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III. — MOLTOIV ET CHÈVRE

Considérations générales. — La strongylose pulmonaire est une maladie si commune chez ces deux espèces qu'elle est banale et qu'on ne s'en occupe presque pas. Signalée dès 1765 par Daubenton, elle sévit dans tous les pays d'élevage, notamment dans la région pyrénéenne, le plateau central, la Bourgogne, r.Vlgérie, la Tunisie. La plupart des poumons qu'on examine Ihiver dans nos abattoirs en sont infestés; il en est de même à Londres (Ranke), et les autres pays ne sont pas épargnés. C'est une maladie qui revêt la forme épizootique et qui inflige annuellement de grandes pertes à l'industrie ovine.

Étiologie et pathogénie. — Le Strongyliis filaria est pour ainsi dire la tête de file des parasites de ce genre qui se donnent rendez-vous dans le poumon de ces petits ruminants. A sa suite, viennent le Stronrjylus rufesccns commutatus, ou encore le Strongylus capillaris et exceptionnellement le Strongylus paradoxiis ; tous ces parasites peuvent s'y rencontrer à la fois. Le Strongyhis rufescens prédomine quelquefois sur le Strongylus filaria (lig. 69).

Strôse admet que 66 p. 100 des moutons atteints de Strongylose sont porteurs du Strongyhis capillaris, forme de Strongylus rufesccns. Cette question de prépondérance est difficile à juger : les diverses espèces de parasites sont plus ou moins nombreuses suivant les pays ; il faut tenir compte aussi des erreurs commises par les observateurs non spécialisés dans ces recherches et qui ont certainement confondu les diverses espèces parasitaires.

C'est ainsi que le strongle illaire, très commun dans la plupart des pays, peut être supplanté chez la chèvre par le Strongylus rufescens (Schlegel).

Ces deux parasites ont un habitat différent : le Strongylus filaria occupe les grosses bronches et détermine seulement de la bronchite; le Strongylus rufescens, beaucoup plus petit, vit dans les bronchioles et les alvéoles pulmonaires.

STRONGYLOSES.

Ces deux parasites infectent particulièrement les agneaux et les antenais. On a pi'étendu que les jeunes animaux sont affectés de bronchite et les adultes de pneumonie vermineuse : mais l'inverse peut se produire.

Symptômes. — 1° Sigxes foxctiox.vels. — La présence, dans les bronches et le poumon, d'un nombre considéi'able

Fig. 69.

. — Slrougle filaire : \, femelle : B, mâle, grandeur oaturelle ; C, œuf, D, E. œufs renfermant un embryon. — II. — Slrongylus rufesrens, grandeur naturelle. — III. — Œufs et embryons du Strongylus rufescens grossis 150 fois. Œufs en voie de segmentation, puis contenant un embryon. E'nbrj'on libre (RaiUiet).

de strongles s'accuse par quelques signes assez nets, dont les principaux sont : la (oin\ lejetage et la dyspnée.

La Torx est douloureuse, convulsive. d'abord forte, puis râlante et faible : elle apparaît par quintes et provoque l'expulsion de paquets de vers enroulés et mélangés à des mucosités.

Le JETAGE muqueux renferme un grand nombre d'œufs et d'embrvons; il devient abondant, épais et s'écoule difficilement par les narines dans les intervalles qui séparent les accès de toux : il s'asçrlutine et adhère aux bords des naseaux.

La DYSPNÉE est intense, la respiration pénible, difficile, plaintive, sifflante, chevrotante; parfois l'animal présente des accès de suirocalion et des signes aspliyxiques suivis de mort.

2" Signes physiques. — La percussion de la poitrine est douloureuse et donne parfois un son mat dans la région inférieure (Minette).

L'auscultation delà trachée fait enlendre de nombreux râles; des deux côtés de la poitrine, on perçoit un bruit de souffle très accusé, accompagné d'une sorte de râle muqueux qui dénote une obstruction partielle des bronches ; le murmure respiratoire est exagéré dans la partie supérieure du poumon.

Marche. — Terminaison. — Le début passe inaperçu quand l'infestation bronchique et pulmonaire est très discrète; il se traduit parles signes d'un catarrhe bronchique intense quand l'infestation est massive et obturante.

Beaucoup d'animaux légèrement infestés ne présentent jamais rien d'anormal et s'engraissent comme les animaux sains. Ordinairement, la maladie frappe un grand nombre d'animaux à la fois; elle s'accuse chez tous par des signes de broncho-pneumonie. C'est principalement à la fin do l'été que la maladie fait son apparition ; elle progresse l'automne et rétrograde l'hiver et le printemps; mais il n'y a rien de régulier. La pneumonie vermineuse sévit en toute saison, pendant toute l'année, mais surtout du mois de mars au mois d'octobre. La maladie peut durer trois à quatre mois sur chacun d'eux: elle se termine par la guérison quand les sujets sont robustes et faiblement contaminés.

