‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 146 sur 183 · Voy. Froissart, la même citation, ci-dessus · texte numérisé non relu

Voy. Froissart, la même citation, ci-dessus

vint et quatre gans à esguillète cPargent, pour nostre main senestre, ou pris de deux soulz parisis le gand, trois frans. )> — Lettre du palatin, Robert duc de Ileidelberg, à l'Empereur Wenceslas (23 déc. 1397) d. Deutsche Reichsiags Akten v. Weizsecker II, n° 9 : « Timetur enim quod ipsi [reges Franc] querunt vos uno modo et alio supplantare : nec hoc est novum, quia a tempore atavi vestri Henrici imperatoris semper quesierunt trahere ad se imperium. Et nunc in principio istius schismatis, quia cardinales ibi fecerunt antipapam in territorio comitis Fundorum, ipsi miserunt priusadregem Francie patrem istius qui nunc est, dicentes quod si placebat sibi, ex quo non habebatuxorem, ipsi volebant eum eligere in papam. Et tune ipse existens papa potuisset facere filium imperatorem et transferre imperium de Alemannia in Franciam ; quod et factum fuisset nisi quia rex ita laesus erat in brachio sinistro quod nullomodo potuisset celebrare^ »

Nous n'avons point à nous occuper ici du côté politique de cette candidature à la tiare en mars 1378 (Cf. Leroux, Bévue Hist. XLIX, 280; Jarry, Louis cF Orléans, 199, etc.). Sur la

1. Chrisline de Pisan (éd. Biichon, part. I, chap. 33, p. 235) : « Ce bon Roy considérant les seigneuries et honneurs du monde de grant charge en conscience, et de petite durée et empcschement de saiïlvemcnt, vouloit prendre exemple, en délaissant le monde, au bon empereur Dioclécien lequel quant qu'il ot amenistré l'empire vint ans se déposa de la digneté impériale. »

Id. ibkl. pag. 235 : u Que le sage roy Charles fust homme de tresgrant devocion, appert par la ferme entencion que il avoit délibérée en soy ce sravoient assez de ses privés preudes homes que se tant povoit vivre que son filz le Dauphin portast couronne, il lui delairoit le royaume et le feroit couronné : et lui serait pres/re, et le demourant de sa vie useroit ou service de Dieu. »

Panégyrique de Charles V par un contemporain (le légat du pape Clément VII), Bibl. de Cambrai, ms. 839 (éd. Kervyn, Froissart, IX, 55d) : <( Et ut verba : Beatiqui moriunturin Domino^ convenienter valeant assignari, audi et considéra diligenter quidnam salutis oflerens libamentum se facturum jam dudum fuerat arbilratus, si ulteriorem dierum terminum sibi Dominus indulsisset, ad sacerdotii tirocinium, divina inspiratione suffultus, facere se assumi sicuti patefocit conslitutus in articulo vaticinante apocopam vita' sua', et, quamvis lanti sacramcnti majestate perterritus, se insufRcientem et indignum ad ea ([ua^ ille casus exigit, meticulositer allegaret, suum

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réalité de rexislence (run trouble fonctionnel du bras gauche chez Charles V, rappelons que le correspondant du palatin Robert, Wenceslas, avait été à cette même date (janvier 1378) l'hôte du roi de France.

Les troubles moteurs du membre supérieur figurent au nombre des irregularilales ecclésiastiques. Cf. Théologie morale du cardinal Gousset, Paris, Lecoffre, t. II, p. 634 :

« 1 . A la différence des censures qui sont de vraies peines ecclésiastiques, les irrégularités ne sont que des empêchements canoniques fondés sur l'indécence qu'il y aurait à ce que ceux qui ont certains défauts ou qui ont commis certains crimes fussent admis aux Ordres ou à en exercer les fonctions.

« 2. On compte treize irrégularités dont huit ex defectu (défauts du corps, de l'esprit, de l'âge, de liberté, etc.) et cinq ex delicto (l'homicide, l'hérésie, l'auto-mutilation, etc.).

