I. — SOLIPÈDES
Étiologie et pathogénie. — Le corj-za aigu est plus fréquent chez les animaux jeunes, faibles, .débiles, que chez les adultes: plus commun chez ces derniers que chez les vieux.
Cette maladie sévit principalement au printemps et à l'automne ; on l'attribue au refroidissement déterminé par les changements atmosphériques, les orages, les nuits ou les matinées froides, à l'insolation du front et du chanfrein suivie de l'exposition au froid.
Les animaux qui passent la nuit dans les pâturages, ceux qui sont arrêtés ou exposés aux intempéries atmosphériques, après une longue course, sont fréquemment frappés de cette inflammation catarrhale.
Le froid n'est pas la seule cause déterminante du coryza aigu : les émanations ammoniacales, la fumée d'incendie. les breuvages irritants ou caustiques administrés par le nez, l'air, inspiré, chargé de poussières, provenant des routes, peuvent également le produire. Les foins avariés ou moisis amènent la même inflammation (Bigoteau) ; mais on ignore si ces fourrages n'avaient pas été chaulés antérieurement. Les particules de chaux inhalées par les chevaux des chaufourniers corrodent la pituitaire et produisent des épistaxis (Maury) (1). Les animaux qui hersent les champs amendés avec de la chaux sont affectés de catarrhes de la pituitaire, caractérisés par des desquamations épithéliales en plaques (Dieckerhoff) (2).
(i) Maury, Répertoire de police sanitaire, 15 octobre 1886. (2) Dieckerhoff, Pathologie, t. I, p. 161. — Voy. en outre Pathologie chirurgicale de l'Encyclopédie vétérinaire.
On ne sait pas si le pollen des diverses graminées est capable de produire le rhume de foin chez les animaux, comme chez l'homme : il reste à établir sa nocuité, et à démontrer que son action est indépendante des microorganismes susceptibles d'être transportés par le pollen et les poussières des plantes.
L'usa.ge d'iodure de potassium, à forte dose, détermine souvent Tin peu de corjza.
Les traumatismes des sus-naseaux peuvent occasionner la déchirure de la pituitaire et son inflammation.
Le coryza du cheval présente souvent un caractère infectieux indéniable ; j'ai vu la mère le communiquer au poulain : parfois tous les animaux d'une même éciu"ie sont successivement atteints de cette maladie.
Le catarrhe nasal est également une manifestation de la. gourme, du horse-pox. des afl"ections de la gorge, du larynx et même des bronches et du poumon.
Tout coryza aigu a frigore se propage aux premières voies aériennes: réciproquement, toute inflammation des bronches ou du poumon détermine l'infection des cavités nasales.
L'inflammation simultanée des cavités nasales, des sinus, du pharynx, du larynx. const"itue le catarrhe diffus des voies respiratoires.
Symptômes. — Le catarrhe nasal débute brusquement. Les symptômes généraux passent inaperçus ou sont peu marqués: ils consistent dans une diminution de l'appétit, une légère hyperthermie et une accélération du pouls.
Des ébrouements insolites fixent l'attention siu" l'état des cavités nasales qui sont de véritables sentinelles respiratoires; l'irritation inflammatoire provoque des spasmes réflexes qui tendent à expulser les agents et les produits infectieux.
La pituitaire est injectée, régulièrement rougeàtre ou piquetée des deux côtés: elle est chaude, sèche, luisante, et un peu tuméfiée ; elle est hyperesthésiée : le moindre
attouchement provoque de nombreux ébrouements. L'air expiré n'est guère plus chaud que d'habitude, malgré l'état congestif de la muqueuse.
Le nez se met bientôt à couler. Le jetayc qui se manifeste douze à vingt-quatre heures après le début, est le symptôme le plus significatif.
Le produit sécrété est aqueux, transparent, fluide, abondant ; il coule goutte à goutte par les deux naseaux, ou s'étale à chaque ébrouement sur les lèvres et le pourtour des cavités nasales ; il conserve ces caractères pendant vingt-quatre à trente-six heures, puis il se modifie graduellement. La rhinorrhcc séreuse diminue; elle est remplacée par une sécrétion plus épaisse, moins abondante, composée de cellules épithéliales et de cellules lymphatiques dont la proportion devient plus considérable, à mesure que le processus évolue. Le jetage est muco-punr lent, bien lié, blanc jaunâtre, à stries opaaues sur un fond semi-transparent, quand l'exsudation et la diapédèse des globules blancs ont atteint leur maximum. On y trouve aussi un grand nombre de microbes, mais aucun d'eux n'est caractéristique du coryza aigu.
