‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 145 sur 183 · Partie II Charles V, (///le Sage, roi de France · texte numérisé non relu

Partie II Charles V, (///le Sage, roi de France

Section 1 . — Anamnèse personnelle.

§ 1. Antécédents physiologiques.

Erreur générale des historiens qui transforment tous le Dauphin en jeune homme cacochyme ^ — s'appuyant à tort sur le portrait (tracé par Christine de Pisan) de Charles V mourant, alors que Christine elle-même prévient le lecteur qu'elle laisse de côté la période de la jeunesse du roi ^ Que

1. Michelet [Hist. de Fraiice, V, i, 13) : « Charles était né vieux; il avait de bonne heure beaucoup souffert. De sa personne il éXaii faible et malade. 11 ne chevauchait guère, mais plus se tenait h Yincennes, à son hôtel de Saint-Paul... »

u Le Dauphin [au moment de la bataille de Poitiers] était faible^ pâle, chétif; il n'avait que dix-neuf ans. »

Lavallée [Hist. de Fr. ii, 53) : « Faible de corps et de caractère, il ne parut Pépée à la main qu'aux champs de Maupertuis et depuis cette honteuse journée, etc.. »

Corréard {Hist. de France, p. 43) : « Le Dauphin Charles était un jeune homme de dix-huit ans, grand, pâle, Pair maladif: il avait peine à tenir une lance et n'avait pas de goût pour la guerre. »

V. Duruy {Hist. de France, revue sous la direction de La visse, 1892, p. 98): « Faible et maladif, il vivait renfermé dans son hôtel Saint- Pol. La faiblesse de sa constitution, etc.. »

2. Christine de Pisan, p, 213: « Administracion de nourreture et estât luy fu baillié si notablement comme droit et noble coustume requiert à telz royaulx cnfens : de laquelle chose grant narracion

dire de riiistorien qui dépeindrait le Bonaparte de Brienne ou d'Arcole d'après le cancéreux de Sainte-Hélène ?

Christine de Pisan, 222 : « Ci dit la phisionomie et la corpulence diiroij Charles. Or me plaist deviser, et raison m'y instruit, la phinozomie et personne du susdit noble sage prince.

« De corsage estoithault et bien formé, droit et lé par les espaules, et haingre par les flans; gros bras et beaulx membres avoit si correspondens au corps qu'il convenoit, le visage de beau tour un peu longuet, grant front et large, avoit sourcilz en archiez, les yeuls de belle forme, bien assis, chasteins en couleur, et arrestés en regart ; hault nez assez, bouche non trop petite, et tenues lèvres ; assez barbu estoit, et ot un peu les os des joes hauls, le poils ne blont ne noir, la charneure clere brune ; mais la chiere ot assez pale, et croy que ce, et ce qu'il estoit moult maigre, luy estoit venu par accident de maladie et non de condicion propre. Sa phinozomie et façon estoit sage, attrempée et rassise, à toute heure, en tous estas et en tous mouvemens ; chault, furieus en nul cas n'esloit trouvé, ains agmoderé en tous ses fais, contenances et maintiens, tous telz qu'appertiennent à remply de sagece, hault prince. Ot belle aleure, voix d'omme de beau ton : et avec tout ce, certes, à sa belle parleure tant ordenée et par si belle arrengé sans aucune superfluité de parolle, ne croy que rethoricien quelquonques en lengue françoise sceust riens amender. »

§ 2. Motilité. Marche et équitation régulièrement pratiquées jusqu'en 1378 \ — Chasse au faucon : Mandements de Char-

faire n'est mie neccessaire, ne au propos singulier où je veuil tendre, qui n'est fors seulement traictier de ce qui touchera ses vertus et estât en sages et bonnes mœurs et autres particularités, lesquelles sont assez sceues par le commun ordre du nosble estât royal de France ne seroyent fors prolixitez non neccessaires, si me passeray de son enfance assez legierement ; par l'exemple que nous véons es escriptures de tous les plus notables passez, n'estre escript de leur juene aage, fors comme chose apocriphe et sans grant foy. Et aussi pareillement n'est à mon propoz et ne quier faire grant narracion sur les fais de l'adolescence dudit roy. »

