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Fig. 91. — Streptocoques de lexsudat périlonéal du mulet.
castration une voie fréquente d'introduction, mais ils parviennent rarement jusqu'au péritoine ; leur invasion s'arrête généralement au niveau du cordon et de la gaine vaginale ; mais ils peuvent franchir le détroit qui les sépare de la cavité péritonéale et engendrer des péritonites à forme septicémique qu'on a souvent rapportées à la gangrène traumatique. Les recherches bactériologiques de Cuillé sont des plus significatives. Chez un cheval crvptorchide et chez un cheval châtré par l'émasculateur, il a constaté, à l'autopsie, des lésions de septicémie streptococcique généralisée accompagnant celles de la péritonite (fie. 91).
Le caractère septicémique n'est évidemment pas l'apanage exclusif du bacille de la septicémie gangreneuse ou de la gangrène traumatique.
Faute de recherches bactériologiques systématiques, il est impossible de préciser actuellement la proportion des cas de péritonite de castration qui peuvent être revendiqués par chaque microbe.
Pendant quelques années, on a cru que la péritonite de castration évoluant avec la physionomie de la septicémie gangreneuse avait pour unique cause le bacille de la gangrène traumatique.
Cliniquement, il existe des différences marquées entre la péritonite de castration et la gangrène gazeuse. Quand celle-ci commence, la plaie infectée prend un mauvais aspect; la suppuration se tarit; un engorgement œdémateux se produit et gagne vers les parties centrales en même temps qu'apparaissent les symptômes généraux d'empoisonnement. Or chez les animaux atteints de péritonite de castration^ aucun des symptômes locaux précités n'apparaît : les symptômes généraux seuls sont identiques.
On pourrait se croire autorisé à conclure de ces observations que la péritonite de castration est due exclusivement à l'ingérence des streptocoques, sans les l'ccherches bactériologiques de Soula qui ont mis en évidence le bacille de la gangrène gazeuse dans le foyer septicémique.
Ce microbe s'y présente :
lo Avec les caractères d'un bacille (de O'^'^jOOe à 0'",010 sur O^^i.OOlâ et 0'°™,0015) pourvu d'une spore à l'une de ses extrémités, laquelle est parfois légèrementrenflée; 2° avec ceux d'un bacille à protoplasma homogène, un peu plus allongé que le précédent (0'"'",0]2 à 0°"°,030). Il est à remarquer que, dans les séreuses, ce bacille prend une longueur considérable (0°'"',03.j à 0™™,065), se segmente en articles plus ou moins courts, et, partant, plus ou moins nombreux, mais ne présente jamais de spores.
Sa virulence résiste k la plupart des antiseptiques; il
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ne faut pas moins d'une température de 12° pour la détruire. On comprend ainsi le caractère enzootique des péritonites de castration, quand elles apparaissent dans une série d'opérations. Le péritoine est envahi par des microcoques et des bacilles courts ; le sang lui-même renferme des microbes.
L'inoculation de ce liquide provoque sur les chevaux une septicémie gazeuse à marche très rapide. Sur les lapins, c'est une septicémie gazeuse foudroyante qui se développe. Chez les solipèdes, on observe des manifestations de tous points semblables à celles de la gangrène traumatique. (Soula).
Si, chez les chevaux castrés, on ne constate pas les symptômes locaux de la gangrène traumatique, c'est que les agents septiques ne font que traverser les plaies de castration ou les tissus traumatisés et mal défendus, pour aller se multiplier dans le péritoine et le sang.
La castration des femelles peut également déterminer la péritonite septique ; dans ces cas, comme à la suite de la castration des cryptorchides, elle est toujours le résultat d'une faute d'asepsie.
III. Tube digestif. — Le tuhe digestif est une voie importante d'infection péritonéale. Les microbes peuvent sortir de l'intestin et se répandre dans le péritoine en dehors de toute perforation apparente (1). Bien des péritonites considérées comme idiopathiques n'ont pas d'autre origine. Quand la paroi intestinale est meurtrie, ébranlée ou a sa circulation et sa nutrition momentanément troublées, les germes, renfermés dans sa cavité, émigrent et peuvent faire éclore une péritonite improprement appelée simple ou idiopathique.
