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I. — Péritonite fibrineuse généralisée

La péritonite fibrineuse est le tjpe fondamental des inflammations aiguës habituelles du péritoine. L'exsudation fibrineuse est, dans la grande majorité des cas, assez abondante pour agglutiner les anses intestinales et s'organiser en fausses membranes qui enkystent le pus à mesure qu'il se produit, quelle que soit la cause provocatrice de l'inflammation péritonéale.

Étiologie et pathogénie. — La péritonite n'est pas une maladie fréquente chez les ruminants malgré la multiplicité des causes traumatiques ou parasitaires qui atteignent le péritoine. C'est que les fonctions phagocytaire et antitoxique de cette séreuse restreignent considérablement sa réceptivité microbienne.

Les germes peu virulents ou peu nombreux y sont détruits; elle ne devient vulnérable qu'à la faveur d'un affaiblissement de l'état général, d'une intoxication, d'un épanchement sanguin ou de lésions péritonéales graves, accidentelles ou produites par une longue intervention chirurgicale.

Les péritonites d'origine sanguine, c'est-à-dire celles où les germes pyogènes, circulant dans le sang, viennent se fixer dans le péritoine, à la faveur d'un traumatisme (coup de sabot, de corne), ou d'un refroidissement déterminé par les brouillards, les vents, les pluies, l'ingestion d'eau froide quand les animaux sont échauffés par la chaleur de la journée, par im travail pénible, ou une lutte prolongée des vaches ou dos taureaux sont plus qu'hypothétiques.

Ces péritonites primitives ou idiopathiques n'existent pas. La véritable cause agissante peut demeiu-er cachée, inconnue ; bien des cas de péritonite spontanée des ruminants sont d'origine tuberculeuse.

La paroi abdominale sert rarement de porte d'entrée

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aux microbes pathogènes. La péritonite traumatique et la péritonite opératoire sont peu fréquentes. Cette rareté tient à plusieurs causes : 1° la peau du bœuf a une épaisseur telle quelle résiste à la plupart des influences trauinatiques. de sorte que les inoculations du péritoine sont évitées ; 2° la réceptivité du péritoine pour les germes pyogènes et septiques est infiniment plus faible chez le bœuf que chez les solipèdes ; la ponction du rumen, la gastrotomie, Yentérotonàe sont des opérations habituellement inoffensives ; les délabrements considérables, les décollements étendus du péritoine dans la castration de la vache, les plaies pénétrantes de labdomen. ne se compliquent guère de péritonite que si ces opérations ont été accompagnées de l'épanchement de matières alimentaires ou de sang en grande qucmtité dans la cavité abdominale. Il faut, en un mot. un défaut complet d"asepsie. une grave faute opératoire pour faire apparaître la péritonite dans ces circonstances. Les interventions chirurgicales récentes ont démontré la bénignité des opérations pratiquées sur lintestin dans le cas d'invagination.

Le tube digestif est une som"ce de péritonites généralisées ou localisées à forme pyogène. rarement septique. L'organisme du bœuf commence toujours par occlure la perforation à l'aide dun bouchon de fibrine : mais si l'infection est assez profonde pour déterminer de la suppm'ation en foyer, ce processus tend constamment à se localiser et à s'enkyster: il n'y a jamais à proprement parler de péritonite septique chez les ruminants. C'est que ces animaux sont à peu près réfractaires aux microbes de la septicémie. Ils commencent toujours par fabriquer des masses de fibrine qui tendent constamment à isoler, à localiser les foyers inflammatoires. Ces foyers peuvent se laisser envahir par la suppuration: mais le processus fibrineux de défense évolue toujours de concert et tend à enkyster le pus qui se produit ; l'inflammation a peu tendance à difî"user et à envahir tout le péri-

