‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 107 sur 183 · Récits d'un Ménestrel de Reims (éd. Wailly, p · texte numérisé non relu

Récits d'un Ménestrel de Reims (éd. Wailly, p

« 185. — Et encor fist il pis car il enmistla roïne qu'elle estoit grosse dou chardenal Romain, dont il se mentoit. Mais la roïne n'en l'aisoit nul semblant, ainsois... fist la roïne semonre touz ses barons fieveiz et prelaz et l'evesque ausi de Biauvais; et tuit vinrent au parlement.

(( 187. — Et la bonne roïne sage se pensa de grant sens, et n'avoit oublié la vilonnie que li evesque de Biauvais avoit dit de li ; car elle se despouilla en pure chemise, et s'afubla d'un mantel, et issi de sa chambre ainsi. Et s'en vint en la sale où li prince et li prélat estoient, et fist faire pais par les huissiers ; et quant la noise fu abaissie, elle monta sour une table dormant à deus piez, et dist, oiant l'evesque de Biauvais qui estoit presenz : u Seigneur, esgardeiz « moi tuit; aucuns dit que je sui enceinte d'enfant. » Et lait cheoir son mantel sour la table, et se tourne devant et derrière tant que tuit l'orent veue ; et bien paroit qu'elle n'avoit enfant en ventre.

« 188. — Quant li baron virent leur dame qui nue estoit, si saillirent avant et li afublercnt son mantel, et la menèrent en sa chambre, et la firent vestir ; et puis revint au parlement, et moût i ot parlei d'unes choses et d'autres. A la pardefin furent mandoi li bourjois... »

§ 6. Morl. Consécutive à l'explosion de troubles cardiaques. Grandes C /ironiques {HF. XXI, 116) : « L'an de grâce mil ce. lu, avint que la royne Blanche estoit à Meleun-sur-Saine ; si li commença le cuer trop malement à doloir, et se senti pesante et charchiée de mal. Si fist hastivement trousser son harnois et ses coffres et s'envinthastivement à Paris: là fu si contrainte de mal qu'il li convint à rendre l'âme. » La durée de cette affection (non autrement définie) semble avoir été d'une semaine environ '.

§ 7. État psychique. Rien à noter au point de vue clinique chez cette femme énergique, habile, autoritaire et (sauf quel-

1. Vie de Saint-Louis par le confesseur de la reine Marguerite (HF. XX, 64) : « En la maladie de laquele ele niorut, ele reçut le benoiet vrai cors Jhesu-Christ de l'evesque de Paris; et avecques ce, par cinq jours ou par six, ele reçut Tabit des nonnains de Tordre de Cystiax. En après, comme ele aprochast à la mort et elle eust esté par ^rand espace de tens sanz parler, ele fut tresportee à un lit oiî il n'avoit point de coûte, ainçois estoit ilecques mise une sarge sus le fuerre sanz plus. Et comme ele eust esté un pou en cel lit, et les prestres qui estoient devant li, fussent aussi comme tous esbahis, et ne se pourveoient point de dire commendacion, ele meesmes commença commendacion et dist ces paroles : Subvenite sancti Dei, etc., et ele dist ce à moût grant grief et à voiz déliée et basse ; et adonques commencierent les prestres commendacion; et croit l'en que ele dist d'une part six vers ou plus avec eux; et ilecques ainçois que la commendacion de s'ame fust fmee, ele trespassa. )>

Déposition de Charles d^AnJou pour la canonisation de saint Louis (Notices et Documents pour la Société de l'Histoire de France, 1885, p. 175) : « VII. Ipsa, per quinque vel sex dies ante mortem suam in abbatia Pontisare, quam fundaverat, decubens, babitum monialium petiit sibi dari, et accepit de manu episcopi Parisiensis, a quo sacram comunionem receperat illa die ; et cum ille, dando sibi habitum, adderet conditionem si moreretur, illa dixit quod ymo in vita et morte volebat fieri monialis, et ex tune abbatisse in omnibus obedivit sicut quecumque minima monialis. Cumque, receptis sacramentis, mori, loquela perdita, iam propinquaret, presentibus sacerdotibus et clericis nescientibus quid agerent, ipsamet incepit officium recommandationis anime sue, dicens : « Subrenife sancti Dei.'... » ; et illis prosequentibus, dum illa inter dentés paululum prosecuta fuisset, sancta illa anima soluta est, unde sancta radix sanctos ramos protulit, non solum regem sanctum, sed et comitem Atrebatensem, martirem gloriosum, et comitem Pictavensem, alfectu... »