(i) Expérimentalement, Wurtz et Hudelo, par réfrigération brusque, par asphyxie ou par empoisonnement avec de nombreuses substances, ont constaté, chez les animaux, le passage des colibacilles, des streptocoques et de nombreuses bactéries anaérobies dans le péritoine sans qu'il existât de solution de continuité au niveau de Tinlestin.
Les traumatismes de la paroi abdominale (coups de pied, de corne, heurts) peuvent léser la paroi intestinale sans produire ni solution de continuité de la peau, ni même de modifications appréciables de la paroi abdominale. L'infection péritonéale est alors généralement discrète et suivie d'une péritonite fibrineuse analogue à la péritonite d'origine circulatoire. 11 en est tout autrement des péritonites par perforation ou rupture d'une portion du tube digestif ; elles sont septiques au premier chef.j Toutes les portions du tube digestif peuvent leur donner naissance.
L'estomac, distendu par des aliments (indigestion), envahi par des abcès gourmeux, se rupture subitement, à la suite d'un choc, d'un mouvement violent, d'une chute.
Les matières alimentaires, les microbes contenus dans les aliments, la salive et les boissons, se répandent, en quantité variable, dans la cavité abdominale, et produisent une péritonite mortelle.
Le duodénum est souvent perforé par des ascarides, principalement quand cette région est déjà altérée par un trouble circulatoire, une inflammation ancienne ou récente ; il peut se rupturer quand il est obstrué par des amas de ces parasites.
Les tumeurs duodénales peuvent déterminer des déchirures étendues ou de simples perforations infectantes.
Les aliments durs comme la paille, la luzerne peuvent perforer le duodénum, produire une péritonite protectrice en faisant adhérer cet organe au foie. Cet accident est souvent préparé par une plaque hémorragique, une ulcération, une mortification locale qui permet aux brindilles pointues renfermées dans les aliments de s'y implanter et de traverser graduellement les autres tuniques (fig. 92).
Si les corps étrangers pointus (morceaux de fil de fer) sont des agents plus actifs de perforation et de péritonite, ils sont heureusement plus rares (1).
(1) Hamburger a constaté l'invasion du péritoine par des streptocoques sans plaie d'inoculation {Revue vétérinaire, 1896, p. 520).
PERITONITES AIGUËS.
L'intestin grêle se déchire sous la pression des aliments {indigestion cœcale, coliques, pelotes stercorales), de calculs;
Fig. 02. — Déchirure du duodénum et adhérence de cet organe au foie.
C, caecum; G, gros côlon ; F, foie ; E, estomac ; Duodénum; P, perforation du duodénum; L, bouchon de paille faisant saillie au niveau de la perforation ; A, adhérence du foie à la crosse du caecum (d'après une photographie, Cadéac).
sa perforation peut être déterminée par des corps étrangers, des morceaux de bois, des ulcérations, des abcès, des parasites.
Les lésions ulcérativos ou néoplasiques compliquées de
Fig. 91. — Déchirure de la parlie convexe de la crosse du caecum à la suite d'une hémorragie provoquée par un anévrysme de l'artère grande méientérique (d'après une photographie, Cadéac).
péritonite sont particulièrement fréquentes au voisinage de la valvule iléo-csecale.
PERITONITES AIGUËS. 277
Le c-Ecr.M est perforé à sa pointe par des corps étrangers (aiguilles, dents, lîls de fer): il se déchire quand ses parois sont congestionnées ou inflltrées de sang, étranglées par des brides anormales (fig. 93), quand sa cavité est remplie d'aliments ou que sa pointe est le siège d'un abcès, d'une inflammation plus ou moins vive.
Sa rupture peut succéder à l'abatage, à des chutes, à des coups de pied, à des plaies pénétrantes.
Le GROS cÔLOx est le siège de prédilection des déchi-
Fig. 94. — Déchirure du côlon flottant.
C, côlon flottant congestionné. — D, déchirure et hémorragie à ce niveau.
rures et des ruptures ; elles sont préparées ou occasionnées parla dégénérescence graisseuse de ses parois, des tumeurs, des abcès, des pelotes stercorales, des calculs, des indigestions, des torsions, des étranglements, des chutes, des traumatismes externes.
