Partie IIL — Pathogénie
§ 1. Nous savons, d'une part, que la formule morbide de saint Louis est le paludisme chronique ; — de l'autre, que le roi est sujet à des manifestations érysipélateuses périodiques. Existe-t-il entre ces deux affections un lien de cause à effet,
<( sona illuc pergeretis. Non enim Deus caliimpniosiis vel cavillosus. <( Excusai te, fili mi, siifficienter, quœ tibi evenit in infirmitate tua, « rationis privatio, sensuum omnium hebetatio, immo etiam vel ipsa (( mors, vel mentis alienatio. » Quibus rex, non mediocriter commotus, respondit : « Protenditis sensus mei immutationem causam « fuisse assumptionis crucis mese; ecce prout desideratis et persua- <( detis, crucem depono, crucem vobis resigno ; » et mittens manum suam ad humerum, discerpendo eam avulsit, dicens : <( Domine epis- <( cope, ecce crux qua signabar, vobis eam ultro resigno. » Quo facto, ineffabili gaudio cuncti circumsedentes congralulabantur. Et ecce dominus rex, mutato vullu et sententia, ait : <( Amici mei, pro- « fecto nunc non sum expers rationis aut sensus, non mei impos aut « infîrraus. Reposco nunc mihi reddi crucem meam. Novit autem « Qui nihil ignorât, non intrabil in os meum quicquam mandibile, « donec ea reconsigner. » Quod cum vidèrent circumstantes, alïïrmarunt digltum Dei hoc fuisse. »
— et (loit-on voir dans leur apparition simultanée ou successive un sim[)le accident de coexistence ou de succession, indépendant de tout déterminisme scientifique?
La nature infectieuse de la maladie périodique de la jambe droite est sûre par la forme de chacun des deux stades :
A. Période d'état. L'état pathologique est purement général (adynamie, — prostration, — troubles sensoriels et psychiques — douleurs généralisées, — insomnie, — état gastrique).
B. Période de déclin. Purement locale (enflure douloureuse et coloration écarlate de la portion inférieure de la jambe droite).
La netteté de la symptomatologie indique une maladie infectieuse analogue à l'érysipèle à répétition ; cette inflammation spécifique siège généralement à la face, mais rien ne s'oppose à ce qu'elle se localise à toute autre partie des téguments et notamment à la jambe, comme dans le cas, rare il est vrai, du roi Louis IX.
Nous pouvons donc raisonner dans l'hypothèse de la nature érysipélateuse de l'affection (ce qu'il est impossible d'affirmer, mais ce qui paraît, en l'état de la science, la seule hypothèse sur laquelle on puisse spéculer) — en précisant préalablement la signification de l'érysipèle à répétition.
§ 2. La médecine antérieure aux doctrines pastoriennes niait la spécificité de l'affection.
Assimilant l'érysipèle à répétition aux poussées lymphangitiques du pseudo-érysipèle des strumeux, elle le rangeait au nombre des signes pathognomoniques de la scrofulose.
En 1874 parut le travail de Renaut. L'éminent histologiste modifia profondément notre conception de la maladie. En 1885 Verncuil {Bull, de la Soc. de chirurgie, t. XI, p. 660 sqq.) affirma l'individualité de l'affection (il cite l'observation d'un malade ayant contracté 115 fois l'érysipèle; c'est une diathèse érysipélateuse identique que nous retrouvons chez saint Louis). Dans une observation capitale pour l'histoire
(le l'érysipèle à répétition {Arch. génér. de niéd.^ janv. 1892) Critzmann a donné, le premier, la démonstration expérimentale de la nature de Taffection (dermo-lymphangite infectieuse, conlagie-use, causée par le Streptococciis erysipelatus). Un seul point reste à éciaircir et Critzmann l'a signalé avec sa précision accoutumée (p. 21) : « Après une première atteinte d'érysipèlc, le microcoque voit pendant un certain temps, très variable d'ailleurs, sa virulence diminuer et même disparaître ; mais sous une influence encore obscure cette virulence, qui n'est que la propriété qu'ont les microorganismes de se développer dans un milieu animal vivant, peut réapparaître, et l'érysipèle récidiver à un moment plus ou moins éloigné de la première atteinte. » Existe-t-il un rapport entre ce réveil de la virulence et l'apparition d'affections concomitantes ? Des médecins russes (Walther de Kiew, CanstatVs Jahresber.^ 1857, III, 307) ont cru pouvoir affirmer la réapparition en règle chez certains paludiques de l'érysipèle consécutivement à l'accès malarien (dans ce cas l'érysipèle est justiciable de la quinine : ils ont baptisé cette forme intermittente du nom cVerijsipelas malaricum). C'est aux cliniciens qu'il appartient de nous dire le bien fondé de cette intéressante hypothèse, et de décider si l'on peut relier l'une à l'autre les deux infections de saint Louis sous une formule génératrice.
