‹ Pathologie interne (volume 2)Chapitre 52 sur 96 · I. — SOLIPÈDES · texte numérisé non relu

I. — SOLIPÈDES

Définition. — L'emphysème clironique consiste essentiellement dans une altération nutritive des parois alvéolaires, suivie de la dilatation anormale et permanente ou de la rupture des alvéoles pulmonaires.

L'examen histologique révèle, en effet, dans le poumon emphysémateux : 1° la disparition ou la dégénérescence pigmentaire, granuleuse, ou graisseuse, des cellules épithéliales: 2'' l'amincissement ou la déchirure des libres élastiques; 3" l'oblitération des capillaires. Ces altérations n'ont ni une origine mécanique, ni une origine trauniatique, mais elles procèdent d'un trouble nutrilif sénile dont l'action est exagérée par des causes mécaniques.

Étiologie et pathogénie. — Les causes de l'emphysème pulmonaire doivent donc être réparties en deux groupes : d" in/liiences fonctionnelles; 2° influences nutritives; les premières ne sont cflicientes que par le concours de ces dernières. Les alvéoles se dilatent d'une manière excessive ou se rupturent quand leurs parois, préalablement altéi"ées, ne peuvent résister i'i la pression inspiraloire ou cxpiratoire. L'augmentation de la pression centrifuge sur les parois alvéolaires n'est que la cause occasionnelle.

i" Influences fonctionnelles. — On admet universellement que l'excès d'air dans les vésicules pulmonaires engendre l'emphysème. Cette théorie mécanique énoncée

EMPHYSÈME PULMONAIRE CEIRONIQUE. 301

par les plus anciens liippiatres n'a pas rencontré de contradicteur. D'après elle, sont condamnés à devenir emphysémateux les chevaux coureurs, gros mangeurs, touxffCurs et ceux qui l'ont de fréquents efforts

Coureurs. — Ce mode d'utilisation est regardé comme une des causes les plus communes d'emphj'sème pulmonarre. Les chevaux de diligence rapide, de malle-poste, domnibus, de relayeurs, de chasse, de fiacre, deviennent emphysémateux en raison de l'excès d'air qu'ils insfiirent. Les vésicules pulmonaires de ces animaux sont soumises à un perpétuel mouvement de soulèvement et d'alTaissement, et l'air s'y engoulTre. dit-on, avec tant de force que les parois alvéolaires soumises à une hypertension continuelle cèdent peu à peu et acquièrent un volume anormal, ([uelles conservent [)ar suite de la déchirure des libres élastiques.

Celte explication est passible de plusieurs objections. D'abord le poimion, très élastique et très vasculaire, peut supporter des pressions considérables, supérieures à celles qui sont déterminées par des inspirations fréquentes; puis la pression intra-alvéolaire est diminuée par la division de la colonne aérienne dans les premières voies respiratoires et sur les innombrables fourches bronchiques, de sorte qu'elle est à peu près toujours égale et régulière dans les culs-de-sac pulmonaires. De plus, la pression est la même dans tous les alvéoles; l'emphysème provoqué par cette cause devrait être disséminé, généralisé comme elle. Or cet emphysème est exceptionnel.

Tous les i-hH\Hu\ sont d'ailleurs exposés journellement à cette exagération de la pression centrifuge sur les parois alvéolaires et ne deviennent pas emphysémateux. On ne conçoit pas qu'une cause mécanique, véritablement efficiente, puisse être infidèle dans ses effets. On peut faire couru" un cheval, jusqu'à épuisement et asphyxie, sans produire l'emphysème. Les chevaux de course, qui sont journellement sous le coup de cette cause, ne sont pas

plus fréquemment emphysémateux que les autres.

Gros mangeurs. — Les animaux qui manj,a^nt de grandes quantités d'aliments, et dont le ventre est très volumineux, deviennent fréquemment emphysémateux. La pression exercée par les aliments sur le diaphragme refoule ce muscle et détermine la dyspnée, d'où résultent des efforts respiratoires qui engendrent le soubresaut et l'emphysème.

Totisseiirs. — La loux violente, quinteuse. déterminée par une affection chronique du pharynx, du larynx, des bronches et du poumon, est une cause d'inspirations forcées et d'emphysème. Ces dyspnéiques sont comparables aux asthmatiques; ils commencent par présenter le syndrome pousse avec des paroxysmes d'essoufflement et deviennent graduellement emphysémateux. Or, la dyspnée et la toux peuvent procéder d'une affection cardiaque qui entretient un état congestif anormal des bronches et rend l'hématose insuffisante. Ces diverses causes étant associées, il s'ensuit que l'emphysème est l'apanage de la plupart des vieux chevaux.

Efforts. — Les efforts elfectués par les chevaux pour démarrer ou traîner une lourde charge sont également considérés comme la cause la plus commune d'emphysème. Les chevaux de course qui francliissent des obstacles, les chevaux de messageries, de poste; les chevaux de trait qui doivent mouvoir, même à une allure lente, de lourds fardeaux sur des chemins accidentés y sont les plus exposés. Le mécanisme qui préside à la production de l'emphysème, hé à la toux et à l'effort, a été diversement interprété. Divers auteurs soutiennent que ces deux actes engendrent l'emphysème en mettant en jeu les forces expiratrices ; d'autres, au contraire, invoipient les forces inspiratrices.

a. Dans la théorie expiratoirc. qui est la plus ancienne, il y a augmentation de la pression intrapulmonaire de l'air Vetenu dans les alvéoles pulmonaires h la suite de la

rermeluro de la glotte. Ce phénomène se produit dans la toux comme dans l'effort.

La toux est, en effet, une expiration spaamodiquc avec occlusion complète de la glotte; l'effort exige, pour se produire, l'immobilisation des parois thoraciques, adn de donner aux muscles qui s'insèrent sur elles un point d'insertion fixe.