Le CÔLON FLOTTANT se décliire sous l'influence des pelotes stercorales, des calculs, des aegagropiles. L'infection du péritoine, abondante et massive quand elle procède des premières portions de l'intestin, est plus réduite quand elle résulte d'une déchirure du côlon flottant ou du rectum. Quand le contenu intestinal et ses nombreux microbes Cadéac. — Pathologie interne. IH. IG
{vibrion septique, staphylocoques et streptocoques, colibacilles et para-coli, etc.) tombent dans le péritoine, ils produisent une infection péritonéale intense (fig. 92).
Ces péritonites secondaires ont une physionomie spéciale et une évolution très rapide, en raison même de la masse de microbes qui sont répandus dans le péritoine.
Le RECTUM est lui-même une voie d'infection du péritoine quand il est blessé, perforé. Les déchirures de cet organe sont quelquefois déterminées par une erreur de lieu de l'étalon, par une exploration rectale maladroite, par la canule de la seringue qui sert à administrer des lavements, par des manœuvres d'empiriques, par des attentats criminels ou sadiques.
IV. Par la perforation de la matrice et propagation de LA métrite. — Cette forme de péritonite résulte de l'infection du péritoine par les microbes renfermés dans la matrice : les staphylocoques blanc et doré sont les hôtes habituels et normaux de la muqueuse utérine (Lignières). D'autres, comme les streptocoques et les colibacilles, peuvent s'y rencontrer accidentellement ou y être importés pendant les manœuvres de l'accouchement. Ces divers microbes peuvent parvenir dans le péritoine à la faveur de plaies ou de perforations vaginales ou utérines ; ils peuvent gagner aussi le péritoine par les trompes et plus généralement par les lymphatiques.
La vessie est susceptible de se déchirer quand elle est distendue, sous l'influence de mouvements brusques, de contusions, de ruades ; une péritonite généralisée est la conséquence de cet accident (1).
V. Par PROPAGATION ou rupture d'une poche pupulente iNTRA ou EXTRAPÉRITONÉALE. — Lcs abcès gourmcux du mésentère, des ganglions mésentériques, du tissu conjonctif périrénal ou périrectal s'ouvrent quelquefois dans
(1) Salins, Péritonite consécutive à l'évolution d'un phlegmon gourmeui intra-abdominal {Observât, des vét. militaires, 1905). — Hebeillard, Observât, des vét. militaires, 1905.
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le péritoine. Il en est de même de tous les foyers purulents qui, sous l'influence de causes diverses, sont susceptibles de se développer dans l'épaisseur des parois de l'estomac, de l'iléon, du gros côlon, du caecum, des parois du rectum. Il se produit, généralement, une péritonite localisée qui limite momentanément ou toujours le processus infectieux en soudant l'organe altéré à un organe sain à paroi résistante comme le foie ; mais on peut voir le pus s'infiltrer et, ne pouvant s'ouvrir un chemin au dehors, trouverune issue fatale dans la cavité abdominale.
Les corps étrangers contenus dans la pointe du caecum sont quelquefois des agents de suppuration, d'abcédation et de péritonite.
Les phlegmons des parois abdominales, consécutifs à des traumatismes, peuvent s'ouvrir dans le péritoine. Saint- Cyr a vu le pus d'un abcès du fourreau se frayer une issue aboutissant à l'intérieur de la cavité péritonéale. Les abcès, qui surviennent après la castration, déterminent quelquefois une péritonite purulente.
Les néoplasies du péritoine, les tumeurs suppurées des ovaires, des reins, du foie, de la rate, produisent la même infection. Les suppurations thoraciques, les pleurésies purulentes, etc.. déterminent la péritonite en se propageant par les lésions lymphatiques au centre phrénique.
Pourtant cette propagation par les voies lymphatiques s'effectue plus facilement et plus fréquemment du péritoine sur les plèvres qu'en sens inverse.
L'infection peut d'ailleurs s'effectuer directement à travers le diaphragme par infiltration microbienne.
Anatomie pathologique. — Les lésions intéressent le péritoine et les organes abdominaux. Peu appréciables quand la mort survient au bout de douze à vingt-quatre heures, elles sont au complet au bout de trois à quatre jours.