Section 4. — Septième croisade.
§ 1. Le 5 juin 1249 le roi débarque à Damiette. Paludéen chronique depuis sept années, saint Louis est fatalement voué à toutes les maladies infectieuses de l'Orient. C'est ce que n'ont remarqué aucun des nombreux historiens qui, de Mézeray à Michelet, ont longuement dépeint les souffrances de Louis IX en Egypte (trop ignorants qu'ils étaient de toute pathologie pour savoir qu'au point de vue du pronostic le terrain est aussi important que le germe).
Cette connaissance de l'existence de la cause prédisposante
nous permettra d'être brefs sur la cause provocatrice, c'està-dire sur le détail des maladies de saint Louis pendant la septième croisade.
§ "2. Rechule de paludisme et dysenterie, Joinville (éd. Wailly, § 10) : « Li roys avoit double tierceinne et menoison moût fort. » ^
Id. H)id. § 307 : « Le soir, se pasma par plusours foiz ; et, pour la fort menuison que il avoit, il convint coper le font de ses braies toutes les foiz que il descendoit pour aler à la chambre. »
Vie de saint Louis par le confesseur de la reine Marguerite (HF. XX, 104) : « Sa char estoit pale et teinte, et avoit flux de ventre trop grief; et estoit si megres que les os de Teschine de son dos esloient merveilleusement aguz ; et couvenoit que li diz Ysembarz portas! li benoiet Roi à toutes ses nécessitez, et neis que il le descouvrit. » -
§ 3. Scorbut. Joinville (éd. Wailly, § 10) : « Li roys avoit la maladie de Tost en la bouche et es jambes. »
A. Hémorrhagies cutanées et ecchymoses livides des membres inférieurs. Joinville,} § 291 : <( La maladie de Tost estoit tex que la chars de nos jambes sechoit toute, et li
1. Guill. de Nangiaco, Viln S. Ludovici (IIF, XX, 370) : « Denique non est silendum, qiiod quando rex captus fuit, graviter aegrotabat illa mortifera et generali infirmitate, qiia maxima pars exercitus illis diebiis est dcfuncta, ita quod de vita ipsius modicum sperabalur. Sed eo capto, providente ipso qui diligentibus se omnia cooperari facit in bonum, soldanus per medicos suos, qui melius quam nostri noverant artcm curationis hujusmodi, fecit eum diligenler custodiri et sanari, et omnia necessaria quaecunque rex petivisset abundanter et curialiter ministrari. Unde vere de ipso atqae suis poluit vcraciter dici : El (ledit eos Doininus in misericordias in coniipcctu omnium qui ceperanl eos. »
2. Joinville (éd. Wailly, ^ 40')) : « Dou conte d'Anjou, qui estoit en sa nef, se pleingnoit aussi à moy, que nulle compaingnie ne li tenoit. Un jour demanda que li cuens d'Anjou faisoit, et en li dis! que il jouoit aus tables à monsignour Gautier d'Anemoes. Et il ala là iouz chancelans pour la flebesce de sa maladie, et prist les dez et les tables et les geta en la mer, et se courouça moût fort à son frère de ce que il s'estoit sitost pris à jouer aus deiz. »
cuirs de nos jambes devenoit tavelés de noir et de terre aussi comme une vieille lieuse'. »
B. Tuméfaction et fongosité des gencives avec ébranlement et chute concomitante des dents. Joinville, § 303 : « A nous qui aviens tel maladie venoit chars pourrie es gencives. Lam.aladie commença à engregier en l'ost en tel manière, que il venoit tant de char morte es gencives à notre gent, que il couvenoit que barbier estassent la char morte, pour ce que il peussent la viande maschier et avaler aval. Grans pitiés estoit d'oïr braire les gens parmi l'ost ausquiex l'on copoit la char morte ; car il breoient aussi comme femmes qui traveillent d'enfant. »
Vie de saint Louis par le confesseur de la reine Marguerite (HF. XX, 104) : « Et li benoiez Rois estoit si malades que les denz de bouche li hochoient et movoient. » — Cf. Vlnventaire des reliques du trésor de Saint-Denis dressé en 1634 (dans d'Ayzac, Histoire de r Abbaye de Saint-Denis^ II, 548) : « La mandibule monsieur Saint Louys roy de France tout entière défaillant à l'exception d'une dent ».
