IV. — CARNIVORES
La bronchite aiguë est très fréquente chez les carnivores. La trachco-bronchite et la bronchite capillaire s'observent particulièrement chez les jeunes chiens.
Étiologie et pathogénie. — L'infection des canaux bronchiques est la principale cause de cette maladie. Un chien atteint de bronchite aiguë la communique h ses congénères jeunes ou même adultes. Les microbes expectorés par le sujet malade infectent les sujets sains. On Toit ainsi de véritables épidémies de bronchite apparaître dans les chenils. Quand un chien tousse pour cause de bronchite aiguë, ceux qui sont en contact avec lui ne tardent pas à l'imiter.
La bronchite revêt l'allure d'une maladie épidémique.
La transmission de ces bronchites n'est pas douteuse.
Le premier chien qui communique la maladie à tous les autres J'a souvent contractée à la faveur d'un refroidissement : bain froid, transport en chemin de fer, tonte, chasse dans les marais, changements brusques de température, comme au printemps et à l'automne. Les troubles vaso-moteurs engendrés par les po^issières, les gaz irritants, la fumée et par les causes qui précèdent, annihilent la défense et rendent la muqueuse bronchique vulnérable.
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Les (roubles des fonctions cutanées moilifient la nutrition de la muqueuse bronchique. Quand les papilles nerveuses de la peau sont irritées par les agents extérieurs, elles deviennent le point de départ des réflexes qui engendrent la congestion de tous les organes respiratoires et digestifs.
La diathèsc dartreuse paraît susceptible d'influencer directement la vitalité de la muqueuse bronchique; les eczémas qui s'etîacent sont fréquemment remplacés par une poussée aiguë de bronchite.
La bronchite du chien, comme celle des autres animaux, peut résulter de l'extension d'une laryntjUe ou d'une pneumonie. Les ulcérations buccales, qui convertissent la bouche on un véritable fojer de putréfaction, sont quelquefois suivies d'infection bronchique secondaire.
Symptômes. — l°Trachéo-bronchîte. — L'animal commence très souvent par avoir un coryza, puis la trachéobronchitese déclare. Sous cette forme l'inflammation débute par une toux petite, sèche, quinteuse, parfois pénible et douloureuse, qui se manifeste principalement quand on sort le chien de sa niche, qu'on presse la trachée ou qu'on percute la poitrine. Elle devient humide et grasse au bout de quelques jours et est suivie d'expectoration ; un jetage muco-purulent s'écoule par les deux naseaux. La fièvre est peu marquée.
A l'auscultation, on perçoit peu de rdles (muqueux ou sibilants) ; le murmure respiratoire est peu exagéré ; la respiration est rude au niveau des grosses divisions bronchiques. La percussion de la poitrine n'indique rien d'anormal.
La trachco-bronchite est une alïection bénigne ; les animaux conservent la gaieté, l'appétit. Aussi sont-ils complètement guéris au bout d'une à deux semaines.
2° Bronchite capillaire. — La maladie s'aggrave en se propageant dans les moyennes, puis dans les fines bron-
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ches. Bronchite grave est synonyme de bronchite capillaire. Elle constitue ordinairement le processus initial de la broncho-pneumonie ; mais elle peut évoluer isolément. Le chien est l'animal le plus prédisposé à l'inflammation des fins canaux bronchiques. Sa fréquence est assez exactement dans un rapport directement inverse de la taille des animaux (Saint-Gyr). Les germes infectieux atteignent d'autant plus rapidement les fines bronches que le diamètre de la trachée est lui-même plus restreint. Ainsi, après deux ou trois dichotomisations, elles arrivent, chez le chien, à un degré de ténuité qu'elles atteignent à peine à la cinquième ou sixième division chez le cheval.
Cette disposition favorise l'apparition de la bronchite capillaire chez les carnivores (1).
Elle est commune chez les jeunes animaux, rare chez les vieux. Son caractère clinique dominant, c'est l'intensité des phénomènes asphyxiques. C'est un catarrhe suffocant.
La DYSPNÉE survient brusquement et s'accroît très vite. Les mouvements des flancs sont précipités, les côtes se soulèvent ; la respiration, haletante, s'effectue par la bouche ; les joues sont agitées par un mouvement continu de va-et-vient, semblable à celui de la soupape d'un soufflet : c'est le souffle labial qui trahit toujours une grande difficidté de la respiration. Les chiens qui ne le manifestent pas au repos, l'accusent quand ils ont fait quelques pas.
La TOUX est quinteuse, fréquente et presque continue ; elle se produit par secousses et amène l'expulsion par les commissures des lèvres d'une sorte d'écume parfois striée de sang.
