III. — OISEAUX
L'aspergillose constitue une entité morbide spéciale d'une grande importance chez les oiseaux. Elle frappe principalement les races fines et délicates de nos bassescoui's ; mais tous les oiseaux domestiques ou sauvages sont susceptibles d'être infestés.
Cette maladie a été bien étudiée par Lucet ; nous lui empruntons sa description.
Symptômes. — Le début de la maladie passe habituellement inaperçu; elle est généralement parvenue à la période d'état quand les symptômes sont appréciables. « Les individus atteints offrent alors tous les signes d'une affection plus ou moins grave des voies respiratoires. La respiration, d"abord courte et rapide, accompagnée d'un ronchus sensible sui'tout à l'expiration, devient, par la suite, pénible, sufl'ocante et stertoreuse. L'appétit dimi- G.\DÉ.\c. — Pattiolosie interne. IV. 20
nue puis disparaît; mais la soif est parfois très intense.
a Souvent il existe une diarrhée jaunâtre, fétide, qui s'exagère aux approches de la mort.
(( Les malades maigrissent considérablement, s'anémient et ont les muqueuses pâles. Tristes, somnolents, ils s'isolent et se blottissent dans un coin.
(' Titubants, ils se déplacent en traînant leurs ailes pendantes et finissent par mourir dans le mai-asme, épuisés, d'une maigreur excessive et les plumes ternes, hérissées et sales.
« La durée de la maladie peut atteindre plusieurs mois; elle est surtout prolongée quand l'infection est limitée aux sacs aériens et ne se révèle alors que par un épuisement continu et progressif » (Lucct) (1).
Par contre, l'invasion des os et des cavités articulaires des membres par les foyers mvcotiques se traduit par des boiteries plus ou moins intenses ou par la suppression absolue de la marche et des gonflements accusés et douloureux des articulations et des extrémités épiphysaires des os atteints d'ostéito.
Anatomie pathologique. — Les formes lentes, qui sont les plus communes, sont caractérisées par deu.K sortes de lésions : des tubercules (pseudo-tuberculose aspergillaire) dans les tissus et des touiîes (ÏAspcrgillus fiuidgatus dans les bronches et les sacs aériens.
a. Les tubercules présentent les dimensions d'un grain de chènevis, d'un pois ou davantage. D'aspect blanchâtre, assez bien délimités, fermes au toucher, on les rencontre tantôt disséminés et rares, tantôt confluents. Non seulement, ils existent dans les poumons, mais encore dans tous les points de l'organisme et jusque dans la moelle des os. Ordinairement, ils sont séparés du tissu sain par une zone congestive, hémorragique, plus ou moins étendue (fig. 65).
(1) I.ucet, De l'Aspergillns fumigatus chez les animaux domestiques. Étude clinique et expérimentale, Paris, 1S97.
ASPERGILLOSE.
Dans certains cas, en dehors de ces tubercules, il existe des foyers de pneumonie dilTuse, caractérisée par l'hépatisation et l'infiltration inflammatoire du tissu conjonctif interlobulaire. D'autres foi.s, on trouve de véritables abcès pulmonaires ou hépatiques; dans d'autres encore, il existe des lésions d'emphysème. On a observé chez les dindons des lésions de péritonite aspergillaire.
b. Les altérations des bronches consistent parfois en des ulcérations nues ou recouvertes de proliférations
Fig. 66.
e, cellules nécrotiques. — rf, hyphes enlourées de spores. Poumon normal où on voit des pseudo-tubercules d'aspergillose (Poenaro).
mj'cotiques. Ces lésions peuvent d'ailleurs se rencontrer sur un point quelconque de la muqueuse respiratoire. Ordinairement, dans les points aérés, il y a de grosses touffes de la moisissure arrivée à maturité et reposant sur une base membraneuse blanche ou blanc jaunâtre, épaisse, plissée, gondolée, adhéi'ente à la muqueuse, qui, elle-même, a subi l'infiltration inflammatoire et s'est épaissie.
