IV. — DIIVDON
Caractères. — Le foie des oiseaux sert exceptionnellement d'habitat aux larves d'échinocoques. Le dindon est l'espèce la plus hospitalière pour ce parasite. La masse de son foie est quelquefois criblée de kystes d'échinocoques uniloculairesdont la grosseur ne dépasse pas celle d'une grosse noix. Ces kystes sont quelquefois si nombreux qu'ils sont étroitement serrés comme des grains de raisin. Le foie devient tellement volumineux qu'il remplit la cavité abdominale et que son poids peut atteindi'e 350 gramines ; mais son parenchyme a presque entièrement disparu sous Tinfluence de la pression des kystes. Le liquide qui remplit ces derniers contient des crochets d'échinocoques, quelques
(I) Lucas, Quatre cas d'ascite chez le porc (Revue Leclainche, 1907, tome II, p. 399).
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scolex. des globules de graisse, des corpuscules calcaires et des cristaux d"acide urique (1).
On n'a pas eu Toccasion d'étudier les symptômes déterminés par cette infestation parasitaire.
Traitement. — Les moyens prophylactiques n'ont pas ici la même importance que chez les mammifères, en raison de la rareté de cette infestation parasitaire.
ARTICLE IV. — DISTOMOSE.
Définition. — C'est une maladie endémique ou épizootique due aux douves contenuesdanslescanauxhépatiques. Parasites, suceurs de sang et semeurs de microbes, ils déterminent de l'angiocholite, de la cirrhose hépatique par obstruction des voies biliaires et de l'anémie. Les altérations commencent avec l'invasion des voies biliaires pendant les derniers mois de l'année, elles s'aggravent pendant l'hiver, aboutissent à la cachexie au comm encement du printemps et ne disparaissent jamais entièrement malgré l'expulsion des parasites en mars et avril ; le foie atrophié, régénère plus facilement ses cellules qu'il ne refait des canaux biliaires perméables. Heureusement ce tableau morbide n'est pas aussi sombre chez toutes les espèces dont les voies biliaires sont infestées de ces parasites.
La distomose présente son maximum de gravité chez les petits ruminants : le mouton est celui qui contracte la forme morbide la plus cachectisante parce que son mode de préhension des aliments. — son habitude de raser le sol, — sa fréquentation des pâturages humides et marécageux, et enfin le petit volume de son foie relativement à la masse des parasites ingérés, confèrent à son infestation biliaire son plus haut degré de malignité. C'est à lui que s'appliquent la plupart des appellations symptomatiques
(1) Xeumann, Parasites et maladies parasitaires des oiseaux domestiques, Paris, 1909.
de la distomose telles que : cachexie aqueuse, jaunisse, bouteille, boule, cachexie ictéro-vermineuse.
Doux parasites contribuept à la produire chez les ruminants et la plupart des animaux; le clistome hépatique et le distome lancéolé. Chez les carnivores, on rencontre le distome tronque.
Étiologie et pathogénie. — L'étioloyie générale de celte atlection est inséparable de l'histoire naturelle des distomes dont le principal type est la douve hépatique.
Anatomie. — 1° Distome hépatique {Distoma hepaticum). — Corps aplati, foliacé, lancéolé, plus large en avant qu'en arrière et présentant un eau conique. Sa longueur est de 18 à 31 millimètres, sa largeur est de 10 à 13 millimètres (lig. 80).
Cuticule brun pâle, recouverte de piquants recourbés en
iFig. 80. — Disloma hepaticum ou fasciola hepatica, de grandeur naturelle, vue par la face ventrale.
spig. 81. — Œul'diuiistome hépatique , grossi 107 fois et traité par la potasse caustique pour séparer l'opercule.
Fig. 82. — a, Œuf de distonie lancéolé, grossi
107 fois ; b, grossi 340 fois ; e, le même traité
par la potasse caustique pour en séparer l'opercule.
arrièi'e. La ventouse orale, située à l'extrémité du cou, est petite et arrondie. La ventouse ventrale est grande, sail-
DISTOMOSE.
lante, triangulaire. Lintestin se divise en deux branches ramifiées entre les ventouses. Le pénis est recourbé, saillant dans la ventouse ventrale. La vulve est très petite, située sur le côté et un peu en arrière du pénis. Les œufs iflg. 81) sont brunâtres ou verdàtres. ovoïdes, longs de O^^.IS à 0"°',ii5, larges de 0'°",07à0°"".09 et sont munis d'un opercule : leur intérieur est granuleux.