Péritoine. — Le péritoine pariétal ou viscéral présente de la rougeur, des fausses membranes, un exsudât séreux, séro-purulent. purulent ou putride.
La rougeur du péritoine n'est observée, isolément, que lorsque la péritonite n'a pas dépassé la phase congestive; c'est la lésion qui correspond au début de l'irritation; on n'observe encore ni fausses membranes, ni épanchement.
La surface de la séreuse est parsemée de taches ecchymotiques; elle est sillonnée de lignes rougeàtres, couverte d'arborisations qui présentent généralement leur maximum d'intensité au niveau des circonvolutions intestinales. On retrouve encore le point de départ de ces premiers troubles inflammatoires qui se généralisent promptement. Le péritoine est le siège d"une exsudation interstitielle; il est terne, opaque, épaissi, dépoli et visqueux (fig. 95).
Les anses de l'intestin grêle commencent à s'agglutiner, à adhérer au grand épiploon, au gros intestin, aux parois abdominales.
Les fausses membranes apparaissent environ vingtquatre à trente-six heures après le début de linflammation ; elles ont d'abord l'aspect de villosités, de bandelettes accumulées au point de contact des anses intestinales; elles accolent les diverses parties de l'intestin, ou nagent dans l'épanchement. Faciles a arracher au début, elles se vascularisent et finissent par former des adhérences fibreuses entre les anses intestinales juxtaposées; elles peuvent également souder l'intestin au diaphragme, au foie à la rate, à la paroi abdominale. Ces néomembranes fixent et immobilisent quelquefois une partie d'intestin dans une situation anormale et sont une cause d'étranglement. En vieillissant, elles perdent leur coloration gris jaunâtre, deviennent grisâtres, rougeàtres, puis blanchâtres (juand leur organisation est parfaite.
h' exsudât est séreux, séro-purulent, purulent, inodore ou putride. Outre ces changements d'aspect, il présente de notables modifications de quantité. Presque nul dans certains cas de péritonite suraigué {péritonite aèche), il est parfois très abondant (30 à 40 litres) dans la péritonite exsudative.
PERITONITES AIGUËS.
L'exsudat séreux constitue un épanchement très considérable ; il ressemble, à peu de chose près, au liquide ascitique.
Veœsiidat séro-purulent est jaunâtre, louche, jaune rougeâtre ; sa quantité peut atteindre 25 litres ; il tient en
Fig. 95. — Fausses membranes agglutinant les intestins chez un cheval mort de péritonite de castration.
suspension des flocons fibrineux ; il est logé dans les parties déclives de la cavité abdominale et dans Tinterstice des anses intestinales.
L'exsudat purulent procède, généralement, de l'ouverture de i'abcès dans la cavité péritonéale. On peut en retrouver l'origine dans une poche kystique ouverte et plus ancienne, et d'une organisation plus avancée que les
autres lésions de la séreuse. L'abcès mésentérique a souvent les dimensions de la léte d'un homme ; il est formé d'une enveloppe scléreuse, criant quelquefois sous l'instrument tranchant et criblée de nombreuses vacuoles remplies de pus blanc, crémeux, plus ou moins mélangé de sang. Cet abcès, souvent suspendu à la colonne vertébrale, est généralement d'origine gourmeuse et adhère à l'intestin grêle, au gros côlon, au rein, à la rate, au foie, au pancréas, au diaphragme ou réunit les circonvolutions intestinales.
Vexsudat putride dénonce une perforation ; le liquide est grisâtre ou rougeàtre, fétide ; il renferme des gaz, des débris alimentaires, des matières fécales, de l'urine, des ascarides ou des corps étrangers.
Organes abdominaux. — Les organes abdominaux sont également modifiés par linflammation.
Les intestins sont souvent remplis de gaz ; leurs parois sont épaissies, œdématiées, pâles ; l'intestin grêle présente souvent un diamètre très inégal ; son calibre est parfois très diminué ; certaines parties de cet organe paraissent noyées dans l'exsudat ; on remarque des rétrécissements et des dilatations successifs. Les néomembranes, qui réunissent les anses intestinales entre elles ou à la paroi abdominale, qui soudent quelquefois le gros côlon à la vessie, au rectum et au péritoine pariétal, peuvent se résorber partiellement ; elles peuvent déterminer l'inflammation, le ramollissement et la perforation des parois intestinales (1).