« 3. Irrégularités ex defectu par défauts du corps. Sont irréguliers : 1° les aveugles; 2° ceux qui n'ont qu un bras^ (\\i\ine main ; 3° ceux qui ont les mains si tremblantes qu'ils ne peuvent tenir le calice sans danger de verser le précieux sang. »

Nous avons épuisé la liste des symptômes qui serviront à définir la nature de cette première maladie du Roi.

De ces symptômes, il en est un toutefois (celui de la fistule) sur lequel il importe de revenir, en l'étudiant à un point de vue non plus médical, mais philologique. Nous ne pouvons, pour l'établissement du diagnostic, nous dispenser de fixer d'une manière précise le sens de ce mot dans la langue du xiv° siècle.

Si nous interrogeons les classiques médicaux contemporains de Froissart, nous voyons qu'au xiv° siècle fistule est invariablement opposé à cautère : la première est un ulcère naturel, c'est-à-dire une lésion d'ordre pathologique ; le second

tamen circa hoc proposilum firmaveral supra pclram, volcns sibi pompas totius mimdana^ conversationis qua' seductione suos decipil amal()res,ahriimpere, nec jugum trahcie in funicuHs vanitatis, malens requiem quœrere in heredilate sanclonim ; ob (juod pie credendum est ut, cum felix dicatur anima qure aliis forma est sanc(ila{is, i\)se inlroiveril in polentias Domini et in lliesauros gloria' qua> non transit. »

est un exuioire, c'est-à-dire une plaie artificielle^ créée par le médecin, et que Ton entretient de manière à produire par suppuration une révulsion persistante.

En 1363 Fauteur de la Grande Chirurgie, Guy de Chauliac, qui divise son livre en trois sections : Anatomie, — Maladies, — Antidotaire (c'est-à-dire P/7ar/72acoy9ee), classe la fistule dans les Maladies et le cautère dans la Pharmacopée :

Guy de Chauliac, Grande Chirurgie (éd. Nicaise), p. 312: «Fistule est vlcere profond et cauerneux, auec durté calleuse de la part intérieure : duquel procède le plus souuent sanie virulente qui en découle. Et c'est ce que disoit Galen au liure des Tumeurs contre nature. Aussi ce qu'on nomme fistule, est vn sinus estroit et long, semblable aux autres seins : ayant contraction (c'est à dire durté) de la part intérieure, et derechef apostemani ( c^est à dire, iettant pus) à cause de la fluxion des superfluitez, tout ainsi que les autres. Car aucunes fois elle se ferme et ne iette rien, quelquefois se reouure et iette, selon qu'on est nourry et purgé. Doncques sanie virulente n'est pas sa différence essentielle, ains ladite callosité, auec la forme fistuleuse. Des Fistules, fvne est en la chair, l'autre es veines, l'autre aux nerfs.

Les causes des Fistules sont lesmesmesque des vlceres cauerneux. Car toute Fistule est procedée d'vn vlcere cauerneux, et en est engendrée. Neantmoins les humeurs qui defluent et corrompent le lieu, sont pires en Fistule qu'en l'vlcere cauerneux.

Les signes de Fistule sont prins des choses qui luy adhèrent essentiellement, comme de cuir calleux, et de la façon d'vn instrument nommé fleute : et des accidents et effets, comme de la virulence et horribilité qui en découle quelquefois, et de la douleur qui est petite, sinon qu'elle soit prés du nerf. On cognoit qu'elle est en la chair par l'humeur gros, visqueux, trouble, et crud, qui en découle. Qu'elle soit au nerf, par la douleur et la ténuité de ce qui en sort. Que soit aux veines, il est demonstré, parce qu'il en sort du sang et lye. Que soit en l'os, par la ténuité et subtilité de ce qui en sort, comme dit Auicenne. Et à ce aident les prennes auec tentes et esprouuettes, et lauements de couleur : aussi le lieu et le temps font à cela. Car si c'est auprès des nerfs, et des os, nous pouuons penser qu'il les ait infectez. Pareillement si elle a passé vn an, qu'elle est en l'os, sinon qu'elle est en la chair, ou aux nerfs. De la corruption de l'os, comment on la cognoistra, il a esté dit cy-dessus.