1. Grandes Chron., VI, 328. Année 1371 : « Le mardi, quart jour du moys de mars ensuivant mil trois cens soixante-dix dessus dit, mourut madame Jehanne d'Evreux... et le roy aloit après le corps,

les V p. p. Delisle, n° 1624. Février 1377 : « lxxii frans bailliez pour faucons, que fait avons nagaires achetter. » — Chasse

dès sa maison de Saint-Pol dont il issi par Tuys de la conciergerie dudit hostel, quant le corps passoit, jusques à Nostre-Damede-Paris : et là furent dites vigiles de mors le roy présent. Et l'endemain jour de lundi, fu la messe chantée de Requiem en ladite église par Tevesque de Paris. Et tantost après ladite messe, le roy ala disner enl'ostel dudit evesque, et assez tost après disner fu porté ledit corps au lonc de la ville de Paris, par la manière que il avoit esté le jour précédent, le roy alant à pié après, jusqu'à la Bastide St-Denis ; et là monta à cheval, et convoia ledit corps jusques à Saint-Denis là où son obsèque fu fait l'endemain jour de mardi. »

Christine de Pisan, p. 324: « L'esglise Saint Denis en France, auquel glorieux saint avoit grant dévotion, visiloit souvent ; et aux festes de cette église, à grant devocion, aloit à la procession avec les barons et les roynes qui lors vivoyent. » [(( Les Roynes qui lors vivoyent », c'est-à-dire Jeanne d'Evreux, morte en 1371, — Jeanne de France, morte en 1373, — Jeanne de Bourbon, morte en 1378.]

Christine de Pisan, p. 222 : « L'acoustumée manière de chevauchier estoit de notable ordre : à très grant compaignie de barons et princes et gentilz hommes bien montés et en riches a bis, luy assis sur palefroy de grant eslitte, tout temps vestu en abit royal, chevauchant entre ses gens, si loing de luy par telle et si honorable ordonnance que par Taorné maintien de son bel ordre, bien peust sçavoir et cognoistre tout homme, estrangier ou autre, lequel de tous estoit le roy. »

Jehan le Bel, C/iroAi. (éd. Polain, I, 218) :« En ce temps vint l'empereur Charles en la cité de Mez à grande compaignie, et avoit là fait

mander tous les barons et seigneurs et prélats d'Alemaigne Et

sy y tint si haulte court au jour du Noël, qui fut l'an de grâce mil CGC et LVII qu'on n'avoit oncques veu tenir si grande à roy d'Alemaigne... A celle feste vint moult noblement le duc de Normendye, filz aisné du roy de France et filz de la seur de l'empereur, à tout grand compaignie et noble de Françoys... »

il/a/if/emen^s de Charles V, p.p. L. Delisle, n" 143, 12 décembre 1364: « ... C'est assavoir pour un gris courcier que nous avons achetté vii"^ frans. »

Christine de Pisan, p. 222 : a Ci dit comment le roy Charles se contenoit en ses chasteaulx: Aulcunes fois avenoit, et assez souvent ou temps d'esté, ([ue le roy aloit esbatre en ses villes et chasteauls hors de Paris, si comme à Meleun, à Montargis, à Créel, à Saint- Germain en Lave, au bois de Vincencs, à Beauté, et mains autres lieux; là, chaçoit aucunes foizet s'esbatoit pour la santé de son corps, desireus d'avoir doulz et attrempé. »

Mandements de Charles V, p. p. L. Delisle, n° 891. Maubuisson lez

à courre (le plus violent de tous les sports): Mandements de Charles V (p. p. Delisle, n° 69). Août 1364. « Anostreamé escuier Jehan de Courguilleray, maistre de nostre vénerie, pour le gouvernement de noz chiens et lévriers pour le cerf. » Id. ibicl. n° 70. Août 1364 : « Comme nous vous aions mandé par nos autres lettres que, pour paier les gaiges des gens de nostre vénerie et pour paier les despens de nos chiens, vous baillissés et délivrissiés la somme de deux cens frans, dont vous n'avez rien fait... Nous vous mandons et commandons expressément que tantost et sans delay, toutes excusacions cessans, vous baillez et délivrez à nostre bien amé escuier Jehan de Courguilleray, maistre de nos deduiz... » Id. ibid. n° 1429. Août 1377 : « Cent frans à nostre amé veneur Thirant de Thibeauviller, pour acheter chiens et autres choses pour le fait de nostre vénerie. »

— Guerre. A Poitiers, en 1356, loin d'être le lâche dépeint par tous les historiens *, Charles montra la plus grande bra-