Le foie, la rate sont décolorés, lavés ; la capsule de ces organes est épaissie, opaque ; la séreuse qui les recouvre est enflammée superficiellement.
Parfois, la gaine vaginale et le testicule qu'elle recouvre présentent une exsudation semblable à celle du péritoine et des organes abdominaux ; on constate les lésions de la
(1) Ehsele, Péritonite par coups de pied, i/tflammaiion de rHéon (Berliner Thieràrstl. Woclienschr., 1893, p. 283).
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septicémie, quand il y a eu péritonite par perforation, les traces d'une castration récente ou un peu ancienne, quand la péritonite est consécutive à cette opération.
Symptômes. — Les péritonites sont caractérisées, d'une manière générale, quelle que soit leur cause provocatrice, par un ensemble de signes généraux, fonctionnels et physiques qui constituent un véritable syndrome péritonéal.
Signes généraux. — Des frissons partiels ou généraux annoncent l'infection péritonéale.
Vinspection du sujet dénonce la gravité de son état: le faciès est triste, hébété, la tête basse, souvent appuyée sur la mangeoire, les lèvres crispées, les yeux brillants, le regard fixe ; sa physionomie explique une vive souffrance; il marche lentement, péniblement, le dos voûté, les membres postérieurs un peu écartés, la tige dorso-lombaire rigide comme une barre de fer.
Les symptômes généraux sont très graves. La fièvre est intense, continue ; la température peut atteindre M° et même 42" ; le cœur bat 80 à 130 fois par minute ; le pouls est petit, dur, serré ; il devient rapidement filiforme ; les muqueuses sont pâles ; elles s'injectent quand la dyspnée est très prononcée ; la peau est sèche, chaude, la physionomie est profondément abattue.
C'est que les toxines, engendrées par les microbes qui cultivent dans le péritoine, sont résorbées, elles passent par osmose dans les riches réseaux lymphatiques et veineux de la séreuse ; elles px'oduisent la fièvre par leur action thermogénétique et influencent le système nerveux central et particulièrement le bulbe ; l'adynamie, la dyspnée, les troubles cardio-vasculaires sont la conséquence de leurs effets.
Signes fonctionnels. — Ce sont les symptômes obligés de toute péritonite ; ils sont nettement appréciables dès le début de la maladie.
La douleur est violente, continue, sujette à des paroxysmes ; elle résulte de l'irritation des nerfs abdominaux
(sympathique abdominal, terminaisons du phrénique); elle est exagérée par les conti*actions intestinales, par le moindre ébranlement abdominal, une légère exploration de la paroi, ou les secousses de la toux. Dominé par cette douleur à la fois superficielle et profonde, l'animal demeure immobile, debout, le dos voussé, les membres rapprochés sous le corps et légèrement fléchis ; il redoute le moindre mouvement. S'il est vaincu par la fatigue, il se couche lentement sur le côté ; il étend le membre postérieur, qui ne repose pas sur le sol, afin de n'exercer aucune pression sur la cavité abdominale. Il fait entendre des plaintes en se levant, en se couchant, ou môme quand il est debout.
Les douleurs abdominales se traduisent par des coliques intenses, dont les manifestations sont toujours morf(?/'ces et continues ; l'animal gratte le sol, trépigne, regarde son flanc, entr'ouvre la bouche ; il ne se roule jamais avec violence ; il se met rarement sur le dos ; il ne fléchit et n'étend brusquement les membres, comme s'ils venaient de recevoir des décharges électriques, que lorsqu'il existe un étranglement intestinal. Les mouvements désordonnés qui peuvent se produire dans la péritonite de castration résultent de la constriction des nerfs du cordon et sont indépendants de la péritonite,
La. constipation est constatée pendant les premiers jours et habituellement complète ; elle résulte de la paralysie de l'intestin : tout muscle sous-jacent à une séreuse enflam méeest paralysé. L'atonie de l'intestin est suivie d'un certain degré de météorisme. Quelquefois la paralysie intestinale fait défaut et l'on constate une diarrhée intense déterminée par une exsudation abondante à la surface de la muqueuse intestinale.