Pour obtenir ce résultat, le sujet l'ait une grande inspiration. Il ferme la glotte, de sorte que l'air enfermé dans la poitrine ne peut s'échapper; puis il met, en jeu les forces expiratrices; l'immobilité des parois thoraciques est complète quand la réaction élastique de l'air comprimé est exactement proportionnelle à la pression (pi'il supporte. Si ces deux forces, pression concentrique exercée par les muscles expirateurs et tension élastique et excentrique de l'air comprimé, se faisaient partout exactement équilibre, la rupture des vésicules serait évitée, mais la pression extérieure n'est pas également répartie. Le poumon est moins soutenu au point où la trachée et les gros vaisseaux pénètrent dans la poitrine, c'est-à-dire à l'entrée de cette cavité au niveau des lobules et des appendices antérieurs du poumon; c'est là que l'air exerce sur les alvéoles les moins soutenus un effort supérieur à la résistance de leurs parois, etïort expansif qui détermine leur distension excessive ou leur rupture.

b. Les partisans de la théorie inspiratoire soutiennent que l'augmentation de la pression gazeuse intra pulmonaire ne peut agir sur les fibres élastiques que si celles-ci sont déjà distendues par l'inspiration; si elles sont en état de relâchement, comme cela a lieu dans l'inspiration, l'augmentation de pression de l'air ne peut avoir fl'autre effet que de vider les vaisseaux, mais non d'assurer une distension des fibres élastiques. Dans la toux, comme dans l'effort, le sujet fait une inspiration profonde, avant de fermer la glotte et de mettre en activité les forces expiratrices; l'emphysème qui résulte de ces deux actes est

déterminé par les forces inspiratrices et non par les forces expiratrices.

Rôle du système nerveux. — LKsection des nerfs pneumogastriques détermine l'emphysème. Les alvéoles se dilatent à l'excès; le murmure respiratoire disparaît, l'auimiil, privé de la sensibilité pulmonaire, ne sait plus limiter ses efforts respiratoires à la capacité de son poumon; l'emphysème inspira toire se produit. Un phénomène analoi^ue peut survenir à la suite d'affections pulmonaires suivies de la dégénérescence partielle des extrémités du pneumogastrique. L'emphysème d'origine nerveuse fait pendant au cornage par hémiplégie laryngienne : on voit des chevaux devenir [)oussifs et emphysémateux quelques mois après la gourme, comme on les voit devenir corneurs.

La. paralysie du nerf diaphragmatique signalée par Laulanié, observée par Cadéac et Guinard (1), est une cause d'emphysème; elle réduit la capacité respiratoire du poumon, provoque de la dyspnée et oblige Tanimal à Inire les plus grandes inspira ions qui déterminent l'emphysème, pulmonaire. Cetle cause nous paraît très fréquente dans 20 p. 100: il s'agit au début d'une excitation des nerfs vagues, déterminée par la pression de l'estomac volumineux sur le diaphragme, provoquant d'abord des troubles fonctionnels (soubresaut, puis l'emphysème de la dilatation du cœur droit) (Trinchera).

.2° Influences nutritives. — Toutes les causes qui précèdent [toux, dyspnée, efforts, rcplétion excessive des organes digestifs, altérations nerveuses) sont impuissantes à déterminer l'emphysème sans une faiblesse native dos parois des alvéoles, c'est-à-dire sans une prédisposition. En effet, la plupart des chevaux tousseurs, coureurs, dyspnéiques ou qui font de nombreux efforts ne sont pas emphysémateux. On ne constate pas d'hémorragie, d'écou-

(1) C.idéuc <t Guinard, Observation inédite.

EMPHYSÈME PULMONAlliE CHRONIQUE. 305

lement sanguinolent ou strié de sang, indiquant la rupture des alvéoles.

Si les causes mécaniques étaient suffisantes pour produire cette altération pulmonaire, pas un cheval qui travaille n'en serait exempt, pas un cheval au repos et indemne de toute affection aiguë ou chronique des voies respiratoires n'en serait affecté. Or, des chevaux qui vivent presque sans travailler et qui reçoivent une bonne alimentation et des soins hygiéniques irréprochables n'en deviennent pas moins emphysémateux : une altéi*ation nutritive de l'endothélium vésiculaire, ou une débilité spéciale des fibres élastiques, peut seule expliquer l'action des causes mécaniques. Quand l'altération nutritive préexiste, les causes mécaniques produisent l'emphysème; quand ,elle fait défaut, les causes mécaniques sont inefficaces.

h'héréclité est une cause importante d'emphysème. Solleysel avait déjà reconnu que les chevaux « héritent de leurs pères et mères de cette maladie ».

Les poulains issus d'étalons ou de juments emphysémateux sont quelquefois frappés d'emphysème avant d'avoir commencé à travailler (H. Bouley, Saint-Cyr) ; ils présentent même quelquefois des troubles respiratoires, notamment une grande dilatation des naseaux et une accélération prononfée de la respiration peu de jours après leur naissance (Darmagnac).

Le sujet hérite d'une faiblesse spéciale, d'un type de nutrition inférieur au type normal qui provoque une dégénérescence granulo-graisseuse hâtive, soit de l'endothélium pulmonaire, soit des fibres élastiques.

Cet état consiste dans une sorte de sénilité précoce. Le vieux cheval est rarement exempt A' emphysème ; le tissu pulmonaire subit le mouvement atrophique général, l'endothélium alvéolaire dégénère, les libres élastiques se raréfient. Les parois alvéolaires se distendent ou se rupturent. L'animal jeune, qui présente ce mode de nutrition des épi-

théliums et cette débilité particulière des vésicules pulmonaires, devient poussif sans l'intervention des causes mécaniques ou sous l'influence d'efl'orts de faible intensité. La diathèse dartreuse peut contribuer à pi'oduire cette altération des parois alvéolaires; elle a d'ailleurs des eifels multiples; elle peut déterminer la dégénérescence de l'épitbélium bronchique et peut être alvéolaire; elle peut entretenir une irritation des bronches qui provoque la toux, qui, par l'efTort qu'elle développe, favorise à son tour la rupture des fibres élastiques qui se déchirent alors, suivant l'heureuse expression d'un auteur, « comme une bande de caoutchouc de mauvaise qualité qu'on étire fortement ».

