‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 113 sur 183 · Partie I. — Inflammation chronique des téguments · texte numérisé non relu

Partie I. — Inflammation chronique des téguments

^ 1. Maladie chronique (Témoignages et Symptomatologie).

Nous connaissons cette maladie par trois passages de la précieuse Vie de Saint Louis rédigée par le confesseur de sa femme, la reine Marguerite de Provence (et publiée au t. XX du Recueil des Historiens de France, édité par l'Académie des Inscriptions). Cette sèche et plate compilation du

conlinebat. Si autem Ipsum bis continenliae diebus ex certa causa uxorcm suam reginam visitarc contingeret, et cum ea morari, et ex A'icinitate uxoris pro humana fragiUtate quandoque motus carnis inordinatos sentiret, surgebat de leclo, pcr cameram deambulans, donec carnis rebelHo quievisset. »

Vie de Saint Louis, par le confesseur de la reine Marguerite (HF. XX, 110) : (( Li benoiez sainz Loys tint continence de mariage, si com il apert par les choses qui ensivent : car quant il fu joene et gracieus et amable a toute gent, par la porveance de sa mère et des sages du roiaume de France il prist à femme l'ainsnce fille au conte de Provence, c'est à savoir madame Marguerite. Et quant li benoiez Rois fu secreement avecques li, cil qui fu enseignié du conseil du grant ange, c'est du benoiet filz Dieu, et qui fu enfourmé de l'essample de Tliobie, avant que il atouchast a li, il se mist a oroison trois nuiz, et li enseigna a fere ausi en oroisons ainçois que il aprochast, si comme ladite dame recorda après. »

confesseur de la reine, rédigée d'après les documents de première main sur l'ordre du fils de saint Louis, Philippe III le Hardi, vaut par l'exactitude et la précision. C'est dire combien cette biographie du grand roi capétien l'emporte, au point de vue de la sûreté des informations, sur le livre charmant et parfois si fantaisiste de Joinville (Sur les inexactitudes de Joinville cf. , outre l'article de G. Paris dans la Romania d'oct. 1894, les notes des deux derniers volumes de l'éminent historien de saint Louis, Élie Berger, — Saint Louis et Innocent IV, 1893 ; — Hist. de Blanche de Castille, 1895)

Vie de saint Louis par le confesseur de la reine Marguerite

t (HF. XX, 105) : « Li benoiez Rois avoit une maladie qui chas-

cun an le prenoit deux foiz ou trois ou quatre, et aucune

foiz ele le tourmentoit une foiz plus que autre ; laquele

4 maladie estoit tele, que quant elle prenoit le benoiet Roy, il

n'entendoit pas bien ne n'ooit endementieres que ladite

maladie le tenoit, et ne pooit mengier ne dormir, et se com-

7 pleignoit en gémissant ; et einsi ladite maladie le tenoit trois

jours, aucune foiz plus, aucune foiz moins, si que il ne pooit

issir par soi du lit : et quand il commençoit a alegier de cele

10 maladie, sa destre jambe entre le gros de la jambe et la cheville, devenoit rouge comme sanc tout entour et estoit ilecques enflée ; et en cele rougeur et en cele enfle estoit

13 ladite jambe un jour jusques au soir; et après, cele enfle et cele rougeur s'en departoit petit et petit, si que au tiers jour ou au quart ladite jambe estoit ausi comme l'autre char, et

10 adonques estoit li benoiez Rois pleinnement gueriz. »

Vie de saint Louis par le confesseur de la reine Marguerite (HF. XX, 105) : « Avint une foiz comme li benoiez Rois eust

19 cele maladie, que a un soir ainsi com il volt entrer en son lit, il volt veoirla rougeur de la jambe desus dite ; de quoi li diz Jehans [vieux serviteur de son grand' père Philippe- Auguste]

22 aluma une chandelle de cire et la tenoit sus la jambe du saint Roy, et il veoit sa jambe et la regardoit, qui moût li doloit: car ele estoit adonques rouge et enflée, ausi com ele souloit