Le JETAGE, est blanc panaché, grisâtre ou sanguinolent; le jour, il s'écoule abondamment par les voies nasales ; la nuit, il détermine leur obstruction ; il se concrète, se
(I) Suint-Cyr, Journ. de l'Ecole vét. de Lyon, 1856, p. 540.
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durcit, met obstacle à l'entrée de l'air malgré les efTorts de l'animal qui essaye vainement de se débarrasser des bouchons obturateurs : c'est alors qu'il y a exagération dusouffle labial et de la dyspnée.
L'auscultation de la poitrine fait entendre de nombreux râles disséminés et mélangés {miiqueu.v moyen, muqueux fin, sibilant, ronflant, aigu et prolongé ou bref et imitant le piaulement du poussin ; râle grave et comparable au roucoulement de la tourterelle). Ce mélange de râles est remarquable et caractéristique. Tous ces bruits se mêlent, s'associent se remplacent et font de la poitrine du patient une véritable boîte à musique. Le bruit vésiculaire est très net, renforcé même quand l'obstruction de quelques bronches empêche l'air d'atteindre les vésicules pulmonaires.
Le silence est appréciable à ce niveau, mais il est passager ; la toux entraîne le bouchon de mucus et rétablit la perméabilité. En outre, un souffle plus faible, moins pur, moins nettement tubaire que dans la pneumonie, peut se faire entendre ; il est dû à la condensation pulmonaire ; il est exagéré parla pression qu'exerce l'oreille sur la paroi pectorale. Ce souffle pourrait faire confondre la bronchite capillaire avec la pneumonie si la percussion ne mettait en évidence la sonorité du poumon même dans les régions silencieuses ou soufflantes.
\J empoisonnement des sujets est très rapide ; la résorption des toxines engendre une fièvre rémittente, atypique, sujette à de nombreuses oscillations ; la température ne dépasse généralement pas 40°, 5 ; le corps est frissonnant; l'animal, indifférent, triste, abattu, vomit des matières glaireuses ou alimentaires ; il maigrit rapidement et s'affaiblit encore plus vite. Après quelques jours de maladie, les yeux sont éteints, enfoncés dans les orbites; le chien ne peut se tenir debout, il demeure couché sur le sternum, la tète allongée sur les pattes de devant de manière à effacer autant que possible les coui'-
bures du conduit aérien et faciliter l'entrée de l'air dans la
poitrine.
La gravité des phénomènes yénéraux et les signes
fournis par l'examen de la poitrine sont dans un juste
rapport.
Les progrès de Vasphyxic le tirent, par intervalles, de
cet état de prostration. Trop oppressé quand il est couché,
il s'accroupit le nez au vent, la gueule béante : il ne peut
plus ni tousser ni expectorer.
Marche. — Terminaison. — Vévolution de la bronchite
capillaire est très rapide ; elle tue souvent en moins de
huit jours. Cette terminaison est presque inévitable
quand elle se complique de pneumonie catarrhale.
La bronchite capillaire, symptomatique de la maladie du
jeune âge, présente fréquemment cette complication.
Dans les cas, assez rares, où la résolution s'opère, une
toux, grasse, suivie d'expectoration abondante, se fait entendre : l'appétit reparait et les symptômes généraux se dissipent.
Diagnostic. — La toux, le jetage, le râle muqueux, la résonance de la poitrine, la persistance du murmure respiratoire dénoncent l'existence d'une trachéo-bronchite. La dyspnée, les signes asphyxiques, la multiplicité des râles sont les signes qui permettent de reconnaître la bronchite capillaire. On peut la distinguer de Yadénopathie bronchique par l'existence, dans cette dernière maladie, d'une respiration stertoreuse et d'une toux incm-able revenant par accès. La toux réflexe, déterminée par la présence de vers intestinaux, ne s'accompagne d'aucun râle.
Il est souvent difficile de différencier la bronchite simple de la bronchite symptomatique de la maladie du jeune âge. La contagion n'est pas un critérium différentiel ; c'est une erreur de considérer toutes les bronchites transmissibles comme dépendantes de la maladie du jeune âge ; toutes les bronchites peuvent se propager. Mais la bronchite
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simple conserve toujours la même physionomie chez tous les animaux jeunes ou adultes frappés.
La maladie du jeune âge, au contraire, change de forme suivant les sujets et s'accompagne d'autres manifestations.
Pronostic. — Répétons que la trachéo-bronchile ordinaire est une maladie bénigne et que la bronchite capillaire est fréquemment une maladie mortelle.
Anatomie pathologique. — 1° Trachéo-bronciiite aiguë. — Les muqueuses trachéale et bronchique ou cette dernièreseulementsonl congestionnées. Laroiigeur affecte la forme de pointiUations, d'arborisations ou de bandes longitudinales et transversales. La surface est sèche ou recouverte de mucus visqueux, filant ou spumeux, blanchâtre, jaunâtre ou sanguinolent. Les altérations épithéliales sont les mêmes que chez le cheval.