toine ; les infections septiques immédiates, complètes, suraiguës des solipèdes ne s'observent pas chez les ruminants. On ne peut, en effet, donner ce nom aux péritonites infectieuses, consécutives aux gastro-entérites du bœuf et du mouton produites par des betteraves ou des pulpes conservées dans des silos (Guionnet, Butel, etc.). L'infection et l'intoxication, alliées, suppriment ici tous les moyens de défense et provoquent l'ensemencement microbien du péritoine et de tout l'organisme. On a affaire à une affection générale et non k une simple inflammation du péritoine compliquant la gastro-entérite ; la péritonite n'est ici qu'un élément secondaire, accessoire. Tous les processus inflammatoires essentiels du péritoine sont gouvernés par les pyogènes qui produisent concurremment de la fibrine et du pus ; les germes septicémiques ne comptent pas ou n'interviennent que tardivement; ils ne peuvent que suivre le chemin frayé par les pyogènes : la septicémie Iraumatique est. chez le bœuf, la maladie de la dernière heure ; elle vient terminer les processus fibrineux et pyogéniques chez les animaux épuisés.

L'organisme, devenu impuissant à maintenir localisés les foyers inflammatoires, se laisse envahir. La résistance est quelquefois surmontée par des germes hypervirulents. Cette propriété peut s'acquérir dans des conditions spéciales : les germes évadés d'une anse intestinale dont la paroi est altérée par une hémorragie, un volvulus, une invagination, une cavité close, ouverte par une large déchirure, la possèdent à un haut degré ; ceux qui ont cultivé dans une matrice infectée ne sont pas moins dangereux. Les péritonites, qui succèdent à ces invasions microbiennes, fibrineuses et localisées au début, tendent encore à préserver le péritoine d'une infection généralisée; les exsudats fibrineux constituent une barrière aux matières putrides qui s'échappent de l'intestin ou de l'utérus nécrosés.

La déchirure d'une portion du tube digestif (rumen,

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réseau, caillette) (1) sous l'influence de traumatismes, la perforation de ces organes et de l'intestin à la suite d'ulcérations profondes ou de la migration de corps étrangers est suivie de péritonite tantôt généralisée, tantôt localisée. Les corps étrangers s'entourent de fibrine et provoquent une inflammation protectrice caractérisée par une adhérence intime de l'organe qu'ils travei'sent avec celui qu'ils vont traverser. Cette adhérence entre le viscère intéressé et la paroi abdominale permet ou assure quelquefois la sortie, au dehors, des corps étrangers sans complication appréciable.

La déchirure de la vessie est une des causes les plus importantes de la péritonite du bœuf. Cependant, l'urine normale, c'est-à-dire dépourvue de germes, n'exerce, sur le péritoine, aucune action nocive. Son innocuité a été démontrée, expérimentalement, chez de nombreux animaux. On comprend ainsi la survie de deux à trois semaines que présentent certains bœufs dont la vessie est rupturée. Tôt ou tard, l'infection urinaire se produit; elle est fréquemment primitive : les voies urinaires des animaux affectés de calculs urètraux sont infectées; d'autre pai't, l'infection de la cavité abdominale peut se produire par les reins, si la vessie est déchirée.

Le péritoine reste muet, insensible, tant qu'il est à l'abri de cette infection.

Le méat urinaire et l'urètre de la vache peuvent être déchirés par le pénis du taureau (Bitard) ^2) et une péritonite septique peut en être la conséquence directe ou consécutive à la rétentiion de l'urine et à la rupture secondaire de la vessie.

(1) Les péritonites consécutives à l'ulcération et à la déchirure de la caillette sont relativement fréquentes chez les veaux (Gallier).

Gallier, Société centrale, 1901, p. ti'è.

Morot, Péritonite, avec ouverture abdominale incomplète et infection putride chez un veau portant des ulcérations peptiques de la caillette et du rumen (Société centrale, 1902, p. 701).

(2) Bitard, Progrès vétérinaire, 1900, t. l.

La rupture de la vésicule biliaire est dépourvue de toute nocuité, quand les voies biliaires ne sont pas infectées. La bile, normale, est stérile ; elle n'exerce pas d'action inflammatoire sur le péritoine ou le tissu conjonctif souscutané des petits animaux domestiques, notamment du chien. La déchirure d'une vésicule saine et le déversement dans le péritoine d'une bile normale n'amène pas de péritonite.