La vessie se paralyse par le même mécanisme que l'intestin ; on observe de la dysurie, du ténesme vésical ; l'animal agite fréquemment la queue ; l'urine, rejetée, est l'are et de coloration foncée. Ces caractères tiennent à la faible puissance d'absorption de l'intestin et à la diminu-
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tion de la puissance sécrétoire des reins influencés par des phénomènes toxiques d'ordre nerveux et circulatoire.
La respiration, réveillant la douleur, est incomplète, superficielle et par cela même plus fréquente : on peut compter jusqu'à 70 mouvements respiratoires par minute ; elle prend le type costal. Lanimal s'etîorce d'immobiliser le diaphragme, afin de diminuer la pression supportée par les organes abdominaux à chaque incursion respiratoire de ce muscle.
L'inspiration est particulièrement courte, insuffisante. On peut observer des accès de dyspnée produits par limmobilité du diaphragme, la diminution de la cavité thoracique consécutive à lépanchement péritonéal et au météorisme qui repoussent le diaphragme en avant, et par l'insuffisance des contractions cardiaques. Tout déplacement est pénible, difficile: le sujet écarte fortement les membres postérieurs.
Des sueurs abondantes couvrent quelquefois tout le corps ; l'appétit est nul ; cependant le ventre augmente de volume ; le météorisme se développe ; les flancs se distendent dès le second ou le troisième jour: on n'observe que bien rarement des éructations et des vomissements (Roll) ou même des hoquets, quand le diaphragme est fortement enflammé (Anacker).
SiGXES PHYSiQijES. — Dès Tinvasion de la péritonite Taspect du ventre se modifie ; il est rétracté, dur. résistant, en état de défense ; mais cette rétraction ne dure pas ; elle est graduellement effacée par le météorisme consécutif à l'inertie fonctionnelle de l'intestin et le ventre devient tendu.
La pression décèle une vive douleur qui n'offre généralement pas de centre de localisation.
La PALPATiON révèle la tension du ventre et une vive hypereslhésie des parois abdominales: l'animal cherche à s'y soustraire en se déplaçant ; la douleur est superficielle, continue ; elle est quelquefois limitée, primitivement
au point de départ de la péritonite ; elle se généralise ensuite ; elle est dépourvue de signification chez les chevaux chatouilleux ou irritables. Si l'on pratique l'exploration rectale, on constate la réplétion de cette partie du tube digestif par des crottins petits, secs, coiffés.
La PERCUSSION indique une exagération de la sonorité abdominale, due au météorisme : on obtient un son clair, métallique au niveau des flancs ; les intestins sont distendus par des gaz, en raison du relâchement paralytique de leurs parois et de l'altération de leur contenu. L'épanchement péritonéal qui occupe les parties déclives n'est pas reconnu tant qu'il n'est pas très abondant.
On peut constater de la matité vers les parties inférieures ; mais on ne réussit généralement pas à percevoir les mouvements de flot ou d'ondulation qu'on observe chez les ascitiques.
Marche. Terminaisons. — La rapidité d'évolution des symptômes dépend de l'étendue et de l'acuité de la péritonite ; c'est-à-dire du degré d'imprégnation toxique. Celleci est elle-même subordonnée au nombre, à l'activité des microbes et à l'espèce des microbes répandus dans le péritoine. On peut distinguer à cet égard deux formes principales, la péritonite pyogène et la péritonite septique qui comportent à leur tour un grand nombre de variétés.
1" Péritonites pyogènes. — Les péritonites pyogènes comprennent les péritonites a frigore ou par infection générale de l'économie et toutes les péritonites dans lesquelles les germes pyogènes prédominent.
Leur début est précédé d'un coup de froid, souvent d'un traumatisme accidentel ou opératoire, de la rupture d'un abcès, d'une maladie locale ou d'une maladie générale. Leurs manifestations sont franchement inflammatoires.
Elles sont gouvernées par les streptocoques et staphylocoques et ces microbes sécrètent des toxines analogues qui déterminent un afflux leucocytaire, considérable, et
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une exsudation fibrineuse plus ou moins abondante.
La réaction locale est prépondérante et caractéristique de ces infections. Pourtant, toutes les variétés de péritonites pyogènes ne sont pas également marquées par des altérations locales similaires.
