, de la submatité. quelquefois une malité complète et symétrique des lobes antéro-inférieurs du poumon. Quand les breuvages ont été administrés à un sujet couché, les altérations pulmonaires sont localisées aux parties déclives d'un seul poumon, sinon la bronchopneumonie gangreneuse est habituellement bilatérale.

L'auscultation fait percevoir un murmure respiratoii'e exagéré, double dans les parties élevées du poumon, une respiration rude, au niveau des grosses bronches, des râles muqueux, sibilants, ronflants et crépitants au niveau des parties envahies par les liquides infectants. La respiration devient même soufflante au niveau des principales bronches réparties dans les lobes densifiés par les exsudats : le souffle tubaire lui-même se fait quelquefois entendre pendant les fortes inspirations au centre de vastes noyaux hépatisés. La destruction gangreneuse de ces foyers, d'une partie d'un lobe ou même d'un lobe, s'opère rapidement. De nouveaux signes caractérisent cette destruction. Le jetage devient plus foncé, l'air expiré répand une odeur de nécrose putréfactive; on entend quelquefois aux naseaux un bruit de gouttelette bien distinct, un son tympanique se manifeste au niveau du poumon en voie de désagrégation et de transformation caverneuse; on peut y percevoir aussi des bruits de gargouillement et de souffle caverneux; mais ces derniers signes n'offrent aucune régularité d'apparition, ni aucune fixité de caractère.

On peut dire que les modifications physiques du poumon s'accentuent plus ou moins rapidement, suivant la nature des germes — septiques et pyogènes — inoculés et suivant la nature du terrain sur lequel ils sont implantés.

Vévolution des altérations pulmonaires est ainsi plus ou moins rapide; il se forme quelquefois de volumineux abcès encapsulés qui ne se révèlent que par une matité plus ou moins prononcée ; parfois ces abcès s'ouvrent dans une bronche et se convertissent en cavernes que

le ritle ou le sourfle caverneux peuvent tléceler; ils peuvent crever à la surface de la plèvre et provoquer une pleurcsic purulente et septique.

La ganxjrène diffuse des lobes cardiaques peut exceptionnellement se produire. Elle est suivie de la résorption de toxines qui altèrent le sang et déterminent une éruption cutanée huileuse ou une sorte d"urticaire fréquente dans le cours de toutes les intoxications des ruminants.

Les corps étrangers peuvent s'enkyster: il n'est pas rare d"en rencontrer au centre d'une masse fibreuse nodulaire ou dans une petite cavité remplie de matière caséeuse et circonscrite par une épaisse couche fibreuse.

Anatomie pathologique. — Les lésions de ces bronchopneumonies consistent dans la présence de corps étrangers dans la trachée, les bronches ou le poumon et dans les modifications congestives, hémorragiques, suppuratives ou gangreneuses consécutives à leur pénétration.

Les corps étrangers, de volume variable, occupent quelquefois la trachée et les grosses bronches. La muqueuse de ces canaux est violacée, sphacélée par places, recouverte de plaques gangreneuses, noiràti^es, et de sang spumeux. Ordinairement le corps étranger est assez ténu pour atteindre le parenchyme pulmonaire et y produire des abcès, des foyers gangreneux et quelquefois même des blessures artérielles suivies d'une hémoptysie intense et de la production d'un foyer hémorragique. '

L'inflammation réactionnelle des tissus environnants est très intense et constitue un moyen de défense contre l'action désoi'ganisatrice des agents morbides apportés par le corps étranger. On peut trouver celui-ci enkysté dans un abcès dont le volume atteint quelquefois celui de la tête d'un homme. La fonte purulente des tissus environnants se trouve limitée par une membrane pyogénique épaisse et résistante, qui constitue une barrière infranchissable aux microbes de la suppin-ation. Certains corps étrangers, peu chargés de germes infectieux comme

les épis de céréales, présentent fréquemment ce type d'enkvstement.

Parfois la pneumonie gangreneuse envahit le parenchyme pulmonaire sur une assez grande étendue ; celte altération se manifeste principalement quand des solutions médicamenteuses ont entraîné des débris d'aliments dans les voies respiratoires.

Les parties gangrenées sont creusées d'anfractuosités irrégulières, remplies d'une bouillie grisâtre, fétide. Ces cavités peuvent se réunir et constituer de vastes cavernes compliquées parfois de perforation pulmonaire, de pleurésie adhésive ou de pleurésie septique. Tous les degrés de l'échelle exsudative, suppurative et gangreneuse peuvent se trouver réunis dans le cours d'un même processus. Les caractères des inflammations lobulaires multiples qui évoluent sont subordonnés au degré de puissance infectieuse des débris alimentaires.

Les parties antéro-inférieures du poumon offrent les teintes les plus variées: elles sont brunâtres, gris rougeâtre ou même verdâtre par places; blanchâtres, sclérosées, criant sous l'instrument tranchant dans d'autres. On les trouve parfois criblées de nodosités du volume d'un grain de maïs ou d'une noisette, simulant la tuberculose (fig. 32). Leur siège et l'absence de bacilles de Kuch permettent de faire rapidement la différenciation.