Sur l'épidémie scorbutique, cf. Laveran, Traité des maladies des armées, 1875, p. 478.
Section 5. — État maladif du roi depuis le retour de la
croisade.
§ 1. État cachectique consécutif aux maladies infectieuses contractées en Palestine.
1. Joinville (éd. Wailly, § 291) : u Nous ne mangiens nulz poissons en l'ost tout le quaresme, mais que bourbetes ; et les bourbetes manjoient les gens mors, pour ce que ce sont glout poisson. El pour ce meschief et pour l'enfermetei dou païs, là où il ne pleut nulle foiz goûte d'yaue, nous vint la maladie de l'ost, qui estoit teix que la chars de nos jambes sechoit toute, et li cuirs de nos jambes devenoit tavelés de noir et de terre, aussi comme une vieille heuse ; et à nous qui aviens tel maladie venoit chars pourrie es gencives, ne nulz ne eschapoit de celle maladie que mourir ne l'en couvenisl... »
§2. Année 1256, le roi malade à Senlis, d'une maladie non définie (Odonis Rigaudi archiepiscopi Rolhomagensis Visiialiones. HF. XXI, 578 : u 1255. Id. Julii. Apud Silvanectum, iibi dominus rex infirmabatiir »).
§ 3. Année 1259. Le roi gravement malade à Fontainebleau d'une maladie non définie. (Joinville, éd. Wailly, § 21 : « une moût grant maladie que il ot à Fonteinne-Bliaut... » — Od. Rigaud, Visitât. HF. XXI, 581 : « 1259. XII. kl. Maii. Recepimus litteras domini régis, continentes quod nos ad eumdcm, visis eisdem litteris, apud Fontem Bliaudi graviter aegrotantem, remoto impedimento quolibet, festinaremus; quod quidem, neglecta infirmitatis nostrae gravitate, fecimus tempestive, et apud Genevillam pernoctavimus ipsa die ; et ibidem alium nuncium habuimus specialem, nobis ejusdem domini régis litteras deferentem, per quas nobis remandavit quod ultra non progrederemur, quia ipse se alleviatum, per iDeigratiam, sentiebatetconvalescebat; et ibidem remansimus.
« X. kl. Maii. Tertio, habuimus litteras domini régis, continentes quod adeo infirmabatur quod valde sibi timebat de morte propinqua. Quibus visis, statim iter arripuimus ad eumdem, non tamen sine difficultate magna, cum adjutorio tam equorum quam currus festinando, et pernoctavimus Parisius ipsa die.
(( IX. kl. Maii. Apud Fontem Bleaudi ; et ibidem invenimus dominum regem lecto decubantem, per Dei gratiam satis in bono statu ».)
Le royal malade écrit à rarchevéque de Rouen « quoil adeo infirmabatur quod valde sibi timebat de morte propinqua ». En prévision de sa mort prochaine il va même jusqu'à donner à son héritier des instructions politiques (« Biau fiz, je te pri que tu te laces amer au peuple de ton royaume, car vraiment jeameroie miex que uns Escoz venist d'Escosse et gouvernast le peuple dou royaume bien et loialmenl, que tu le gouvernasses mal apertement. » Joinville, éd. Wailly, § 21).
§ i. Année 1260. Le roi malade à Creil d'une maladie non définie (Od. Rigaud, Visitât. MF. XXI, 584 : « 1260. VII. kl. Novembris. Licet proposuissemus ibidem, cum Dei adjulorio,
sanctam synodum celebrare, oporluit nosnoslrum propositum mutare, pro eo quod dominus rex mandavit nobis per suas litteras ut, ipsis visis, accederemus ad eum apud Kariolum ul)i infirmabatur. Quod quidem prœtermittere non audentes, dimissa majori parte nostrac familiae... et... ad dominum regem festinanter ivimus, ipsa die, apud Kariolum, ubi pernoctavimus eum paucis de familia nostra, sine hernesio nos-
tro
« Kl. Novembris. In festo Omnium Sanctorum, celebravimus magnam missam in monasterio fratrum Minorum, Domino adjuvante; et ibi infirmabatur dominus rex... »).
