II. — BOVIDÉS
Étiologie et pathogénie. — L'eniphjsèmc aigu est la forme la plus coiuniune chez les ruminants. On peut le voir succéder à de violents efforts de traction, aux vaines tentatives qu'effectue, pour se relever, l'animnl tombé dans un fossé ou dans un ravin, aux tractions réitérées pour vaincre la résistance des liens l'assujettissant, aux beuglements continuels des génisses ou des vaches isolées. En dehoi's de ces influences mécaniques, il peut résulter de toutes les maladies qui restreignent considérablement le champ respiratoire.
Les broncho-pneumonies par corps étrangers revendiquent le rôle prépondérant; mais les bronchites et les broncho-pneumonies parasitaires se compliquent également demphyséme.
La tuberculose est aussi une cause importante d'emphysème des lobes antérieurs du poumon, d'emphysème disséminé et même quelquefois d'emphysème sous-cutané (Brissot, Montané) ; elle provoque des rétrécissements et des dilatations bronchiques, des hypertrophies ganglionnaires qui compriment les pneumogastri(pies et provoquent de la toux réflexe qui dilate ou rupture les vésicules pulmonaires.
Les maladies aiguës ou chroniques de Y appareil digestif, accompagnées de météorisme de la panse, sont suivies d'emphysème pulmonaire sous-pleural et même souscutané. Sous rinlhience de la dyspnée, qui résulte de la compression et du refoulement du diaphragme, l'animal fait de grands etîorts insi)iratoires (pii j)rovoquent la déchirure du poiunon.
C'est à cette cause que doivent probablement être rapportées les cnzooties d'emphijsème observées dans les régions marécageuses des Pays-Bas par Michels, par Demeester dans la Flandre occidentale, par Littinger dans les étables à' engraissement des environs de Metz.
Linflllration d'air ne se borne pas au poumon, l'omphysème devient sous-cutané et se généralise après avoir suivi le tissu cellulaire sous-pleui-al, les vaisseaux de l'entrée de la poitrine et la peau des régions environnantes; il se différencie ainsi de remphysème sous-cutané consécutif à une déchirure du rumen qui commence par une tumeur crépitante située sur le côté gauche de la région lombaire.
Les blessures des bronches à la suite de sondages maladroits, pratiqués dans le but do refouler des corps étrangers, sont quelquefois suivies d'emphysème généralisé.
Symptômes. — Généralement associés à ceux d'une maladie du parenchyme pulmonaii"e, ils deviennent seulement caractéristiques quand l'emphysème occupe une grande partie du poumon ou se propage le long de la trachée, de l'œsophage, des gros troncs vasculaires et. dans la cavité abdominale, le long de la colonne vertébrale. La respiration, de plus en plus accélérée et soubresautante, devient plaintive et accompagnée d'une toux quinteuse et sifflante (fig. 49).
La percussion démontre une résonance anormale des deux côtés de la poitrine ou d'un seul, plus accentuée au niveau des lobes antérieurs que des postérieurs; on constate en outre de la submatité ou de la matité en divers points.
A V auscultât ion. le murmure respiratoire, à peine [perceptible dans certains points, est exagéré dans d'autres. De temps à autre, on entend un râle ronflant bien caractérisé et des râles sibilants. On peut percevoir une crépitation fine, serrée, qui est l'expression de l'emphysème pulmonaire.
La sensibilité des parois et le râle ronflant font penser à la phtisie, la faiblesse des battements du cœur et la petitesse du pouls à une lésion du cœur; mais dans tout ce cortège sémiologique, le soubresaut et la résonance anormale de la poitrine se détachent avec une netteté
tellement évidente qu'il est quelquelois permis d'allirmer que l'emphysème pulmonaire est bien la lésion dominante. Cette présomption se trouve encore justifiée par la oo-
Fig. i9.
T, tracé thoracique ; A, tracé abdominal (bœuf) (Montané).
F^a figure montre la forme de la courbe thoracique T et de n couibe abdominale A. A la fin de l'inspiration et au début de l'expiration, c'cst-A-dire au ])oint b', la plume abdominale se lève brusquement, indiquant un soulèvement subit des parois ventrales ; la plume thoracique, au même moment, insci-it une descente non moins brusque br, déterminée jiar une dilatation de la poitrine. I.a ligne bc et la ligne b'c' sont la traduction fidèle d'un soubresaut respiratoire se produisant au début de l'expiration, lel qu'on peul le rerneillir sur un cheval poussif (I).
existence du pouls veineux, tï droite, indiquant luic gène do la circulation pulmonaire (Montané) (1).
Évolution. — L'évolution varie avec la cause provoca-
(I) Montané, Jleviie ré/., 1887
trice ; remphjsème acquiert son maximum d'extension et devient sous-cutané dans les broncho-pnemnonies; il s'accompagne d'accès de dyspnée avec imminence d'asphyxie dans d'autres cas ; il rétrograde et disparaît d'autant plus vite qu'il est survenu plus brusquement; il passe souvent à l'état chronique.
Traitement. — Combattre les maladies et toutes les causes provocatrices comme la toux et les beuglements prolongés qui amènent la rupture des vésicules pulmonaires; les calmants et les antidyspnéiques remplissent les principales indications.
Quand l'emphysème est sous-cutané, on peut faciliter la résorption de l'air par des massages, par la compression ; à l'intérieur, on administre les mêmes médicaments que chez le cheval, mais il est préférable de livrer l'animal à la boucherie.