Le foie, plein de douves, est le siège d'une stagnation biliaire et d'un grand nombre de microbes pathogènes.

Les migrations parasitaires abondantes peuvent déterminer des blessures intestinales et péritonéales infectées suivies de péritonite.

Les abcès de la paroi abdominale, du foie, des ganglions mésentériques, les kystes hydatiques suppures, la pyélonéphrite sont des causes de péritonite localisée, plus rarement généralisée .

La PÉRITONITE PUERPÉRALE cst plus rare chez les ruminants que chez les autres espèces animales ; elle survient à la suite de la métrite, de la rétention du délivre ou de produits putrides, de la septicémie puerpérale.

Les microbes dfes voies génitales susceptibles de revendiquer un rôle dans la fièvre puerpérale et dans la péritonite consécutive à cette infection, comprennent le staphylococcus pyogenes aureiis, albus, citreus, le streptococcus, pyogenes et le bacterium coli commune. Ces microbes, cantonnés k la vulve des animaux sains, sont normalement repoussés du vagin et de l'utérus par l'action phagocytaire.

L'injection dans le vagin de la vache, de cultures très virulentes de staphylocoques, de streptocoques et de coli-bacilles n'est pas suivie de troubles généraux; elle n'influence ni la gestation, ni la mise bas (Denzler) (1). Mais

(1) Cuillé, Sur la septicémie puerpérale de la vache. — Denzler, La flore hactérienne du canal génital de la vache et son rôle dans l'étiologie de la fièvre puerpérale (Monntshefte fiir praktische Tierheit kunde, 1904).

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SOUS rinfliience de conditions spéciales, telles que la rétention du délivre, le séjour prolongé du foetus dans la matrice après la rupture des enveloppes, les plaies de la matrice ou du vagin, les déchirures du col, la métrite, les microbes de la vulve infectent l'utérus, envahissent le péritoine par les lymphatiques, se répandent dans le sang et peuvent conquérir l'organisme.

Les divers accidents généraux ou péritonéaux consécutifs à ces infections ne sont pas liés à un seul microbe, ni à des microbes spéciflques, mais à des microbes vulgaires adaptés parmi lesquels, le staphylocoque et quelquefois le coli-bacille revendiquent le rôle prépondérant. Sans microbes, il n'y a pas de péritonite généralisée.

Symptômes. — Le syndrome péritonéal qui marque le début de toute péritonite est assurément moins caractéristique que chez les solipèdes.

Les signes généraux : fièvre, inrumination. perte d'appétit, tristesse, ne diffèrent pas sensiblement de ceux qu'on observe dans la plupart des affections inflammatoires du tube digestif.

Les troubles fonctionnels eux-mêmes ne sont pas pathognomoniques.

La douleur péritonéale s'exprime par des coliques sourdes dont les manifestations s'effacent promptement ou qui passent inaperçues quand l'intoxication est pour ainsi dire foudroyante.

Habituellement, elles ne se traduisent que par des soulèvements alternatifs des membres postérieurs. On peut voir, cependant, des manifestations plus vives au cours desquelles les animaux se couchent et se relèvent après un décubitus très peu prolongé pour, quelque temps après, recommencer les mêmes mouvements.

A mesure que l'intoxication progresse, les sensations douloureuses s'extériorisent de moins en moins.

L'animal fait tous ses efforts pour immobiliser l'abdomen; il se tient le dos voussé afin de diminuer la tension

de la paroi abdominale inférieure, les membres reportés sous le centre de gravité pour obtenir le relâchement du ventile ; il multiplie le nombre des mouvements respiratoires pour en diminuer l'amplitude et substitue la respiration costale à la respiration diaphragmatique.

Pourtant les animaux ne présentent jamais les signes d'une dyspnée apparente et inquiétante.

La paroi abdominale est contractée, rigide et sa tension augmente au moindre attouchement; elle se met en état de défense; les flancs se soulèvent sous l'influence de cette contraction, puis, sous l'influence du météorisme consécutif à la paresse du tube gastro-intestinal.