§ 5. Année VlQi. Le roi malade à Pont de TArche d'une maladie non définie (Od. Rigaud, Visitai., HF. XXI, 590 : « 1264. XII. kl. Januarii. Audito quod dominus rex infirmabatur apud Pontem Archae, visitavimus eum; et pernoctavimus apud Bonum Portum...
« IX. kl. Januarii. Celebravimus, per Dei gratiam, festum Natalis. Rex erat in villa... »).
Section 6. — Mort.
§ I . Départ du roi pour la huitième croisade le 16 mars 1270. A cette date l'état cachectique de saint Louis est tel qu'il ne peut même plus montera cheval. Joinville(éd. Wailly, § 737) : « Grant pechié firent cil, qui li loèrent Talée, à la grant flebesce là où ses cors estoit ; car il ne pooit souffrir ne le charier, ne le chevauchier. La flebesce de li estoit si grans, que il souffri que je le portasse dès l'ostelau conte d'Ausserre, là où je pris congié de li, jeusques aus Cordeliers entre mes bras. ))
§ 2. Arrivée devant Tunis le 17 juillet. La dysenterie, la fièvre pernicieuse, le typhus des camps déciment bientôt l'armée des Croisés. Le 3 août, apparition chez le roi du double
symplômc fÏLix US ventris et febris^ (L. Delisle, LUI. lai. 1890, p. 73. Lettre de Pierre de Condé à Mathieu de Vendôme, datée de Tunis, 21 août 1270 : « Reverendo in palri Christo ac domino suo spiriluali Mattli.,Dei gratia abbati Sancti Dyonisii in Francia, P. de Condeto, humilis ejus clcricus, quicquid polest servicii, rcveroncie et honoris. Audita vestra, non diu esl, per vestrum nuncium sanitate, Deo gratias referens, teste Deo modicum exulta vi. De me vero sciât vestra Reverentia quod usque ad confectionem presenlium satis sanus extili, Deo disponente... Ceterum sciât reverencia vestra quod maxima fuit caries victuahum in exercitu nostro, nec fere per unum mensem postquam appHcati fuimus potuerunt victuaha quecumque in exercitu venaha inveniri, nisi forte de rébus paucis nautarum val aliorum paucorum qui cum domino rege vénérant. Sed in sabbato et dominicain invencione beati Stephani [2 et 3 août] misit dominus in Sardoniam et Siciliam pro cibariis recentibus comparandis ; et die dominicas sequenti, scilicet in festo beati Laurencii [10 août], remissa fuit quedam navisde Sicilia que porcos attulit et gallinas. Preterea marinarii circa centum, cum quatuor militibus Cathalanis, die jovis ante Assumptionem [14 aoûf]^ in galeis exierunt ad quemdam locum in quo Saracenorum animalia pascebantur, et interfeclis paucis custodibus eorumdem, et uno eorum capto vivo, rapuerunt centum tam multones quam bidentes, et circa Ixx* tam boves quam vitulos quadraginta. Tune relevatus est multum exercitus noster, et pro cibariis recentibus convaluerunt
1. Guill. de Nangis, Vie de Saint Louis, (HF. XX, 457): » Moriebantur etiam plures fortes et jiivcnes in exercitu Christianorum, tam propter aëris ac terrœ intemperiem, quam propter ciborum sanorum defectum et aquœ dulcis penuriam, ahi febre acuta, alii fluxu ventris, et ahi diversis morl)orum generibus interfecti. Rex autem Ludovicus fluxus ventris, qui eum arripuerat, molestiam sentiebat; et Philippus €jus primogenitus quartanis febribus laborabat. Post modicum vero tempus rex Deo devotus, febre continua infirmatus, lecto decubuit. Qui sentiens si])i mortem imminere, convocato Philippo fiho suo primogenito, etc.. »