D'autres causes peuvent diminuer la résistance des alvéoles : ce sont les pneumonies (jnéries, notamment les pneumonies catarr haies, qui altèrent l'épithélium alvéolaire. Les parois alvéolaires, distendues, reviennent incomplètement sur elles-mêmes à chaque inspiration ; les vaisseaux capillaires allongés sont rétrécis et ne laissent plus passer qu'une quantité insuffisante de sang : la nutrition incomplète des parois alvéolaires est lo prélude de leur dégénérescence et de leur alropbie.

Anatomie pathologique. — La dilatation et l'atrophie des parois alvéolaires, caractéristiques de l'emphysème pulmonaire chronique, se traduisent par des altérations macroscopiques et microscopiques.

d» Cahactères macroscopiques. — O'iîiii'l on ouvre la cavité thoracique d'un cheval emphysémateux, on constate que le poumon s'affaisse incomplètement au contact de l'air; il est irrégulièrement saillant, volumineux; on dirait qu'il a été insufflé; les bords inférieurs et les lobes antérieurs sont particulièrement gonflés ; ils sont épais, mousses et recouvrent presque entièrement le sac péricardique.

Xu toucher, le tissu pulmonaire donne une sensation analogue à celle d'un édredon ou d'un coussin à duvet moel-

EMPHYSÈME PULMONAIRE CIIROXIQUE. 307

leux. On y distingue des vésicules de la grosseur d'un petit pois ou dune noisette; d'autres dépassent le volume d'une noix, et, souvent, l'extrémité des lobes antérieurs, particulièrement du côté gauche, ne forme qu'un seul prolon gement globulaire à peine cloisonné.

Les nodosités remplies d'air, situées sous la plèvre ou dans l'épaisseur de l'organe, sont fréquemment disséminées dans les deux lobes pulmonaires : mais elles sont toujours plus marquées à la surface de l'organe que dans la profondeur ; elles sont enfin plus nombreuses dans les parties inférieures que dans les parties supérieures.

Le poumon emphysémateux surnage, complètement, en raison de l'excès d'air ; il présente une teinte plus pâle qu'à l'état physiologique, par suite de l'anémie due à l'effacement des vaisseaux. Du reste, quand on pratique une coupe du poumon, il s'échappe peu de sang. Soumis à la pression des doigts, le parenchyme s'affaisse et ne revient pas sur lui-même: il crépite moins qu'à l'état normal. Les vésicules dilatées, piquées à l'aide d'une épingle, s'affaissent incomplètement quand elles sont encoi'e cloisonnées à leur intérieur; elles crèvent comme des bulles de savon et disparaissent quand il n'y a plus que des vestiges des parois alvéolaires.

Le poumon qui est le siège d'un emphysème vésiculaire général ne s'affaisse, quand on l'incise, que sur les bords de l'incision. Partout ailleurs, il conserve son volume normal et. pour obtenir son affaissement complet, il faut y pratiquer, dans tous les sens, des incisions profondes et multiples (Delafond). Si l'on fait dessécher im poumon emphysémateux insufflé et qu'on le compare à un poumon sain également insufflé et desséché, on constate, dans le premier, une énorme dilatation des vésicules pulmonaires suivie, çà et là. de la perforation ou tle la disparition des cloisons qui séparent les inlunilibula ou les acini (fig. 52).

2" Caractères microscopiques. — L'examen histologique

révèle des changements de forme, de dimcmion des alvéoles pulmonaires (1), lamincissement ou la destruction des cloisons qui les séparent, des altérations des cellules

épithéliales, des vaisseaux capillaires et des fibres élastiques.

L'acinus pulmonaire est tantôt transformé en cavités rondes sanscrêtes saillantes, tantôt perforé, réduit à l'état de moignon constitué par des fibres élastiques ondulées, spiroïdes ou disposées en pinceau.

Les dimensions des

Fig. 52. — Coupe de poumon emphysémateux ^Ivéolcs SOnt au vue à la loupe. Atrophie et perforation des moius dix fois plllS

cloisons dilatées. considérables qu'à

l'état normal où leur diamètre est de 0"™, 15 environ. Ladiminulion d'épaisseur des parois alvéolaii'es est en rapport avec cette ampliation (Stômmer).

Les CELLULES ÉPITHÉLIALES qui tapissent les alvéoles ont disparu ou sont réduites à l'état de granulations pigmentaires et graisseuses; la défiénérescence graisseuse paraît être, dans bien des cas, le point de départ de toutes les altérations. La graisse qui se dépose autour du novau. à la faveur de la sénilité, entraîne la tuméfaction, la mort des cellules et leur disparition.

Dès lors, les vaisseaux, mal soutenus, s'eiTilcnt et s'éli-

(1) Franrk a constaté que le volume des iilvéoles difl'ére suivant l'âge; il est deO'n™,Ori chez le poulain, de 0"™,13 chez le cheval adulte. Les alvéoles malades atteisriient 1 millimètre h 1°"",.5, i millimétiis chez les grands chevaux.

EMPHYSÈME PULMONAIRE CHROXIQUE.

rent à l'excès; les fibres élastiques arciformes qui limitent les parois des alvéoles sont envahies pai* de petites perforations, car, dans les fossettes qui séparent les vaisseaux capillaires, la pai"oi n'est guère formée, à l'état normal, que par l'adossement des cellules épithéliales des deux faces. La destruction se continue par l'atrophie des vaisseaux et la déchirure des fibres élastiques (fig. 53).

Les VAISSEAUX CAPILLAIRES s'obli-

tèrent et s'atrophient à leur tour (Bourgelat) (1).