Diagnostic. — L'aspergillose est facile à reconnaître quand elle estcaractérisée par ses deux lésions essentielles : les touffes du champignon et les productions tuberculiformes. On complète le diagnostic par l'examen microscopique qui fait reconnaître l'existence des spores dans
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l'exsudat hroncluque et par les cultures qui permettent de différencier lM.sper(/i7/Ms/'î<mig'air<s des autres champignons. Traitement. — Il est surtout prophylactique. Il faut lenir les poulaillers dans un très grand état de propreté et les désinfecter avec les diverses solutions antiseptiques ou l'eau bouillante. Au début, on peut essayer les vapeurs de goudron ou de créosote. Il importe aussi de supprimer tous les malades, sinon la mycose peut revêtir un caractère épizootique. Le sujet atteint de mycose bronchique contamine les aliments, les boissons, les locaux île ses congénères par des expectorations riches en spores.
B. — STRONGYLOSES.
Définition. — Les strongyloses sont des broncho-pneumonies vermineuses, enzootiqucs ou épizootiques. provoquées par des nématodes qu'on désigne sous le nom de strongles.
Ces parasites des voies respiratoires diffèrent des strongles de l'appareil digeslif par leur inaptitude à s'accroître dans l'eau et par leurs embryons pourvus d'un bulbe œsophagien peu développé. Ils comprennent un grand nombre d'espèces qu'on retrouve chez des animaux qui leur sont propres. Chaque espèce animale héberge ainsi un nombre variable de parasites qui sonl toujours les mêmes, mais dont la proportion varie un peu avec chaque pays :
En Fi'ance, le veàu est parasité par le Strongylus micrurus et le Strongylus pubnonarius; le mouton, par le Strongylus filaria et le Strongylus rufescens: le porc, par le Strongylusparadoxus ; le cJiovfil, parle strongle d'Ai'ntield; le chien, par les embryons de la Filaria Oslcri ; le chat, par les embryons de ÏOUulanus tricuspis.
On peut constater aussi l'association d'un grand nombre de variétés de strongles chez la même espèce animale : aux strongles filaires du mouton peuvent venir s'adjoindre le S. commutatu?,, le S. capillaris, le S. paradoxus et le
STRONGYLOSES.
S. mimitissimus. Chez la plupart des animaux frappés de strongylose, les parasites sont associés en proportions variables suivant les contrées infestées, de telle sorte qu'il y a, à la fois, de la bronchite, de la pneumonie et de la broncho-pneumonie.
Fig. 67. — Évolution du S(rongyliis Arnfielili.
A, œuf en voie de segmentation naturelle ; B, à 1 "état de morula ; C, œuf embryonné ; î), éclosion de l'embryon ; E, embryon éclos. Grossissement : 150 diamètres (Railliet).
Biologie et mode d'infestation. — On est encore dans rincertitude siu" le mode d'infestation des animaux atteints de strongylose.
On n"a pu, jusqu'à présent, faire un lumière complète sur l'odyssée de ces parasites. Elle paraît d'ailleurs variable et subordonnée à chaque espèce parasitaire.
Certains strongles sont ovipares (Strongylus rufescens), d'autres ovovivipares (S^ro^^(/Ji//^<s filaria, etc.); mais cette dislinction est la moins importante de toutes: il serait particulièrement utile de pouvoir suivre, pas à pas, l'évolution des œufs ou des embryons pondus. Ils sont habituellement expulsés au dehors; mais ceux du Stromjylus rufescens peuvent se développer sur place à côté de la mère qui les a pondus et donner naissance à des foyers de pneumonie parasitaire qui finissent par se rejoindre pour constituer des conglomérats plus ou moins volumineux. Cette évolution des descendants à côté des ascendants est exceptionnelle parmi les espèces parasitaires.
Les embryons de strongles sont généralement dépourvus de propriétés infestantes au moment de leur naissance. Leuckart a vainement tenté d'infester les moutons en leur faisant ingérer du mucus bronchique riche en embryons.
Ils ne peuvent davantage se fixer dans le milieu où ils sontnés; quelques-unsdeviennent libres dans les bronches; d'autres dans le pharynx, beaucoup sont alors déglutis et passent dans les matières intestinales; la plupart sont sans doute rejetés avec le mucus nasal ; il est probable que les embryons, ingérés au moment de leur expulsion, périssent. Que deviennent tous les survivants? Vraisemblablement, les embryons des strongles filaircs et de quelques autres espèces se conservent quand ils tombent dans un milieu humide, à température convenable : l'herbe humide, les flaques d'eau, les marécages, la terre inondée paraissent convenir à leur développement ; ils résistent au froid, aux changements de températiu-e grAce à leur enveloppe protectrice; ils succombent, au contraire, dans les eaux contenant des matières organiques en putréfaction. Cette évolution extérieure s'effeclue-t-elle librement ou grâce à un intermédiaire.
