Forme grave
Définition. — La forme grave décrite sous le nom de rhinite catarrhale maligne, de rhinite infectieuse (Imminger) est une maladie infectieuse qui sévit sur le porcelet. Elle est caractérisée anatomiquement par une inllammation hémorragique ou purulente de la muqueuse nasale et elhmoïdale souvent compliquée de méningite et est déterminée par le bacille pyocyanique seul ou associé au streptocoque.
Étiologie et pathogénie. — Cette maladie frappe les porcelets âgés seulement de trois à six mois, rarement les
animaux plus âgés. Le microbe pvocyanique n'exerce une action pathogène que chez les jeunes animaux ou chez les sujets atïaiblis par une autre maladie.
Introduit directement dans la muqueuse ethmoïdale des porcelets préalablement trépanés à ce niveau, ce microbe détermine les mêmes altérations que eelles qui se développent sous l'influence de l'infection naturelle (Koske). On est donc autorisé à admettre que l'infection des animaux s'effectue par les naseaux. Elle est d'ailleurs facilitée par la présence du bacille pyocvanique dans la paille, le fumier, l'eau sale et par l'habitude qu'a le porc de fouiller sans cesse le sol. La possibilité de provoquer une infection générale chez ces animaux par l'inoculation intraveineuse ou musculaire de ces microbes, tend à faire croire que l'infection pjocyanique peut se produire par les voies digestives ou par d'autres portes d'entrée que les cavités nasales. Les bacilles, parvenus dans ces cavités, se développent rapidement et atteignent, en peu de temps, la muqueuse ethmoïdale et quelquefois même les méninges. Les toxines élaborées pendant cette culture ont une action locale et une action générale. Localement, elles déterminent une inflammation hémorragique et leur résorption s'accompagne d'une fièvre intense et d'altérations organiques multiples; elles préparent enfin des infections secondaires principalement de nature streptococcique. La maladie évolue sous sa forme la plus typique quand l'infection pvocyanique est demeurée seule (Koske).
Anatomie pathologique. — La muqueuse nasale, enflammée, offre une teinte rouge foncé; elle est recouverte d'un exsudât hémorragico-purulent ou de caillots sanguins.
Les cornets et Fethmoïde sont déformés, atrophiés. Le sinus frontal contient ordinairement un exsudât séreux.
Sous le périoste de l'ethmo'ide. du sphéno'ide et sous le névrilemne des nerfs olfactifs et optiques, on constate des hémorragies. Les vaisseaux méningés ou péricérébraux Cadé.\c- — l^athologie interne. IH. "24
sont dilatés et présentent, çà et là, des extravasations et des caillots sanguins. La substance cérébrale paraît œdématiée etles ventricules cérébrauxrenferment un exsudât rougeàtre et sanguinolent accompagné de quelques caillots situés sur les plexus choroïdes.
Les oi'ganes abdominaux ne sont pas absolument indemnes; le péritoine est quelquefois le siège d'une exsudadation rougeàtre, trouble et peu abondante ; la muqueuse intestinale offre une rougeur diffuse ; la couche corticale du rein est le siège d'hémorragies sous-séreuses et d'une tuméfaction aiguë avec dégénérescence parenchjmateuse.
Symptômes. — Les premières manifestations trahissent un empoisonnement général accompagné de troubles cérébraux ou méningés plus ou moins marqués. La température atteint ou dépasse ii° ; les animaux offrent une inappétence complète ou mangent très peu; ils respirent difficilement, frottent le nez contre le sol, les parois de leur auge ou de la porcherie, comme s'ils voulaient se débarrasser d'un corps étranger. Un exsudât rougeàtre, purulent, hémorragique s'écoule des cavités nasales et contribue à augmenter l'intensité de la dyspnée; la respiration devient sifflante sous l'influenco de cette cause ou de la tuméfaction œdémateuse de la muqueuse nasale.
En même temps, des troubles cérébraux apparaissent et s'aggravent ; ils se trahissent par de l'agitation, des frayeurs sans cause, par du délire, pendant lesquels les animaux se jettent contre les parois de la porcherie, ou par des convulsions locales ou généralisées accompagnées de chute sur le sol. Les phénomènes convulsifs augmentent d'intensité et sont suivis de coma. Au bout de quelques jours, les animaux sont incapables de se relever.
