Loudier (Godefroy) : matelas, courte-pointe épaisse
INTRODUCTION. XLI
(Icrrirre son lit où il a vacqué depuis le premier jour de septembre jusques au premier jour de janvier ensuivant. » (Id. ihid. fol. 29. — 10 mai 1482,)
« A Claude FouUon II 1 12 s. 6 d. — pour avoir mené et conduit sur ung cheval dedans unp^ bahut de cuir un granl loudier (qui sert ordinairement au chevet du Ut dudit seigneur) partout où ledit seigneur a esté logé depuis le premier jour de may précèdent jusques au premier jour dudit moys de juing ensuivant. » (Id. ihid. fol. ".iT. — 13 juin 1482.)
« A Guillaume Genou dit Rondellet 56 1. 12 s. 6 d. — pour avoir mené sur ung cheval sommier le grant docier du lit dudit seigneur partout où il a esté logié depuis le premier jour de janvier précèdent jusques au derrenier jour dudit moys de may. » (Id. ihid. fol. 57. — 16 juin 1482.)
'< A Guillaume Genou dit Rondelet 43 1. 15 s. — pour avoir mené porté et conduit sur deux chevaulx sommiers le grant dossier de hoys du lict dudit seigneur pour servir partout ou il a esté et logé depuis le derrenier jour dudit moys de juing jusques au derrenier jour de juillet ensuivant. » (Id. ihid. fol. 70. — 11 sept. 1482.)
« A Claude P'oulon 11 1. 12 s. 6 d. — pour avoir mené conduit et porté sur ung cheval sommier dedans ung bahut de cuyr ung gros lodier plain de cocton depuis le premier jour dudit moys daoust jusques au premier jour de septembre ensuivant. » (Id. ibid. fol. 75. — 26 sept. 1482.)
B. « Pour deux tocques d'escarlate douhles pour servir au Roy à porter de jour quant il chevauche par pays. » (Arch. nat. Comptes de r Argenterie, KK. 61, fol. 29. Novembre 1468.)
« Pour deux bonnetz noirs douhles pour servir audit seigneur à porter de jour. » (Id. ihid., fol. 20. Novembre 1468.)
(( Pour deux tocques blanches douhles pour servir au Roy à mettre de nuyt, 60 s. Pour ung bonnet d'escarlate fait à six fds pour servir audit seigneur à mettre pardessus lesdites toc([ues, 35 s. » Id. ihid., fol. 39. Avril 1469.)
(( Pour deux tocques blanches douhles à mettre de nuyt pour ledit seigneur, 60 s. Et pour ung fin bonnet d'escarlate fait à six fils pour servir audit seigneur à mettre de nuyt pardessus les dictes tocques, 35 s. » Id. ihid., fol. 47. Septembre 1469.)
« Monsieur le Général, J'ay oublié à vous dire que vous me fissiez finance d'un chappeau pareil que l'evescpie de Valence maislre Loys de Poitiers me donna et me dit cju'il avoit apporté de Romme. Il me semble qu'il estoit de poil autre que bièvre et avoit bien ung grand pousse d'espez et couvroit toutes les espaules et toute Teschine
XLIl PATHOLOGIE HISTORIQUE.
jusques bien avant sur la croppo du cheval, encores estoit il bien fort rebrassez devant et es coustez et ne falloit point de menteau contre la pluie, et aussi par le chault il valloit une petite maison. Je vous prie par tout le plaisir que me sauriez faire que essaiez à m'en recouvrer et le m'envoiez bientost et que je l'aye devant que le chault viegne.
A Dieu, monsieur le général, auquel je prie qu'il vous ait en sa sainte garde.
Escript au Plessis du Parc le 8*^ jour d'avril [1479].
Loys. »
On lit au dos : (( A nostre amé et féal conseiller et général de nos finances en Languedoc François de Gênas. »
(Bibl. Nat. f. fr. 20855, fol. 54.)
