‹ Pathologie interneChapitre 166 sur 183 · I. — SOLIPÈDES · texte numérisé non relu

I. — SOLIPÈDES

Étiologie. — Cette maladie n'a été qu'exceptionnellement observée ; les causes qui la provoquent sont toutes déterminantes, car le cheval ne possède pas, comme le bœuf, de prédisposition spéciale à la formation des exsudats plastiques.

Les changements brusques de température dans les régions montagneuses, le séjour des animaux au pré, pendant la nuit, ou l'ingestion d'eau très froide, rendent la muqueuse très vulnérable.

Les irritations traùmatiques, déterminées par le contact de corps étrangers ou l'inhalation de gaz irritants (ammoniac) sont des causes certaines, invoquées de tout temps.

L'injection, à l'intéiùeur des voies aériennes, de substances caustiques ou vésicantes, telles que le nitrate d'argent, la solution de bichlorure de mercure, la cantharidine, détermine des inflammations rapides avec formation de fausses membranes (Bretonneau) ; mais les inhalations de vapeurs ne produisent pas d'exsudation croupale.

Le chlore n'engendre aucune fausse membrane.

Il semble que les traumatism.es doivent posséder un certain degré d'intensité dans leur action pour occasionner le développement de cette inflammation; les agents infectieux qui président à la formation de cesexsudats ne pullulent dans la muqueuse, qu'à la faveur d'une désorganisation suffisamment prononcée.

La futnée des incendies de bois et de fourraga renferme des gaz très irritants qui déterminent des laryngites croupales chez tous les animaux qui la respirent. Quand on parvient à retirer ceux-ci d'un foyer d'incendie, on a souvent l'occasion d'observer des affections violentes du larynx, à forme diphtéritique.

On a également signalé l'action funeste de breuvages chauds.

Elle peut résulter aussi de l'extension de la pharyngite, de la rhinite et même de la stomatite croupales. Ces diverses infections ne sont que des localisations d'un même processus; elles trahissent généralement un état maraslique qui rend ces muqueuses accessibles à l'implantation de tous les germes et surtout du bacille de la nécrose qui convertit une inflammation surperficielle en un mal profond, ulcératif et destructeur.

La virulence des microbes envahisseurs peut s'exalter graduellement; la maladie qui commence par évoluer sous la forme sporadique peut devenir enzootique. On peut voir cette maladie compliquer la morve et la fièvre pétéchiale.

Symptômes. — La tristesse et l'inappétence sont les premières manifestations, puis apparaissent, soudainement, des symptômes alarmants.

Signes physiques. — La respiration est difficile et accélérée, les naseaux sont dilatés; on perçoit un sifflement aigu, provoqué par la difficulté que Tair éprouve à traverser le larynx.

Cet organe est très sensible à la pression : le moindre attouchement provoque une toux pénible et qui devient bientôt quinteuse, forte et intermittente; elle est suivie du rejet de débris de fausses membranes accompagnées de mucosités plus ou moins condensées.

La PALPATiox de la région laryngienne, révèle une chaleur et une tuméfaction plus ou moins prononcées ; la main perçoit également un bruit de frémissement, occasionné par la vibration des fausses membranes pendant la respiration.

L'auscultation du larynx dénonce l'existence d'un bruit de gargouillement, connu sous le nom de rdie croupal, parfois tellement intense qu'il peut être perçu à une légère distance.

La langue sort de la bouche; elle est recouverte d'une salive filante, écumeuse ; la tête est étendue sur l'encolure pour faciliter la respiration.

Signes rationnels. — L'état général est alarmant; les muqueuses sont injectées ; la fièvre est intense, les frissons fréquents; le pouls, d'abord plein et accéléré, devient petit et serré ; l'animal trépigne des membres antérieurs; le bruit de cornage, le gonflement de la région et des veines superficielles, les sueurs localisées à la région parotidienne. la face grippée, l'expression de malaise et d'anxiété, tout indique l'insuffisance de l'hématose. Les naseaux laissent écouler un mucus jaunâtre; la pituitaire est rouge, injectée el présente de nombreuses ecchymoses.