Cet écoulement diminue par l'exercice et devient plus transparent ; il disparait très vite, malgré l'extension de. l'inflammation. On constate de l'épistaxis lorsque le coryza résulte de traumatismes des sus-naseaux.
Le coryza se propage fréquemment îi toutes les voies aériennes; il provoque la congestion des conjonctives par l'intermédiaire du canal lacrymal, l'inflammation des lymphatiques, la production d'une adénite de l'auge ; il envahit parfois les sinus, le larynx, les bronches, et détermine alors de la toux. L'inspection des cavités nasales fait constater la rougeur et le dépoli de la pituitaire; la cloison et les coi'nets laissent apercevoir des amas ou des filaments de mucus d'abord, puis de muco-pus. La tuméfaction de la muqueuse s'efface peu à peu ; son injection disparaît et son aspect se rapproche de [)his en plus de l'état normal.
L'cvohition de la maladie est très rapide ; la guérison est complète au bout de huit à quinze jours; les cas les plus rebelles arrivent à cette terminaison au bout de trois semaines.
Diagnostic et pronostic. — Un jetage séreux qui devient rapidement muco-purulent, un léger engorgement des glandes de l'auge, des ébr ou ements fréquents, sans toux, sans empâtement de la gorge et sans djsphagie, sont des signes caractéristique du coryza. La connaissance des diverses localisations des maladies infectieuses permet toujours de reconnaître les coryzas aigus secondaires .
La septicémie aiguë peut déterminer, dans les cavités nasales, la production de pétéchies et de vésicules comparables à celles de la morve aiguë ; l'affection a une évolution très rapide et se termine par la mort. Deux chevaux abattus comme atteints de morve aiguë étaient seulement septicémiques, comme j'en ai acquis la preuve par l'expérimentation.
Le horse-pox ne détermine qu'une éruption nasale passagère et facile à reconnaître.
Anatomie pathologique. — La muqueuse pituitaire est luisante, tuméfiée, œdématiée, rougeàtre, régulièrement piquetée, recouverte de muco-pus. Les lésions ne sont pas toujours aussi simples. On peut constater des altérations phlyeténulaires, pseudo -membraneuses de la muqueuse nasale qui, tantôt résultent de l'évolution de maladies spécifiques, tantôt en sont entièrement indépendantes ; Yinoculation de ces produits ne donne que des résultats négatifs. Les altérations les plus variées (vésicules, pseudomembranes, etc.) peuvent apparaître sous l'influence d'irritations mécaniques ou thermiques. L'inflammation simple aboutit à des altérations caractéristiques sans ulcérations apparentes.
La rhinite croupale est caractérisée par Ihyperémie de la muqueuse, des exsudats membraneux qui, arrachés, font apparaître l'état saignant de la muqueuse.
Le pronostic est peu grave ; la guérison certaine.
Traitement. — Le coryza aigu guérit même sans traitement.
Les moyens hygiéniques et thérapeutiques sont utiles pour enrayer la maladie, empêcher son extension aux voies respiratoires, abréger sa durée.
On doit mettre les animaux à l'abri des refroidissements, les tenir chaudement, loin des courants d'air. Les fumigations de vapeur d'eau tiède, d'eau phéniquée ou de solutions de crésyl, de graine de foin, de fleurs de sureau, de son, de goudron phéniqué, additionnées de capsules de pavot, ont une action désinfectante favorable.
Les injections astringentes {solution de tanin, d'alun) ou antiseptiques (eau phéniquée, eau horiquée, etc.) sont infidèles et peu recommandables.
On administre, à l'intérieur, du sulfate de soude, de l'émétique en lavage pour combattre la constipation, du sel de nitre ppur exagérer la diurèse. Le terpinol, en pilules de 1^'',50, mélangé au benzoate de soude, à raison de six à huit pilules par jour, détermine la guérison rapide du catarrhe nasal.
Si le CORYZA TRAUMATiQUE s'accompagnc d'épistaxis, on met l'animal dans un lieu calme à l'abri de toutes les excitations, c'est un moyen d'arrêter l'hémorragie. Quand ce symptôme persiste, on le combat efficacement par des injections sous-cutanées de 10 grammes d'ergotine (Yvon, Bonjean, Romagnoli). par des compresses d'eau froide sur la tête et par la trachéotomie (qui empêche la respiration par le nez et favorise la production d'un caillot sanguin dans les cavités nasales, par le tamponnement des cavités nasales et par la cautérisation du point ulcéré si l'hémorragie est due à une ulcération de l'entrée des cavités nasales.