« Dès que l'emphysème est réalisé, les capillaires pulmonaires forment des figures rectilignes; leur calibre est diminué et beaucoup sont atrophiés ou détruits. A côté des moignons vasculaires arrondis produits par la rupture des capillaires, on en voit d'autres, effilés, reliés par de très minces cordons (atrophie vasculaire dans l'épaisseur des cloisons)» (Stommer). Dans les parties saines, les capillaires sont ectasiés. Demoussy (1825) prétendait même que la disposition varicoso-anévrysmatique des vaisseaux des poumons est une lésion constante de l'emphysème.

Les FIBRES ÉLASTIQUES s'amincissent et se déchirent sous l'influence des efTorts mécaniques quand leur nutrition est compromise par suite des altérations des cellules endothéliales et des vaisseaux, .\lors les cloisons qui séparent

Fig. 53. — Coupe du pounioa vue à un faible grossissement. Les vésicules pulmonaires fortement dilatées sont en voie de perforation (Blanc).

(1) Bourgelat, Demoussv, cités par Serres, Journ. de; vét. du Midi, 1867, p. 504.

les alvéoles n'existent plus ou ne font saillie dans la cavité de l'infundibuluni qu'à l'état de petites cordelettes en relief sur la paroi. Les parois des infundibula sont également altérées, et les vésicules très volumineuses résultent de la confluence de plusieurs infimdibula.

Variétés cliniques. — \j emphysème présente un grand nombre de variétés, qui tiennent à sa localisation.

L'emphysème vésiculaire est rarement généralisé [emphysème généralise); il est ordinairement répandu en divers points des deux lobes pulmonaires [emphysème disséminé) ou localisé aux lobules d'un seul ou des deux lobes pulmonaires [emphysème local).

L'emphysème interlobulaire ou interstitiel résulte de la déchirure des alvéoles pulmonaires et de la pénétration de l'air dans le tissu conjonclif interstitiel. L'insulflation par la trachée permet de suivre le passage de l'air dans le tissu conjonclif interposé aux lobules; il j forme des ampoules transparentes plus ou moins volumineuses; on peut en déplacer le siège par la pression ; on les fait disparaître complètement en les piquant avec une épingle.

L'e.mpuysè.me sous-pleural est caractérisé par l'infiltration de l'air sous la plèvre, où il forme des bulles, des bosselures de dimensions variables que l'on peut faire cheminer par une douce pression. Il peut se répandre en quantité considérable sous la [)lèvre, gagner le tissu cellulaire du médiastin [emphysème médiastlnal), le tissu conjonctif rétro-pcrilonéal et se diffuser dans le tissu cellulaire du cou, du thorax, ou produire l'emphysème sous-cutané généralisé, qu'on reconnaît à la crépitation du tissu conjonctif [Ânginiard, H. Bouley] (fig. 54).

Ce phénomène est généralement consécutif à Vemphysème aigu, lié à une atl'ection du poumon.

L'air épanché se résorbe graduellement si les chevaux sont laissés au repos pendant dix à douze jours, quand la cause provocatrice de cet emphysème n'est pas mortelle.

EMPHYSEME PULMONAIRE CHRONIQUE.

Complications. — La bronchite chronique accompagne presque constamment lemphysème pulmonaire.

Les BRONCHIOLES soul presquc toujours ectasiées, amincies au niveau des points emphysémateux; la muqueuse est épaissie, pâle ou injectée et couverte de muco-pus.

Fig. .54. — Emphysème sous-pleural du cheval (photographie Cadéac).

Le cœur peut présenter un volume double de la normale. Le CCEUR DROIT offrc généralement une dilatation destinée à compenser l'insuflisance de la circulation pulmonaire, qui résulte de l'oblitération des vaisseaux et de latrophie de l'endothélium. La dilatation et l'amincissement du cœur droit, particulièrement de Voreillette, est une lésion asystolique qui a été signalée chez les chevaux emphysémateux par la plupart des auteurs. Dupuy a observé la dilatation de l'artère pulmonaire.

Symptômes. — L'emphysème chronique est une affection essentiellement apyrétique, vieillissant avec l'animal et accompagnée d'accès de dyspnée paroxystiques ; elle est généralement associée à la bronchite chronique. L'état général du cheval emphysémateux est bon, la température normale, lappétit excellent; mais on observe toujom^s des modifications fonctionnelles et physiques de l'appareil respiratoire.

1° Signes fonctionnels. — ('e sont la dyspnée ou V essoufflement, le soubresaut ou Firrégularilé des mouvements respiratoires, la toux et le j étage. Ils consli tuent le syndrome pousse, qui est l'expression de l'appauvrissement du sang en oxygène et de l'accumulai ion d'acide carbonique dans ce liquide.

Dupuy, Godine, Rodet, IJurtrel d'Arboval avaient déjà remarqué que tous les c hevaux poussifs ne sont pas emphysémateux. Cependant il faut reconnaître que Vemphyséme est la cause la plus fréquente de la pousse (Delafond, BrûckmùUer, Haubner, Gerlach). En réalité, l'essoufflement et le soubresaut sont les seuls symptômes de l'emphysème pulmonaire; tous les autres appartiennent à la bronchite concomitante .

Dyspnée. — La respiration, ralentie au repos, fréquente pendant l'exercice, est toujours irréguliére.

Son ralentissement résulte d'une difficulté de l'expiration qui en prolonge la durée ; le nombre des mouvements respiratoires est quelquefois réduit à 6 ou 8; Vinspiration est courte, limitée, et se fait d'un seul effort ; Vexpiration est, au contraire, longue, très prolongée, et exige un double effort des forces expiratrices pour suppléer à la perte de l'élasticité pulmonaire.

