II. — BOVIDÉS
La sclérose pulmonaire est une affection commune des ruminants, notamment des bovidés. Elle est presque toujours purement fibreuse en Europe; elle devient ossifiante et calcaire en Argentine, où on la laisse sans doute parvenir à ses limites extrêmes; elle est connue dans ces pays sous le nom d'entéqué.
1° Forme indigène.
Étiologie. — La sclérose pulmonaire accompagne la tuberculose, la. péripneumonie contagieuse, les pneumonies et les broncho-pneumonies, les parasites (douves, échinocoques, strongles^ Aspergillus, Actinomyces).
On la voit succéder à l'inhalation des poussièx'es (graines de cotonnier), ou à la pénétration de corps étrangers : l'induration fibreuse est un mode d'enkystement et de défense très prononcé chez les ruminants.
Les tumeurs (Ijmpbo-sarcomes) et surtout les polyadénomes, notamment chez le mouton (Prusch) sont une cause importante de sclérose.
Anatomie pathologique. — Les altérations signalées à l'autopsie sont très variables. Tantôt on trouve des lésions pleurales anciennes et des adhérences anormales des plèvres aux côtes, au péricarde, etc. ; tantôt le poumon est seul altéré; il est ratatiné, dur, de consistance cartilagineuse; sa coupe est blanche, grisâtre ou gris verdàtre, ardoisée ou plus ou moins pigmentée.
On y rencontre des cavernes comme dans la péripneumonie contagieuse et la tuberculose, des abcès caséeux ou crétifiés comme dans les broncho-pneumonies par corps étrangers; des parasites {échinocoqiies, acéphalocystes) ; on peut y trouver aussi des douves, des strongles. Les bronches sont tantôt normales, tantôt dilatées et remplies de muco-pus ou de pus fétide. Le tissu sain est le siège d'un emphysème prononcé.
Symptômes. — Diagnostic. — Quand une vaclie atteinte dune atîection aiguë des voies respiratoires n'entre pas en convalescence et ne se rétablit pas rapiilement, il y a tout lieu de soupçonner l'existence de la tuberculose ; il faut commencer à la soumettre à l'action de la tuberculine. Si la réaction obtenue n'est pas caractéristique, il faut s'efforcer d'alimenter la malade pour l'empêcher de dépérir.
Ordinairement, on voit la vache maigrir; la peau devient sèche, se colle aux os, le mufle est sec, les oreilles rabattues, la marche chancelante, la respiration accélérée; une toux sèche, fréquente, se fait entendre spontanément, ou à la suite d'une pression de la colonne vertébrale ; elle n'est pas suivie d'expectoration appréciable : on observe des troubles digestifs tels que constipation ou diarrhée et léger météorisme après chaque repas.
Les SIGNES PHYSIQUES : submatité ou matitc. râles inuqueui', sibilants, perçus pendant la période aiguë, conti-
nuent à se faire entendre pendant plusieurs mois sans amélioration appréciable. Le sujet marche vers l'étisie ; il faut le sacrifier pour la boucherie avant qu'il soit trop maigre.
La fiuÉRisoN est impossible à obtenir; le bœuf meurt dans le marasme, quelquefois avec un engorgement œdémateux au niveau du fanon.
Traitement. — Tout traitement est inutile.
2° Entéqué.
Définition. — On désigne sous le nom d'entéqué (1) une affection chronique du poumon caractérisée anatomiquement par lossification ou la calcification du tissu conjonclif intervésiculaire ou interlobulaire, et cliniquement par une étisie progressive ou complète.
Cette maladie règne en permanence dans la fiépublique Argentine, où elle est connue depuis longtemps. Elle a été étudiée dans ce pays par Even (2) et par Lignières (3) et retrouvée par Monfallet au Chili sur des animaux provenant de l'Argentine.