Pontoise, 7 juin 1372. (( ... A Nicolas de Soissous pour plusieurs parties de pelleteries qu'il a délivrées pour nous et de nostre commandement, c'est assavoir pour nous un manteau à fons de cuve à parer xii*' ventres ; pour la cote hardie à chevaucher iiii'" ventres ; pour les manches lxxv ventres; pour le chaperon vu'"' X ventres. »

Id. ihid., n° 1302. Paris, 23 décembre 1376. « A Raoul de Segrie

notre tailleur de robes Iterii, V aulnes de pers lonc de Broisselle,

pour faire un maiitel à chevauchier pour nous, II frans et demi l'aulne... »

1. Michelet [Ilist. de France, 1. VI, ch. m, p. 250) : « Il n'y avait pas à espérer grand'chose du Dauphin. On ne le connaissait que pour avoir donné à la bataille de Poitiers le signal du sauve-qui-peuL »

Henri Martin {Hist. deFr.,t. V, p. 493) : « Le Dauphin Charles et deux de ses frères tournèrent le dos suivis de 800 lances. Seul, le jeune duc Philippe, bien différent de ses frères, ne quitta pas le Roi. »

Lavallée {Hist. de Fr., t. II, p. 35) : <( Le Dauphin Charles, /)c7/' sa lâcheté, avait été l'une des causes du désastre de Poitiers ; il s'enfuit Jusqu^à Paris... »

H. Bordier, archiviste paléographe, et E. Charton [Hist. de Fr., t. I, p. 438) : « La manière dont le Dauphin Charles avait quitté le champ de bataille est toujours restée comme une tache sur sa mémoire. »

Guizot {Hist. de Fr., 1874, t. II, p. 129) : « Le Roi Jean... fut délaissé avant la fin de Faction par le Dauphin avec son corps de troupes...

CIIAHLKS V. 531

voure ' (Voir rédition de Xangis, de Géraud, II, 240, la noie de Lacabane sur la valeur militaire de Charles). Christine de

Malgré sa retraite peu glorieuse à Poitiers, Charles prit le titre de lieutenant du roi »

V. Duruy [Hlsl. de France remaniée sous la direction de M. Lavisse, 1892, p. 97) : « Sa conduite [avant son avènement] n'était pas de nature à inspirer de bien g-randes espérances. Comme homme de guerre, il s'était tristement montré à Poitiers, où il avait fui un des premiers. »

Lemonnier, « Scholae Chartarum olim alumnus )> [De ministris cuhiculi in hospitio Régis Caroli Quinti, 1887, p. 10) : « Neque patris neque avi militarium rerum inane studium mutuatus, imo vero à Marte ahhorrens... »

1. Chronique des quatre premiers Valois^'ç. p. S.Luce, p. 53 : « Adonc ala combatre la bataille au duc de Normendie aux Angiois, et la vindrent assaillir les Ang-lois en la dessus dicte place et les Gascons. Et là ouït la plus merveilleuse bataille, la plus dure et la plus mortel des autres, et grant occision ouït d'une part et d'autre.

Et fit aler le prince sa bataille sur la bataille au dit duc de Normendie, et de sa bataille mist le dit prince sept cens archiers armez derrière ses gens d'armes qui tiroient enmy le viz des Normans, qui moult fort les grevoit. »

Id., ibid., p. 54: « Alors fut la bataille au duc de Normendie prez de la bataille du prince et de toutes ses deux autres batailles, lesquelles estoient toutes ensembles sur la bataille au dit duc de Normendie tant qu'ilz la firent reculer et qu'ilz s'en retrairent en la bataille du roy. Moult estoit merveilleuse chose et espuantablc à ouir la frainte des chevaulx, les criz des blechiés, le son des araynes, des clerons et des criz des enseingnes. La frainte et la noise estoit oui/e de plus de trois lieues loing. Et moult estoit grant douleur à veoir et regarder que la tleur de toute noblesse et chevalerie du monde se mettoit ainsi à destruccion, à mort et à martire tant d'une part que d'autre. Jehan roy de France qui moult estoit plain de grant hardement et de très grant courage, adrecha alors sa bataille à celle du prince de Galles. »

Chronique des quatre preniiers Valois, éd. Luce, p. 'iG : « Ains (pie le roy fut prins, ({uant il aperçut que la bataille estoit doubteuse, il manda à son ainsné filz Charles duc de Normendie que, sur quanque il amoit et doubtoit, il se retraist à Poitiers, combien que moult envi/s le feist. Mais il convinst cjuil obeist à son père, comme raison estoit. »