La douleur, révélée par la palpation, n'est pas toujours bien caractéristique ; la sonorité tympanique des parties supérieures droite et gauche, obtenue par la percussion, témoigne d'une météorisation persistante ; l'épanchement qui se produit dans les parties inférieures, n'est appréciable que dans quelques formes de péritonite.

Les plaintes se font entendre dès qu'existe le météorisme et les coliques; elles constituent la traduction la plus fidèle et la plus constante des douleurs abdominales. Elles sont continues ou intermittentes et s'exagèrent à la suite des moindres déplacements ou pendant le décubitus.

Elles se font entendre au début de chaque expiration, on dirait même que le second temps de l'acte respiratoire commence, puis s'arrête, par fermeture de la glotte, pour reprendre avec ce bruit particulier, après une suspension de quelques secondes. Quand elles cessent momentanément, on peut les faire réapparaître en flagellant simplement l'animal, ou en explorant, avec les doigts ou le poing, la paroi abdominale.

L'auscultation dénonce la suppression du péristallisme intestinal et des mouvements du rumen ; tous les organes sont immobiles et silencieux ; les gaz qui se dégagent des matières qui fermentent produisent seuls un bruit de crépitation.

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De temps en temps, quelques éructations se produisent. En dehors des gaz expulsés par ce mécanisme, il ne sort rien de tout ce long conduit, sauf parfois et par la voie rectale, quelques bouchons muqueux de couleur jaune paille, ne contenant pas de parcelles excrémentitielles.

Simultanément, ou très peu de temps après le début du météorisme et des coliques, apparaissent deux symptômes éloignés, qui, selon Cuny (1), sont caractéristiques : le larmoiement et le jetage.

Le larmoiement existe des deux côtés. Marqué au début par l'écoulement limpide de quelques larmes, il augmente à mesure que la maladie fait des progrès et finit par dessiner, en mouillant les poils sous les yeux et de chaque côté du chanfrein, deux rigoles dans lesquelles s'écoule sans cesse le liquide sécrété.

Il change ensuite de caractères; de clair qu'il était, il devient louche, il est accompagné de matières muqueuses ou muco-purulente qui s'accumulent dans l'angle interne des paupières et peuvent même descendre en filaments le long des joues. La conjonctive, congestionnée au début, s'infiltre ensuite, déborde souvent les paupières et forme un chémosis plus ou moins apparent.

L'œil lui-même ne reste pas indemne. La cornée perd sa belle transparence habituelle pour prendre une teinte faiblement lactescente. La conjonctive et l'œil deviennent alors le siège d'un véritable processus infectieux secondaire et consécutif à l'élimination, par cette voie, des principes toxiques élaborés dans la cavité péritonéale.

La sécrétion nasale est toujours exagérée sous l'influence de la péritonite et constitue souvent un véritable jetage. Le mucus nasal, que les animaux bien portants enlèvent avec leur langue, s'y accumule pendant la péritonite, car cet organe n'opère plus ce nettoyage; puis il s'échappe des naseaux sous forme d'un liquide séreux,

(1) Cuny, Journal de Lyon, 1908.

limpide, ou sous forme de filaments restant momentanément suspendus aux ouvertures qu'ils doivent quitter.

Une exploration attentive permet de voir la pituitaire congestionnée, beaucoup plus rouge qu'à l'état normal.

L'écoulement nasal a, sans nul doute, la même origine que le larmoiement.

Dès que le syndrome péritonéal s'est installé, les symptômes revêtent une physionomie ou une acuité en rapport avec les formes principales de péritonite qu'on peut reconnaître chez tous les animaux : la péritonite fibrineuse et la péritonite puerpérale.

1° Péritonite Gbrineuse. — Les symptômes rappellent ceux des solipèdes, mais ils sont moins intenses et partant moins caractéristiques.

La sécrétion lactée est vite supprimée, la température atteint 41 ou même 42°; les cornes sont alternativement chaudes et froides, le pouls accéléré, faible, l'artère dure, tendue, les battements cardiaques forts et précipités, la respiration dyspnéique et plaintive au moindre mouvement.