(( Monsieur le Général, J"ay receu vos lettres et aussi les chapeaulx que m'avez envoyez, mais ilz ne sont pas de ceulx que je demande et en attendant ceux qu'on doit apporter de Romme, envoyez m'en de ceulx de Valence et qu'on les face les plus ligiers qu'on pourra.
Escrit à Boutigny le 24*^ jour de may [1479]. Loys. »
On lit au dos : « A nostre amé et féal conseiller et général de nos finances en Languedoc, François de Gênas. »
(Bibl. Nat. f. fr. 20855, fol. 54.)
« A Glande Lambert et Thomas Cardonne dit l'Enfant de Rouhan, chapellier et Loys Clialoys, la somme de 302 1. 19 s. 9 d. à eulx ordonnée par ledit seigneur sur lesdites finances. C'est assavoir :
Audit Glaude Lambert, la somme de 00 1. 5 s. tant pour un voiage d'estre allé et venu de la ville de Montpellier à Romme achapter et paier treize chappeaulx de bièvre, et iceulx avoir apportez en ladite ville de Montpellier pour la personne du Roy comme pour l'achapt d'iceulx.
Audit Thomas Cardonne dit l'Enfant de Rouhan, chappellier, la somme de 212 1. 4 s. 9 d. tant pour la façon de neuf autres chappeaulx pour la personne dudit seigneur en ladite ville de Montpellier que pour l'achapt de la layne et autres fraiz nécessaires ({if il luy a convenu faire.
Et audit Loys Chaloiz la somme de 30 1. pour avoir poi'té au Roy nostre sire partant de Montpellier lesdits chappeaulx par deux fois et deux voiages. » (Comptes originaux du règne de Louis XI, oct. 1478-oct. 1479. Bibl. Nat. f. fr. 232G5, fol. G.)
§ 18. La médecine galéniqiie préconisait en outre pour l'épilepsie comme traitement cbirurgical : les cautérisations et les incisions crâniennes; comme traitement médical : Lusage de sang humain.
INTRODUCTION. XLIII
§ 19. Traitement chirurr/icdl. Il importe dans IV'pilepsie de réchauffer et sécher l'encéphale (Sancto Amando, Concordantiae, éd. Pagel, p. 1)0, où est posé le principe essentiel de la pathogénie médiévale, donc générateur de la thérapeutique; et Galien, De locis affectis, 1. III, cap. v, édit. cit., t. IV, p. 17 B), d'où cautères pour vaporiser l'humeur.
Die Chirurgie des Heinrich vonMondeville, éd. Pagel, Berlin, 1892, p. 359, 360 : u De morbis, in quibus in generali confert cauterium actuale. Maxime in morbo ex materia humida et frigida. Similiter sed non tantum confert in morbo ex materia calida et humida ut sanguinea, calida et sicca ut colerica, frigida et sicca ut menancholica. Cauterium confert... ad eyjz76'/)s/a/?2... et ad omnes morbos nervosos ex vicino capitis venientes et ad omnes morbos frigidos et luunidos. »
Id. ibid., Tract. III, Doctr. I, cap. ii, p. 359: u In capite fiunt cauteria : ut eraporentur fumi ; ut intercipiatur humor nocivus fluens ad caput. »
Ueber Johannes de Sancto Amando Revocativum memoriae, éd. Otto Paderstein, p. 33 :<(... in quo déterminât de epilentia dicens primo quod aut est propria passio capitis aut est facta propter coUigantiam; prima est constans et perfecla, alia est a fumis qui ascendunt ab ore stomachi et veniens ab aliis membris. »
Guy de Chauliac, La Grande Chirurgie^ éd. iNicaise, 1890, p. 593 : Des cautères. « Utilitez particulières : au sommet de la teste à évaporer le cerveau. »
Gordon, Lilium Medicinae, p. ^^H : De e[)ilepsia : « Postea fiant cauteria. »
Avicenne, Canon^ 1. III, tr. 5, cap. xi (t. I, p. 506, col. 1). De cura epilepsiae. « Et ex eis quidem quae ipsum juvant sunt ventosae super capile positae : et cauterium super ipsum calefaciendo cerebrum. »
La Chirurgie d'Abulcasis. Trad. D' Leclerc, 1861, p. 19, 20. Chap. x. Cautérisation dans Vépilepsie [Essarà.) : « On rasera le crâne du malade, on cautérisera sur le milieu de la tête, ainsi qu'on l'a dit plus haut, sur l'occiput et sur les bosses frontales. »
De secretis mulierum, de chirurgia, de modo medendi (éd. Daremberg, Naples, 1855, p. 55). Cap. xxxii(Rog. I, xxi).