Contin. de Nangis (éd. Géraud, l. II, p. 240) : u Viriliter se defendens et multos occidens, dominus rex Franciae .lohannes captus est ab Anglicis. Quod videns primogenitus ejus Karolus dux Normanniae, cum omnibus suis qui secum in armis aderant, dimisit praelium

Pisan, qui confirme cette combativité naturelle, dit qu'elle prit brusquement fin en 1365 à la suite d'une maladie qui laissa au roi l'impotence fonctionnelle du bras droit.

Christine de Pisan, p. 244 : « Comment le roy, par son se/zs, moult conquestoit en ses guerres^ nonobstant nij alast ; et la cause pourquoi n'y aloit : Mes, pour ce que aucunes gens pourroyent contredire à mes preuves de la chevalerie de cestui roi Charles, disant que recréandise ou couardie luy tolloit que luy en propre personne n'aloit comme bon chevalereux aux armes et faiz des batailles et assaulx, ainsi que firent son ayol le roy Phelipe, et son père le roy Jehan, et ses autres prédécesseurs; à ceulx convient que je responde vérité manifeste et pure au sceu de toutes gens.

« Que par recréandise n'alasten personne aux armes de ses guerres, n'est mie; car ou temps qu'il estoit duc de Normandie, ains son couronnement, avec son père le roy Jehan maintes foiz y ala ; et aussi, luy seul chevetaine de grans routes de gens d'armes, fu en pluseurs besongnes bonnes et honorables, à la confusion de ses ennemis.

« Mais, depuis le temps de son couronnement, luy estant en

fleur de jeunece, ot une très grieve et longue maladie, à quel

cause luy vint je ne sçay ; mais tant en fu affoiblis et débilité,

que toute sa vie demoura très pale et très maigre, et sa com-

plexion moult dongereuse de fièvres et de froidure d'estomac ;

et avec ce, luy remaint de ladicte maladie la main destre si

enflée, que pesant chose luy eust esté non possibleà manier ; et

convint, le demeurant de sa vie, user en dengier de medicins. »

En 1365, nous voyons pour la dernière fois Charles V faire

garnir sa masse d'armes *.

§ 3. Nutrition. Pas de renseignements.

et recessit ; et alii duo fratres sui similiter, videlicet dux Andegavensis et cornes Pictavensis filii régis. »

1. Mandem. (p. p. DeUsle, n° 188. 1" mars 1365) : Charles V «ordonne de faire payer la somme de quatre cens frans d'or à nostre amé escuier de nostre corps et maistre de nostre escuierie Marcelet du Mesgnil, pour faire garnir nostre espée, nostre bacinet à couronne, nostre mace et pluseurs autres menues choses appartenantes à nostre harnois . »

CHAULES V. 533

§ 4. Sijstème nerveux. Fonctions sensorielles : — 1. Vision. Pas d'autre renseignement (en dépit de la rhétorique de Siméon Luce*) sur Tétat de la vision chez ce petit-fils de Taveugle Jean de Bohême (cf. ci-dessus, p. 497, § 1) que celui de l'Inventaire du mobilier du roi -. — '1. Audition. Sur la sensibilité musicale de Charles :

Chrisline de Pisan, 1. III, ch. x, p. 280 : « De musique qui esl la science des sons accordés par notes minimes, le Roy Charles enlendoit tous lespoins si entièrement que aucun ne luy peut estre mucié. »

Id. ibid., 1. I, ch. xv, p. 221 : « Environ dix heures, asseoit à table. Son manger n'esLoit mie long... et à Texemple de David, instrumens bas, pour resjoyr les esperis, si doulcement joués comme la musique peut mesurer son, oyoit volontiers à la fin de ses mangiers. »

Id. ibid., 1. I, ch. xxxii, p. 235 : « Cestui Roi celebroit les festes de sains en service mélodieux de chant, dont il avoit souveraine chappelle,iaquelle il tenoit richement de toutes choses et à chantres, musiciens, souverains et honorables personnes. »

Mandements de Charles V p. p. L. Delisle, n° 1721 : « Paris, 19 mai 1378. L frans donnez à Hanse, nostre ménestrel de viele. ^)