La mort est une terminaison fréquente quand les animaux sont très jeunes'et l'infestation intense; les animaux sont tristes, sans appétit, faibles; la conjonctive est injectée, la tête portée bas, les oreilles pendantes, de couleur violacée, les battements <lu cœur forts et tumultueux. L'affaiblissement fait des progrès très rapides : les

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animaux maigrissent, tombent dans la coosomplion et l'anémie : ils prennent leurs repas à genoux et se couchent fréquemment en position sternale, la tête étendue sur l'encolure. La marche est souvent titubante et léquilibre instable; les sujets tombent; ils présentent quelques mouvements tétaniques de la tète et des membres et meurent épuisés ou cachectiques.

Pendant toute l'évolution de la broncho-pneumonie, les animaux peuvent succomber à des inlections secondaires qui revêtent les caractères des septicémies hémorragiques comme à la suite de la distomose.

Anatomie pathologique. — Les lésions intéressent le poumon et les bronches.

Les bronches sont encombrées de pelotons roussàtres de strongles filaires, enroulés les uns sur les autres et mélangés à du mucus purulent, dans lequel l'examen microscopique révèle un grand nombre d'embryons. Ces canaux sont sinueux, irréguliers, souvent ectasiés, comprimant le tissu pulmonaire environnant: ils sont parfois obstrués complètement, d'où résulte Vatélectasie pulmonaire. La perforation du poumon par ces parasites est quelquefois suivie d'infection pleurale et de pleurésie chronique, caractérisée par des adhérences de la plèvre viscérale à la plèvre pariétale.

Les lésions pulmonaires ?,oi\{.iii\i\\.\^\(i?> et dissemblables: ce sont celles de la broncho-pneumonie; elles consistent : 1° dans des nodules ou dos pseudo-lubcrcides ; 2° dans une pneumonie catarrhale lohulaire disséminée ou diffuse.

a. Nodule*. — ■ Les nodules ou les pseudo-tubercules sont situés sous la plèvre viscérale ou vers la périphérie et les bords du poumon. Parfois le parenchyme pulmonaire est farci de ces productions tuberculiformes. qui ont le volume d'un grain de mil ou d'un pois: au début, ces nodules sont rougeàtres. puis gris jaunâtre et demi-transparents. Tantôt isolés, tantôt conthients par places, ils donnent à la surface du poumon un aspect irrégulier et

mamelonné : les parties tuberculisées sont saillantes et tranchent par leur transparence ou leur couleur jaunâtre, leur consistance, sur le parenchyme sain qui a conservé sa couleur rosée normale. L'examen microscopique du poumon révèle l'existence, à un faible grossissement, de taches rosées ou rougeâtres répondant à une bronche enflammée et formant le centre de chaque tubercule (lig. 70 et 71). Pendant toute leur évolution, les tubercules sont en

continuité parfaite avec le reste du poumon ; ils s'en séparent quand ils sont complètement crétifiés. Les pseudo-tubercules,iounos ou adultes, incisés, présentent une teinte rouge plus ou moins foncée au centre, qui va en diminuant vers la périphérie.

Si l'on racle la coupe de ces productions luherculiformes, on peut en extraire, pendant une grande partie de leur évolution, un liquide spumeux, renfermant un grand nombre d'œufs et d'embryons. Ceux-ci mesurent 300 à 400 a de long sur 16 îi 20 a de large; leur extrémité caudale, très amincie, se termine par une pointe ondulée, courte et grêle.

Les œufs sont la cause déterminante de ces productions tuberculif ormes. Pondus dans les alvéoles pulmonaires par les femelles du Strongylus rufescens, ils déterminent l'inflammation des parois alvéolaires et une infdtration abondante d'éléments embryonnaires qui forment une ceinture autour de chaque œuf.

Fig. 70. — Coupe d'un poumon n/li'inf de bronchite parasitaire, vue à l.i loupe.

a, exsudât iiilrabronchiquc. — It. innoiiimation de répithélium qui, soulevé par places, forme un revêtement sinueux. On observe les mêmes modifications en r. en t. — V, vaisseaux sanguins.

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Le poumon présente ainsi autant de réseaux qu'il y a d"œut's : les tubercules qui en résultent sont isolés ou confluents, suivant le nombre d'alvéoles infectés.

Au moment de l'éclosion des embryons du Strongylus rufesccns, l'inflammation devient beaucoup plus vive ; le parenchyme est altéré par les mouvements de ces parasites ; des hémorragies se produisent, une infection microbienne secondaire se greffe souvent sur l'infection para-

Fiu'. 71. — Coupe d'un pseudo-tubercule.