L'animal marche péniblement, se déplace difficilement; il reste couché, en donnant des signes d'anxiété, ou debout, immobile, le dos voussé, la tête basse, les membres rassemblés, légèrement fléchis. Les coliques sont sourdes, peu appréciables; l'animal trépigne des membres postérieurs; exceptionnellement, il fait entendre des beuglements (1).

L'inspection' révèle encore la sécheresse du mufle qui contraste avec l'écoulement nasal, l'absence de rumination, le défaut d'appétit. Le poil est piqué, le corps parcouru par des frissons; les parois abdominales sont, particulièrement, agitées de petits tremblements, les flancs soulevés, distendus, ballonnés; le reste du ventre étant rétracté, contractui'é, l'animal offre

(i) Lucet, Revue vél., 1892, p. 565.

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au début, une constipation intense: plus tard, il rejette quelquefois des matières diarrhéiques.

La PALPATioN, superficielle, décèle une résistance anormale des parois abdominales, qui sont tendues; la palpation profonde, sm'tout la pression modérée, appliquée sur les deux tiers supérieui's de cette pai'oi, est suivie de contractions brusques, courtes, renouvelées, involontaires, qui donnent Timpression d'un tremblement, elles sont dues à la douleur provoquée par les oscillations respiratoires de la séreuse enflammée. Le moindre attouchement provoque des mouvements d'impatience et de défense de l'animal, qui cherche àse soustraii'e à toutes les investigations.

« Si l'inflammation est localisée, le toucher ne provoque de la douleur que dans la région en rapport avec le point affecté, mais la sm'face douloureuse déborde toujours le foyer inflammatoire. Quand la péritonite est généralisée, la pression du flanc gauche provoque aussi une douleur, très vive pendant la période de congestion, moins accusée pendant la période d'exsudation » (Detroye) (1).

La PRESSION de l'abdomen met en évidence une chaleur exagérée du tégument et une sensibilité anormale, principalement à la partie supérieure droite.

L'exploration rectale est difficile, le rectum est resserré et on a de la peine à y introduire le bras; c'est là un symptôme important sinon pathognomonique de la péritonite (Fabretti) (2). La muqueuse rectale est toujours recouverte d'une grande quantité de mucosités jaune-paille.

La douleur de l'abdomen porte le sujet à restreindre les mouvements du diaphragme : la respiration est raccourcie et nettement costale.

Le météorisme et la gêne de la respiration donnent la mesure de la gravité de la maladie.

La.dyspnée s'exagère avec le météorisme; les muqueuses, parfois violacées, accusent l'imperfection de l'hématose;

(1) Detroye, L'exploration de Vabdomen du bœuf, 1892, p. 298.

(2) Fabretti, Ann. de méd. vét., 1893, p. ISl.

Ja face grippée, les yeux enfoncés dans les orbites, trahissent la douleur vive que le sujet ressent.

L'auscultation permet de percevoir un bruit de frottement péritonéal, spontané, qui apparaît du sixième au huitième jour; il est perceptible sous l'hjpocondre gauche, il se propage au flanc droit, quand on fait exécuter dans le flanc gauche des pressions profondes, chez les sujets affectés de métro-péritonite (Detrove).

Ce bruit, vers la partie moyenne du flanc gauche, se convertit, dans la tuberculose abdominale, en frottement saccadé, sourd, mat, coïncidant avec de petits soubresauts de la partie abdominale, au moment des contractions de la panse ; ce bruit est perçu dans les régions tapissées de végétations tuberculeuses.

Marche. — Terminaisons. — Tantôt l'inflammation atteint sa période d'état en un ou deux jours, tantôt son évolution est beaucoup plus lente ; elle peut mettre quatre à six jours à se compléter.

La MORT survient en quarante-huit heures ou du quatrième au dixième jour; elle peut se faire attendre plusieurs semaines. Les signes avant-coureurs de la mort sont : la petitesse extrême du pouls, l'excessive faiblesse de l'animal, la difficulté ou l'impossibilité du décubitus, le sujet se couchant et se relevant avec de grands efforts, l'augmentation du météorisme, les plaintes continuelles.