Des bronches sont remplies de matière caséeuse ; le tissu péribronchique a souvent éprouvé la même altération; le tissu conjonctif interlobulaire est infiltré de fibrine; les plèvres sont recouvertes d'exsudats fibrineux; les ganglions bronchiques et médiastinaux sont indurés, pigmentés et caséiliés: ils présentent des foyers de suppuration de la grosseur d'un grain de mil.

En même temps, on observe de l'hépatite parcnchymateuse avec dégénérescence graisseuse du foie, des reins et catarrhe gastro-intestinal.

A Vexamen microscopique des j)arties envahies, on l'en-

BR0NCH0-PNEÎI3M0NIESPAR CORPS ÉTRANGERS. 261

contre iiu exsudât alvéolaire et bronchique composé de fil)i-ine. de leucocytes et de globules sanguins, quand l'aniiniil a succombé rapidement à la pénétration d'une solution médicamenteuse dans les bronches.

Fig. 37. — Broncho-pneumonie caséeuse du venu, localisée au lobe antérieup droit, simulant la tuberculose (Photographie Cadéac).

Les foyers inflammatoires, multiples et disséminés, se laissent fortement imprégner par le picro-carmin quand ils sont récents ; ils sont mortifiés, caséifiés quand ils sont anciens. Tous renferment les corps du délit constitué par des corps étrangers variés {Ug. 37).

L'évolution des lésions engendrées par les corps étrangers est très variable suivant leur volume, la nature et la quantité des germes importés.

Quand le corps étranger est très ténu et dépourvu de principes septiques, il provoque l'inflammation de la paroi bronchique et la production d'un foyer inflammatoire nodulaire, caractérisé par un exsudât librineux et lymplia-

Fig. 38. — Broncho-pneumonie ù forme nodulaire déterminée cliez une génisse par des débris de paille, P, P', P", situés h l'intérieur des bronches, où ils sont représentés par des tubes entrecoupés. Ces corps étrangers sont englobés par un exsudât fibrineux, /, l'. L'épithélium des bronches est en voie de desquamation ; c, glandes ; ri, vaisseaux (Arloiiig).

tique qui englobe le corps étranger et l'isole de l'épithélium bronchique (fig. 38). Ce processus irritatif entraîne une congestion intense de la muqueuse bronchique, suivie d'une diapédèsc abondante (fig. 39) ; les leucocytes abandonnent complètement la paroi bronchique, privée de son épithélium, pour former une ceinture épaisse autour des corps étrangers isolés du tissu ambiant.

Parfois cette protection est absolument elficace; les leucocytes se réunissent, exercent leur fonction phagocy-

taire et déterminent l'enkystement définitif du corps étranger. On peut suivre ce travail d'enkystement dans la figure iO, où les leucocytes, convertis en cellules géantes, présentent à leur intérieur de nombreux corps étrangers. Tout danger se trouve ainsi conjuré : le tissu inflammatoii'e devient un tissu de sclérose: la bronche est oblitérée

Fig. 39. — Coupe du nodule bronchique vue à uu plus fort grossissement.

e, paille; d, cellules logées à l'intérieur de ces débris: f, phagocytes qui ont pénétré au centre des corps étrangers; g. leucocytes de l'exsudat fibrineux ; n, cellules géantes ; m, desquamation de l'épithélium bronchique (Recherches de M. .\rloing).

et les alvéoles pulmonaires avoisinants sont détruits. Parfois la plaie bronchique ne se cicatrise pas; la phagocytose ne peut s'opérer ou est insuffisante, la paroi bronchique s'effondre ; il se produit un abcès ou un foyer de gangrène.

Diagnostic. — Les caractères du jetage, la fétidité de lair expiré, les signes recueillis par la percussion et l'auscultation permettent de distinguer ces broncho-pneumonies de la pcripneumonie contarjieuse.

La sensibilité, Télasticité et la sonorité costales ne sont pas altérées ; il existe des râles sibilants, ronflants et niuqueux.

La fièvre est souvent moins prononcée que dans la pcnpneumonie contagieuse : la toux est plus forte et souvent plus fréquente ; la respiration rarement plaintive. La terminaison est souvent plus favorable que dans la péripneiimonie (Degive).

Quand l'inflammation s'est calmée ou est devenue apy-

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a, b, épithélium bronchique en voie de desquanialion ; c, c, cellules exsudées; m, n, cellules géantes renfermant à leur intérieur des corps étrangers, r, o; f, g, cellules comprises dans lexsudat qui occupe le centre de la bronche (Recherches de M. Arloing).

rétique, la persistance des troubles respiratoires peut faire songer à Xsl tuberculose ; l'injection de tuberculine peut contribuer à établir la difi"érenciation:

Traitement. — Il faut soutenir les forces du malade pour faciliter l'enkystement des corps étrangers : les parties nécrosées suscitent un travail de sclérose avant d'être expectorées.

Les injections trachéales d'huile créosotée paraissent favoriser cette terminaison. On seconde leur action par

BROXCHO-PNEUMOMES PAU CORCS l.TRAXGERS. 265

l'administration d'essence de lérébonlhine.de salicylate de soude, d'eau de goudron.

Quand la fièvre n'est pas ti*op intense et que les animaux, en bon état, peuvent être sacrifiés pour la boucherie, il faut se hâter de le faire.

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