XLIV PATHOLOGIE HISTORIQUE
De epilempsia : « PosL talia caute partibus occipitis prerasis, ustio fiât in fontinella sub nodo in concavitate. »
Glossiilae quatuor magistrorum super chirurgiam Rogerii et Rolandi, p. 202 : u Item melancolici et epileptici incenduntur sic : in summitate capitis fit incisio usque ad craneum ; hoc facto inscidatur craneum ad modum dictum ut inde humores et spiritus possint exire et exalare, et teneatur apertum per XI dies. »
Nous avons vu qu'en 1481-1482 un Florentin connu sous le nom de Turco opère Louis XI, qui le réclame ensuite avec instance.
§ 20. Thérapeutique médicale : Sang humain.
A. Prescriptions thérapeutiques (de l'antiquité à la fin du xvni^ siècle) :
<( Quidam, jugulati gladiatoris calido sanguine epoto, tali morbo se liberarunt » (Celse, III, 23). L'éditeur de Celse (éd. Didot 1848, p. 281, n. 1) ajoutait (en 1848) : « Ce préjugé que le sang humain encore chaud doit guérir l'épilepsie survit encore de nos jours. Le National (du 2 mai 1845) racontant l'exécution à Stockholm d'un condamné à mort, notait comme particularité du supplice qu'une vieille femme atteinte d'épilepsie se tenait au pied de l'échafaud, prête au moment même oii la tête serait séparée du tronc, à plonger dans le sang encore fumant un morceau de pain qu elle destinait à sa guérison. »
« Sanguinem quoque gladiatorum bibunt, ut viventibus poculis, comitiales morbi. » (Pline, XXVIII, 2.)
« Sanguis humanus. Vires : Maxime commendatur ad Epilepsiam radicitus tollendam (si singulis diebus per mensem integrum sumaturj. » (J. Schrôder, Pharmacopoeia medicochymica, Leyde, 1672, p. 816.)
« Sanguis humanus. Vires : Sanguis humanus (recens adhuc et calide potus, conferre dicitur ad Epilepsiam. » (Manget, Rerum ad Pharmaciam galenico chymicam spectantium Thésaurus, 1703, I, 987.)
« On aura vers le mois de Mai une quantité un peu considérable de sang tiré des veines déjeunes hommes bien sains,
INTRODUCTION. XLV
et dont les cheveux ne soient pas roux ; on mettra en même temps ce sang dans une grande et haute cucurbile de verre.... Tous les Auteurs recommandent le sang humain pour la guérison del'épilepsie. » [Pharmacopée royale galénique et chimique par Moyse Charras Docteur en médecine et Démonstrateur de l'une et l'autre Pharmacie au Jardin Royal des Plantes. Édit. de 1773, t. II, p. 418.)
B. Interprétation clinique moderne.
«... Un puissant moyen de résurrection : la transfusion de sérum artificiel... que la thérapeutique moderne a substituée à la transfusion sanguine.... Sans doute, il est vraisemblable d'admeltre que ces globules [sanguins] avant de mourir, ont du moins le temps de prêter aux hématies du transfusé un concours utile et de permettre à l'hématopoièse de commencer son œuvre de réparation : pour ce motif, il serait théoriquement avantageux, dans les cas d'anémie grave et prompte, de transfuser du sang humain complet. » (E. Forgue, Prof, à la Faculté de Montpellier, d. Semaine médicale, 1895, p. 264.)