Vie de Saint Louis par le confesseur de la reine Marguerite (HF. XX, p. 120) : « Li benoiez rois... chei en griez maladies, cest a savoir en fièvres continue et en flux de ventre et jut malade trois semaines ou environ, »
aliquantulum infirmi, qui multi erant et adhuc sunt in exercitu. Et ut de minoribus taceam, dominum regem arripuit ({uidam fluxus, dominica predicta in inventione beati Stephani [3 août], nec erat sine febri, ut dicebatur. Eadem die, arripuit quedam febris dominum Pliilippum, et diu dubitatum fuit de utroque. Paulo ante arripuerat quedam febris eu m fluxu comitem Nivernensem, qui eadem die dominica expiravit. Quod et domino régi et fîUis suis celatum fuit usque ad octavum diem dominicam [10 août] ; sed tune ipsis per Dei gratiam convalescentibus, non tamen ad plénum, per fratrem Gaufridum de Bello Loco, ad instanciam domini régis, hoc eidem extitit revelatum. Qui more paternocondolens, dolorem tamen suum ut sapiens non ostendit. Carnes vero dicti comitis decocte fuerunt, sed ossa, ut moris est, conditain brevi sunt in Franciam deferenda. Dominus autem legatus die jovis antefestum sancti Laurentii [7 août] expiravit, et subrogavit sibi fratrem Bartholomeum de Curia, et missi sunt ad curiam Romanam dominus Fulco de Londeimo et magister Gaufridus de Templo, ad legatum alium, ut creditur, procurandum. Die vero mercurii post Assumptionem [20 août] mortuus fuit archidiaconus Parisiensis cancellarius noster, et in confectione presencium frater Guillelmus de Carnoto gerebat sigilium. Ouid plura ? De exercitu nostro moriuntur cotidie et mortui sunt infiniti. Super premissis autem, et super aliis que pretermisi, per magistrum Martinum, domini régis phisicum, sicut et per multos alios qui Galliam revertuntur, si placet, vestra poterit habere revercnlia nocionem. Valeat paternitas vestra in Domino, qui vos conservet ecclesie sue longiora per tempora. Actum in castris justa Cartaginem, die jovis post Assumptionem béate Marie virginis [2i août]). »
§ 3. Le 10 août l'état du roi s'améliore (cf. la lettre cidessus de P. de Condé, § 2 et Primat, ci-dessous'. — Le 17,
1. Primat, CJironique (IIF. XXIII, 51). 3 août 1270 : » Et le roy estoit forment grevez par le fluns de ventre, qui l'avoit pris la nuit devant; et Phelippe, son premier filz, estoit malade de fièvre ; et pour ce n'osoit nul parler de la mort de celi ; ne monseigneur Pierre, conte d'Alençon, filz du roy, ne voult pas demonstrer ceste piteuse mort à son père ne à son frère devant atant que il furent assouagiez de leurs
saint Louis peut encore donner des ordres relatifs aux mouvements des troupes*. — Aggravation de la dysenterie et de la fièvre.
Après avoir reçu l'extrême-onction, le roi eut un trouble de la parole qui se transforma en un mutisme absolu, lequel dura quatre jours, avec conservation intégrale de la conscience et de l'intelligence : « Li benoiez rois requist la derrenière onction, et fu ennuilié ainçois que la parole li faillist. Et ja soit, ce que il fust moût aggreve endementieres que len lennuilioit, si que il parloit moût pou haut; non pourquant, quant les autres disoient les siaumes endementieres que en lennuilioit, li benoiez rois mouvoit les lèvres. A la parfin il fu quatre jors que il ne parloit pas ; mes il avoit adonques bone mémoire, et tendoit ses mains jointes au ciel, et batoit son piz aucune foiz, et connaissoit les genz, si com il aparoit par les signes que il fesoit; et menjoit etbevoit, tout fust ce pou.
