II. - RUMIAAATS
Les tumeurs cancéreuses sont plus rares chez les ruminants que chez les solipèdes parce que les premiers sont généralement sacrifiés de bonne heure. Or les néoplasies malignes sont l'apanage de la vieillesse. On a pourtant observé des sarcomes, des adénomes et des épithéliomes dans le poumon du bœuf et du mouton.
Sarcomes. — Ce sont les tumeurs les plus communes chez cette espèce. Elles peuvent se trouver disséminées en grand nombre dans le poumon. Parfois le tissu pulmonaire est farci de plusieurs centaines de tumeurs sarcomateuses. Elles ont un volume variant depuis un pois jusqu'à une noisette ou une noix. Leur tissu est ferme, lardacé, blanchâtre ou grisâtre; elles peuvent envahir les petits vaisseaux pulmonaires. Elles acquièrent quelquefois un volume considérable.
Toutes ces tumeurs proviennent de la généralisation au
poumon de tumeurs semblables, siégeant sur les autres viscères (Léger, Morol).
Carcinomes. — Les tumeurs a|)partcnanl à ce groupe envahissent parfois les ganglions bronchiques et médiastinaux; elles peuvent atteindre le poumon. En passant la main sur cet organe, on sent une certaine résistance et quelques bosselures mal délimitées sur les parties envahies (Lucet) (1).
Adénomes. — Ces tumeurs peuvent se développer dans le poumon. Eber (2) a rencontré un cas d'adénome papillaire multiple en voie de prolil'ération. Il se présentait sous forme de nodules irréguliers, de la grosseur d'une noisette à celle d'une pomme. Les polvadénomes péribronrliiques ne sont pas très rares chez le mouton.
Épithéliomes. — Ces tumeurs se présentent chez la vache (Kolb) (3) et chez le mouton (Besnoit) (4), sous forme de petites granulations qui soulèvent la plèvre. A proximité de ces néojtlasies, les alvéoles du poumon présentent des signes d'inflammation accusée; ils sont aplatis parla compression qu'exercent les granulations en voie de développement.
Leur volume varie depuis celui d'une tête d'épingle jusqu'à celui d'un grain de chènevis ; quelques-unes atteignent le volume d'un œuf de poule; « elles sont distantes de quelques millimètres seulement les unes des autres, peu saillantes à la surface et sans altération pleurale correspondante » (Besnoit).
Ces granulations se présentent sous forme d'îlots l'égulièrement arrondis, ayant un aspect caverneux caractéristique. Les plus importants de ces îlots ne
(1) Fioi'enliiii, CJinirn vclerinavîn. juin lî9o. — Lucet, Société cent., 1888, p. 232.
(2) Eber, Jahresbericht i'iber die Leisiunge >, 1893. Eber, Adénomes multiples du )joiimon dn mouton. 1889, p. IGl. — Sâclis. Bericht, 1891, p. 53.
(3) Koll), licr/iiier Tliierarzl. Woiltenschr., 1894, p. 156. (i) Bcsuoil, Revue r^ct.y 1895, p. 177.
déliassent giièro un niillimètrc de dianiètre . ils sont formés de travées limitant des espaces irréguliers en communication les uns avec les autres, travées ordinairement peu épaisses, composées de fibres conjonctives unies à quelques fibres élastiques et tapissées à leur face interne, d'une couche épithéliale très régulière. Dans quelques
Fig. 61. — Granulation néoplasique adulte i,Grosî.i>semeiit : SOj.
B, zone conjonctive; C, zone pulmonaire aplatie, entourant un noyau néoplasique (Besnoit).
points, les fibres conjonctives et élastiques des travées ont été détruites, et celles-ci ne sont plus représentées que par la couche épithéliale, dont les éléments intimement soudés enti*e eux constituent une chaîne épithéliale continue, sans aucune charpente de soutènement.
On rencontre tous les intermédiaires entre les espaces néo|ilasiques adultes et les alvéoles pulmonaires dont ils dérivent (fig. 61, BD). Il est fréquent de constater, dans une même cavité alvéolaire plus ou moins dilatée, le pas-
sage do la forme plate de répithéliuni à la l'orme cylindrique. En mi point de la paroi, répilliélinm est normal, c'est-à-dire plat; plus loin encore, il est tumélié irrégulièrement; plus loin encore, il est devenu cuhirpie ; il a pris
Fig. 0:2. — Périphérie d'une jeune granulation (Grossissement : 150).
''"A, noyau de pneumonie épithéliale ; B, épithélium cylindrique ; U, épithélium plat; E, tube montrant les trois variétés d'épithélium.
enfin, sur un dernier point, les caractères de répitliélium cylindrique (fig. 62, E) (Besnoit).
Clioiidi'onies. — Weltzer a trouvé sous la [)lèvre pulmonaire et sur chaque lobe une tumeur cartilagineuse, dure, résistante, alvéolaire, entourée de tissu conjonctil'. Ces tumeurs se développent aux dépens de la couche cartilagineuse des bronches et obstruent la lumière de ces canaux.
