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II. — RLMIXAIVTS

Les sinusites chroniques des l'uminants ont trois foyers d'élection : le sinus frontal, le sinus du cornillon et le sinus maxillaire (fig. 135). Ces inflammations sont tantôt associées, tantôt indépendantes.

Fig. 135. — Anatoniie des sinus, vue extérieure.

A, sinus frontal ; A', prolongation du sinus frontal dans le cornet ; G, sinus maxillaire ; e, projection du trajet du cordon lacrymal ; d, trou sous-orbilaire ; e, projection de la cavité crânienne ; /", zone médiane où la paroi crânienne est directement unie à la surface du frontal ; h, projection de l'orifice de communication entre le sinus maxillaire et la cavité nasale; l, trou sourciller (L. Blanc).

Étiologie et pathogénie. — Les traumatismes (amputation des cornes, ébranlement ou fêlure des cornillons) sont suivis parfois de collections purulentes du sinus du cornillon et du sinus frontal. L'infection de ces cavités peut succéder à des traumas de la région du chignon, ù.

l'irritation journalière déterminée par un joug mal adapté, à la fêlure, à la fracture ou à l'enfoncement de la table externe du frontal. L'altération de la muqueuse de la table osseuse rend ces tissus vulnérables et permet aux microbes qui sont les hôtes normaux de ces cavités de s'y implanter et d'y allumer une inflammation suppurative.

Les tumeurs des sinus (épithéliomes, sarcomes, etc.) produisent le même résultat.

Le coryza gangreneux semble devoir revendiquer quelques cas de catarrhe chronique des sinus, quand cette maladie, relativement bénigne, n'entraîne pas rapidement la mort.

Symptômes. — Un j étage purulent ou glaireux, filant, blanc jaunâtre au grisâtre, inodore, très fétide ou putride, unilatéral, dénonce l'inflammation du sinus frontal. Ce symptôme peut passer inaperçu, s'il est peu prononcé. Il s'exagère quand on fait tousser l'animal et surtout quand on baisse fortement la tète; il fait absolument défaut si l'inflammation est localisée au sinus du cornillon.

La tête est basse, appuyée quelquefois sur le sol ou la mangeoire; elle est penchée du côté de la région malade, qui est chaude, douloureuse à la percussion; l'œil est fermé; l'animal est hébété, ou prostré.

L'inflammation localisée à l'un des sinus frontaux est nettement caractérisée par quelques signes physiques : sensibilité anormale et matité ou submatité du sinus rempli de pus. Cette infection, limitée, peut se propager en différentes directions et donner lieu à des complications diverses : sinusite bilatérale généralisée, dacryocystite, conjonctivite, kéi'atite et méningite.

a. La sinusite limitée peut franchir les limites du premier sinus atteint, gagner les cloisons de séparation comme les orifices de communication, envahir successivement le sinus maxillaire et le sinus du cornillon, passer du côté opposé et provoquer ainsi une inflammation purulente généralisée. Dominé par une douleur stupéfiante,

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l'animal est plongé dans un état quasi-comateux; il incline la tète vers le sol et est incapable de la relever pour atteindre les aliments au râtelier; on est forcé de les répandre sur le sol pour lui permettre de se nourrir; un j étage plus ou moins abondant s'écoule par les deux naseaux et l'animal est parfois tellement abattu qu'il ne l'enlève plus que d'une manière irrégulière avec la langue.

b. Les ti'oubles oculaires résultent de l'extension de l'inflammation au canal lacrymal et au sac lacrymal (dacryocystite); elle se propage ensuite à la conjonctive et quelquefois même à la cornée, sans jamais présenter une aussi grande intensité que dans le coryza gangreneux : l'œil est tuméfié; fermé, larmoyant, la conjonctive rouge, enflammée; la cornée légèrement infiltrée. Ordinairement localisés du côté de la sinusite, ces signes se manifestent dans les deux yeux quand la sinusite est bilatérale.

c. L'invasion méningée résulte d'un transport de germes infectieux par les voies lymphatiques ou d'une contamination de proche en proche, par pénétration graduelle des germes à travers la lame criblée de l'ethmoïde nécrosée. Des phénomènes d'excitation, de vertige trahissent promptement l'entrée en scène de ce nouveau processus : l'animal pousse au mur. présente une démarche incoordonnée, irrégulière, suivie de chutes sur les genoux (Coulon), il incline la tète à droite ou à gauche, l'incurve, l'appuie quelquefois sur le sol par son extrémité inférieure (Deneubourg) et succombe dans le coma profond, paralysé du train postérieur.