La réaction du péritoine est d'autant plus effacée que la péritonite est plus aiguë ; elle est d'autant plus intense que les microbes infectieux pyogènes sont moins virulents. Enti'e les péritonites suraiguës et les péritonites subaiguës, on peut observer bien des intermédiaires.
Le péritoine s'efforce de faire échec à l'invasion microbienne par sa fonction phagocy taire et son rôle antitoxique : l'exsudat solide est abondant et tend à localiser, à restreindre le processus inflammatoire.
La mort peut survenir du quatrième au huitième jom'. Quand la terminaison est fatale, le météorisme devient excessif, la respiration est très difficile, la doulem- s'atténue et disparaît ; on peut presser avec force Tabdomen sans réveiller de souffrances ; une diarrhée abondante succède à la constipation ; l'animal tombe au moment de mourir ou se débat pendant quelques heures.
Cette terminaison de la péritonite aiguë est la règle; elle peut survenir en quelques hem"es, dès le début des lésions inflammatoires, par altération réflexe de la circulation et de la respiratoire {péritonisme de Gubler). A l'autopsie, on n'observe alors qu'une hyperémie péritonéale généralisée.
La maladie peut passer à l'état chronique quand l'inflammation se limite ; elle s'atténue progressivement et aboutit à Vascite et à des adhérences anormales.
La résolution est tout à fait exceptionnelle; on ne doit jamais y compter.
La résorption des exsudais est généralement incomplète ; il subsiste des adhérences, qui deviennent des causes d'étranglement intestinal.
2» Péritonite septique ou péritonite putride. — Cette forme comprend les péritonites par perforation ou rupture gastro-intestinale et les péritoaites traumatiques ou de castration.
Les colibacilles, les streptocoques hypervirulents, les bacilles de la septicémie sont les agents actifs de cette forme de péritonite suraiguë et toxique.
Ces symptômes, à l'inverse de la forme précédente, sont presque exclusivement généraux ; les symptômes Zocawa; n'ont qu'une importance secondaire; les signes de l'intoxication putride de l'organisme, caractérisés par l'adynamie et le collapsus, dominent presque immédiatement la scène.
On observe des frissons intenses, une faiblesse et un abattement extrêmes du sujet ; les yeux sont hagards et paraissent sortir des orbites (Soula) ; la peau est souvent froide ; la sensibilité du ventre est nulle.
On peut souvent presser fortement les parois abdominales à l'aide du poing sans provoquer la moindre réaction; l'animal est inoffensif, indifférent, insensible ; la fièvre est modérée; elle peut faire complètement défaut : l'animal est plongé dans le collapsus le plus complet ; le corps se couvre d'une sueur froide ; le pouls est petit, fréquent; la respiration est irrégulière et très accélérée; le ventre se météorise avec une rapidité extrême, et la mort survient en quelques heures, presque sans lésions, quand il s'agit de péritonite consécutive à une perforation du tube digestif.
On remarque quelquefois un engorgement œdémateux au niveau du foyer d'infection, fourreau ou parois abdominales; parfois cet œdème gagne tout le corps; c'est l'allure de la gangrène traumatique,
La marche de la péritonite putride est très rapide ; l'animal peut succomber, notamment dans les perforations intestinales, en moins de douze heures; la vie se prolonge vingt-quatre, quarante-huit heures et parfois même quatre à cinq jours, quand il s'agit de péritonites
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traurnatiques ou de péritonites de castration, dans lesquelles l'infection est moins prononcée et moins complexe.
C'est que toutes les péritonites par perforation ne sont pas immédiatement des péritonites putrides. Elles revêtent quelquefois la physionomie pyogène. La perforation, très réduite ou rapidement comblée par un exsudât fibrineux. est suivie dintoxication générale de l'organisme et de phénomènes réactionnels très marqués du côté de l'abdomen. Dailleurs. chaque fois que l'animal résiste aux premières atteintes de linfection putride, les accidents inflammatoires complètent la scène et prolongent la résistance. C'est ainsi qu'on a vu le cheval résister vingt-neuf jours à la perforation du rectum par la seringue à lavement.
Diagnostic — Les symptômes de la péritonite pyogène sont peu caractériques ; les coliques sourdes, du début, sont l'expression d'un grand nombre de formes d'occlusion intestinale.