Symptômes. — Quanil les tumeurs qui précédent sont étendues, on iteut constater de V inappétence . de Yinvumination et quelquefois du ballonnement assez accusé (Lucet). L'amaigrissement en est la conséquence.
La respiration devient de plus en plus difficile : on peut voir un soubresaut pendant l'expiration. La dyspnée est intense. L'animal fait entendre des plaintes. La percussion révèle de la matilé au niveau des parties envahies par les tumeurs. A l'auscultation, on constate la disparition du nnu'mure respiratoire ; on entend parfois des râles sibilants. 11 peut y avoir du jetagc et quelques accès de toux sèche.
La mort peut survenir dans le marasme, ou au cours d'un violent accès de dyspnée.
Diagnostic. — Les troubles de la respiration peuvent faire croire à des lésions (ïemphysèine. Les râles, la tou.v font penser à ]a. tuberculose : dans ce cas, le défaut de réaction par la tuberculine éclaire le diagnostic. Ordinairement, les tumeurs du poumon sont des trouvailles d'autopsie :les recherches microscopiques révèlent leur nature. L'examen bactériologique écarte l'idée de tuberculose : on ne peut trouver le bacille de Koch.
Pronostic. — Grave, quand la plus grande partie du poumon est envahie.
Traitement. — Il est inutile: il vaut mieux livrer les animaux à la boucherie.
m. — CARMVORES.
Les tumeurs cancéreuses disputent aux masses tubercueuses la prédominance des lésions chroniques nodulaires du poumon chez les carnivores.
Les sarcomes y sont très fréquents et constituent des tumeurs saillantes: les carcinomes et les épithéliomes des imisses déprimées ou ombiliquées. ou de petites granulations grisâtres, semi-transparentes, du volume d'une tète d'épingle ou d'un petit pois. Ces tumeurs résultent ordinal-
rement de la généralisation de tumeurs primitives de la mamelle, du corps thyroïde, etc. ; les cancers primitifs du poumon ont été signalés sous forme de sarcomes, dépilhéliomes cylindriques (Liénaux, Cadéac), de carcinomes diffus (Kill). Ces tumeurs envahissent les ganglions bronchiques et déterminent le rétrécissement des bronches;
Fi>r. 6d.
uilli])lcs du pounioii (Stockman).
elles se propagent aux vaisseaux. Parfois les tumeurs à type épilhélial primitif sont de simples adénomes nodulaires des dimensions d'un pois ou d'une noisette (Stockman) ou répondant au tvpc de cancer colloïde (Rievel) (fig. G3)(i).
Les chondromcs offrent quelquefois, chez le chien, une malignité particulière; ces tumeurs se généralisent comme
(1) Rievel, Cancer colloïde iiriniilif du ijounion (Deutsche Tiernr:. Wochcnschr., 1906.
CANXER.
des tumeurs cancéreuses; mais elles ne déterminent que des troubles mécaniques, sans produire de cachexie. Les chondromes acquièrent quchinefois un développement
Fig. 6-i. — Chondrome de la paroi costale et abdominale propagé au poumon.
I, intestin refoulé dans la cavité pelvienne; OE, tumeur énorme bilobéepar suite de la pression du diaphragme ; DD', dévié et reporté en arrière suivant l'axe longitudinal du corps ; P, poumon refoulé vers la gouttière vertébrale; AB, chondrome végétant d'un blanc bleuâtre développé sur le péricarde et dans le poumon (Photographie Cadéac).
énorme et un poids de oks,oOO (Cadéac). Cette tumeur, située, en partie, dans la cavité abdominale et dans la cavité thoracique, refoule le diaphragme qui forme un
anneau en arrière. Les premières côtes sont englobées dans la tumeur du coté gauche. La plus grande partie du poumon est envahie; les viscères abdominaux sont refoulés dans le flanc droit, sans lésions notables; le cœur, complètement recouvert par la tumeur (fig. 04).
La surface de ces néoplasies est irrégulièrement mamelonnée, rougeati-e et jaunâtre, avec de nombreux points congestionnés et violacés.
Symptômes. — Quand elles ont acquis un certain développement, ces tumeurs troublent la respiration. Les animaux respii'ent péniblement, mais les symptômes dyspnéiqties n'apparaissent guère que peu de temps avant la mort.
Diagnostic. — Dnns la plupart dos cas. on ne reconnaît ces tumeurs qu'à l'autopsie. L'examen microscopique révèle lom- nature.
Pronostic. — Quand les tumeurs ont envahi la plus grande partie du poumon, la mort en est la conséquence.
AL — PAR.VSITES.
De nombreux parasites envahissent le poumon par la voie trachéo-bronchique ou la voie circulatoire et déterminent des lésions variées. Les plus importantes et les plus caractéristiques an'eclent la forme l)roncho-pneumonique.
A. — ASPERGILLOSE.
Définition. — Laspergillose est une maladie infectieuse commune aux mammifères et aux oiseaux, caractérisée par la végétation des spores de VAspcrgilius fïunigatus sur la muqueuse respiratoire et dans les divers tissus, reins, foie, rate, cœur, muscles striés, où elles sont répandues par les phagocytes (fig. 65).