Les helminlhologistes, s'inspirant des analogies des strongles avec des vers à migrations embryonnaires et reconnaissant l'impossibilité de faire éclore la broncho-
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pneumonie vermincuse par Tingestion d'embryons, ont pensé que ces embryons ne deviennent infestants qu'après un séjour plus ou moins prolongé chez un hôte intermédiaire (insecte, ver déterre). Ce n'est là qu'une hypothèse que deux ordres de faits combattent : d'une part, Tinfestation des jeunes animaux qui vivent avec leurs parents sans sortir de l'habitalion et, d'autre part, les propriétés infestantes des fourrages souillés de limon desséché provenant des flaques d'eau ou des mares dans lesquelles les malades ont rejeté leurs embryons. Ceux-ci résistent admirablement à la chaleur de l'été et à la dessiccation, pendant une année au moins, et il est permis de penser que l'inhalation des poussières de ces fourrages assure la pénétration des parasites dans les voies respiratoires. On a d'ailleurs constaté le développement de la broncho-pneumonie dans des endroits secs où les moutons notamment sont alimentés avec des foins provenant des prairies marécageuses.
Mais on admet, généralement, que c'est en paissant l'herbe des pâturages humides et en buvant l'eau des mares oue les animaux s'infestent ; ils reprennent, sous forme de larves, les embryons qu'ils y ont répandus à une époque antérieure.
Le mode d'introduction des embryons dans l'arbre bronchique et le pQumon n'est pas connu; on suppose que, après leur ingestion avec les fourrages et l'eau des boissons, ces larves passent dans le rumen et reviennent dans la bouche à la faveur de la rumination ou par un mouvement de reptation pour s'engager, à ce momenl. dans les voies respiratoires.
L'émigration directe à travers les tissus, ou le transport des parasites dans le poumon par la circulation pulmonaire sont des hypothèses qui, aujourd'hui, ne sont guère en faveur.
La durée de révolution des larves parvenues dans l'appareil respiratoire jusqu'à maturité serait en moyenne de huitsemaines d'après Gerlach ; elle varie avec les parasites ;
elle est de douze à cinquante-neul' jours chez la chèvre pour le strongle capillaire (Schlegel), de six àseptsemaines pour le Strongylus micninis (Tapken).
(Iliaque parasite parvenu dans l'appareil respiratoire a son habitation particulière jusqu'à sa maturité. Le strongle fdaire demeure dans les bronches moyennes ou petites, le Strongylus commutatus dans les petites bronches pour s'engager, après la ponte, dans le tissu pulmonaire ; le Strongijbis nifesccns se comporte de même, et le Strongyhis paradoxus a pour habitat de prédilection les petites bronches; mais il peut se répandre dans les grosses bronches et même dans la trachée; la plupart de ces vers séjournent dans les petites bronches ; le trichosoma serophilum est un parasite de la trachée et des grosses bronches ; VOUulanus tricuspis vit particulièrement dans la muqueuse gastrique, et le Strongyhis vasorum dans le cœur droit et l'artère pulmonaire.
Tous agissent sur les tissus par leurs mouvements, leurs toxines et par les microbes qu'ils transportent dans les tissus ou qu'ils inoculent ; ils sont ainsi une cause d'inflammation locale, d'infection et d'intoxication générale.
Ces parasites infestent les animaux dans toutes les' saisons, dans tous les lieux et dans tous les temps : on signale, en effet, la bronchite vermineuse pendant l'été, Tautomne, quoiqu'elle soit plus commune au printemps au moment où l'on mène les animaux au pâturage ; on l'observe pendant les saisons pluvieuses, et les agneaux sont plus gravement frappés que les animaux de plus grande taille tels que les veaux. Dans toutes les espèces, les broncho-pneumonies peuvent revêtir le caractère enzootique ou épizootique.