L'attitude debout et le rassemblement des membres, à la période d'état, sont beaucoup plus significatifs. La sensibilité du ventre, le météorisme, la constipation opiniâtre, la pâleur des conjonctives, la fièvre (Barreau, Trasbot) permettent, généralement, de différencier la per*'tonite de Veniérite et de la congestion intestinale.
Les troubles respiratoires et circulatoires ne peuvent faire confondre cette maladie avec la pleurésie, la pneumonie ; la distinction est rapidement faite par l'exploration comparative de la région abdominale et de la cavité thoracique.
Les pértonites traurnatiques ou opératoires sont soupçonnées immédiatement après l'accident qui a infecté le péritoine, et sont vite reconnues. On suit leur développement comme on observe les suites dune inoculation. La plupart des péritonites par perforation d'abcès ou du tube digestif sont méconnues : elles évoluent trop rapidement pour être observées, ou sont dissimulées par les troubles Cadéac. — Patfiolosie interne. III. 17
290 PERITOINE.
digestifs et les symptômes généraux de Taffection primitive qui a occasionné la rupture.
Traitement. — On réussit à prévenir la péritonite traumatique et opératoire par une antisepsie rigoureuse et par une désinfection complète des plaies. ■ Le traitement des péritonites est médical et chirurgical.
Les moyens médicaux doivent assurer Timmobilité de l'intestin, afin de prévenir l'extension de l'inflammation péritonéale. Ce sont les intestins qui déplacent eux-mêmes les germes phlogogènes ou septiques et les disséminent. Il importe, avant tout, de supprimer toutes les causes capables de provoquer des mouvements intestinaux exagérés.
Les purgatifs (émétique, sulfate de soude, de magnésie, etc.) doivent être proscrits, parce qu'ils généralisent la péritonite qu'ils prétendent enrayer. Les opiacés, administrés par la bouche, et de préférence par le rectum, ou en injections sous-cutanées, doivent être utilisés, dès le début, afin d'immobiliser l'intestin. A l'intérieur, on administre 20 grammes d'opium ; il est préférable d'employer les injections sous-cutanées de morphine à la dose de 30 à 40 centigrammes, associées à des lavements de chloral (30 à 33 grammes) ; ceux-ci peuvent être impunément renouvelés dans la journée.
Tous les électuaires adoucissants et calmants, tels que :
Laudanum 15 grammes.
Poudre de guimauve lïiô —
Poudre de réglisse 100 —
Miel Q. S.
méritent d'être employés. Quand les animaux refusent de prendre ces médicaments, on administre des lavements calmants composés d'une décoction de têtes de pavots ou de belladone.
La formule suivante peut être utilisée :
Opium brut 10 grammes.
Décoction de guimauve 2 litres.
PERITONITES AIGUËS. 291
On fait tiédir avant d'administrer ce mélange par la voie rectale.
Quand la constipation est opiniâtre, on peut l'atténuer par des lavements émollients de décoctions de mauve, de guimauve, de gi'aine de lin.
En même temps, il faut chercher à dériver l'inflammation ; la saignée est efficace; les émollients chauds sont difficiles à maintenir appliqués sur le ventre ; les fumigations émollientes n'ont pas une action assez énergique; les réfrigérants (glace) sont très utiles, mais ils ne sont pas à la portée de tous les praticiens. On peut employer les irrigations continues ou les compresses d'eau froide, qu'on arrose fréquemment, afin d'en prévenir la dessiccation.
Les résolutifs (moutarde, essence de térébenthine), notamment les mercuriaux sous forme de pommade mercurielle appliquée sur le ventre, sont efficaces; il faut en suspendre l'emploi dès l'apparition du ptjalisme. Les vésicatoires contribuent également à hâter la résolution, en déterminant un appel de microbes et de toxines vers la périphérie.
La ponction du cseciim supprime le météorisme, diminue la douleur abdominale et la gêne respiratoire. Il faut débrider les abcès avant leur ouverture dans l'abdomen, ponctionner la partie déclive de la paroi abdominale afin de permettre l'écoulement de l'exsudat. La laparolomie et le lavage du péritoine n'ont pas de chance de réussir chez le cheval, quand il j a eu perforation du tube digestif.