Quelques complications peuvent se produire dans le

cours de la maladie : quelquefois une broncho-pneumonie

se déclare par auto-inoculation des bronches et du

poumon ; les microbes peuvent passer dans le sang; des

Cadé.\c. — Pathologie interne. IIL 29

fausses membranes se produisent au niveau des points enflammés comme le trajet des sétons, ou la peau recouverte d'un vésicatoire (Lafosse).

Terminaison. — La maladie se termine par larésolution ou par la mort due à l'asphyxie. Les symptômes alarmants durent de six à vingt-quatre heures au plus.

La RÉSOLUTION s'effectue ordinairement du troisième au quati'ième jour : les fausses membranes, roulées sur elles-mêmes, sont rejetées par les naseaux pendant un accès de toux.; la respiration devient facile, la toux forte, grasse, moins douloureuse. L'cinxiété disparaît ; il ne persiste bientôt plus qu'un léger jetage formé par un mucus glaireux qui se tarit rapidement ; l'animal guérit, car la maladie dépasse rarement une semaine.

La MORT survient par asphyxie, dans un accès de suffocation, quand l'air rencontre un obstacle insurmontable à son passage. Aloi's, l'animal étend la tête sur l'encolure, écarte les membres antérieurs, dilate extrêmement les naseaux ; il succombe rapidement si l'on ne se hâte d'enlever les fausses membranes ou de pratiquer la trachéotomie .

Lésions. — A l'autopsie, l'intérieur du larynx se montre tapissé de membranes croupales composées de filaments fibrineux, de globules blancs et de noyaux; elles ont un aspect blanc jaunâtre et sont formées de lames superposées, quelquefois très épaisses avec des bords déchiquetés. Elles se présentent d'abord sous la forme d'un mucus glaireux, parsemé de filaments rouges, adhérant à la muqueuse; puis, elles s'organisent, se séparent en lames, deviennent plus épaisses et plus consistantes. La face adhérente à la muqueuse est parfois striée de sang, vestige des prolongements vasculaires sanguins qui unissaient les membranes croupales à la muqueuse. Celle-ci est enflammée, tuméfiée, quelquefois ulcérée, et recouverte de pus ; cette inflammation peut s'étendre au pharynx, à la trachée; les capillaires sanguins sont injectés, ce qui

LARYNGITE CROUPALE. o07

donne un aspect pointillé, rougeàtre à la muqueuse ; le tissu sous-niuqueux est œdématié.

L'examen du poumon fait reconnaître l'existence d'une pneumonie par corps étrangers consécutive à la chute des fausses membranes dans la trachée.

Traitement. — Au début de la maladie, il faut chercher à faire avorter l'inflammation en pratiquant de fortes saignées à la jugulaire : on rend ainsi la circulation plus facile, en diminuant la plénitude des vaisseaux injectés. Delàfond conseillait de répéter ces saignées de quatre hem'es en quatre heures, si la respiration demeure difficile. Les gargarismes acidulés, les fumigations d'eau de chaux, les frictions d'onguent vésicatoire, d'onguent mercuriel, les bandages chauds sous lagorge. les sinapismes, les ventouses scarifiées sur les faces latérales de l'encolure, produisent de bons effets.

Les dérivatifs sur la muqueuse digestive, sous forme de lavements purgatifs sont utiles.

A l'intérieur, les infusions de tilleul, additionnées de miel, de nitrate de potasse ou de sulfate de soude, de sulfure d'antimoine, de calomel, favorisent la séparation et l'élimination des membranes. Les insufflations dans la gorge d'un mélange de calomel et de quinquina pulvérisés à parties égales sont efficaces. Il faut avoir soin d'entourer chaudement la partie malade et de renouveler les cataplasmes pour entretenir ime douce chaleur.

Pour faciliter l'expulsion des membranes, il est quelquefois nécessaire de provoquer la toux en pressant les premiers cerceaux de la trachée. Si, malgré tout, la respii'ation demeure difficile, il faut, sans retard, recourir à la trachéotomie, pour prévenir lasphyxie imminente : on la pratique au milieu du cou, pour éviter l'accès de l'air froid dans le larvnx.

b08 LARYNX.

Page 1