L'Aspergilliis fumigatus n'est pas la seule espèce de moisissure dangereuse ; il en existe certainement d'autres
ASPERGILLOSE. 343
qui sont susceptibles de végéter dans Torganisme et d'y déterminer des lésions graves ou mortelles. Il faut cependant se rappeler que seules les moisissures se développant et fructifiant à une température voisine de celle du corps paraissent virulentes, les autres n"étant que de simples saprophytes ou des parasites accidentels. L"aspergillose et les mycoses analogues se différencient toujours très nettement des maladies bactériennes; elles sont infectieuses; mais l'action pathogénique de la moisissure est uniquement locale : le parasite agit au point où il se trouve sans sécréter de toxines, se répandant dans l'économie pour aller au loin occasionner des troubles surajoutés aux lésions locales comme on l'observe dans les maladies toxi-infectieuses (tétanos, etc.). La germination des spores dans les organes tient à une question de digestion intracellulaire de la spore pendant la phagocytose.
En effet, la phagocytose complète comprend deux temps : 1° englobement: 2" digestion du corpuscule englobé par des cytases qu'élabore le phagocyte. Or, pour des raisons encore mystérieuses, tenant au fonctionnement des phagocytes ou à la structure de quelques spores, mieux protégées que d'autres, la digestion intracellulaire ne se produit que dans certains cas. Évidemment, les spores non digérées seules pourront germer dans la suite.
Dans les mycoses viscérales, l'immunité ou la sensibilité d'un organisme vis-à-vis d'un champignon dépend donc de phénomènes de digestion intracellulaire par les phagocytes de l'organisme parasité. Les altérations locales sont figurées par des pseudo-tubercules, avec une cellule géante centrale et une auréole de cellules dégénérées vacuolisées. 11 n'y a pas de cellules épithélioïdes, ce qui distingue le tubercule aspergillaire du tubercule véritable, bactérien (1).
Étiologie et pathogénie. — Linfection des animaux est
(1) Bodin et Savouré, Archives de parasitolojie. l"' février 1904.
Fiff. 65.
^IspergUlus
fitmigatus.
favorisée par l'abondance des spores d'Aspcrgillus fiimigatiis et l'inhalation de poussières; mais elle est surtout gouvernée par l'espèce, la race et les prédispositions individuelles.
a. Les oiseaux offrent le maximum de réceptivilc, puis viennent les espèces canine et bovine; les autres espèces offrent une prédisposition moindre ou sont rélVactaii'es.
b. D'une manière générale, les raccfi fines, délictttes, se laissent plus facilement envahir que les races indigènes plus robustes ; c'est principalementchez les oiseaux qu'on observe ces différences.
c. Certains animaux offrent une réceptivité naturelle aux
affections mycosiques, comme d'autres y sont presque réfractaires. C'est ce qui explique la difficulté qu'on éprouve à faire développer cotte maladie même en faisant pénétrer des doses massives de spores dans les voies respiratoires. Le phagocylisme triomphe généralement quand la muqueuse bronchique est intacte; ce sont les spores qui l'emportent, quand la résistance individuelle est afFaiblie ou détruite sous l'influence de maladies générales ou de maladies locales do l'appareil respiratoire.
d. La quantité de spores absorbées est toujours une condition éminemment favorable à l'infection spontanée. Or cette condition est réalisée, de préférence, certaines années chaudes où les aliments sont plus ou moins avariés et poussiéreux.
e. L'infection se produit principalement par l'inhalation de spores, comme en témoigne la localisation habituelle de la maladie dans les ramifications bronchiques et le parenchyme pulmonaire. Les poussières qui couvrent les
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grains, les fourrages et les pailles soulevées par le vent ou par les animaux eux-mêmes pendant la préhension des aliments secs pénètrent dans l'appareil respiratoire, où elles s'implantent et donnent naissance à un mycélium qui engendre des organes reproducteurs chargés de nouvelles graines. Ces dernières sont rejetées au dehors, entraînées par les expectorations ou se greffent sur la muqueuse respiratoire, dans un point plus ou moins éloigné de leur lieu d'origine, ou sont emportées par l'intermédiaire des phagocytes, des vaisseaux sanguins ou lymphatiques lésés. De nombreux foyers résultent de ces auto-inoculations et de ces auto-infections. Des plaques de moisissure et des pseudo-tubercules évoluent simultanément; les premières sur la muqueuse bronchique; les seconds dans les tissus. Dans les mycoses d'origine expérimentale, on n'observe que des tubercules plus ou moins volumineux, quel que soit le mode d'introduction des spores dans l'organisme (injection veineuse, trachéale ou péritonéale).
Les pseudo-tubercules sont l'expression d'un mouvement de défense caractérisée par l'arrivée de leucocytes, l'intervention de phénomènes de phagocytose et de dégénérescence cellulaire, ou d'édification de cellules géantes sans réaction épithélioïde à la périphérie.