2° Distome lancéolé {D. lanceolatum). — Beaucoup plus petit que le précédent, il est demi -transparent, brunâtre, long de 4 à 9 millimètres, large de 2™", 5, obtus en avant et en arrière (fig. 83).
La ventouse orale, presque aussi grande que la ventouse ventrale, est située à l'extrémité antérieure et prolongée par l'intestin dont les deux branches ne sont pas ramifiées. Le tégument est lisse sans piquant, le pénis long et droit, la vulve très près de l'organe mâle. Les œufs (fig. 82) sont ovofdes, petits : leur grosseur égale le quart de celle des œufs du distome hépatique.
Biologie. — Distome hépatique. — Dès que les distomes sont parvenus à l'état adulte dans les canaux biliaires, la ponte commence et dure depuis le mois de février jusqu'au mois de juillet. Les œufs, entraînés par la bile, sont
Distoma lanceolatum.
.4, vu par la face dorsale ; B, embryon (d'après Leuckart).
rejetés en quantité formidable avec les excréments dans les pâturages, les étables et partout où les animaux séjournent. Leur segmentation, commencée avant la ponte, sest continuée pendant lexpulsion : mais elle ne s'achève qu'à l'extérieur, sous l'influence de Ihumidité et d'une températm-e modérée (23 à 36°).
L'embryon, qui s'v développe, soulève l'opercule de l'œuf et s'échappe au bout de trois à six semaines en été. de deux à trois semaines quand la température se maintient de 53 à 26" .
Cet embrvon est allongé, atténué en arrière, pourvu, à la partie antérieure, d'un rostre destiné à jouer le rôle d'appareil perforateur. La surface du corps est recouverte d'un ectoderme à cellules polygonales, ciliées. Il est pourvu d'un appareil digestif rudimentaire et se meut avec rapiilité dans l'eau. Livré à -^ ^ lui-même, il meurt au bout de
huit heures en moyenne (Thomas).
VA S'il rencontre son hôte de pré-
\J dilection, la Limnea truncatula.
^ la Limnea peregra (fig. 84) ou un
mollusque d'un senre voisin, il
Fis. s4. — A. Limnea trun- , i ^ .•
f/zfw/a : B. Limnea père- cnfonce. dans les tissus de ces gra. mollusques, son appareil perfora-
teur, pénètre à l'intérieur du corps ets'engcige dans les cavités respiratoires ou le tube digestif de ce mollusque 'fig. 85). D perd alors son ectoderme cilié, qui est remplacé par ime cuticule : l'appareil perforateur s'atrophie ou disparait ; l'appareil digestif s'efface ; l'embryon devient ovoïde et grossit rapidement. C'est alors une sporocyste susceptible de se midtiplier par division transversale ; elle grossit très vite, prend la forme d'un sac et offre les dimensions de 0™™,o à 0™™,7 ; elle est pourvue de cellules germinatives disposées en amas mûriformes
Chacun de ces amas donne naissance à une rédie.
DISTOMOSE.
On trouve dans chaque sporocyste de cinq à huit rédies à divers degrés de développement.
Les rédies sont pourvues d'un appareil digestif simple; elles grossissent, font éclater les parois du sac maternel et se répandent dans tout l'organisme de la limnée, mais en particulier dans le foie. Elles sallongent.
deviennent cylindriques et atteignent l™™,o ; la bouche et le tube digestif se dessinent nettement : on voit alors, comme pour la sporocyste, la cavité du corps se remplir de cellules germinalives desquelles dérivent : des rédies- filles, en été et des cercaires, en hiver.
La rédie-fille. à son tour, donne des cercaires au nombre de 15 à 20. en moyenne. Celles-ci séchapun pent par pjetit orifice impair situé sur le côté de la rédie. im peu au-dessous du collier: elles ont les deux ventouses, orale et ventrale, l'intestin bifide ; elles sont pourvues d'une queue dont la longuem" est double de celle du corps.