2" Bronchite capillaire. — Les lésions sont ordinairement bilatérales et symétriques : elles consistent essentiellement dans l'oblitération des bronches inlralobulaires. Cette altération est suivie de la distension emphysémateuse de diverses parties du poumon et de plaques d'atélectasie réparties principalement vers les bords de l'organe. Le parenchyme, pâle et décoloré, anémié dans les parties élevées sous l'influence de l'excès de tension de l'air, offre seulement de la congestion hypostatique dans les parties déclives. Sectionné, il est à peu près secçt ne laisse s'écouler aucun exsudât. Les bronchioles intralobulaires laissent seules sourdre quelques gouttelettes de pus. Les bronches volumineuses renfei'nient du mucus, des leucocytes, des cellules cylindriques, desquamées. Toutes les altérations gravitent autour des bronches intralobulaires dont le calibre est inférieur à un millimètre. Ces bronches dérivées de plaques cartilagineuses ont leur lumière presque constamment oblitérée par un bouchon cellulaire composé do leucocytes et de cellules altérées provenant du revêtement épithélial proliféré et remanié. Ce bouchon manque dans beaucoup de coupes; il perd de sa cohésion quand la
lésion remonte à quelques jours; il sedélaclio facilement et ilenrésulte une perte de substance arrondie: la bronche est presque méconnaissable. La paroi est infiltrée de cellules embryonnaires qui s'étendent parfois jusqu'au tissu conjonctif péri-artériel et péi'i-alvéolaire, sans compromettre cependant la circulation artérielle et sans envahir les alvéoles voisins.
Traitement. — Dès que la bronchite est soupçonnée chez un chien, il faut le tenir chaudement, l'empêcher de sortir, le mettre à l'abri des courants d'air, supprimer les bains, les lavages et toutes les causes de refroidissement.
Les sinapismes tièdes appliqués sur la poitrine, et fixés à l'aide d'un bandage maintenu chaud, produisent de bons résultats. Quand les chiens sont dociles, il faut les rouler dans une couverture et les placer dans une chambre. Les premiers soins ont souvent une plus large part, dans la guérison, que les médicaments. On remédie à l'inappétence par l'administration de viande crue, de lait tiède et sucré, à l'aide de la cuillère, du biberon ou d'un flacon à courte tubulure qu'on introduit entre les joues et les molaires, en prenant toutes les précautions possibles pour éviter que l'aliment fasse fausse route.
Pendant qu'on soutient les forces du malade à l'aide d"aliments réparateurs, on administre toutes les heures environ 50 grammes d'infusion de café, de thé, de bourrache pour stimuler le sujet et faciliter la diurèse.
On peut utiliser aussi la potion suivante qui est calmante :
Acéttite d'ammoniaque Osr.oO à l gramme.
Sirop de codéine 10 à iO grammes.
Alcoolat'ire de racine d'aconit 10 goultes.
Potion gommeuse 100 grammes.
à la dose de six cuillerées par jour en six fois.
Les décrétions bronchiques sont modifiées à l'aide de la créosote, du goudron, de la terpine, du terpinol (terpine, 2 ;
alcool, 60: glycérine, 00 : une cuillerée à bouche le matin et une le soir).
Les inhalations de vapeurs pliéniquées, crésylées. dinfusion de fleur de sureau, d'essence de térébenthine sont peu actives parce que la vapeur se condense avant d'atteindre les bronches.
Pour dégager les bronches encombrées, on utilise l'ipéca, 5 à oO centigrammes, l'émétique (5 centigr.) ou la médication suivante :
Chlorhydrate de morphine 2 centigr.
— d'aporaorpiiine 3 —
.\cide chlorhydriqiie Quelques gouttes.
Eau distillée 150 grammes.
Une cuillerée à soupe toutes les trois heures.
On peut encore calmer la toux avec la morphine et l'eau d'amandes amères :
Morphine- 25 centigr.
Eau d'amandes anu res 10 grammes.
Eau 150 —
Deux ou trois cuillerées à soupe oti à thé par jour.
A la place de la morphine, on peut employer l'extrait dopium. le sirop diacode, l'alcoolature d'aconit à la dose de dix à douze gouttes dans du lait ou un à trois granules d'aconitine à un demi-milligramme par jom".
Pour combattre la ftèvre, on emploie lantipyrine, 50 centigrammes à i gramme, l'acétanilide 2oào0 centigrammes, la phénacétine, à la même dose, à des intervalles de six à douze heures. Quand l'abattement est trop considérable, on combat Tauto-inloxication par des injections sous-cutanées de caféine et de sérum artificiel.