Id. ibid, n° 1656, 8 mars 1377 : «Cinquante frans donnez à Jaquet, nostre ménestrel de guisterne, et cinquante frans donnez à noz deux petiz menestrelz, pour les bons et agréables services qu'il nous ont faiz et font continuelment. »

Id. ibid., n° 1561, 23 décembre 1377 : « A Hanse nostre ménestrel de vielle xxx frans pour acheter une sainture d'argent, \v frans à noz petis menestrelz pour faire rappareiller leurs çaintures... »

Relation anonyme de la mort de Charles V p. p. Hauréau {Notices

1. S. Luce, La France au XIV^ siècle, 2« série, p. 40: « Le silence des vastes forets avait une voix secrète qui parlait à son àme, et les reflets changeants de la lumière sur un tapis de frais gazon ou sur le miroir d'une onde transparente charmaient ses regards. On peut ajouter que ce souverain du moyen âge n avait point attendu les grands paysagistes de notre siècle pour se plaire aux capricieux méandres, où l'Oise et la Marne se jouent si mollement à travers les plus doux sites de l'Ile-de-France avant de porter à la Seine le tribut de leurs eaux. »

2. Labarthe, Invent, du mobilier : <( 1919. Item, deux béricles, dont l'un a le manche de boys.

2205. Item, ung béricle ront, plat, environné de corne noire.

2706. Item, ung béricle ront, plat, enhanté en une queue d'or longue, et a sur le manche une dame, et ung fruitelet d'un bouton ynde et une perle d'Escosse ; pesant cinq onces sept estellins obole. »

o34 PATHOLOGIE MENTALE.

et Extraits des Mss. de la Bihl. Nat. 1886, t. XXXI, 2« P., p. 5) : « Sed cum quacumque parte corpus laesum et confractum verteretur, nec requiem inveniret, pro consolatione spiriluali ad organa dulces sonos et Dei laudes modulantia se convertit. »

§ 5. Fondions génésiques. Marié à treize ans, Charles fit-il preuve de la précocité sexuelle de son père Jean le Bon (cf. ci-dessus p. 476, sect. 2. § 2) ? Nous l'ignorons. Période de libertinage inconnue des historiens (^Christine de Pisan, p. 213 : « Cy dit de jeiinece du roi] Charles et comment c est gran péril quant administracion de bonne doctrine nest donnée aux enfens des princes : Pour touchier la vérité^ j'entends que jeunece, par propre voulenté menée plus /^e/^yerse que à tel prince n'appartient, dominait en lui] en celluy temps. ») qui a dû commencer chez le Dauphin (quoique marié) A^ers l'âge de quinze ans, à en juger par l'âge des deux bâtards que les contemporains lui prêtent (le bailli de Rouen, Oudart d'Attainville S — et le fameux ministre de Charles VI, Jean de Montaigu -. On sait que le Dauphin Charles en 1363 portait les

1. P. Cochon, Chron. Normande (éd. Beaurepaire, 136) : « En l'an mil. ccc.lxxj., il avoit à Rouen, en Normandie, .j. arclievesque, frère au compte d'Alenchon, nommé Philippe d'Alenchon, lequel estoit .j. bon prodomme et chaste et soutenoit au fort à garder les libertez et franchises de sainte église à son povoir. Et, en ce temps, [regnoit] le roy Charles de Vallois, lequel envoya à Rouen .j. bailly nommé Oudart d'Atainville. Aucunz disoient qu'il estoit son filz de hast, n

2. Journal de N. de Baye, I, 291 : « Samedi XIX'^ Jour d'octobre [1409]. Ce jour, au vespre, ont esté apportées nouvelles à Troyes que messire J. de Montagu, chevalier et grant maistre d'ostel du Roy nostre Sire, homme de basse corpulence, maigre à peu de barbe, legier et apert, hatif en langage, ynel, subtil et diligent, aagié de L ans et plus,... par avant notaire du Roy, et filz comme Ven disoit, lequel messire J., par affection ou souffrance et simplece du Roy et des seigneurs de son sanc royal, avoit eslé élevé en telle auctorité et eminence qu'il avoit en son temps gouverné toute la maison du Roy et de la Royne et de monseigneur le Dauphin, esté souverain sur les finances du Roy, lequel non pas seulement en Tostel desdiz seigneur et dame, mais des seigneurs oncles et cousins du Roy, avoit moult grande auctorité, et par especial en l'ostel du duc de Berri estoit devant tous autres, et tant qu'il estoit le premier et principal ou Conseil du Roy et qui avoit ses ij frères, Tun arcevescjue de Sens et pre-

GIIAllLKS V. 535

armes parlantes « K + (^{jgt^e -\- aile » de rilalionne Bietle Cassinel, mère de Montaigu (cf. Bibl. de lEc. des Charles, S" série, t. JII, p. '253, et Jlisl. /illëraire, XXII, 513).

