II. — BOVIDÉS
La congestion du foie des bovidés revêt deux formes principales : 1" la congestion simple ou hémorragique : 2° la télangiectasie maculeuse caractérisée par la dilatation permanente des vaisseaux capillaires et la production de véritables lacs sanguins.
A. — Congestion simple.
Étiologie. — La congestion simple est analogue à celle des solipèdes. Elle résulte des mêmes causes; mais on découvre plus souvent ici l'ingérence des émigrations parasitaires qui blessent les divisions de la veine porte et produisent de nombreux foyers hémorragiques.
Les péricardites traumatiques et la tuberculose jouent d'autre part un rôle capital dans la production des congestions passives, et particulièrement du foie cardiaque.
Les lésions du médiastin (Ivmpho-sarcomes, masses tuberculeuses) compriment quelquefois la veine cave postériem'c et produisent des lésions de la veine sus-hépatique accompagnées d'asystolie et d"ascite.
Symptômes. — L'augmentation de volume du foie est le signe le plus caractéristique; elle peut être révélée par la palpation et la percussion qui démontrent non seulement l'hypertrophie de cet organe, mais encore son abaissement en raison de son poids. Cet accroissement de volume n'est pas immuable ; il subit des poussées asvstoliques qui le dilatent : il peut diminuer de volume sous l'influence du repos, de la diète ou d'une amélioration dans l'état morbide primitif; mais, hàtons-nous de faire remarquer que cet état pathologique demeure ordinairement méconnu pendant la vie.
h'ascite peut se développer tardivement ou de bonne heure; elle est due
à la stase sanguine. .^Li^L'^s,-, '"'■^''^fc
à la sclérose hépa- » '^.î /^"^^ii tiK
tique, et à la péri- A '^ W^'e^s4Â'^^:^^r^^R tonite chronique. ■^:^^'"4&■■" ■^""'■■""" '^'"'•" '^^'^-^'s >^^^vV
Les fonctions hépa- ^Q^^^^^* l^^ 3'"?^*?*V^Sa^ tiquessont atténuées; ■ Xv- .. .: ^^-v;- W^-^^^i^"''' ^ 'i:''\^?"^^- -^ la bile est quelque- ,. -r^^^j.r?/"^.W,>-.^.:l;V',. i fois résorbée: les '■%v^::^-^%- A ;/t/^ muqueuses devien- *3svTv>\-... ; w^ ■"'^^^'-;^.>>. '"/V/
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AnatOmie pathO- Fig.21. — Hémorragies du foie du bœuf dispersées logique. — Les lé- en foyers dissociant le parenchyme (G. Petit).
sions n'offrent rien
de spécial ; on peut observer de la cirrhose sus-hépatique
avec dilatation progressive de tout le réseau veineux (foie
muscade), ou hémorragies multiples (flg. 21), avec dégénérescence des cellules hépatiques.
Traitement. — Il faut prévenir les infestations parasitaires, les intoxications, combattre la cardiopathie existante, envoyer à la boucherie les animaux atteints de péricardite traumatique, et tous ceux qu'on soupçonne d'être affectés de congestion passive hépatique.
B. — Télangiectasie maculeuse.
Définition. — On désigne ainsi une hyperémie circonscrite du parenchyme hépatique caractérisée, par des taches sanguines, purpurines, violettes, ardoisées, noires ou bleuâtres procédant d'une ectasie capillaire. Cette altération signalée par Saake, Vonder Slulys, Stubbe, etc. (1), a été bien étudiée par Kitt, Stroh, Chaussé.
Étiologie. — On l'observe fréquemment chez les bovidés âgés; elle est très rare chez le mouton. Stroh l'a constatée sur 331 bovidés et n'en a relevé que deux cas chez la brebis. Tous ceux qui fréquentent les abattoirs ont eu de nombreuses occasions de l'étudier. Cette affection varie de fréquence suivant les années, les saisons et les contrées; on la rencontre presque exclusivement chez la vache : sur 50 foies atteints il y en a environ 46 qui appartiennent à la vache pour 4 au bœuf; les foies de veaux, porcs, chevaux ne présentent presque jamais cette altération (2).
L'ectasie capillaire maculeuse du foie paraît liée à une stase, il un engorgement du foie. Cette stase découle elle-
(1) Stubbe, Des infarctus hémorragiques proprement dits du foie chez la l)ête bovine; anatomie pathologique et étiologie (Académie royale de médecine, 1891). — Stroh, Ueber die fleckige Capillarektasie in der Leber der VViederkauer [Monatshefte fiir praktische Thierlieilkunde, Bd XVI, 190.3). — Deliner, Contribution à l'étude de l'éclampsie Titulaire. Thèse de Paris, 1904. — Jaeger, Die Tele ingiektasis der Leber der Bovinen (Archiv fur loissenschaftliche uiid praktische Thierlieilkunde, Bd XXXH, 1907). .■Vvec bibliographie complète.