La cercaire (fig. 86), sortie de la rédie. et expulsée du corps de
son hôte, la limnée. s'agite dans l'eau, montre une grande agilité ; elle peut envahir les prairies. EUle oflre un corps aplati, ovalaire, une longueur de 280 a, 230 u. de large et xme queue plus de deux fois aussi longue que le corps. On y distingue : deux ventouses, ime bouche, un bulbe pharyngien, un œsophage qui se bifurque
Fiff. Sô. — Embryon du Dis loma hfpaiieum, entrain de perforer les tissus du moUasque (d'après Thomas).
l, cellules en épauletles de la première rangée ; rf, appareil perforateur ; g, organes
des sens.
en deux branches intestinales. Enfin, de chaque côté du •corps, on remarque desccUules infilti'ées de granulations
réfringentes qui masquent en grande partie les organes internes : ce sont les cellules cystogènes.
La cercairene paraît vivre en liberté dans l'eau que pendant une courte période; elle s'arrête bientôt au contact d'un objet submergé, d'une plante aquatique, se contracte en boule et laisse exsuder de toute sa surface une sorte de mucus qui entraîne les granulations des cellules cystogènes ; elle se fixe sur les feuilles inférieures des herbes {pissenlit, rumex, cresson, typha), de telle sorte que les moutons qui tondent l'herbe de très près sont plus souvent infestés que les bœufs.
La queue disparaît et la cercaire s'enkyste; la couche exsudée durcit et devient entièrement blanche.
Si la plante qui renferme ce kyste est ingérée, les parois de ce dernier sont dissoutes et l'embryon, mis en liberté, s'échappe de l'intestin, enroulé sur lui-même en cornet, progresse par reptation et parvient dans le foie par la voie biliaire et le système porte ; il peut d'ailleurs s'engager, perforer ou déserter ces conduits en se servant de son
Tig. 86.
Cercaire libre (d'après Thomas).
a, ventouse buccale; 6, pharynx; b , œsophage : c, caecum ; d, ven- ■touse ventrale ; e, cellules cystogènes.
DISTOMOSE. 237
prolongement céphalique musculeux comme d'un appareil dilatateur. Il n'est pas possible d'admettre que l'invasion du foie s'effectue exclusivement par une infestation ascendante de la voie biliaire. Trop de douves errantes dans le poumon, les ganglions, les muscles, la paroi abdominale, le diaphragme attestent une émigration vasculaire qui les disperse loin de leur centre de prédilection. Transportés dans le foie, ces parasites n'ai'rivent pas toujours à destination. Beaucoup échouent dans le tissu souspéritonéal ou en plein champ hépatique. C'est qu'ils ne peuvent jamais revenir en arrière à cause du revêtement épineux de la cuticule : ils ne peuvent que suivre la voie dans laquelle ils sont engagés, remonter jusqu'à la source des voies biliaires, s'immobiliser, fixés à l'aide de leurs ventouses et s'enkjster là où ils se sont arrêtés. Partout ils sucent le sang des petits vaisseaux, provoquent des hémorragies répétées ; inoculés, les germes qu'ils ont charriés produisent des infections secondaires — souvent prises [tour la maladie principale — en raison de ses manifestations plus bruyantes et plus graves. La septicémie hémorragique se greffe ainsi sur la distomose et décime quelquefois les troupeaux; les infections streptococciques colibacillaires, staphylococciques s'ajoutent généralement à l'infestation parasitaire, aggravent l'angiocholite et sont les principaux agents de la sclérose biliaire et hépatique. La flore bactérienne des voies biliaires est toujours plus importante et plus variée chez les moutons atteints de distomose que chez les animaux sains.
Non seulement les douves transportent directement les microbes pathogènes de l'intestin dans les voies biliaires, mais encore préparent aux microbes importés un milieu favorable à leur multiplication, créent un obstacle à l'écoulement de la bile, ouvrent la voie à de nouvelles infections ascendantes.
Parmi ces microbes, le colibacille et le staphylocoque doré, en raison de leur prédominance sur les espèces bac-
tériennes du duodénum, sont les pathogènes importés le plus facilement et le plus fréquemment dans les voies biliaires. Ils envahissent même le connectif entourant les canaux biliaires elle parenchyme de la glande, produisant ainsi des lésions qui vont de l'angiocholite catari'hale simple à l'angiocholite et à la cholécystite suppurées, aux abcès biliaires typiques, à la cirrhose en îlots et aux foyers nécrobiotiques [Conti (1)].