La respiration s'accélère très rapidement ; ou voit le nombre des mouvements respiratoires décupler au bout de cinq à dix minutes de travail et, si l'on prolonge l'exercice, la dyspnée devient excessive ; on peut compter 50, 60, 70 et même 80 respirations par minute; elle met

beaucoup de temps à revenir au chiffre normal : le poumon emphysémateux, dont Télasticité est diminuée, éprouve beaucoup de peine à évacuer Tacide carbonique et à absorber l'oxygène, en raison de l'oblitération des capillaires, qui diminue considérablement le champ de l'hématose. Cette insuffisance de la ventilation pulmonaire diminue l'expiration thoracique. empêche l'arrivée du sang au poumon, réduit la consommation de l'oxvgène, nuit au dégagement de l'acide carbonique, qui provoque l'irrégularité de la respiration.

Soubresaut. — Pendant longtemps, ce signe peut être précédé de l'expiration prolongée (Saint-Cyr).

Les forces expiratrices, par une action prolongée et soutenue, suppléent à l'inélasticité pulmonaire ; mais la pression expiratoire. qui est normalement plus forte que la pression inspiratoire. diminue ou est inférieure àcelle-ci ; le sang se charge d'acide carbonique, excite le système nerveux, détermine des mouvements respiratoires plus amples, plus fréquents, une tension plus violente du diaphragme, qui se fatigue, se relâche brusquement et retombe inerte à la fin de l'inspii'ation ou pendant l'expiration (1).

En même temps, les viscères abdominaux, poussés en arrière pendant l'inspiration, se reportent subitement en avant, déterminent ce soulèvement rapide, convulsif du flanc et l'écai'tement des hypocondres, caractéristiques du soubresaut ou du coup de fouet.

(1) i° Selon Laulanié, le soubresaut se produit toujours à l'instant très fugitif où finit l'inspiration et commence l'expiration. Mais il suffit d'examiner les tracés de Saint-Cyr, de Boschetti, pour voir, prétend ce dernier auteur, qu'il n'en est pas toujours ainsi (fig. 55) :

2» Le soubresaut consiste objectivement en un soulèvement brusque des parois abdominales coïncidant avec l'écartement des hypocondres (Laulanié); mais ces modifications ne sont pas constantes (Boschetti);

3<» Le soubresaut et le temps d'arrêt font deux phénomènes bien distincts.

La suspension est un acte volontaire soumis à l'action du centre régulateur respiratoire, lequel est soumis à la volonté, et alors la suspension n'est certainement pas un phénomène morbide.

Cadéac. — Pathologie interne. IV. 18

Ce soubresaut provient d'un relâchement ou d'une rupture du diaphragme (EaMer), d'une maladie du diaphragme (Grognier), du dérangement des nerfs phréniques (Lower, Bracj-Clark) (4).

Laulanié l'attribue comme Haller à une décontraction brusque du diaphragme. Cette décontraction se traduit à l'observateur, — placé en arrière, de manière à embrasser simultanément la partie inférieure du ventre, la corde du flanc et de l'hypocondre, — par un temps d'arrêt et un soulèvement brusque de la corde du tlanc au commencement de l'expiration.

L'expiration s'effectue en deux temjjs : dans un premier temps, l'hypocondi'e s'abaisse et la portion supérieure du flanc se resserre; le mouvement expiratoire s'arrête pendant un temps très court, reprend et s'achève.

On peut s'en assurer de la manière suivante : il suiïit de placer la main à une certaine distance de l'ouverture des naseaux pour sentir une interruption dans la continuité de la colonne d'air expiré. Cette interruption est appréciable à la vue quandle sujet poussif est placé à l'air froid. L'air expiré, qui, normalement, sort des naseaux sous forme de buée ou de brouillard quand la température est basse, forme une colonne brisée à chaque expiration.

Quandle soubresaut n'est pas nettement reconnaissable à l'inspection du flanc, on peut utiliser \es pneinnographes ou thoracomctres de Marey, ou le pneumographe adopté par Saint-Cjr, dont le seul défaut est que la courbe monte à l'inspiration et descend à l'expiration à l'inverse des courbes manométriques (2j.

L'étude graphique de la respiration des chevaux jtoussifs accuse une grande diversité clinique dans les troubles de la respiration, en ra|)porl avec le degré d'insuflisance

(1) Bracy-Clai'k, ./of/r/i. pra<. de méd., vél., 1828, p. 389.

(2) Laulanié, Revue vêt., 1878. — Mémoire de Rodet, analysé par Dupuy (Joiirn.prat. de méd. vct., 1829, p. 571).

EMPHYSEME PULMONAIRE CHRONIQUE.

d'oxygénation du poumon et avec la quantité d'acide carbonique accumulée dans le sang.

« Finalement, on peut constater la respiration discordanle. En fait de pousse, il peut encore y avoir une respiration rare ou une respiration accélérée )> (Boschetti).

On peut voir, sur les tracés, qu'au moment où les côtes s'élèvent pour accomplir l'inspiration le tlanc s'abaisse par mi mouvement d'expiration (N'oy. Respiration discordante) qui suit tous les mouvements du diaphragme et des organes abdominaux, s'enfonce alternativement et devient saillant à l'extérieur comme s'il était tour à tour attiré et refoulé; ses

mouvements qui imitent le jeu d'un piston, d'une pompe en activité, sont synchrones avec ceux du tlanc et aboutissent fréquemment à l'expulsion bruyante de gaz.

Les muscles croupiens peuvent éprouver des oscillations analogues de soulèvement et d'abaissement correspondant aux états de plénitude et de vacuité de la cavité pelvienne : les muscles cruraux intérieurs sont projetés en dehors à la fin de l'inspiration, au moment de l'ampliation extrême du ventre.

La. dyspnée augmente progressivement d'intensité : les naseaux sont constamment dilatés, même au repos ; les

g. 5o. — Respiration discordante. Diagramme pris sur un cheval d'expérience après la section des nerfs diaphragniatiqiies (Laiigeron et Laulanié).

côtes se dessinent sous la peau comme les cercles d'un tonneau; onditquela poitrine est cerc/t'e ; lanimal devient inutilisable pendant Tété d'abord, pendant l'hiver ensuite.