Cf. en outre Dujardin-Beaumetz, Formulaire, 1896, p. 314- 315; — Dieulafoy, Pathol. interne, sur transfusion du sang.
Le principe sanguis moderator neruorum, c'est le principe séquardien des sucs ^.
C. Thérapeutique de Louis XI. — « Humano sanguine, quem ex aliquot infantibus sumptum hausit ; salutem comparare vehementer sperabat. » Rob. Guaguin. ann. 1482, fol. 281, éd. 1560 (Gaguin, éd. 1508, f. CCII, v« : u Tous les jours de plus en plus estoit Loys mallade et ne hii prouffitoient les médecines quises en merveilleuses manières Gar véhémentement esperoit acquérir santé par le sang humain quil but et huma de quelques enfans »).
A la même date, nous trouvons dans les Comptes du roi une quittance d'aHure mystérieuse et qui pourrait bien ne point être étrangère au traitement hématique du roi :
« A Jehan Pellart la somme de 9 1. 12 s. 6 d. à luv ordonnée
1 J'ai trouvé en note celte phrase de M. Brachet, après la({uelle il avait ajouté « à développer ». (A. B.-K.)
XLVI PATHOLOGIE HISTORIQUE
par ledit seigneur ledit jour pour avoir esté seigné par l'ordonnance et commandement dudit seigneur par deux foys pour espreuve. (29 juin 1482.) » (British Muséum. Mss. Egerton. 883, fol. 62.)
Il faut noter que les 9 livres 12 sols remis au sujet en expérience répondent à la somme énorme de 350 fr. d'aujourd'hui.
«... Pour le guérir desquelles maladies furent faictes pour luy, par les médecins qui avoient la cure de sa personne, de terribles et merveilleuses médecines. » [Chron. Scand. éd. Mandrot, II, p. 138.)
Quant à Commynes, de même que sur les bergers, il est muet sur cette médication. Ici encore nous pouvons affirmer que son silence est voulu (pour les preuves je renvoie au deuxième Exemple, § 10).
L'assertion de Gaguin est d'autant plus précieuse, qu'étranger à la médecine, l'ambassadeur de Louis XI ignorait la spécificité de l'hématothérapie, et qu'il n'a point songé à rapprocher ce traitement prescrit au roi de la présence chez lui de l'épilepsie.
§ 21. Interprétation des historiens.
Dans leur ignorance de l'histoire de la thérapeutique médiévale, tous les historiens ont pris cette médication comme une fantaisie personnelle de Louis XI ; les uns, avec Chateaubriand ' , voient dans ce traitement un sinistre « remède tout à fait approprié au tempérament du malade » ; les autres, comme Michelet, croient y démêler une fable inventée par les parlementaires pour déconsidérer Louis XL A. Historiens dogmatiques :
Sans croire tout ce qu'on a raconté d'étrange et de féroce sur les derniers actes de ce Tibère malade et volontairement prisonnier,
sans prétendre qu'il prenait des bains de sang d'enfants il est
certain que sa cruauté et sa défiance redoublèrent aux approches de la mort. (Charles Lacretelle, Loufs AT, p. 68.)
1. Puis il buvait du sang de petits enfants pour se redonner de la jeunesse ; remède qui semblait louf à fait approprié au tempérament du malade. (Chateaubriand, Analyse raisonnée de V Histoire de France, I, p. 183.)
INTRODUCTION. XLVII
On avait si mauvaise opinion de lui, que les rumeurs les plus bizarres et les plus atroces s'accréditèrent au sujet des remèdes qu'il employait pour retarder sa fin. On prétendit que Louis, par l'ordonnance de Coictier, « buvoit et humoit » le san<^ de jeunes enfants alin de réchaufTer son sang appauvri. (Henri Martin, Ilist. de France, p. 153.)