Ou aperçoit les embryons de strongles dans les alvéoles pulmonaires, où ils sont entourés d'éléments embryonnaires : ils abandonnent les alvéoles, se dirigent vers la cavité bronchique en /, c, déterminent le soulèvement et le bouleversement de l'épithélium et de la paroi bronchique comme on 1 observe en g, e, h. Cet épithélium est respecté dans les points où il n'a pas été attaqué par les embryons; le tissu conjonclif péribronchique, f, est infdtré, enflammé.

sitaire : nna pneumonie miliairc purulente en est quelquefois la conséquence. La réaction inflammatoire maintient souvent le parasite enkysté, qu'on trouve à l'état adulte ou presque adulte dans les petites tumeurs ; il est isolé du parenchyme sain par une couche de cellules épithélioïdes, défendue elle-mêiBe par une zone de cellules lymphoïdes. 6. Pneumonie catarrhale. — La pneumonie catarrhale résulte de linvasiou parasitaire directe et d'une exten-

sien (le l;i bronchite. La bronche obsirure détermine Vatclectasic du lobide qui senflamme ensuite. En dehors de ces pneumonies lobulaircs. circonscrites, on peut observer lies pneumonies diffuses dues aux œufs &t aux embryons répandus par milliers dans le parenchyme.

Ces altérations pulmonaires et bronchiques sont suivies d'anémie, d'hydropisie des séreuses splanchniques, d'anasarque et d'amaigrissement général.

Les animaux morts d'infection secondaire présentent des lésions de septicémie hémorragique.

Diagnostic. ■ — L'examen microscopique du jetage ou des viscères des animaux qui ont succombé à cette infestation permet de reconnaître cette affection quand cette inspection est faite sans parti pris. Sinon, on peut abandonner la proie pour l'ombre, la cause véritable pour la cause imaginaire; on ne lient aucun compte des parasites qui obstruent les bronches ou qui ont déterminé des lésions importantes de pneumonie lobulaire, et l'on se préoccupe exclusivement des microbes venus dans les tissus sous l'influence de l'asphyxie ou de la cachexie des malades.

Pronostic. — Le pronostic est d'aulaiit plus grave que la maladie revêt souvent un caraclèi-c (>nzootique ; elle fait pt'rir un grand nombre d'animaux et fait maigrir tous les iiinlades.

Traitement. — t° Pi'.oi'mvi.actiqik. — Le meilleur moyen préventif consiste dans le drainage, le sulfatage des praiiies humides, dans la désinfection des fumiers et diins la destruction des ]»oumons des animaux qui ont succombé; il faut s'abstenir de conduire les moutons et les oijnunux dans les pâturages infectés et les empêcher de s'abreuver dans les mares, les étangs et les fossés. Une bonne nourriture additionnée d'une petite quantité de sel marin augmente la résistance des sujets sains, prévient l'extension de la maladie ou diminue ses dangers.

2" CuR.\ïiF — Le traitement curatif consiste à détruire les vers renfermés dans le poumon au moyen de substances

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inhalées à lêtat de vapeurs ou de médicaments qui séliminent par la voie bronchique.

Les fumigations se pratiquent dans la bergerie même en brûlant, sur une plaque chauffée au rouge, du goudron, ■ des baies de genièvre, des pi'oductions cornées, de l'huile erapyreumatique. Ces fumigations sont répétées deux fois environ par jour et pendant vingt minutes chaque fois. Elles ont pour but dengourdir les vers et de favoriser leur expulsion à la suite d'accès de toux ; elles sont généralement efficaces.

Les injections trachéales de liquides anthehninthiques peuvent rendre de grands services. Linjection de 8 gr. par animal du mélange suivant :

Iode en dissolution . 2 parties.

lodure de polassiuni 10 —

Eau distillée 100 —

le tout additionné de parties égales d'essence de téi'ébenthine, a le double avantage de détruire les vers sur place et de hàler la guérison de la bronchite (Niemann\

La seconde méthode qui consiste à administrer, à l'intérieiu". de la créosote, de lessence de térébenthine, du picrate de potasse. 20 à 30 centigrammes par tète, dissous dans de l'eau farineuse ou mucilagineuse, est généralement peu efficace. On a obtenu de bons résultats en administrant, matin et soir, à chaque agneau. 40 grammes d'essence de térébenthine incorporés à 100 grammes d'huile d'olive ou dœillette.

On a employé aussi les injections d'eau phéniquée à 1 p. 100 à la dose de 5 grammes par jour pendant deux ou trois jours. On ne peut guère songer à traiter ainsi un troupeau de moutons.

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