Tôt ou tard, un soubresaut analogue à celui de l'expiration se produit pendant Vinspiration (Lafosse, Serres, Levi). Objectivement, on constate que les côtes soulevées, brusquement, font saillie sous la peau par leurs bords postéi'ieiu's, le creux du flanc se remplit, puis, après une interruption très courte, l'acte inspu-atoire s'achève tout à coup par un élargissement brusque du ventre, qui fait en quelque sorte un bond en dehors.

Cette irrégularité de l'inspiration procède de la dimini:lion de la i*ésistance opposée par le tissu élastique à l'entrée de l'air dans les alvéoles pulmonaires. Quand l'emphysème est arrivé à un degré avancé, toutes les inspirations sont divisées en deux temps.

A ces irrégularités de l'inspiration et de l'expiration s'ajoute la discordance des mouvements respiratoires (pousse outrée) quand l'emphysème est très développé (llg. 55).

Toux. — La toux est l'expression de la bronchite concomitante et ne doit pas nécessairement accompagner l'emphysème; ce symptôme est cependant modifié par la diminution de l'élasticité pulmonaire, qui rend l'expiration diflicile et incomplète. L'insuffisance des forces expiratoires enlève à la toux sa force; la multiplicité des etïorts qui accompagnent chaque expiration lui donne un caractère quinteux. La toux du cheval emphysémateux, dépourvue de signification au début où le poumon revient complètement sur lui-même et expulse l'air avec énergie, est caractéristique quand le parenchyme pulmonaire, inélastique, ne chasse plus qu'une faible quantité d'air, à chaque contraction spasmodique expiratoire. Ln toux est alors faible et saccadée comme la respiration.

Dans I'eaiphysème commexçant, la toux est sèche, sonore, quinteuse et sans rappel; elle se fait particulièrement

EMPHYSÈME PULMONAIRE CHROMQCE. 317

entendre le matin, de bonne heure, quand laninial sort de l'écurie, qu'il commence à travailler, qu'il respire un air raréfié par la chaleur ou rendu irritant par les gaz qui se dégagent de la litière.

Plus tard, la toux, toujours sèche, quinteuse et non suivie d'ébrouement, est avortée, faible: les ondes sonores qui la produisent font à peine vibrer les cordes vocales et s'éteignent presque aussitôt qu'elles ont pris naissance, comme le son produit par la percussion d'une cloche fêlée. Jetaye. — Le jetage décèle le catarrhe chronique des bronches: il est muqueux. analogue à du blanc d'œuf battu, parfois gris ardoisé, toujours très pauvre en globules 'purulents: il s'échappe par les deux naseaux. Très rare au repos, il s'exagère pendant l'exercice et devient aéré.

2° SiGXEs PHTi^iQUES. — Nuls au début, ils deviennent caractéristiques dans la suite.

A la percu,sswi(. on constate que la poitrine résonne dans toute son étendue ; la sonorité est plus grande au niveau des l'égions emphysémateuses. Ce son clair, exagéré, est rarement tympaniqiie : il dépasse ses limites habituelles et empiète sm* la matité cardiaque, qui est parfois très réduite.

Par l'auscultation, on reconnaît que le murmure vésiculaire. normal ou exagéré quelquefois, un peu rude dans les parties supérieures de la poitrine là où la percussion donne une résonance normale, s'affaiblit ou cesse de se faire entendre dans les parties où la sonorité de la poitrine est exagérée. Lair pénètre donc dans tout le parenchyme pulmonaire, mais il circule peu ou stagne dans les parties emphysémateuses; de là. la respiration silencieuse qu'on peut constater à leur niveau. On y perçoit quelquefois une sorte de râle crépitant dû au froissement des vésicules pulmonaires anormalement distendues : c'est un petit bruit de frottement (Serres . Aces signes propresà l'emphysème pulmonaire s'ajoutent les signes de là bronchite chronique. Parfois on constate, au niveau des grosses bronches.

une rospiration broncliique plus ou moins rude, due au retenlissemenl du briiil. ylotUque qui Iraliil, par son intensité, la difficulté que l'air éprouve à circuler dans Tinlérieur du poumon. On entend des rdles dhiJanU très aigus, Û.Q?, vàXcs ronflants \ parlois quelques râles muqueux très fins qui se rapprochent du râle crépitant.

Ces signes, qui relèvent de la bronchite, sont rapportés à tort, par la plupart des auteurs, ti l'emphysème i»iiimonaire. C'est que la bronchite peut précéder l'emphysème, le déterminer ou le compliquer. Toute affection qui, comme V emjjhysème , rétrécit le système vasculaire du poumon, peut avoir pour effet d'engorger les bronches en raison des communications qui existent entre les veines lu-oncliiques et les veines pulmonaires.

Marche. — Durée. — Terminaison. — Complications. — L'emphysème pulmonaii'e a une marche lente, chronique, progressive : c'est une maladie incurable ; les chevaux poussifs à l'Age de cinq ou six ans finissent tôt ou tard par devenir inutilisables, quand ils ont atteint un âge avancé. Pendant son évolution, les animaux sont sujets à des accès de dyspnée qui constituent de véritables paroxysmes.

La dyspnée devient très intense, le soubresaut tellement violent qu'il l'ait osciller tout le corps; les muqueuses présentent vme teinte foncée ou cyanosée ; les battements du cœur sont forts et irréguliers; la toux est plus pénible et plus fréquente.

Les râles sibilants cl ronflants dG\iennen[. plus nomlireux et plus variés ; on peut se méprendre sur la signification de ces signes et croire à ime pneumonie, à une bronchite, à une broncho-pneumonie ; mais l'affaiblissement du murnuu'c respiratoii'e et la conservation de la sonorité attestent que le poumon a gardé sa perméabilité. Ces signes disparaissent au bout de deux ou trois jours ou persistent pendant une à deux semaines au plus.

Les accès de pousse, attribués à un travail exagéré, à

rélévalion de la température, à des poussées de bronchite aiguë résultent d'un coryza, d'une angine, d'une excitation réflexe des nerfs des voies respiratoires qui détermine la contraction spasmodique des bi'onches ou du diaphragme. Ce spasme des muscles inspirateurs est établi par les recherches de Saint-Cyr, qui a constaté l'effort inspiratoire {respiration ônitente) .