Les malades, complètement immobiles, expriment, par leur attitude, une intoxication profonde; ils deviennent par la suite, insensibles aux douleurs primitives et aux manœuvres utilisées pour les augmenter. Les troubles oculaii'es s'accentuent de plus en plus, et le jetage persiste toujours. Pendant presque toute la durée de la maladie, les animaux l'estent debout, mais ils se couchent à la fin dans la période qui précède immédiatement la mort, qui survient dans des convulsions cloniques, quelquefois dans le calme absolu.

La résolution de Vexsudat peut se produire ; les

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microbes infectieux disparaissent dans l'exsudat et celui-ci, devenant aseptique, cesse d'être une cause d'inflammation péritonéale; il est résorbé plus ou moins rapidement, et tous les troubles digestifs {météorisme. inflammation, constipation) disparaissent. La guérison est rare: elle est imparfaite.

Vétat chronique succède fréquemment à l'évolution aiguë; un épanchement ascitique devient le phénomène prédominant.

2" Péritonite puerpérale. — C'est une péritonite septique consécutive à la parturition.

La péritonite consécutive à la perforation des organes abdominaux par des corps étrangers, ou à la déchirure du tube gastro-intestinal, ne constitue pas une entité clinique invariable, et fait partie de l'histoire des péritonites fibrineuses.

Quand l'animal est intoxiqué par les produits septiques. il offre deux signes dominants : l'hypothermie et le collapsus.

La péritonite puerpérale désignée vulgairement sous les noms de « fourbure ». « forbeture », maladie du vêlage, retour du vêlage, de péritonite post-partum, est essentiellement caractérisée par l'attitude du sujet, par la gravité des symptômes généraux, qui apparaissent brusquement et atteignent en quelques heures leur maximum d'intensité: elle a été bien décrite par Vigney (1): lesauteurs modernes. Saint-Cyr, Violet, etc., ont reproduit sa description sans rien y ajouter d'important.

Les symptômes sont nets et caractéristiques : ils se développent et évoluent régulièi'ement, ils apparaissent ordinairement dans les vingt-quatre ou trente-six heures qui suivent le part, quelquefois cinq ou six jours après, mais rarement plus tard.

Le début de la maladie est marqué par une réaction

(1) Vigney, ilém. de la Soc. vét.du Calvados, n» 3, p. 205.

fébrile plus ou moins apparente, suivie bientôt d'une élévation notable de la température, 40 à 41°; elle tombe au-dessous de la normale quand l'intoxication est profonde. « L'animal paraît ivre; il chancelle, ses membres sont raides; il a l'air effarouché; il voit peu, il tombe, se débat, regarde ses flancs; il parvient quelquefois à se relever.

» La sécrétion du lait est diminuée ou cesse totalement; les mamelles diminuent de volume et deviennent flasques. En même temps, l'appétit disparaît, la rumination cesse, le poil se hérisse, la respiration s'accélère, les expirations et les inspirations sont grandes. On peut observer aussi le rétrécissement des ailes du nez, des crispations et des mouvements convulsifs des muscles de la face, particulièrement du zvgomato-labial et de l'alvéolo -labial. Le mufle et le pourtour des naseaux se dessèchent et se fendillent; la bouche est chaude, pâteuse, et les muqueuses apparentes toujours injectées. Puis le pouls s'accélère (60 à dOO pulsations à la minute) ; il devient dur, petit et serré.

» Les extrémités sont' chaudes ou froides, alternativement : des tremblements partiels se font remarquer sur certaines régions du corps et le flanc notamment. Des coliques se montrent : l'animal les exprime par son agitation incessante, son regard anxieux, sa respiration et ses mugissements plaintifs, ses efforts expulsifs plus ou moins énergiques. Bientôt, le coma survient et, à ce moment, le météorisme apparaît. Les borborygmes sont fréquents et, de temps en temps, on remarque des éructations d'une acidité et d'une «. puanteur insupportables ».

y> Les yeux sont fixes et larmoyants, quelquefois à demi fermés et recouverts par le corps clignotant; les humeurs de l'oeil sont troublées; la pupille est dilatée; la vue est voilée et souvent même il y a cécité complète. On constate, au niveau de la vulve, un écoulement d'un mucus blanc et épais.

