II. — BOVIDES
Étiologie et pathogénie, — La laryngite pseudo-membraneuse est une affection relativement fréquente chez les bovidés. L'exsudation fibrineuse franche est une manifestation de la plupart des inflammations muqueuses ou séreuses de cette espèce animale. Les germes infectieux (staphylocoques, streptocoques, colibacilles) et surtout le bacille de la nécrose paraissent être les agents actifs de la formation de ces fausses membranes des muqueuses. Leur implantation est souvent facilitée par diverses influences traumatiques(l).
Ce sont les agents irritants gazeux qui sont les plus actifs. L'inhalation de vapeurs d'acide sulfureux, de chlore, de formol ou de divers agents désinfectants exerce une action pathogénique incontestable.
La fumée d'incendie est encore plus nocive, mais la vapeur d'eau employée dans la désinfection des étables n'est pas entièrement inoffensive.
Les corps étrangers qui s'implantent accidentellement dans le larynx sont des agents d'inoculation et d'infection. Le bacille de la nécrose, ensemencé sur la muqueuse dépouillée de son épithélium et recouverte d'un exsudât, cultive dans ce foyer inflammatoire et détermine des nécrosescomparablesà celles qu'on observe dans la bouche, le nez, le pharynx, la panse et le tube digestif des ruminants (Ernst) (fig. 147).
La laryngite croupale se développe quelquefois spontanément sous l'influence des brusques changements de température du printemps et de l'automne et principalement par le séjour des animaux dans les pâturages pendant les nuits froides.
C'est souvent une affection secondaire : on la voit
(1) Palagi, Laryngite diphtérique chez les veaux de lait, Il Nuovo Ercolani, 1901.
compliquer le coryza gangreneux, les inflammations ulcéro-membraneuses de la bouche, du nez et surtout du pharynx des veaux ou des adultes ; elle est aussi une manifestation fréquente de \?t. peste bovine.
Symptômes. — Les symptômes débutent par de la
Fig. 147. — Bacille de la nécrose.
tristesse et de l'inappétence, par une toux fréquente, puis, apparaissent tous les signes d'un catarrhe des voies respiratoires. Au bout de deux jours, on constate une aggravation de la maladie ; elle est alors caractérisée par des signes physiques et des signes fonctionnels.
Signes physiques. — La respiration est sifflante, très accélérée ; la toux est pénible, sèche, quinteuse, stertoreuse ou sonore ; elle est souvent accompagnée d'expecto-
blO LARYNX,
ration, par la bouche, de fausses membranes que l'animal déglutit immédiatement.
L'auscultation fait entendre des râles et des sifflements aigus dans la région laryngienne et dans toute l'étendue du conduit aérien.
La région pharjngo-larjngienne est très sensible à la pression ; elle est tuméfiée, chaude ; les naseaux, dilatés, sont le siège d'un écoulement clair, peu abondant, qui devient, plus tard, sanieux et tient en suspension des fausses membranes. En appliquant l'oreille en avant du poitrail, on distingue un murmure muqueux\ tandis qu'en explorant la partie postérieure de la poitrine, la respiration est sifflante, peu distincte. En s'appi'ochant des naseaux, on perçoit un sifflement aigu ; la respiration est laborieuse.
Signes RATIONNELS. — La tête est étendue sur l'encolure, raide et horizontale; l'animal respire parla bouche, car la muqueuse nasale est tuméfiée et ne donne plus accès qu'à une quantité d'air insuffisante à l'hématose. La bouche est parfois ouverte; la langue, pendante, sort à moitié de celte cavité et est recouverte de salive filante. Des plaintes se mêlent aux bruits respiratoires; la bête se couche, garde cette position pendant quelques minutes seulement ; elle est complètement insensible. Les cornes et les oreilles sont chaudes, les veines superficielles de la région laryngienne sont injectées, une sueur abondante recouvre cette région.
Les yeux sont proéminents, larmoyants, mais indemnes, les vaisseaux de la conjonctive, congestionnés; le pouls est très petit, serré et très accéléré. Les malades boivent difficilement, car ils éprouvent un gi'and malaise pendant la déglutition ; la rumination est abolie; la constipation intense ; les excréments sont coiffés.
Vasphyxie est imminente; à chaque instant, l'animal, couché, se livre encore à des mouvements désordonnés. Le processus membraneux peuts'étendre au pharynx, au nez, à
la conjonctive, envahir la muqueuse trachéale et bronchique, provoquer de la broncho-pneumonie ou une inflammation de même nature du tube gastro-intestinal.
Marche. Terminaison. — Cette maladie a une marche très rapide; les animaux peuvent succomber, par sufi"ocation, dans l'espace de quarante-huit heures (Michotte). A l'approche de Fagonie. les malades tiennent la bouche entr'ouverte, la tète et le cou étendus, les naseaux dilatés et présentent des tremblements musculaires fréquents avec des sueurs froides.
La GuÉRi'^oN est annoncée par le retour de l'appétit, le rétablissement de la rumination; la toux est moins pénible et les fausses membranes sont rejetées par la bouche (Barrère). La respiration s'effectue plus facilement; le malade récupère ses forces et sa gaieté; le râle croupal disparaît et le rétablissement est parfait après une convalescence qui ne dépasse pas huit jours.
Anatomie pathologique. — La face intérieure du larynx est remplie de mucosités spumeuses et de débris de fausses membranes que l'on arrache facilement ; la muqueuse est rouge, violacée par places et plus foncée en d'autres; elle est quelquefois couverte d'ulcérations circonscrites ou diffuses, au fond desquelles fourmille le bacille de la nécrose (Ernst).
Le tissu sous-muqueux est œdématié. Les fausses membranes, rejetées par l'expectoi'ation ou recueillies à l'autopsie, sont d'un rouge pâle, formées de lames superposées, roulées sur elles-mêmes ; leurs bords sont déchiquetés et leur résistance est parfois considérable. D'autres fois, elles se déchirent facilement; enfin, leur surface peut être revêtue de stries sanguines. Leur superposition montre leur ordre de développement ; elles sont formées de fibrine, d'albumine, de globules de pus, et elles résultent de la transformation du mucus sécrété à la surface de la muqueuse altérée. Les fausses membranes ne sont généralement pas limitées au larynx, elles s'éten-
dent à la trachée, aux bronches, elles forment de véritables cylindres fibrineux.
Traitement. — Le traitement doit être énergique et prompt : on pratique la trachéotomie pour conjurer l'asphyxie; on dérive l'inflammation à laide de frictions vésicantes sur le larynx et d'essence de térébenthine sur les parois pectorales. On a recours, dans le même but, à l'administration de 40 à 15 grammes démétique, à l'intérieur, en solution dans les boissons et de lavements émétisés.
L'antisepsie laryngienne est poursuivie à l'aide de fumigations antiseptiques de crésyl, de goudron, d'essence de térébenthine, etc. ; les badigeonnages des ulcères laryngiens à l'aide d'une solution iodée, introduite à l'aide d'un pinceau ou d'un tampon de coton par une ouverture pratiquée à la partie inférieure de la trachée, ont plus de chance de limiter l'action nécrosante du bacille de Bang et d'amener la cicatrisation des ulcères.