Une chronique dit qu'on lui faisait boire du sang d'enfans nouvellement égorgés, remède plus convenable au caraclère d'un li/ran qu'à la santé d'un malade. Grime horrible, péché mortel.... (Liskenne, Hist. de Louis XI, p. 301.)
La profonde réclusion dans laquelle il vivait faisait croire qu'il se passait des choses bien extraordinaires dans ce château impénétrable. On alla jusqu'à répandre le bruit que Ton y rassemblait des enfants que l'on saignait, et dont on lui faisait boire le sang pour corriger l'âcreté du sien. (Anquetil, Ilist. de France, t. Il, p. 207.)
B. Historiens physiologistes :
« ... Autres contes plus sombres : Les médecins faisaient, pour le guérir, « de terribles et merveilleuses médecines... ». Et, si vous aviez voulu savoir absolument quelles médecines on entendait, on aurait fini par vous dire bien bas que, pour rajeunir sa veine épuisée, il buvait le sang des enfants. » (Michelet, Hist. de France, éd. Flammarion, VI, 427.)
Comme on le voit, Michelet ne s'est même pas douté de la position du problème et n'a même pas entrevu lexistence de ce dernier.
G. Historiens chartistes :
Mandrot n'a cherché à l'établir ni historiquement ni cliniquement.
Vaissière, De Roberti Gaguini, p. 69 : u Fabula m eam si omiLtimus, ex qua Ludovicus XI puerorum tenerorum sanguinem, ut corpori suo debili vires majores suppeditaret, bibisse dicitur. »
On voit qu'en appelant à notre secours la pathologie historique, ce problème soi-disani psj/chologique, que les historiens ont été dans l'impossibilité d'expliquer par les seules ressources de leur science, se réduit à un simple problème de clinique somatique.
XLVIII PATHOLOGIE HISTORIQUE
§ 22. Dans les cas où Tabsenced anamnèse clinique nous réduit à ce seul mode d'investigation indirecte par la thérapeutique, il est prudent de corroborer les résultats diagnostiques par tous les éléments d'information que les sources historiques peuvent nous fournir.
C'est à ce titre que l'hagiothérapie du roi ne doit point être laissée décote par celui qui veut reconstituer la formule biologique de Louis XI, bien que cette recherche du diagnostic par la clinique religieuse soit un procédé d'investigation encore presque inconnu chez nous.
La Caractéristique des Saints du P. Cahier, si complète comme symbolique et comme iconographie, est nulle au point de vue pathologique. L'œuvre très documentée de Du Broc de Segange {les Saints patrons et protecteurs des maladies) serait précieuse si l'auteur n'avait puisé à trop de sources de seconde main. La lumineuse monographie de Gaidoz sur la Rage et saint Hubert reste, en ce domaine, le seul travail français vraiment scientifique (au double point de vue de la critique historique et de la clinique). Mais l'exemple de ce vigoureux penseur n'a point été suivi, et c'est encore aux Allemands que nous sommes redevables de la constitution de la pathologie hagiothérapique médiévale.
Il est de principe en clinique historique que l'hagiothérapie seule ne doit jamais servir de base à l'établissement d'un diagnostic, mais à titre surérogatoire elle conserve un grand intérêt comme confirmation des diagnostics reconstitués par la symptomatologie ou la thérapeutique.
Les pièces d'archives nous montrent qu'à cette date Louis XI a eu recours à l'intercession des saints spécifiques invoqués dans l'épilepsie, les spasmes, les convulsions (saint Jean-Baptiste, saint Jean l'Evangéliste, saint Gilles, saint Claude, saint PauL^
1. Sur la spécificité de saint Jean-Baptiste, voy. du ISroc de Segange, les Saints Patrons, I, 504; — de saint Jean FEvangéhsle, II, 0*1 ; — (le saint Gilles, II, 214; — de saint Claude, I, 43G ; — de saint Paul, I, 520. Sur le nom de mal saint Jean, et de mal saint Gilles donné à l'épilepsie, voy. du Broc de Segange, I, 507, et II, 210.