On iuge que la fistule de tout son genre est difïicile à guérir, principalement la profonde et tortue, enossee et enuiellie, et qui a plusieurs concauitez. Et s'amuser à elle, comme dit Albucasis, n'est que peine et ignorance.

La curation de fistule a deux régimes, sçauoir est l'vniuersel, et le particulier. Le régime vniuersel a trois intentions. La })remiere

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ordonne la manière de viurc : la seconde éuacuë la matière peccante: mais la Iroisiesme, en confortant les membres intérieurs, et en desseichant la fistule, la rend apte à consolidation, n

Chauliac (éd. Nicaise), p. 316: « Cure palliative de fifilule. — Or quand la fistule est en tel lieu, qu'elle ne peut estre guérie, comme quand elle est aux membres nobles, ou voisins des nerfs et veines : ou si le malade est foible, et ne peut soustenir la peine : ou si estant craintif, encline plus à ce que le mal luy demeure : ou si dauanture, de la curation s'ensuiuroit pire maladie, comme de la fistule du boyau culier, excrétion inuolontaire de la fiente : lors il est nécessaire de la pallier, auec manière de viure, et purgation et diuersion de la matière à la partie moins noble. Et la nettoyer de la chair trompeuse, et onctueuse. Puis soit remplie d'exsiccatifs domestiques, et soit couuerte de Diapalma, ou de l'emplastre noir. Car elle demeurera long temps coye, pourueu seulement qu'elle soit préservée de l'eau, et de situation douloureuse, et mouuement pénible. Cette palliation met Auicenne, et Arnaud a discouru là-dessus quand il dit: Le conduit contre nature qui a jette longuement, comme en fistules vieilles, ne peut estre bouché sans crainte de plus grand inconuenient, sinon que la rejettion accoustumée soit destournée aux parties voisines. »

Id. ihid., p. 590 : » Des cautères. Cautérisation est opération manuelle auec feu, faite artificiellement au corps humain, pour utilité déterminée. Le feu est double, selon tous les Docteurs, l'un actuel, qui opère soudain et est en acte, comme celuy qui est mis auec instrumens métalliques ardans. L'autre est potentiel, qui n'appert pas sensiblement en l'heure, mais après la réduction de sa puissance en acte, ce qui est fait auec medicamens caustiques. Quelques-uns de ceux-cy font grande impression et escharre: comme est la chaux viue auec du sauon...

Les cautères actuels sont plus seurs, que les potentiels: si ce n'est au cas, que le patient (povr sa pusillanimité) n'osast attendre le feu, ou bien au cas que nous voudrions faire des cautères à vuider et à destourner. »

Dans sa Cyrurgia \ le monument le plus important de la chirurgie française au moyen âge, Henri de Mondeville, chirurgien de Philippe le Bel, avait déjà fait, un demi-siècle avant Chauliac et d'une manière aussi précise, les mêmes distinctions :

Mondeville, Chirurg. (éd. Pagel) cap. 111, doctr. 11, tract. II de cura fistularum, n° 1 : « Notificatio, expositio nominis: uwrhus, qui vocatur a laïcis fistula ad similitudinem fistulae instrumenti quo

1. Pour tout ce qui concerne foeuvre de Mondeville, cf. laremar(|uable introduction du 1)*' Pagel à son édition de la Cyrurgia (^Berlin, 1802].

solaciantur cantando pastores, etc. — Diffînitio: fistula est ulcus profondum habens orificium strictum, etc. — Divisiones fistularum : aliae curabiles, aliac non ; cnrabiliuni aliquarum cura est utilis patienti, alia est inutilis et damnosa. »

Id., ibicL, cap. III, doctr. II, tr. II: (( Cura palliativa est utilis... quando fistula est curabilis de se, tamen sicuraretur morbus deterior sequeretur, ut est fistula ani, quae successit ex liaemorrhoidibus antiquatis, quae si curaretur, patiens fieret maniacus aut Indropicus, etc., sicut dicit Hippocrates aphorismo 6*'' particulae. »

Id., ihicL, III, II : « Doctrina I. erit de quibusdam evacuationibus cyrurgicis communibus conferentibus in curationibus morljorum et in regimine sanitatis, sicut sunt incisiones, cauferia et similia.