La sinusite maxillaire est principalement caractérisée par une respiration ronflante, accélérée, des éternuements fréquents et énergiques accompagnés de reniflement, d'une violente agitation de la tête et du rejet unilatéral de flocons amincis, purulents, fibrineux et d'un liquide rougeâtre, sanguinolent, visqueux, gélatiniforme, auxquels sont associées des masses pseudo-membraneuses. Ces symptômes résultent de l'excitation réflexe déterminée par l'écoule- C.\DÉAC. — Pathologie interne. III. 27

ment des produits accumulés dans le sinus malade. On peut déjà en inférer qu'il s'agit d'une sinusite; la palpation et la percussion achèvent de confirmer le diagnostic en décelant de la sensibilité, de la matité ou de la submatilé au niveau du sinus malade.

Lésions. — La muqueuse des sinus est épaissie, enflammée, rougeàtre, sanguinolente, noirâtre, ulcérée, irrégulière, mamelonnée, parsemée d'exsudats. Les parties déclives des sinus sont comblées de pus grumeleux, fétide ou putride, quelquefois concrète en masses plus ou moins volumineuses desséchées ou analogues à du mastic.

Les parois osseuses présentent des traces de fêlures ou de fractures anciennes, des tumeurs molles oudesexostoses.

Diagnostic. — Le jetage unilatéral et fétide met sur la voie du diagnostic que l'attitude penchée de la tête, la • matité du sinus rempli de pus et la douleur révélée par l'exploration de cette région viennent confirmer.

Traitement. — On recommandait autrefois un grand nombre de traitements, complètement abandonnés aujourd'hui, en raison de leur ineflicacité : saignée, irrigation continue du crâne, repos et bonne alimentation.

On a recours aujourd'hui à des moyens plus énergiques, les uns chirurgicaux, les autres médicaux. On doit distinguer, en effet, deux périodes dans l'évolution de la maladie :

1° Une période de début dans laquelle on utilise simplement les moyens médicaux;

2° Une deuxième phase dans laquelle la collection purulente, définitivement constituée, n'est justiciable que d'un traitement chirurgical complété par un traitement médical.

1° Au début de l'inflammation, lorsque la suppuration n'a pas eu le temps de s'installer, les fumigations antiseptiques et fréquemment répétées donnent de bons résultats. On utilise pour cela le goudron, l'acide phénique, etc.

2° Lorsque la collection purulente s'est formée, il faut

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nécessairement recourir au traitement chirurgical ; à cette période, c'est le seul traitement réellement efficace. Ce traitement comprend les deux indications suivantes :

a. Trépanation des sinus.

h. Lavage des sinus et tarissement de la sécrétion morbide.

a. Trépaxatiox des sinus. — Suivant l'âge des animaux, on pratique, îi l'aide du trépan, deux ou trois ouvertures dans les sinus.

Chez les sujets âgés, on trépane : 1° le sinus du cornillon vers la base de la corne à 2- centimètres environ du bourrelet kératogène et à la face antérieure. On se contente parfois de pratiquer simplement l'amputation de la corne.

2° Le sinus frontal est trépané à deux ou trois travers de doigt en dedans de la base de la corne et à la même distance du relief occipital; 3° on fait une troisième ouverture dans le sinus frontal au-dessus de la ligne réunissant les bords supérieurs des deux orbites et en dedans de la scissure sous-orbilaire.

Chez les jeunes, cette troisième ouverture n'est pas nécessaire; en outre, il fautsavoir que chez eux. on ne peut guère trépaner le sinus du cornillon qui est à peine ébauché. Après la trépanation, il se produit, toujours, une petite hémorragie qui ne persiste pas longtemps; enfin il est bon d'empêcher l'oblitération trop rapide des ouvertures à l'aide de tampons d'ouate.

3" Le sinus maxillaire est trépané au-dessus de la tubérosité maxillaire dans la région la plus déclive du sinus.

b. Lavage des sinus. — Il faut maintenant débarrasser les sinus de leur contenu et modifier l'état de la muqueuse. Pour cela, on déterge les cavités avec de l'eau bouillie et ramenée à 33"; cette irrigation doit être abondante, et suivie d'une injection antiseptique et astringente, aQn de tarir la sécrétion du pus. On utilise, dans ce but^ des solutions de permanganate de potasse (1 à 2 p. 1000), de sulfate de zinc (2 à 3 p. 100), de tanin, la solution iodo-

iodiirée à 2 p. 1000, phéniquée à 3 p. 1000, ou crésylée, etc.

En tout cas il ne faut pas oublier que ces lavages et injections doivent toujours être tièdes, qu'ils doivent être abondants et pratiqués journellement ; d'ailleurs, ce n'est que grâce aux pansements faits régulièrement et soigneusement que l'on peut espérer obtenir la guérison.

11 convient, aussi, de varier la nature des antiseptiques ainsi que leur degré de concentration. Enfin, lorsque l'affection est rebelle, que la guérison larde à venir, il est parfois préférable de renoncer au traitement et de livrer les animaux à la boucherie.

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