‹ Pathologie interneChapitre 65 sur 183 · I. — MOLTON · texte numérisé non relu

I. — MOLTON

Étiologie. — La lupinose est une intoxication propre à certains pays, comme l'Allemagne où elle a fait de grands ravages tant qu'on a ignoré la toxicité des lupins, où qu'en raison de la disette des fourrages on a cru pouvoir les faire entrer impunément dans l'alimentation des animaux.

Cette affection n'apparaît que sur les moulons qui ingèrent de grandes quantités de lupins. Elle sévit avec une grande intensité sur les animaux que l'on nourrit à peu près exclusivement de lupins et de paille. Elle est bénigne si l'alimentation est variée, nulle si elle est alternée.

Le lupin jaune est plus dangereux que le blanc et le bleu qui sont cependant susceptibles de produire des empoisonnements. Les principes toxiques existent dans les grains comme dans les feuilles et les tiges, à l'état desséché comme à l'état frais.

Le principe toxique de ces plantes a été révélé par les expériences d'Arnold, Lemke, Liebscher, Kûhn et Roloff en lavant ces plantes à l'aide d'une solution de soude à 2 p. 100. Arnold et Schneidemùhl ont opéré de la manière suivante : Des lupins étant finement broyés et convertis en

bouillie claire par addition d'une solution de soude à 2,5 p. 100, on en exprime tout le liquide par compression à une température de 40 à 50° : le liquide exprimé est évaporé au bain-marie à 60" puis filtré avec du vinaigre; le filtrat est placé dans une solution d'azotate de plomb, puis d'acide hydrosulfurique à la température de 50° et le résidu additionné de quinze fois son poids d"alcool. Le précipité qui en résulte, desséché au bout de vingt-quatre heures, offi'e l'aspect d'une masse brune, brillante, résineuse, d'une activité telle que 5 grammes suffisent pour déterminer, chez le chien, les signes caractéristiques de la lupinose.

Ce principe, épuré, offre la physionomie du blanc d'oeuf, il constitue la lupinotoxine. Ce produit, peu soluble dans l'eau, est insoluble dans la glycérine, l'alcool et dans l'éther. 11 n'est pas le seul. Liebscher a isolé, du lupin, un alcaloïde et démontré expérimentalement qu'il produit toujours une paralysie de la moelle allongée. Stener en a retiré un principe qu'il croit être la méthylconicinc. Baumert prétend que le véritable principe actif est une substance alcaloïdique qu'il appelle hipinine (C^'H^Az^O-). Schulze et Barbieri ont donné le même nom à un glycoside qu'ils ont extrait des graines du lupin jaune. Eichhorn et Baumstarch ont isolé un alcaloïde spécial qu'ils ont dit être analogue à la conicine.

Selon toute probabilité, la lupinose résulte de l'action plus ou moins toxique de tous les principes qui entrent dans la composition des lupins.

Symptômes. — La lupinose revêt tantôt le type aigu, tantôt le type chronique.

1° Type aigu. — Le poison ictérogène, absorbé en grande quantité, produit des effets intenses.

Les moutons refusent subitement la nourriture qu'on leur présente ; la température s'élève considérablement (40° à 41°, 5, parfois plus). 11 y a dyspnée; le pouls s'accélère et arrive à 130. Il survient de l'hématurie, des troubles circulatoires et nerveux; l'animal pousse au mur, présente

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du vertige. On constate fréquemment un gonflement de la face et surtout des lèvres et des oreilles.

Au bout de deux ou trois jours, l'ictère apparaît; parfois, il fait défaut. Son apparition est brusque; d'autres fois, elle est, pour ainsi dire, lente, insensible ; la coloration de la conjonctive en est le signe principal.

On constate alors des troubles du côté de l'appareil digestif ; il y a alternative de diarrhée et de constipation. Les excréments sont durs, coiffés par un mucus jaunâtre, quelquefois sanguinolents.

Les malades sont considérablement abattus ; ils tiennent la tête basse ; ils grincent des dents et ont les macboires contractées ; le trismus est quelquefois, dès les premiers jours, le signe prépondérant. D'ailleurs chez le chien, le lupin se comporte comme un convulsivant et un épileptisant (Cadéac).

La miction est fréquente, peu abondante ; l'urine, sanguinolente, contient de l'albumine, des pigments, des acides biliaires, des cellules épiihéliales rénales et vésicales.

Au bout de quatre ou cinq jours, lanimal meurt. Quelquefois la maladie évolue plus rapidement ; la mort survient en vingt-quatre à quarante-huit heures.