Cette vie de débauches prend fin avec l'accession au trône de Charles V, alors âgé de vingt-sept ans. (Christine de Pisan, p. 21 9 : «Le sage roy, jugiantet congnoiscentles fols delisestre perjudiciables, dampnables et hors ordre de famé deue à digneté et trosne royal, désirant de laissier des choses basses et tendre aux haultes béatitudes; délaissant en jeunes jours les abis jolis, vagues et curieus, lesquels jeunece lui avoit ainçois amonnestés, prist abit royal et pontifical, sage et impérial, comme affiert à tel dignité; et avec ce, par Texemple de l'Escripture, qui dit: « Si ton œil te scandalise, si Toste de toy », pour oster toute folle mémoire, chaça d'environ soy tous les fols procureurs, amenistrateurs et annonceurs de folles jueuneces passées, où yceulxllateurs le souloyent instruire et conduire au gré de sa jeune plaisance.

« Et ainssy le sage prince, sanz user de simulacion, soubs vesteure faincte, certainement tourna ses meurs en tous vertueux offices. )))

sident de la Chambre des Comptes et estoll esperence qu'il seroit chancellier de France, et l'autre e\es({ue dc^ Paris et cliancellier du duc de Berry, et qui avoit marié ses enfans si hautement, comme son filz de l'aage de x ou xj ans à la fille de messire Charles de Lebret, cousin germain du Roy et connestable de France, Tune de ses fdles au conte de Roucy etde Brenne, et l'autre fdle aufdzdudit concstable, lesquelx filz et fdles dudit Montagu estoient de la fdle feu messire Estienne de la Grange, jadis président au Parlement, sa femme, et qui avoit accjuiz moult de terres en divers lieus de ce royaume, et avoit fait faire un chaslel nommé Malcoussis, près de Paris, à viij ou ix lieues, de moult merveilleux édifice, avoit aussi en moins de ij ans édifié et fondé un couvent de Celestins près dudit chaslel, si bien ordonné en toutes manières que c'estoit merveille, comme Ten disoit, et avoient cousté lesdiz chastel et couvent ])lusde ij*^ mil frans; et lequel Montagu estait si élevé que quasi nulles fois, lui venant à la Court de Parlement, n'ostast son chaperon de .sa teste, non pas devcnf le Roy, icellui Montagu fu prins, lundi ot viij jours entre S^ Victor et Paris, mis ou Chastellet du Petit Pont, et juedi derrien passé fu ledit Montagu environ x heures mené du Petit Chastellet du Petit Pont à Paris en une charrette es haies de Paris, où fu devant infinité de peuple décapité, et sa teste fichée en une lance en l'eschafaut, et le corps mené et pendu au gibet de Paris. »

Section 2. — Antécédents pathologiques.

§ 1. Première maladie (1357-1361 ?).

A. Date de Vaffection. Entre 1357 et 1361. Ces deux dates extrêmes s'établissent, la première par l'assertion de Froissart qui en 1380 fait remonter la fistule brachiale du roi à une maladie datant de vingt-trois ans :