ques courts moments de violence) d'un si rare équilibre mental : « Magnanima Blanchia, sexu femina, consilio mascula, Semirami merito comparanda, » dit son contemporain l'Anglais Mathieu Paris (V, 354), écrivain hostile à la France. — Primat (HF. XXIIl, 8) : « Blanche gouverna, non pas par vertu féminine, mes vertueusement comme s'ele fust homme ». Pour l'étude détaillée du caractère de Blanche, cf. le beau portrait qu'a tracé de cette grande reine M. Elie Berger, aux pages 417-423 de son Histoire de Blanche de Cas tille (Paris, 1894).

Section 3. — Rapport des deux facteurs.

Louis VIII et Blanche de Castille descendent l'un et l'autre du roi de France Robert le Pieux. Cf. tableau I, ci-contre.

Outre cette première consanguinité, il en existe une seconde entre Louis VIII et Blanche par la maison d'Anjou comme lont démontré PTisier {Robert le Pieux, p. 61) et Lot (Derniers Carolingiens, p. 364-366) contre Mabille [Introd. aux Chroniques des comtes d'Anjou, p. lxxvi). — Cf. cidessus, p. 178-199; et le tableau 11, ci-contre.

Enfin Louis VIII et Blanche sont une fois de plus consanguins par la maison d'Anjou, Louis VIII descendant également de cette maison par sa mère Isabelle de Hainaut (voy. ci-dessus le tableau p. 201).

Saint Louis accumule donc trois hérédités de la maison d'Anjou. Dans celle-ci on trouve (nous l'avons vu ci-dessus pp. 177-200), si l'on peut se fier aux récits des chroniqueurs, des phénomènes névropathiques à symptômes précis comme l'impulsion et la férocité (p. 183-184), la violence et la méchanceté (p. 200), la langueur et l'imbécillité (p. 185), la folie (p. 186-187), ou simplement l'irascibilité avec l'agitation (p. 185-189), et des phénomènes somatiques précieux au point de vue diagnostic, comme l'apoplexie (p. 178-179), ou l'hypomnésie (p. 192).

L'étude que j'ai faite de l'hérédité paternelle de Louis IX {branche capétienne), nous permet d'établir que cette hérédité se traduit par la formule du neuro-arthritisme.

Robert II, le Pieux.

Henri I'''

Philippe ^^

Louis VI.

Louis VU.

Philippe-Auguste.

Louis VIIÏ

Tabl I.

Adèle de France, ép. Baudoin V de Flandre.

Mathilde de Flandre, ép. Guillaume le Conr/uéranl.

Henri ^^' Beauclerc, 1068-1135.

Mathilde d'Angleterre, ép. Geoffroy Plantac/enât.

Henri II Plantagenêt, ép., 1152, Éléonore de Gmjenne.

Eléonore d'Angleterre, ép. Alphonse VUl de Casfille.

Blanche de Castille.

Foulque II le Bon,

comte d'Anjou,

Adélaïde (surnomm. Blanche), Geoffroi I*^^' Grisegonelle,

ép. Guillaume I^^\ comte d^Arles.

Constance.

Henri pi'.

Philippe P^

Louis VL

Louis VH.

Philippe-Auguste.

Foulque Nerra.

Louis VIII.

Hermengarde, ép. Albéric le Conlract.

Foulque IV le Héchin.

Foulque V le Hiérosol.

Geolîroi Plantagenêt.

Henri II.

Éléonore de Castille.

Blanche de Castille.

Tabl. 11.

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