maladies. » — Id. ibid. (p. 52), 10 août 1270: « Le jour du dimenche ensuiant, que il fu feste saint Lorens, le roy commença à garir aucun poy de sa maladie ; et recordoit moult et complaignoit la maladife] de Jehan, son fdz, conte de Nevers, et demandoit moult forment à frère Gieffroy de Biaulieu comment il li estoit. Le frère estoit de l'ostel du conte de Nevers, et estoit adonques en la présence du roy; et li dit que il voulsist moult savoir la vérité comment il li estoit, car il en estoit trop malement en double. Et adonques commença frère GofTroy à plourer moult tendrement et à souspirer trop fort; et aprez, li dist toute la vérité de la mort du conte de Nevers, son filz. »
1. Primat, Chron. (IIF. XXIIl, 60). 17 août 1270 : « Le dimenche ensuivant, c'est assavoir l'endemain de la feste de l'Assumption Nostre Dame la Vierge Marie, les Sarrazins s'assemblèrent pour assaillir aussi comme il avoient acoustumé, et vindrent quant les serjans du roy estoient encore séanz au disner. Et adonques aucun des noz qui virrent que chascun jour il vegnoit à demeurer. Etadon- ({ues Tost fu tout esmeu, et en ce point messire Pierre le Chambellenc retoiu'noit des champs, qui estoit allé vcoir tout desarmé la contenance des Sarrazins. Et s'en couru au roy, qui estoit encore moult feible pour sa maladie, et li dist tout ce qu'il avoit veu. Et tantost le roy commanda que sa bataille et toutes les autres fussent tantost armées et issisent hors des tentes, et que les batailles ordenées courussent sus les anemis aveuques sages conduis et meneurs qui allassent devant les batailles ; et il fu ainsi fait comme le roy l'avoit commandé. '>
et fesoit signe de sa main quant il ne voloit nule chose, si comme font cil qui aucune chose desirrent. » ( Vie de Saint Louis par le confesseur de la reine Marguerite. HF. XX, p. 121.)
Ce mutisme ne cessa que la veille de sa mort, lorsque lui fut apporté le Saint-Sacrement; son confesseur, Geoffroy de Beaulieu, trouva le roi à genou, les mains jointes, devant son lit : « Et le jour du dyemenche, le jour prochain devant s^ mort, frère Giefroy de Biaulieu li porta le cors Jhesu-Crist ; et com il fust entré en la chambre en laquele li benoiez rois gesoit malades, il estoit hors de son lit a genouz a terre, a mains jointes devant son lit, ou il se confessa audit frère et reçut Nostre-Seigneur. Et einsi en la nuit devant le jour que il trespassast, endementieres que il se reposoit, il souspira et dist bassement : 0 Jérusalem ! o Jérusalem! » {Vie de Saint Louis par le confesseur de la reine Marguerite. HF. XX, p. 121.)
S'agit-il là d'un mutisme morbide produit sous le coup de l'émotion causée par l'extrême-onction, et disparaissant sous l'influence de l'émotion due à l'apport du Saint-Sacrement?
Mort du roi le lundi 25 août^
1. Vie de Saint Louis par le confesseur de la reine Marguerite HF, p. 121) : a Et eu jour du lundi, lendemain de la Saint Bertelemi, li benoiez roi tendi ses mains jointes au ciel et dist : Biau Sires Diex, aies merci de ce pueple qui ici demeure, et le condui en son pays, que il ne chiee en la main de ses anemis, et que il ne soit contreint a renier ton saint non. Et après ce un pou de tens, icelui benoiet roys dist ces paroles en latin : Père, je commant mon esprit en ta garde. Et quant il ot ce dit, il ne parla puis ; mes un pou de tens après trespassa de cest siècle a Nostre-Seigneur, lendemain de la feste du benoiet apostre saint Bertelemi, en lan de grâce mil deux cens sexante et X, entour leure de nonne, en laquele li fiuz Dieu Jhesu-Crist mourut en la croiz pour la vie du monde, auquel toute loenge est, enneur et gloire par les siècles perdurables. Amen. »
Primat, Chron. (IIP. XXIII, 58) : (( Le roy de France, si comme il est dit par dessus, estoit forment malade de fièvre et de flun, et fu si grevé de maladie que la nuit du samedi devant dit les médecins furent du tout désespérez de sa garison. Et environ celle mienuit, il fu oint de la derrenière onction de frère GiefTroy de Biaulieu ; et au malin, par la volenté de Dieu, la fièvre s'alenti un poy, si que il reprist son esperit. Et jà soit ce que moult souvent et un poy avant
Section 7. — Femme de Louis IX.
§ 1. Marguerite de Provence (1219-1295, cf. Boutaric, Marg. de Prov. dans Bévue des Ouest, hist. 1867, III, 430) fille de Raimond Bérenger V, comte de Provence, et de Béatrix de Savoie. Épouse (1224) Louis IX roi de France.