C'est une maladie essentielle des bovidés ; les ovidés et les solipèdes ne présentent jamais cette ossification spongieuse caractéristique du poumon. Les lésions d'artériosclérose ou de calcification des artères observées ch^^z le cheval et le mouton de ce pays ne constituent pas forcément des lésions de même origine. 11 nous paraît prématuré d'effectuer un tel rapprochement.
Étiologie et pathogénie. — Lossification du tissu interlobulaire du poumon est le reliquat d'une affection antérieure; mais il est aussi difficile de découvrir l'origine de cette ossification que d'indiquer la cause d'une fracture
(1) Le mot entéqué vient du mot « entécat », appliqué dans le midi de la France à une personne maigre et chétive,
(2) Even, Revista veterinarin, 189''.
('i) Lignières, Bulletin de la Soeiéfé centrale de méd. réf., 1898.
quand celle-ci est consolitlée. Assurément, on peut faire des h^'pothèses, incriminer des microbes; ils s'introduisent sans lutte dans ces organismes sans défense, mais on n"est pas plus sûr de leur ingérence que le juge d'instruction de la culpabilité des vagabonds qu'il fait arrêter. Ce sont eux qui portent le poids de toutes les accusations et. ici, ce sont les pasteurella qui assument toutes les responsabilités. On est sûr de les trouver dans ces organismes puisqu'on en trouve partout ; elles apparaissent aux dernières périodes des maladies chroniques, mais ces microbes sont impuissants à reproduire la maladie. On a trop oublié, dans ces dernières années, qu'on n'a pas le droit d'affirmer sérieusement qu'un microbe est pathogène tant qu'on ne réussit pas à déterminer avec lui une maladie dont l'évolution est identique à celle qu'on l'accuse de produire. L'entéqué apparaît seulement après le sevrage et procède probablement d'influences microbiennes et nutritives liées au sol et aux eaux. On l'observe de préférence dans les prairies basses et marécageuses. Symptômes. — C'est une maladie apyrétique, essentiellement caractérisée par un amaigrissement progressif et du pica. Néanmoins, les animaux conservent leur appétit: ils ingèrent des corps étrangers, des os. et deviennent progressivement étiques; ils peuvent présenter quelques troubles digestifs, notamment delà diarrhée, qui ne fait que hâter l'amaigrissement squelettique du sujet. Le ventre se rétracte, le dos se vousse, les poils se dessèchent et se hérissent, les yeux s'enfoncent dans les orbites, les muscles s'atrophient et s'effacent, la peau se colle aux os, les forces diminuent, les animaux se déplacent péniblement, lentement: ils ne résistent pas aux attaques de leurs congénères et se laissent capturer et renverser sans difficulté. Ils sont si faibles et si anémiques que la marche est suivie d'une respiration rapide, courte ou même de véritables accès de sufl'ocation. sans toux ni jetage. Les muqueuses sont exsangues, le pouls
petit, à peine perceptible; les battements du cœiu" forts; les carotides deviennent faciles à percevoir au niveau de la gouttière jugulaire complètement émaciée.
L'animal finit par être frappé d'impuissance locomotrice et de paralysie de consomption: il ne peut plusse relever quand il est couché; il demeure la tète repliée sur l'encolure, continuant à manger une pai-tie de la ration jusqu'à la mort qui survient au bout de quelques jours, sans agitation, par épuisement complet.
La marche de cette maladie est extrêmement lente; la plupart des animaux se rétablissent, mais ils demeurent toujours maigres et témoignent ainsi du trouble permanent de leur nutrition.
Diagnostic. — L'absence de fièvre pendant toute la durée de la maladie éloigne toute idée d'infection et porte à croire qu'il s'agit d'un reliquat de maladie plutôt que d'une maladie spéciale. C'est une misère pathologique, une terminaison d'états pathologiques mal définis dont l'expression svmptomatique est, comme l'indique son nom « entécat », la maigreur et la consomption.