INTUODUCTIOX. \LIX
Les théologiens n'admettaient d'ailleurs cette spécificité qu'en précisant la nature de la vis medicalrix : reflet curalif ne résulte pas de l'acte matériel {ex opère operato) mais de la disposition du malade {ex opère operanlis). — Voyez pour €etle distinction le traité de Gerson De directione seii reclitudine cordis (d. Gaidoz /. c. p. 80).
Documents Jnstorlques relatifs à la principauté de Monaco p. p. G. Saige, Monaco, 1888, t. I, p. cclvi : « Jean André Grimaldi Evècjue <3lu de Grasse, et abbé commendataire de Lérins, fut chargé par Sixte IV d'une mission confidentielle auprès de Louis XI et reçut le 7 juillet de la chancellerie pontificale des Instructions dressées pour ■cette mission (Arch. de Monaco, Arch. secrètes A. 4 n°G, pièces 1 à 4).
...Sixte IVavait adressé déjà un certainnombredes relifjues insignes conservées à Rome au prince dont il comptait obtenir le concours en faveur de sa politique. Jean André Grimaldi fut chargé de j)orler encore à Plessis-les-Tours plusieurs autres de ces reliques.
Note 1. Voici fénumération que les instructions de la chancellerie pontificale donnent de ces diverses reliques : c'était un fragment de la tunique du Sauveur que les soldats jouèrent aux dés pendant la Passion, un autre fragment de l'une des tuniques que saint Jean- Baptiste donna aux trois hommes qu'il ressuscita, des restes du corps du Précurseur ; ces trois reliques étaient tirées de Saint-Jeande-Latran ; enfin un morceau de la peau de la tête de saint Antoine de Padoue. »
Arch. nat. X*^, 9318, fol. 184. Lettres originales au Parlement. 30 juillet 1482. Don à Saint Gilles en son église « de Constantin ». (( De par le roy,
<( Nos amez et féaulx. Pour la grant, singulière et entière dévocion que avons au glorieux Saint et ainy de Dieu monseigneur Saint Gilles •et à son église de Constantin en laquelle repose la plus grant partie de son corps, nous avons fondé et institué de nouvel ung corps et coUiège de chanoines ausquelz nous avons donné et admorty la somme <le quinze cens livres tournois de rente ainsi que pourrez veoir par nos lettres de ladite fondacion et amortissement. Nous avons ceste matière fort à cueur. Et pour ce nous voulions et nous mandons que incontinent vous faites publier et enregistrer nos dites lettres selon leur forme et teneur, sans y faire aucune difficulté. Et gardez surtout que aynicz nostre santé qu'il n'y ait point de faulte et ({u'il ne nous convègne plus vous escripre.
« Donné à Saint Laurent des eaulx, le 30^ jour de juillet.
« Loys. » Robert.
Injonction du roi au Parlement d'enregistrer cette fondation^
L PATHOLOGIE HISTORIQUE
par lettres datées de Meung-sur-Loire, le 4 septembre 1482 (Arch. nat., X^^ 9318, p. 193) '.
Les dons du roi sont si considérables que le Parlement fait opposition à plusieurs d'entre eux :
British Muséum, Mss. Egerton, n° 1668, fol. 299 (extrait du registre secret) : Août 148*2 : Opposition sur les lettres de dons faites pour la fondation « de Saint Gilles en Constantin ». — 30 avril 1483. Opposition au don fait par le roy à Saint Jean de Latran de Rome. — 29 juillet 1483. Opposition sur le don au doyen et chanoines de l'église ou chapelle de Saint Jean l'Evangeliste du Plessis du Parc de 9 600 livres de rente, outre 4 000 livres et autres bienfaits avec attribution de leurs causes au Parlement.
§ 23. Diagnostic nosologiqiie. — Le diagnostic thérapeutique nous a donné la signification pathologique des prescriptions thérapeutiques imposées à cette date à Louis XI, et montré que les prescriptions médicales en 1482 visaient : 1° une affection nerveuse, 2o que cette maladie nerveuse ne pouvait être autre que l'épilepsie.