Marche. — La marche est très rapide; lamort survient habituellement dans l'espace de ti'ois à six jours, sous l'influence de la difficulté respiratoire, de la dépression générale. Exceptionnellement, les animaux succombent en un ou deux jours.
La marche subaiguë ou chronique s'observe quelquefois: elle est caractérisée par une simple diminution de lappétit, des épistaxis intermittentes, de peu de gravité, et des convulsions atténuées. Les animaux s'affaiblissent et maigrissent, lentement intoxiqués, et meurent au bout de quelques semaines ou même de plusieurs mois. Leur guérison complète est ti'ès rare.
Diagnostic. — Cette maladie se distingue nettement de la maladie du reniflement ou cachexie osseuse par l'absence de tuméfaction des os de la face et par des symptômes fébriles, respiratoires et cérébraux caractéristiques.
Le rachitisme et l'ostéomalacie qui déterminent le boursouflement des os du nez sont des affections apyrétiques; la tuberculose et lactinomycose évoluent lentement et déterminent des lésions ganglionnaires et des foyers de suppuration, sans épistaxis, sans coryza véritable.
La peste bovine a aussi une marche aiguë, elle ressemble beaucoup au coryza infectieux: on peut observer des troubles cérébraux et des épistaxis: mais les lésions intestinales pesteuses empêchent toute confusion (Hutyra et Marek).
Traitement. — La maladie est généralement incurable et tout traitement est inefficace: les cas bénins peuvent seuls guérir par les injections antiseptiques de solutions de crésyl, ou de sublimé au L'IOOO*. Il est préféi'able de sacrifier les malades, au début, afin de prévenir l'extension de cette affection contagieuse.
V — CARXIVORES.
Étiologie et pathogénie. — Le coryza aigu vulgaire ou rhinite est très fréquent chez les carnivores.
Le chien notamment y est très prédisposé. L'étroitesse des narines, la complexité des méats et leur petitesse relativement aux dimensions des volutes ethmo'idales et des cornets, la multiplicité des anfractuosités favorisent
la rétention des germes infectieux et des produits sécrétés.
L'action prédisposante de cette conformation s'exagère encore chez les chiens à museau court comme les griffonssinges, les bulls, les carlins, les king-charles dont les cavités nasales rudimentaires se prolongent dans le frontal par un sinus coudé en raison de la proéminence du front (d).
Le coryza non spécifique est amené par les irritants physiques, chimiques divers, complétés par une intervention microbienne. Il est certainement de nature infectieuse, car nous l'avons vu, plusieurs fois, se propager des chiennes à leurs petits, sans jamais présenter, cliez aucun d'eux, les caractères de la maladie du jeune âge.
Dernièrement, une chienne de cinq ans était mise en liberté dans une cour froide ; elle rentrait quelques instants dans une cuisine où elle avait ses petits, et présentait, le soir, des frissons, des éternuements et les signes d'un catarrhe nasal qui, deux jours après, se manifestait chez ses petits. La contagion seule peut être incriminée pour expliquer l'apparition de manifestations catarrhales analogues chez la mère et chez les chiots. Des faits semblables sont fréquemment observés chez l'homme : Des bonnes d'enfants enrhumées transmettent l'affection aux bébés dont elles ont Ja garde et, souvent, la fille est déjà enrhumée depuis deux ou trois jours lorsque le coryza se montre simultanément ou successivement chez les enfants en contact avec elle.
Symptômes. — Sécheresse du nez et éternuements répétés, sont les deux principaux symptômes du début. Les éternuements sont plus ou moins fréquents; ils se manifestent principalement quand le chien ou le chat passent d'une pièce chaude dans un endroit froid.
L'animal manifeste une sensation d'obstruction, de dessiccation et de fourmillements. Il se frotte quelquefois le nez à l'aide des pattes ou contre les objets environnants.
(1) Hebrant et Hermans, Rhinite du chien. Aisthme n.isal, ozène (Annales de méri. vé(., 1008, p. 25).