(2) Chaussé, Étude du foie tacheté hémorragique des bovins (Recueil de méd. vél., 1908, p. 704). Chierici a décrit récemment un cas de télangiectasie et de nécrose lobulaire multiple chez le porc (Il Nuovo Ercolaui. 1909, p. 178).
même de toutes les causes qui entravent la circulation de retour: météorisme énorme, gestation, etc. (Stroh). Sous l'influence de ce trouble circulatoire, les capillaires se dilatent, atrophient progressivement les cellules hépatiques par compression et convertissent des parties de ce parenchyme en de véritables lacs sanguins.
Selon Chaussé, la cause de cette altération est un principe toxique alimentaire ou microbien, plutôt microbien — affaire de mode — qui provoque un affaiblissement de la tonicité des capillaires et leur ectasie sous l'influence de la pression sanguine. A l'appui de cette manière de voir, on peut invoquer la prédominance des altérations portales, la dissémination uniforme des taches dans le foie et les rapports de certaines taches avec les divisions portes, comme si la cause du mal était apportée par cette voie veineuse. En résumé, cette théorie pathogénique ne fait que remplacer une hypothèse par une autre.
Anatomie pathologique. — Sous la capsule normale, on aperçoit des foyers punctiformes. de couleur brun foncé, bleuâtres ou ardoisés, particulièrement nombreux dans le lobe gauche. Parfois un peu déprimés, ils se détachent très nettement de la substance hépatique et sont franchement délimités. De forme ronde ou allongée, larges de i à 8 millimètres, les grosses taches ont la dimension d'une lentille ou arrivent même à atteindre celle d'une pièce d'un franc. Leur consistance est molle, spongieuse, d'une coloration rouge sang sur la coupe; celle-ci offre un aspect nettement réticulaire et laisse écouler du sang ou une matière semi-liquide analogue à la pulpe splénique. Le tissu hépatique qui sépare ces taches est normal ou atrophié et congestionné. Le nombre de ces foyers sanguins varie de quelques unités à une centaine environ sur chaque face de la glande ; ces lésions sont uniformément disséminées en général ; elles prédominent parfois dans un lobe hépatique, mais elles sont si nombreuses qu'elles sont seulement distantes de quelques centimètres. Le foie,
dans son ensemble, est plus ou moins hypertrophié, son poids atteint exceptionnellement 14 kilogrammes ; la coloration du tissu hépatique compris entre les taches est jaune brunâtre ou de couleur tabac (fig. 22).
L'examen microscopique des préparations révèle l'ectasie des capillaires intra-lobulaires et des rameaux portes interlobulaires de telle sorte que les taches débutent par la périphérie du lobule et apparaissent sous forme de
petits lacs sanguins inégaux séparés par des cloisons d'épaisseur variable, mais souvent très minces. Les lacunes renferment du sang normal ou coagulé, de la fibrine en voie d'organisation, ou encore des leucocytes, principalement desmononucléaires, avec des globules rouges tassés, mais normaux; il y a toujours une stagnation plus ou moins prononcée du sang au ni-
Fig. 22. Morceau de foie atteint de télan- yeau de CCS taches ffiectasie maculeuse. .. . , .
Les parois lacunaires présentent un endothélium capillaire qui s'appuie directement sur les cellules hépatiques qui, fait plus rare, est entouré de tissu conjonctif fibrillaire ou embryonnaire. Chaque lacune est ordinairement constituée par deux parois endothéliales séparées par une seule rangée de cellules hépatiques disposées en bande tortueuse et resserrée (fig. 23). Il s'ensuit que les lacunes ne sont que des capillaires extrêmement dilatés et bordés par les cellules hépatiques plus ou moins déplacées, imbri-
quées ou bouleversées. Le terme hémorragie, employé par quelques auteurs pour désigner les taches, est donc souverainement impropre : la rupture des vaisseaux est un événement purement accidentel qui n'entre en rien dans la caractérisation de ces lésions.
Le tissu hépatique environnant est plus ou moins atro-
Fig. 23. — Coupe du fuie atteint de télangiectasie maculeuse (d'après Chaussé). LS, lacs sanguins ; E, cellules hépatiques disposées en bande pariétale.
phié, quelquefois nécrosé par places, à la suite d'oblitérations ou de ruptures vasculaires. Le pourtour est alors le siège d'une prolifération conjonctive réactionnelle caractérisée par des amas de cellules conjonctives embryonnaires. Les taches, dans lesquelles le sang est coagulé, ou les foyers hémorragiques deviennent ainsi le siège d'un processus de sclérose aboutissant à des cicatrices
blanches et pigmentées très déprimées qu'on retrouve à la surface de certains foies sous la capsule de Glisson.
Traitement. — On ne soupçonne jamais ces altérations qu'on découvre seulement à l'autopsie, de sorte qu'on ne peut songer à instituer un traitement préventif ou curatif.