Ces microbes provoquent la suppuration des voies biliaires, la prolifération conjonctive, la migration leucocytaire, et, par leurs toxines, modifient ou détruisent les cellules hépatiques.
Le microbe de Preiz-Guinard s'ajoute fréquemment aux précédents et détermine une pseudo-tuberculose suppurée hépatique.
D'autres microbes, comme les pasteurella, parviennent à envahir l'organisme des animaux infestés de parasites.
Galtier, Lignières, Conti, Besnoît et Cuillé (2) ont fait ressortir la valeur de ces infections secondaires auxquelles ils ont attribué une importance prépondérante. Les septicémies hémorragiques à formes multiples sont des complications des infestalions parasitaires du poumon, du foie, ou du tube digestif.
Suivez le développement de ces infections septicémiques ; elles apparaissent comme les maladies parasitaii'es qu'elles compliquent à la suite d'inondations et révêtent la physionomie d'une épizootie meurtrière qui n'épargne aucun des « troupeaux des régions inondées,
(1) Conti, Sur la flore microbienne des voies biliaires du mouton sain et du mouton atteint de distomose {Archivio scientif. del Accad. vet. ital., 1906).
(2) Lignières, Contribution h l'étude de la maladie des moutons connue sous le nom de Lombriz, 1898.
Galtier, Journal de tnéd. vét. et de zootechnie, 1889 et 1890; Traité des maladies contagieuses, S" édition, p. 592.
Conti, Revue vét., 1897, p. 516.
Besnoît et Cuillé, Revue vét., 1898, La septicémie hémorragique du mouton.
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en déterminent des pertes inouïes se chiffrant certainement par un nombre respectable de millions » (1). Vainement les praticiens font-ils remarquer la constance des lésions de distomose, les chercheurs de microbes négligent cette cause essentielle, fondamentale pour ne voir que l'infection secondaire, accessoire.
L'apparition exclusive de la maladie septicémique dans les régions inondées et chez des animaux constamment atteints de distomose n'est-elle pas une preuve évidente de la culpabilité des distomes? Ce sont ces parasites qui ont infesté primitivement le foie, qui s'y sont développés et ont supprimé les moyens de défense, rendu l'organisme vulnérable et ouvert ses portes à tous les microbes des fourrages, des boissons ou du tube digestif des animaux déjà malades.
C'est là l'histoire claire et précise, franchement écrite mais mal interprétée de toute les épizooties de pasteurelloseoude septicémie hémorragique. La pathologie comme l'histoire ne peut être étudiée à rebours ; on ne doit pas prendre la fin pour le point de départ, car l'importance des événements qui se sont succédé résulte de leur enchaînement.
« L'infestation par la douve, la première en date, détermine une altération lente, mais grave du foie. Cet oi'gane privé de sa fonction antitoxique et préservatrice consent à toutes les infections ; il les prépare même par l'action pathogénique qu'exerce son affaiblissement fonctionnel sur la nutrition générale du sang et des tissus. Le sujet atteint de distomatose peut souffrir ou mourir exclusivement de cette maladie quand il est dans un milieu extrêmement salubre, à l'abri des infections secondaires; souvent, il est la victime désignée de tous les microbes saprogènes ou pathogènes qu'il ingère accidentellement et notamment des bactéries ovoïdes que leurs toxines rendent particuliè-
(1) Besnoît et Cuillé, Revue vét., 1898, p. 470.
rement dangereuses. Linfection secondaire éclipse alors par ses manifestations bravantes et son évolution rapide les phénomènes latents ou peu appréciables de la distomose chronique. La septicémie hémorragique secondaire fait oublier son aînée la distomose qui lui a permis de naître.
Le distome hépatique n'est pas exclusivement un parasite des l'uminants {mouton, chèvre, bœuf, chameau), on l'observie aussi chez les solipèdes (IVîne principalement), chez l'homme, le lapin, Véléphant.
Distome lancéolé. — Les transformations du Distoma lanceolatum sont inconnues à partir du moment où l'embrjon est mis en liberté.
Le distome lancéolé a été retrouvé chez les ruminants, le lapin, le lièvre, le porc, l'âne, l'homme, le chien et le chat.
Distome tronqué. — Les carnivores sont les hôtes d'une autre espèce de douve, le Distoma truncatiim (Sonsino, Creplin, Ercolani, Rivolta. Zwardemaker.