Notificatio : cauterium est instrumentum aut operatio particularis cyrurgica multum conferens ad praeservandum a morbis aliquibus, ad quoshomines aliqui disponuntur et ad palliationem et curationem morborum jam factorum ut prosequendo posterius apparebit. »

Tous ces témoignages étant unanimes à montrer qu'au xiv*" siècle comme aujourd'hui, on opposait la maladie appelée fistule au cautère^ simple procédé de l'arsenal thérapeutique, nous ne pouvons conserver de doutes sur le sens du passage de Froissart :

Le roi avait au bras une petite fistule, c'est-à-dire un ulcère naturel, qu'il garde à sa grande terreur {laquelle chose l'avait par plusieurs fois moult eshidé, d'où recours aux saints Cosme et Damien) vingt-trois ans (preuve nouvelle que la lésion était d'ordre pathologique et non un procédé thérapeutique artificiel, œuvre du médecin, qu'on eût toujours été libre de suspendre ou de supprimer). D'ailleurs la lettre du palatin Robert de Heidelberg dit formellement que le roi avait au bras gauche une blessure (rex laesus erat in brachio sinistro), c'est-à-dire une lésion d'ordre pathologique.

On verra plus loin combien justifiée est l'insistance que nous apportons ici à préciser l'existence ou l'absence du symptôme, cette fistule étant l'un des éléments importants pour l'établissement du diagnostic.

En présence de textes aussi précis, on peut s'étonner de voir depuis trois siècles les historiens traduire, dans ce récit de la maladie du roi, invariablement fistule par cautère (Belleforest, Mézeray, Daniel, le P. Velly, Sismondi, H. Martin. Nous citons seulement les deux derniers : « Depuis vingt-trois ans il portait par Vordonnance d'un médecin

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allemand un cautère au bras. » Sismondi, XI, 296: — « La fistule ou cautère semblerait indiquer que le médecin de lempereur sauva le roi d\ine phtisie. » H. Martin, V, 331;.

Je retrouve ce contresens (moins excusable chez un clinicien) dans V Étude du D'' Friedrich Bird [Geschichte der Geisteskrankheit Caris VI) publiée ^^lyV Allgemeine Zeitschrifl fiir Psi/chiatrie, qui n'est pas seulement une excellente revue de médecine mentale, mais un recueil-journal toujours exactement informé en matière d'histoire de la médecine. Le D"" Bird dit expressément : « Ce médecin allemand ordonna au Bai de porter un cautère au bras (Dieser deutsche Arzt verordnete dem Konig das Tragen eines Fontanells am Arm. Allgem. Zeitschrift fiir Psycli. VI, 57-2), assertion contraire au texte du chroniqueur, et qui dénote, chez l'auteur de cette étude de médecine historique, une connaissance insulfîsante du vocabulaire médical du moyen âge et de la médecine du XI V' siècle.

Froissart s'est trompé, comme il arrive toujours à un laïque quand il veut disserter sans culture préalable des causes et des effets. Il a attribué à la fistule une vertu dérivalive, et en a conclu que c'était pour cette raison que le roi la conservait, au lieu de l'attribuer à l'impuissance chirurgicale du temps.

Si grossière qu'ait été son erreur thérapeutique, il n'a pas commis d'erreur sur l'existence de la fistule en tant que lésion pathologique. Ses successeurs ont aggravé son tort en concluant, de cette première assertion fausse de Froissart, que le médecin entretenait cette fistule, que c'était un exutoire artificiellement créé par lui.

D'ailleurs, il ne faut pas s'étonner que Froissart ait vu dans cette suppuration un processus éliminatoire bienfaisant.

Si l'on songe qu'il a fallu attendre Pasteur pour comprendre que la suppuration, encore prise par nos contemporains pour un processus normal (le pus est louable)^ était une maladie, on sera indulgent pour nos ancêtres du moyen âge qui y voyaient un processus éliminatoire bienfaisant de quelque cause morbifique (qui était le plus souvent du poison, et Froissart n'y manque pas : le venin sortit par cette petite fistule pendant vingt-trois ans.

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