25 estre quant la maladie se declinoit: de quoi il avint que li dit Jehans desaviseement tenant la chandele sus la jambe, une goutte pleine de feu chéi sus la jambe du benoiez Roy eu lieu

qui esloit enfle et la ou il se douloit ; donc li benoiez Rois qui 28 se seoit eu lit, pour la doleur que il ot, s'estendi seur le lit et dist : (V lia, Jehan! » et celui Jehan respondi ausi : « lia! je vos ai mal f et » et li benoiez Rois respondi: « Jehan, mon aieiil 31 vos donna pour mendre chose congié de son hoslel » ; car li diz Jehans avoit dit au saint Roy et a monseigneur Pierres de Laon et a autres de la chambre, que li Rois Phelipes l'avoit 34 bouté hors de son hostel, parce que il avoit mis busches eu feu qui croissoient en ardant. »

Vie de saint Louis par le confesseur de la reine Marguerite 37 (HF. XX, 112) : « Ce commence li diseseptiemes chapitres, qui est de s'onesté simple : Monseigneur Pierres de Laon, qui fu son chambellenc et couchant à ses piez, et le deschauçoit et 40 li aidoit à entrer en son lit, si comme suelent fere les serganz des nobles seigneurs, par quinze ans ou environ ne pot onques veoir la char de cel benoiet Roy, fors les piez et les 43 mains; aucune foiz seulement le braz quand il se fesoit seignier, et sa jambe quant ele estoil malade. »

§ 2. Périodicité. Maladie qui revient annuellement deux, trois ou quatre fois [ligne 2)^ avec une intensité variable [ligne 3). Si l'on calcule sur une base de trente-sept années, c'est-à-dire sur les années de la vie du roi postérieures à l'âge de vingt ans, — et si Ton prend trois comme nombre moyen annuel des rechutes, on obtient le total de 111 récidives de l'affection.

§ 3. Symptomatologie. Caractérisée par la succession de deux périodes :

1" Une période aiguë [d\\ne durée de trois jours, ligne 7) et dont la caractéristique était l'état purement général de la manifestation morbide.

2° Une période subaiguë (d'une durée de quatre ou cin(i jours, lignes 13 et 15) à manifestation morbide strictement locale.

§ 4. Période aiguë. Tableau symptomatiquc : A. Troubles moteurs. Parésie transitoire [ligne S : « 11 ne pooit issir par so/du lit »;.

B. Troubles sensoriels (auditifs, ligne 5 : « 11 n'ooit »).

C. Troubles psychiques. État d'obnubilation mentale pendant ces trois jours de la période aiguë [ligne '5 : « Il n'entendoit pas bien endementieres que la maladie le tenoit »).

D. Douleurs continues et insomnie complète [lignes 6-7 : « Il ne pooit dormir et se compleignoit en gémissant »).

E. État gastrique (anorexie? nausées? ligne 6 : « Il ne pooit mengier »).

§ 5. Période subaiguë. Tableau symptomatique : Disparition des symptômes précédents auxquels succède un œdème douloureux, — à coloration écarlate, — de la portion de la jambe droite comprise entre le mollet et la cheville [lignes 10-12 et lignes 23-25 : « Quand il commençoit à alégier de celé maladie, sa destre jambe entre le gros de la jambe et la cheville devenoit rouge comme sanc tout entour et estoit ilecques enflée » ; — « il regardoit sa jambe qui moul H doloit] car ele estoit adonques rouge et enflée, ausi corne ele souloit estre quand la maladie se déclinoit »). L'œdème reste stationnaire un jour [lignes 12-i3)^ puis s'amende et disparaît en trois jours [lignes 15-15). Le lendemain de sa disparition guérison complète du roi [lignes 15-16: « Et adonques estoit li Rois pleinnement gueriz »).

§ 6. La nature infectieuse de la maladie ressort trop clairement du complexus symptomatique pour qu'il soit nécessaire d'insister. Pour la pathogénie de l'affection, voir cidessous, Partie III.

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