§ 2. Anamnèse héréditaire [paternelle). Raimond Bérenger V (1198-1245) :
A. État somatique. Pas d'autre renseignement que celui de la vigueur du comte. Mathieu Paris (éd. Luard, III, 335) : « Eratautem ille praedictus comes vir illustris et in armisstrenuus ; sed per praelia continua fere quicquidhabuitex aerario ventilavit. » — Mort à l'âge de quarante-sept ans.
B. Etat psychique. Normal. Giovanni Villani (éd. Dragomanni, I, 315) : « Signore fu savio e cortese, e di nobile stato, e virtuoso, e al suo tempo fece onorate cose, e in sua
il eust receu le corps Nostre Seigneur Jhesu Crist, il requist que on li aportast Celi de qui il estoit porté et soustenu. Et adonques il se sourdi contre son très noble Créateur et issi de son lit, et vesti sa chemise et son mantel dessus, et puis dist son confileor à très grant dévotion si comme il avoit accoustumé, et encore à grcigneur, et bâti sa poitrine, et reçut son Sauveeur à lermes et à pleurs. Et quand il ot ce fait, il fu en travail de sa fièvre plus fort que il n'avoit accoustumé, toute celle nuit et le jour ensuivant.
(( Le lundi ensuivant, une gahe vint au port environ l'eurc de prime, qui estoit au roy de Cecille, et cil qui Tamenoient distrent que le roy de Secile vendroit, li et ses nez et ses galies, environ l'eure de nonne. Et les chambellens si portèrent celle nouvelle au roy le plus tost que il porent, et cuidièrent que par si joieuses nouvelles il fust aucun poy allegié de sa maladie et de ses doleurs. Et le roy ouvri les yeux quant il li distrent, et dient que il commença à rire ; mais il estoit jà si prez de la mort que il ne povoit son courage acliner à nulle leesce. Et que plus ? Si comme cil qui menoient la galie avoient dit du roy de Secille, ainsi avint; car il vint au port de Thunes h l'eure de nonne, et il avoit esté avant tant desirré de touz. El si comme il hastoit de descendre de la nef, la très felonncssc et hardie Atropos ne doubla pas rompre en nulle manière et le fil et la vie du très noble roy des Frans. »
iOG PATHOLOGIE MENTALE.
corte usarono tutti i gentili uomini di Proenza e di Francia e Catalogna per la sua cortesia e nobile stato, e moite cobbole e canzoni provenzali di gran sentenzie fece ».
G. Mort. Pendant un voyage de sa femme Béalrix en Angleterre (1244), le comte de Provence est subitement frappé {irremediabili morbo perciissum) et meurt quelques mois après, le 19 août 1245. Mathieu Paris (éd. Luard, IV, 284): « Becedit ah Anglia comiiissa Beatriœ. Tanti igitur convivii sollempnitate compléta, rcx, comitante dicta comitissa B[eatrice], cum aliis multis nobilibus Angliae et Provinciae utriusque sexus, instante festo Circumcisionis, Londoniam properavit, ut ibidem in praesentia et conspectu Provincialium sollempnizans festivitatem sancli Aedwardi miro apparata celebraret. Oua peracta, memorata comitissa versus mare lora dirigens ad partes nativas remea vit ; rege, cum numerosa regni multitudine, officiose usque ad miris litora pedetentim comitante. Sed antequam navem comitisseapud Doveram ascendisset, ne aliquando mundi prospéra non admisceantur adversis, occurrerunt ei lugubrium rumorum portitores, nuntiantes Reimundum comitem Provinciae maritum suum, irremediabili morbo percussum, solum expectare sepulchrum; qui in omni tribulatione efficax Romanae ecclesiae praestitit subsidium, imperatori nocumentum procurando. Ouod cum audisset dominus rex, inconsolabiliter dolens, quod potuit in precibus et elemosinis, Dei misericordiam pro eo interpella vit. ))
Une variante de IMalhieu Paris (Luard, IV, 284, note 1) donne « insanabili morbo languentem ».