U entérite chronique, connue sous le nom de diarrhée chronique, est généralement confondue avec l'entéqué et regardée comme une de ses formes habituelles. Or nous avons la conviction qu'il s'agit là de deux maladies nettement différenciées. La diarrhée chronique liée à l'entérite hvpertrophiante n'entraîne aucune ossification pulmonaire et, si la diarrhée apparaît dans le cours de l'entéqué, ce symptôme n'est qu'une cause d'aggravation du mal, un coup de fouet donné à la dénutrition générale. ITailleurs, il peut se produire des associations morbides; il est possible que l'entérite hypertrophiante et l'entéqué évoluent simultanément en .\rgentine chez le même sujet, ce qui a pu conduire à rapprocher et à unir deux maladies indépendantes.
L'entéqué se différencie de la iuherculot;c par l'absence
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de toux, mais présente avec elle de grandes analogies d'évolution.
Anatomie pathologique. — Le corps a subi une émaciation profonde ; les muscles sont atrophiés ; les organes internes (l'oie, rate, reins) sont exsangues : les ganglions mésentériques sont gros et succulents. Les poumons olï'rent des lésions curieuses et caractéristiques. Ce sont des liions dossilication interlobulaire. irrégulièrement disséminés et saillants, qui débutent ordinairement par les lobes antérieurs et le bord inférieur pour gagner peu à peu la courbe du poumon et l'envahir entièrement en quelques années. Ce tissu donne à la pression une crépitation sjjéciale et offre la physionomie d'une éponge qui aurait longtemps séjourné dans une fontaine pétrifiante: les épines osseuses qui se sont formées dans le poumon sont denses, à pointes multiples, anastomosées avec celles des épines voisines, de manière à constituer des alvéoles de volume variable depuis celui d'une tête d'épingle jusqu'à celui d'une noix. Autour de ces lésions, le tissu pulmonaire paraît sain, mais il n'est pas rare de constater de l'emphysème. Ces lésions procèdent des vaisseaux de la paroi alvéolaire : les capillaires bourgeonnent sans réaction cellulaire apparente et se hérissent de productions étranges, morphologiquement comparables à des sporanges de mucédinées ou encore a,ux pendeloques de la chèvre. L'extrémité libre de ce bourgeon vasculaire est toujours un peu renflée; elle renferme, dès son apparition, groupées en amas irréguliers, une grande quantité de granulations très variables comme forme et comme dimension, qui fixent fortement les couleurs d'aniline. Au voisinage immédiat de ces granulations, on trouve des cellules à protoplasma granuleux et ramiiié qui paraissent être les agents de l'ossification. La paroi du bourgeon est le point de départ de la stratification osseuse ; en effet, le bourgeon grossit peu à peu par la formation de couches concentriques d'os dont les lames sont séparées par des cellules finement ramifiées
et anastomosées caractérisant les ostéoplastes normaux (Lignières). D'ailleurs, ce tissu oflVe une composition chimique identique à celle de la substance compacte des os (Porcher) (1).
Le point de ilépart de toutes ces altérations réside dans les artères : l'ossification pulmonaire résulte de l'extension d'une endartérite caractérisée par le développement d'élevures en plaques irrégidières, verruqueuses, à physionomie athéromateuse, qui deviennent plus tard le siège d'une infiltration calcaire. Ces altérations ont leur siège de prédilection à l'origine de l'aorte antérieure et postérieure au niveau des valvules sigmoïdes et auriculo-ventriculaires pour s'étendre à l'oreillette droite, à la veine cave et à la plupart des vaisseaux. On pourrait croire que ces lésions sont absolument caractéristiques de l'entéqué ; nous pensons qu'il n'en est rien; nous en avons rencontré d'absolument semblables chez les animaux arrivés à la dernière période d'étisie tuberculeuse. Cette sorte d'artériosclérose dépend bien plus d'une misère physiologique extrême, ou de la tuberculose, que d'un processus spécial (2).
Traitement. — L'abatage des malades est une mesure économique et prophylactique. On ne connaît pas de traitement préventif ou curatif de cette maladie.