La guérison survient habituellement quand la suppression des lupins, qui entrent dans l'alimentation, suit de près l'apparition des premiers symptômes. Le rétablissement des animaux se produit lentement : les cellules hépatiques ont de la peine à se régénérer et parfois la cachexie résulte de la persistance de linsuffîsance hépatique.

2° Type chronique. — L'intoxication lente, graduelle, comme celle qui résulte quelquefois de l'association de lupins à d'autres aliments, se trahit par des symptômes de gastro-entérite chronique et d'eczéma, presque sans ictère ; on constate du catarrhe nasal, de la conjonctivite avec tuméfaction croùteuse des lèvres, des paupières, des oreilles et une diarrhée persistante et épuisante. Les

muqueuses accusent, par intervalles, une légère jauneur qui témoigne de la participation du foie à tous ces troubles.

Pronostic. — Le pronostic est très grave; les formes aiguës sont presque toujours mortelles ; on ne connaît pas d'antidote de la lupinotoxine ; les formes chroniques sont redoutables; elles conduisent à la cachexie quand on

ne soupçonne pas l'origine du mal.

Diagnostic. — La lupinose est caractérisée et définie par la connaissance des propriétés toxiques des lupins, par l'ictère et les troubles nerveux et digestifs consécutifs à l'ingestion de ces plantes.

Anatomie pathologique. — Les muscles ont pris une teinte jaunâtre.

Sous la peau, dans le péritoine, les méninges, il existe des hémorragies capillaires.

Le FOIE offre une teinte jaune-citron; la vésicule biliaire est souvent remplie de bile et affectée d'un catarrhe. Dans les formes graves, il y a hépatite aiguë franche avec tuméfaction trouble et dégénérescence graisseuse (fig. 46). La RATE est plus grande que normalement, molle, de couleur gris rougeàtre, marbrée sur la coupe avec exsudation fibro-plastique dans son tissu propre.

Les REINS sont tuméfiés, gorgés de sang et durs; on constate de la néphrite avec tuméfaction trouble des cellules épithéliales, et de la cystite.

ig. 46. — Cellules hépatiques clans Tintoxication phosphorée au bout de deux heures. En haut de la figure, cellules en tuméfaction trouble ; en bas, les mêmes après l'action de l'acide acétique.

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Le cœiTR est petit, pâle, granuleux, coloré en jaune : il y a toujours un peu d'épanchement pâle et citrin dans le péricarde. L'œdème du poumon, du larjnx et de la piemère, est constant; il procède évidemment d'un manque d'activité du cœur.

Quand la maladie est parvenue à l'état chronique, il y a cirrhose du foie avec hypertrophie du tissu conjonctif interlobulaire. Le foie est devenu petit et dur, comme granuleux, irrégulier. Sa capsule, très adhérente au parenchyme, est sclérosée.

Le TUBE DIGESTIF porte les traces d'un catarrhe ; la muqueuse a pris une teinte ictérique; quelquefois il y a des hémorragies intestinales.

Traitement. — Il est préventif ou curatif.

a. Traitement préventif. — La suppression de l'alimentation par le lupin est le moyen le plus radical ; cependant le lupin peut être utilisé. Glaser soutient qu'en stratifiant, dans un silo, les graines de lupin avec des matières facilement fermentescibles (drèclies, pulpes, maïs-fourrage), ces graines deviennent inoffensives sous l'influence de l'acidification.

Les principes toxiques, facilement volatilisables (conicine, conhydrine), viendraient s'accumuler dans les parties superficielles. En enlevant ces parties, le plus souvent moisies, on est à l'abri de tout accident.

Dammann recommande de laisser les fouiTages toxiques exposés à la pluie; une partie des poisons serait entraînée par l'eau. Kûhn (1) et Roloff (2) indiquent de soumettre les lupins à l'action de la vapeur d'eau sous une pression de deux atmosphères. 11 nous paraît préférable de renoncer à la culture de ces plantes pour l'alimentation des animaux.

(1) Kïihn, Bericht des Landwisthschaftl. Instit. der Univ. Halle, 1885. — Deutsche Zeitsclir. fiir T/nermed., 1881. — Bldtter fur Belchrung und Unterhaltung. WaWe, 1881.

(2) Roloff, Arch. fiir Thierheilkuude, 1883.

b. Traitement curatif. — Le traitement curatif consiste dans l'emploi des huileux, de la levure de bière (Dammann), desacides diluésqui précipitent la lupinoloxine et empêchent son absorption. Quand la période d'intoxication n'est pas trop avancée, la chair des animaux atteints peut être consommée (RolofT).

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