Froissart (éd. Luce-Raynaud, 1895, t. IX, p. 279-284) : En che tamps, prisi une maladie au roi de France, dont ils principaulment et tout cil qui Famoient furent moût esbahi et desconforté, car on n'i veoit point de retour ne de remède, que il ne convenist dedens briefs jours passer oultre et morir. Et bien en avoit ilmeïsmes la connissance : ossi avoient si surgiien et si medechin, je vous dirai pourquoi et comment. Veritez fu, selonc le famé qui adonc courut, que li rois de Navarre dou tamps que il se tenoit en Normendie et que li rois de France estoit dus de Normendie, il le volt faire empuissonner ; et rechut li rois de France le venin, et fu si avant menés que tout li cheviel dou chef il cheïrent et toutes les ongles des maij^s et des pies, et devint ossi secks que uns hastons, et n'i trouvoit on point de remède. Ses oncles, li emperères de Romme, oï parler de sa maladie : [si] li envoiia tantos et sans délai un maistre medechin que il avoit dallés [lui], le meilleur maistre et le plus grant en sience qui fust en che tamps ou monde ne que on seuist ne conneuist, et bien le veoit on par ses oevrcs. Quant chils maislres medechins fu venus en France dallés le duc de Normendie et il ot la connissance de sa maladie, il dist que il estoit enpuissonnés et en grant péril de mort ; si fist adonc, en che tamps, de celi qui puis fu li rois de France, la plus belle cure que on euist onques oï parler, car il amorti tout ou en partie le venin que il avoit pris et rechu sur li, et li fist recouvrer cheviaulx et ongles et santé, et le remist en point et en forme domme, parmi tant que cils venins petit à petit li issoit parîni une petite pistoule que il avoit ou brach; et à son département, car on ne peut le retenir en France, il donna une rechepte dont on useroit, tant comme il viveroit. Et bien dist adonc au roi de France et à cheulx qui dallés li estoient : « Si tretos que ceste petite pistoulle laira le couller et seccera, vous morrés sans point de remède, mais vous ares quinse jours ou plus de loisir, pour vous avisser et penser à Tame. » Bien avoit li rois de France retenu toutes ces parolles, et porta ceste pistoulle vint et trois ans, la(juelle cose parpluiseurs fois Tavoit moût eshiclé. a — Siques, quant ceste pistoulle comenchia à sechier et non à couller, les doutes de le mort le commenchièrent à aprochier. »

La seconde, parles termes de l'ordonnance de 1364 relative à l'hôtel Saint-Pol « lequel », dit Charles V, « avons achaté

CHAULES V. 537

1 13611 et auquel avons recouvré à l'ayde de Dieu santé de plusieurs granz maladies que nous avons eues et souffertes en nostre temps ^ ».

B. Sympiomatologle. Alopécie et onyxis consécutifs à une maladie aiguë, et constitution postérieure d'un trajet fistuleux chronique du bras gauche ^ qui altère gravement le fonctionnement du membre et qui disparaît en 1380 K

Mandements de Charles V (p. p. DeHsle, n° 1310. .Janvier 1377) : « Charles, par la grâce de Dieu roy de France, à noz amez et féaux trésoriers à Paris, salut et dilection. Nous voulons et vous mandons que six vinz un frans d'or et trois quars de franc, qui deuz sont à Perrenelle de Foulloy, nostre gantière, pour plusieurs gans que elle a bailliez et livrez pour nous et nostre commandement, depuis le v"" jour de may derrenierement passé, dont les parties et les prix et les jours aus quelx les a livrez s'ensievent, c'est assavoir le xxvni*" jour du dit mois, vint quatre gans à esguiilète d'argent, poar nostre main 5e/2es/re,ouprisdedeuxsoulzparisischascungand,troisfrans. »

« Le xxvi'^jour de juillet ensuivant vintetquatregansàesguillète d'argent, />owr nostre main senestre, ou pris de deux soulz parisis le gand, trois frans. Le xn^ jour d'aoust ensuivant,

1. Arch. Nat., J. 154, n° S (Inventaire du Mus., p. 217) : u Charles, par la grâce de Dieu roy de France, savoir faisons à touz presens et à venir que nous qui avons touzjours désiré et desirons de tout nostre cuer l'acroissement de Teritage du royaume et de la couronne de France, considerans que nostre hostel de Paris appelle Tostel de Saint-Pol, lequel nous avons achaté [1301] et fait édifier de nos propres deniers, est hostel solennel et de granz csbatemens, et ouquel nous avons eu plusieurs plaisirs, acquis et recouvré à Tayde de Dieu santé de plusieurs granz maladies que nous avons eues et soufi'ertcs en nostre temps; pour lesquelles choses et autres qui à ce nous ont esmeu, avens au dit hostel amour, plaisance et singulière afîeccion, avons voulu et ordené de nostre propre mouvement, certaine science, plaine puissance et auctorité royal, voulons et ordenonepar la teneur de ces pi'csentes que nostre hostel dessus dit, tout ainsi comme il se comporte, avec touz les jardins, appartenances et appendances (l'icelui quelcon(jucs, soit et demeure à touzjours perpcluellement propre domaine et héritage de nostre dit royaume et de la couronne de France pour nous et noz successeurs roys de France. »

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