Or c'est précisément l'épilepsie que l'un des familiers de Louis XI, son ambassadeur Robert Gaguin, à cette même date signale chez le roi de France.
« Quo tempore (1480) rursus cum Maximiliano VII annorum indiiciac intercesscrunt — Sed per id tempus aegrotare maxime Ludovicus cœpit. Nam comitiali morho^ cum interdum premeretur... medicorum diligenti opéra usus est. »
(Robert Gaguin, Compendium de Gestis Francorum, f. 279.)
§24. Conclusion. — Cette coïncidence des deux diagnostics ne nous permet pas de mettre en doute la confirmation réciproque.
1. Pour ne pas donner à cette introduction des proportionsdémesurées, je renvoie au tome II tous les textes se rapportant a Thagiothérapie de Louis XI (A. B.-K.).
2. <( Morbus comitialis, quem est sacrum vocant,... » Galeni Opéra. Venise, 1576. T. I : Isagogici libri, f. 56, C.
c( In morbo... comitiali (... epilepsiam Graeci appellant)... » Id.. ibid. class. III, cap. 5, p. 3, E.
INTRODUCTION. LI
Section 3. — Opinion des historiens.
5:; 1. Rien de plus simple (on le voil) pour le clinicien, que celte phrase soi-disant mystérieuse de la chronique de Jean de Roye et de celle de Gaguin.
Rien de plus curieux d'autre part que les arabesques psychologiques brodées depuis trois siècles, autour de cette modeste prescription thérapeutique, par l'imagination des historiens :
Il y a plaisir de lire dans les Histoires tout ce que la crainte de la mort réelle et celle de perdre son autorité, faisoient faire au Roi Louis durant les dernières années de son règne. Les danses de jeunes filles à l'entour de son logis, et les bandes de joueurs de flûtes qu'on
amassait de toutes parts pour le divertii-, etc (Mézeray, Abrégé
chronolog . de l^Hisf. de France, 11, 618.)
On rassembla les bergers et les bergères du Poitou ; on les partagea en plusieurs bandes, les uns jouoient de leurs instruments champêtres ; les autres chantoient et dansaient dans la prairie ; Louis tantôt aux fenêtres de son appartement et tantôt promenant dans une galerie voyoit et tàchoit de partager ces plaisirs vrais et innocents ; mais s'il venoit à s'appercevoir ({ue quehju'un le regardât, il se retiroit promptement, et il n^osoit plus paraître. (Velly, Villaret,, Garnier, Ilist. de France, 1768, XIX, 117.)
L'ennui le dévorait et s'ajoutait à ses maux ; il ne savait comment s'en distraire : tantôt il faisait venir des joueurs d'instruments, et il on eut jusqu'à cent vingt logés près du château ; tantôt il donnait ordre qu'on lui amenât des bergers et des bergères du Poitou, pour chanter et danser devant lui les joyeuses rondes de leur pays ; et une fois venus, il ne les regardait pas. (Barante, Hist. des ducs de Bourgogne, éd. Gachard, 1838^ p. 684.)
Sans croira tout ce qu'on a raconté d'étrange et de féroce sur lesderniers actes de ce Tibère malade et volontairement prisonnier, sans prétendre qu'il prenait des bains de sang d'enfants, que déjeunes filles venaient danser dans sa chambre des danses lascives, il est certain que sa cruauté et défiance redoublèrent aux approches de la mort. (Charles Lacretclle, Louis XI, p. 68.)
Il s'abandonnait à mille fantaisies pour secouer un moment l'ennui qui le rongeait... il mandait de toutes parts des joueurs de « bas et
LU PATHOLOGIE HISTORIQUE
doux instruments » ; il faisait venir des bergers qui jouaient devant lui les airs et dansaient les danses de leur pays. Mais rien ne réussissait à le distraire ; Tobjet de son caprice, à peine atteint, ne lui causait plus (primpatience et dégoût. (II. Martin, llist. de France, p. 146.)