( )n constate aussi un jetage, parfois abondant, pouvant procéder, comme dans Y asthme de Y homme, de troubles vaso-sécrétoires. Ces accès finissent quand Ihyperexcitabilité de la périphérie s'émousse et que l'énergie réflexe des centres s'amoindrit. Sous leur influence, le poumon surmené est forcé ; les symptômesde l'emphysème s'aggravent, les lésions organiques s'étendent et l'empliysème vésiculaire, devient interJobulaire, médiastinal, souspleural et quelquefois .soî<.5-cMïrt/îe.

Ces accès peuvent se reproduire comme les accès d'asthme (1).

A mesure que les lésions d'emphysème sont plus étendues et plus anciennes, la circulation devient plus ditlicile; les bronches s'engorgent davantage et tous les symptômes FONCTIONNELS [toux , soubresaut, essoufflement, jetage) acquièrent une grande intensité.

Le cœur droit, obligé de surmonter l'obstacle qui résulte de l'oblitération des capillaires du poumon, se dilate graduellement ; la circulation de retour devient de plus en plus difficile par suite de la diminution de l'aspiration tlioracique ; l'oreillette droite est constamment engorgée,

(1) Fischer et Schellhase ont observé un carnage intense h la suite d'une laryngite légère, avec de nombreux accès suivis de guérison, puis d'un dernier accès mortel. Grèbe a constaté chez le cheval des accès d'asthme quand l'animal n'était pas attelé immédiatement après le repas (Berliner Archiv, 1889, p. 251). — Prumers a observé des accès d'^isthme déterminés par un gontlenient de la muqueuse nasale (Berliner Archiv, 1889, p. 295). — Bongarlz (Berliner Tliierar:tl. Wochenschr., 1S89, p. 259) décrit sous le nom de pousse dété une maladie qui apparaît seulement pendant le travail, sans maladie préalable des organes respiratoires, qu'on peut rattacher à l'asthme ou au coup de chaleur.

les veines jugulaires sont turgescentes, et l'on perçoit, à peu près constamment, un dédoublement du premier bruit causé par la fatigue du cœur droit. Les troubles s'arrêtent ordinairement là. On observe quelquefois, à la suite d'une

Fig. 56. — Physionomie du cheval alleinl d'eiiipliysènu' pulmonaire au dernier degré.

course, de Vapopleœic pulmonaire (Wiai't) suivie du rejet de flots de sang par les naseaux (-1).

L'asphyxie est exceptionnelle : elle ne s'observe que lorsqu'on surmène les chevaux poussifs ou qu'on abuse de leurs forces pendant les heures les plus chaudes de la journée. C'est ordinairement chez l'équarrisscur ou le boucher que les animaux vont terminer leur vie (fig. .%).

Diagnostic. — Le diagnostic de l'emphysème est facile quand tous les signes physiques (résonance exagérée, affai-

(I) Wiart, /{ce. de méd. vé/., 1879, p.

blissementdu murmure respiratoire) et fonctionnels (toux, jetage, dyspnée) sont réunis, en l'absence de toute affection aiguë des voies respiratoires.

La pneumonie, la broncho-pneumonie localisées aux lobules antérieurs, s'accompagnent d'emphysème aigu résorbable, ces affections, cachées à la percussion et à l'auscultation, ne se révèlent que par la fièvre et les symptômes généraux. L'existence d'une fièvre intense peut faire soupçonner un emphysème aigu curable.

Pris un à un, les symptômes de l'emphysème pulmonaire ne sont nullement caractéristiques ; la toux, la dyspnée, le jetage appartiennent, à toutes les affections de l'appareil l'espiratoire ; le temps d'arrêt, le soubresaut et la respiration discordante sont l'expression d'une anxiété respiratoire ; les râles pulmonaires ne sont pas spéciaux à l'em- [diysème; l'exagération de la résonance sans matité et sans submatité dans aucun point de la poitrine, complétée par l'atténuation du murmure respiratoire, sont les meilleurs signes de Yemphysème pulmonaire.

Les maladies de cœur qui déterminent le syndrome pousse se distinguent de l'emphysème pulmonaire par une toux rare, un pouls irrégulier, faible, accéléré par des altérations des bruits du cœur, leur remplacement par des souffles cardiaques.

Dans Yemphysème, la matité car.diaque est diminuée parce que le cœur est recouvert par le poumon emphysémateux.

Pronostic. — L'omphysème chronique est une maladie incurable, compatible avec un âge avancé et, le plus souvent, avec l'utilisation des animaux àunservicelcntou peu rapide. Tous les chevaux emphysémateux ne sont pas poussifscomme en témoignent les observations de Dupuy, Vatel, Rodet (neuf cas); mais les trois quarts des chevaux dits poussifs sont affectés d'emphysème pulmonaire (Delafond) (1).

(I) Voy. Pneinnonie et fironc/io /ini'ii/iionif.

Sa gravité dépend de l'âge du sujet, du degré d'altéralion du poumon et de la tendance qu'a l'animal à contracter des bronchites. Cette maladie est plus redoutable chez les animaux jeunes, dont elle diminue le prix, que chez les vieux; le pronostic est grave quand la capacité pulmonaire est diminuée de moitié ou davantage. Beaucoup de chevaux poussifs ont une respiration régulière quand l'exercice est prolongé pendant ime heure : c'est que l'emphysème, relégué aux lobules antérieurs du poumon, ne diminue en rien la capacité respiratoire du poumon. L'emphysème pulmonaire est un vice rédhibitoire. ' Traitement. — Le traitement de l'emphysème pulmonaire esl prophylactique, hygiénique et thérapeutique.