» A l'exploration rectale, on trouve tantôt des matières

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stercorales épaisses, dont la surface est noirâtre, comme brûlée, tantôt du sang mêlé de mucus jaunâtre.

» Les urines sont rares ; les reins restent insensibles. La langue, quelquefois pendante, est enduite, ainsi que le pourtour du nez. de matières vomies. L'animal, qui, pendant quelque temps, reste normalement couché en décubitus slernal. tantôt dans un calme absolu, comme épuisé par la douleur, tantôt dans un état d'agitation incessante, finit par ne pouvoir se tenir que sur un seul côté ; puis les membres se raidissent, et les extrémités se refroidissent: de temps à autre, le sujet, dans un effort suprême, relève la tête vers le flanc, comme pour indiquer le siège de ses souffrances et la laisse retomber de son propre poids. La sensibilité s'émousse peu à peu et devient tellement obtuse qu'on peut piquer le corps sans provoquer la moindre réaction. On dirait que Tanimal a perdu l'usage de ses sens et la vie ne se manifeste que par de petits mouvements et une plainte sourde qui semble partir du fond de la poitrine; cet état est assez comparable à celui d'un animal assommé dans les abattoirs. »

Quelques symptômes plus significatifs se joignent souvent à ceux que nous venons d"énoncer.

L'épanchement pérltonéaL qui se fait très rapidement, donne une forme rebondie aux parois abdominales : le ventre semble tombé; les flancs se creusent. De plus, la percussion des parties inférieures donne un son mat, et on peut saisir, par \a palpation directe, un mouvement de flot bien caractéristique; ces signes, quand ils existent, assurent le diagnostic de la maladie, déjà soupçonnée par la gravité des symptômes généraux.

Marche. — Terminaisons. — La marche de la maladie est toujours très rapide : lanimal peut mourir dans les vingtquatre heures, quelquefois même avant, comme Vigney a eu Toccasion de l'observer sur quatre vaches qui, trouvées malades le matin au lever, étaient mortes à dix heures. Le plus souvent, l'état des sujets demeure stationnaire

pendant quarante, quarante-huit heures et plus, selon la terminaison de la maladie qui a lieu soit par résolution, soit par suppuration ou gangrène.

Larésolution s'annonce subitement, «comme par enchantement -», alors que le malade, presque aux dernières périodes de l'évolution morbide, est pour ainsi dire expirant. Tout à coup, l'animal « commence à relever la tête, recouvre sa sensibilité, cesse de se plaindre, retire ses membres sous lui, ofTre des évacuations alvines considérables, d'une odeur infecte, mélangées de sang et de mucosités, et rejette une certaine quantité d'urine de couleur rouge foncé ou jaunâtre ». Puis, l'appétit revient, l'animal mange sa paille, fait quelques efforts pour se relever; et il y parvient, se secoue, reprend sa physionomie et son attitude habituelles; tous ces symptômes se succèdent rapidement, en moins de trois heures ; l'animal n'est pas encore totalement guéri, mais on peut dire qu'il est hors de danger; quelques jours de soins hygiéniques suffisent pour amener la résorption complète de l'épanchement péritonéal, quand il existe, et la guérison complète du sujet.

Cette terminaison est rare.

Quant à la suppuration ou à la gangrène, on ne peut les reconnaître qu'à l'autopsie; car, dans tous les cas, l'évolution de la maladie est à peu près identique; un abaissement brusque de la température, avec coma ou convulsions, sont les signes presque certains d'une terminaison fatale.

Dans quelques circonstances, la résolution demeure incertaine et la maladie passe à Vétat chronique.

L'appétit est presque nul; les mamelles restent molles et blanchâtres; la sécrétion du lait est nulle ou presque nulle; il y a diarrhée; le poil est piqué, l'œil terne et enfoncé dans l'orbite; il y a amaigrissement constant, et la peau devient de plus en plus adhérente aux parties qu'elle recouvre. L'animal cherche la solitude; il marche noncha-

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