Bien vite, on voit apparaître un jetage séreux, liquide, qui s'épaissit graduellement et devient blanchâtre, trouble, muco-purulent. Chez quelques chiens, on peut constater un jetage sanguinolent; mais ce caractère provient généralement d'une éruption vésiculeuse ou pustuleuse, due à la maladie du jeune dge.
La rhinorrhée cesse pendant la nuit: le matin, les naseaux de l'animal sont secs ou obstrués.
Le catarrhe peut envahir la gorge, les bi'onches; il peut rester limité aux parties antérieures des cavités nasales ou atteindre les sinus: il se propage généralement à la conjonctive et détermine du larmoiement.
La tuméfaction de la pituitaire, la présence de bouchons muqueux à l'entrée du nez, rétrécissent ou obstruent complètement les cavités nasales et provoquent une dyspnée très intense. Les animaux ne respirent que par la bouche et les chiens à nez court, comme les bouledogues, les carlins, présentent des accès d'asthme cai'actérisés par une respiration bruyante, plutôt ralentie, survenant après un déplacement ou une série d'étemuements.
Le sujet arrêté, écarte les membres antérieurs et contracte spasmodiquement le diaphragme, la région costale se bombe à la partie supérieure et l'animal fait entendre un ronflement intense ou un bruit de cornage. Les signes asphyxiques qui se manifestent font cesser l'accès qui dure quelques secondes pour reparaître bientôt après sous l'influence d'une excitation réflexe de la muqueuse nasale irritée.
Marche. — L'évolution du coryza est rapide; sa durée ne dépasse pas ordinairement huit à dix jours. Elle se prolonge sous l'influence de complications telles que l'extension de l'inflammation au larynx et à la muqueuse broneliique ou sous l'intluence d'une inflammation profonde et nécrosante, suite d'ozène ou de rhinite atrophiante caractérisée par la disparition des cornets et de la muqueuse nasale qui se convertissent en un magma putride.
Cet état pathologique est dénoncé par un jetage composé de pus, de grumeaux verdâtres et de croûtes fortement adhérentes répandant une odeur d'une fétidité insupportable et quelquefois par des épistaxis avec photophobie, conjonctivite et même kératite. Cette complication paraît résulter de l'implantation, sur la muqueuse nasale, d'un bacille saprogène, fétide, hôte normal des premières voies respiratoires de ces animaux et identique à celui de l'ozène de l'homme .
La marche est rapide ; la durée du coryza simple ne dépasse pas huit à dix jours.
Traitement. — Dégager l'ouverture des cavités nasales par des lavages fréquents du bout du nez. Les onctions de vaseline, sur les ouvertures nasales, diminuent renchifrènement et remplissent cette indication.
Les fumigations d'infusions de Heurs de sureau, de camomille, de goudron, d'essence de térébenthine, de crésyl ou d'ammoniaque, d'eau phéniquée assurent la perméabilité des cavités nasales, tarissent leurs sécrétions et désinfectent ces régions. Pour les administrer, on recouvre, d'un linge, toute la moitié antérieure du corps, de manière à retenir les gaz ou les vapeurs autour de la tête et à offrir, momentanément, au malade, une atmosphère artificielle.
Les inhalations d'eau iodée, de chlorure d'éthyle, de nitrite d'amyle, de chloroforme ou d'essence de térébenthine assurent la désinfection des cavités nasales ; on peut prolonger l'action efficace de cette médication par des frictions de teinture d'iode au niveau du cou.
Le benzoate de soude, à la dose de 3 ou 4 grammes, administré, à l'intérieur, avec du sirop diacode, arrête souvent l'affection; le sirop de morphine prévient les accès de dyspnée.
L'essence de citron, à la dose de 1 à 2 grammes par jour, avec un peu de lait, remplit la même indication ;
elle s'élimine avec l'air expiré et opère la désinfection des cavités nasales.
Les injections de liquides antiseptiques sont dangereuses et peu actives : leur action est très passagère ; la tuméfaction de la muqueuse reparaît promptement. On doit les réserver pour combattre les jetages hémorragiques.
La trépanation des sinus frontaux s'impose quand le jetage devient purulent et fétide.