Des bergers et des bergères se rassemblaient par son ordre dans une prairie, à la vue des fenêtres de son château, et dansaient pour hii procurer quelque récréation. (Liskenne, Hist. de Louis XI, p. 278.)
Des danses de jeunes paysans et de jeunes paysannes ([ui venaient figurer dans les donjons du Plessis le bonheur et Vinnocence champêtre servaient à dérider le front du tyran. (Chateaubriand, Analyse raisonnée de VHistoire de France, 1, p. 185.)
Si nous passons aux manuels en usage dans nos écoles, nous voyons qu'en dépit de Tadage du maxima dehelur piieris reverentia, ces livres élémentaires perpétuent, dans renseignement français, ces contre-sens psychologiques. Ne pouvant les mentionner tous, nous citerons seulement le manuel d'un des recteurs de l'Université, M. Edgar Zévort, qui nous offre le dernier aboutissant de cette transformation légendaire de quatre siècles, subie par la prescription médicale de Louis XI :
La plu^ grande distraction de Louis XI était, le dimanche, de regarder les joyeux ébats des jeunes gens et des jeunes filles qui dansaient sur la place du château. (Edgar Zévort, Ilist. nationale, 1890, 31eédit. p. 31.)
Si jMichelet, qui avait des prétentions à la physiologie, avait été moins ignorant en pathologie, il eût trouvé le mot de Ténigme. Dans son impuissance à le trouver, il se tire de la difficulté en affirmant que ce n'est qu'un conte ridicule, inventé par les ennemis de Louis XI pour faire croire à l'affaiblissement du malade. Or toutes les assertions de la chronique de Jean de Roye relatives à la maladie finale de Louis XI, se vérifiant par les sources de contrôle, la thèse de Michelet n'est qu'une assertion sans preuve et l'aveu de son ignorance :
Leurs imaginations travaillaient fort sur ce noir Plessis où on n'entrait plus, sur le vieux malade qu'on ne voyait pas. Ils en faisaient (à l'oreille) mille contes effrayants, ridicules. Le roi, disait-on, dor-
INTRODUCTION. Il H
mail loujouis, et pour ne pas dormir, il avait fait venir des berj^ers du Poitou, (jui jouaient de leurs instruments devant lui, sans le voir.... (Michelet, Ilist. de France, éd. Flammarion, VI, 427.)
Je ne me serais pas altardé à insister tout particulièrement sur les erreurs de Michelet si sa pathologie ne soulevait une grave question.
L'introduction de la pathologie en histoire a été jugée de deux façons, suivant qu'on considère l'exécution de Michelet, ou ridée même de la pathologie historique, et qu'on sépare celle-ci de son exécution.
M. E. Faguet (et il est dans le vrai, sauf que ce n'est pas Michelet qui a introduit la pathologie historique, mais Littré dans son Ilippocrale) a dit que l'insulfisance et l'ignorance de l'exécutant n'empêchent pas l'idée d'être féconde quand mieux exécutée *.
M. G. JMonod, tombant dans une erreur que le pénétrant dialecticien a su éviter, a rendu l'idée responsable de l'exécution, et il est amené à taxer l'idée elle-même.
Il dit (et il a cru de même que la pathologie historique a été introduite par Michelet) que la méthode est dangereuse, mais que Michelet en a tiré bon parti -.
Dire que la Pathologie historique est dangereuse parce qu'on l'a lue dans Michelet, c'est comme si on prenait l'abbé Espoignolle, Granier de Cassagnac, Lebrigand ou Brochard pour la philologie. Si on la lit dans ceux-là, on dira : l'étymologie est une science incertaine et dangereuse; si on la lit dans Grimm, Diez, Bopp, un Paul Meyer, alors on a le senli ment de la science. Ainsi la chimie dans un alchimiste ou dans Wûrtz. 11 en est de même pour la pathologie historique si on lit Littré sur Madame, — INlœbius sur Rousseau ', — l'énii-