La maladie du comte étant innommée et la symptomatologie faisant défaut, toute hypothèse sur la nature de l'airection nous est interdite. On peut noter seulement Lâge du malade (quarante-sept ans), — la soudaineté dudébut (morbo percwssMs), — Tétat de langiior subséquent (insanabili morbo languentem)., — rincurabilité de la maladie reconnue aussitôt que celle-ci eut fait explosion {irremediabili morbo percussus)^ — la forme subite de la mort (Ann. S. Victoris, Mon. Germ.S.XXlU, 5). — A titre de simple rapprochement, on peut ajouter que ce vague tableau symptomatique est précisément celui que nous offrent trop souvent les chroniqueurs du moyen âge quand ils
sont en présence d'affections où interviennent les syndromes de paralysie ou d'apoplexie.
§ 3. Anamnèse héréditaire {maternelle) : Anamnèse collatérale. Pas de renseignements pathologiques.
§ 4. Anamnèse personnelle :
A. Etat somatique. Pas de renseignements biologiques sur la reine Marguerite, morte à soixante-seize ans.
B. État psychique. Sur « l'ambition maladive » (Langlois) et le caractère despotique et autoritaire de la femme de saint Louis, cf. Boutaric [Bévue des Ouest, hist. 1867, III, 4:20), — Lecoy de la Marche [Société française au XII P s., p. 223), — Ch.-Y. Langlois [Saint Louis^ p. 169).
On sait que du vivant de saint Louis et à son insu, cette mère ambitieuse fit secrètement signer à son fils Philippe le Hardi (alors âgé de dix-huit ans) l'engagement écrit de rester sous sa tutelle et de n'agir sur le trône que par sa volonté jusqu'à l'âge de trente ans. Sur les instances de saint Louis, Urbain IV, par une bulle spéciale, dut relever le jeune prince de cette imprudente promesse (Langlois, Philippe III, p. 5 ; — Boutaric, /. c, p. 420).
Saint Louis, qui redoutait l'ambition de Marguerite, la maintint systématiquement à l'écart des affaires publiques (Langlois, Philippe III, p. 33). En partant pour la croisade do 1270, il évita môme de confier la régence à sa femme et institua, à sa place, deux régents, Mathieu de Vendôme, abbé de Saint- Denis, et Simon de Nesle. Sur le degré d'indépendance que saint Louis laissait à la reine, cf. Joinville (§§ 630, 631) : « De ce péril, dont Diex nous ot eschapez, entrâmes en un autre ; car li vens qui nous avoit flatis sur Chypre, là où nous deumes estre noie, leva si forz et si orribles, car il nous batoit, à force sur l'ille de Cypre ; car li marinier gelèrent lour ancres encontre le vent, ne onques la nef ne porent arester tant que il en y orent aporlei cinq. Les parois de la chambre le roy convint abattre, ne il n'avoitnulli leans qui y osast demourer, pour ce que li vens ne les enportast en la mer. En ce point li connestables de France, messircs Giles li I>runs, et je, estiens couchié en la chambre le roy ; et en ce point la royne ouvri
l'huis de la chambre, et cuyda trouver le roy en la seue. Et je li demandai qu'elle estoit venue querre : elle dist qu'elle estoit venue parler au roy, pour ce que il promist à Dieu aucun pelerinaige, ou à ses sains, par quoy Diex nous delivrast de ce péril là où nous estiens ; car li marinier avoient dit que nous estiens en péril de naier. Et je li diz : « Dame, prometés la voie à mon signour saint Nicholas de Warangeville [Saint Aicolas du Port, département de Meurthe-et-Moselle], et je vous suis pièges pour li que Diex vous ramenra en France, et le roy et vos enfans. — Seneschaus, fist-elle, vraiement je le feroie volen tiers ; mais li roys est si divers que se il le savoit que je l'eusse promis sanz li, il ne m'i lairoit jamais aler. »
Section 8. — Rapport des deux facteurs.
§ 1. Mariage consanguin. Marguerite étant parente de saint Louis au quatrième degré, le pape accorda une dispense aux futurs époux le 2janvier 1234 (Rainaldi ann. 1234, art. 16).
Alphonse "VII roi de Castille.
Sancho do Castille.
Sancia de Castille, ép. Alphonse d^ Aragon.
Alphonse VIII de Castille, ép. Eléonore d^ Angleterre.
Alphonse II d'Aragon et
de Provence ■]- 1209,
ép. Garsende de Forcalquier
Blanche de Castille, ép. Louis VI II de France.
Raymond Bérenger V,
ép. Béalrix de Savoie.
Saint Louis.
Mareruerite de Provence.