La prophylaxie de cette maladie consiste à prévenir le développement de l'emphysème pulmonaire chez les chevaux bronchitiques, tou.sseurs, gros mangeurs, en combattant la bronchite et les affections chroniques qui déterminent la toux. Calmer la toux, favoriser l'expectoration chez les sujets affectés d'un catarrhe des voies respiratoires sont les meilleurs moyens d'empêcher les iiuimaux de contracter celle mnladie.

Les moyens hygiéniques méritent de tenir une grande place dans la thérapeutique de l'emphysème pulmonaire.

Un régime convenable permet l'utilisation prolongée des chevaux poussifs et améliore leur état; on prétend môme qu'il i)eut déterminer la guérison quand il est secondé par des agents thérapeutiques.

Il faut donnera ces animaux des aliments 1res nulritil's. de facile digestion, sous un petit volume, c'est-à-dire augmenter la ration d'avoine cl de grains, donner du son, du foin de bonne qualité et de la paille en petite quantité. Nous ne voyons aucun avantage k remplacer du foin par la paille quand les animaux mangent de grandes quantit(''s de cette dernière; nous ne partageons pas, en effet, l'opinion de Solleysel, qui prétendait que le foin nuit aux chevaux poussifs. Les foiuTages hachés, privés de poussière

et additionnés de mélasse, donnent de bons résidtats (Mannechez et Decrombecque) ; les maskes, les fourrages verts atténuent les symptômes, mais ne font pas disparaître l'emphysème.

Il faut éviter de faire travailler les animaux les jours trop chauds ou trop froids, afin de prévenir les poussées de bronchite aiguë, qui sont une cause d'aggravation considérable de l'emphysème.

Le repos prolongé améliore souvent l'état des chevaux poussifs: les vésicules qui ne sont pas dégénérées reprennent sans doute leurs dimensions normales.

Les MOYENS MÉDICAUX, considércs comme des spécifiques, sont plus aptes à prévenir l'appai'ition de l'emphysème qu'à le guérir.

L'acide arsénieux est préconisé aujourd'hui par tous les auteurs et praticiens à doses pi'ogressivement croissantes. On commence ordinairement par la dose de Oe'^,50, qu'on donne matin et soir dans du son mouillé ou dans l'avoine. Au bout de quelques jours, on élève la dose de 75 centigrammes à 1 gi'amme et même à 2 grammes par jour; on suspend le traitement s'il se manifeste quelques signes d'intolérance, pour le reprendre un peu plus tard. On l'administre de préférence sous la forme de liqueur de Fowler (25 à 50 grammes), ou d'eau arsenicale (eau de rivière, 1 litre; acide arsénieux, 10 grammes qu'on fait dissoudre, et qu'on donne à la dose de 50 à 70 grammes par jour).

Cet agent exerce une action puissante contre l'emphysème (IL Bouley, Rey, Jeannin) (1). U. Leblanc, Ledrii et Hue, Giiyon, Roussot, Maury, Nicouleau; mais Benjamin et Serres ont eu beaucoup d'insuccès : il ne peut être

(1) Jeannin, Société cent)-., 1857. — Ledru et Hue, Jicr. rie méd. vét., lS57-lSoS. — Guyon, Journ. des vét. du Midi, 18t)3, 71. — Roussol, Journ. des vé/. milit., 18Gi, p. 346. — Maury, Journ. des vét. du Midi, 1863, p. 3.Ô8. — Nicouleau, Journ. des vét. milit., 1867, p. 219. — Benjamin, /.'/inique vctér., 1865, p. 78. — Serres, Ibid., 1865, p. 78. — Baulot, Journ. de l'Ecole vit. de Lyon, 1865, p. 513.

regardé comme l'agent ciiratif de cette altération pulmonaire que lorsqu'elle est au début (Maury, Baulot). Les chevaux soumis pendant des années à ce traitement présentent à l'autopsie des lésions emphysémateuses très étendues. 11 est surtout efficace contre la bronchite (Baulot).

A ce médicament antidyspnclque on peut adjoindre Viodure de potassium (15 à 20 grammes), en barbotage ou en électuaire pour combattre la bronchite, la digilale (2 à 4 grammes) pour relever l'activité cardiaque ; le bromure de potassium et la belladone pour calmer la toux, l'arséniate de strychnine pour exciter le système nerveux et faciliter la rétraction des vésicules pulmonaires et des bronchioles. Toutes ces médications peuvent être interrompues, mais il faut les prolonger; autant que possible, le traitement doit être aussi chronique que le mal.

Cantiget s'est servi avantageusement du marron d'Inde dans le iraitement de la pousse; mais son emploi présente deux grands inconvénients ; d'abord la substance première manque une partie de l'année: ensuite, il est difficile de la faire accepter aux animaux.

Cagny a obtenu des succès encourageants par l'emploi de la vératrme (10 centigrammes) et de la poudre d'ergot de seigle.

Théoriquement, la vératrine est le médicament spéci fuiue de la pousse, attendu que le soubresaut est le résultat d'une décontraction trop brusque du diaphragme à la fin de l'inspiration. « Mais dans la pousse il n'y a pas que le soubresaut, il y a aussi la loux. le jetage et l'atïaiblissement de Yhématose. L'expulsion journalière des mucosités l)ronchiques est assurée par l'action de la vératrine sur les muscles lisses, sur les sécrétions et la circulation. L'ergot de seigle décongestionne les bronches, s'oppose ensuite à l'accumulation des mucosités dans ces canaux, en rendant à leurs muscles leur contractilité » (Cagny). Nous conseillons l'emploi de la noix vomique à la dose de 8 à 12 grammes par jour; elle nous a donné d'excellents

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résultats ; ce médicament produit une grande amélioration. On peut combiner ces divers médicaments.

Brusasco emploie avec succès la solution suivante, à la dose d'une cuillerée par jour, dans rempliysème pulmonaire du cheval :

Arséiiiate de strychnine I gramme.

Vératrine 3 grammes .

.\rséniate de fer cilro-ammouiacal 30 —

.\lcool Q. S.

Eau bouillie 300 grammes .

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