C. Motilité
1. Membre supérieur droit. Déformation articulaire et impotence chronique de la main droite : « Et avec ce lui remaint de ladicte maladie la maindestre si enflée que pesant chose luy eust esté non possible à manier » (Christine de Pisan, citée note 2, p. 545).
Incisions pratiquées entre les doigts dans le but de diminuer l'œdème (voy. note 3, p. 545). Sensation chronique de froid dans la même main (voy. même note), quelle que fût la saison, et persistant malgré tous les traitements (voy. même note).
Labarthe, Inventaire du mobilier : « 1989. Item, une grosse pomme de cuivre, percée, à eschauffer les mains.
2166. Item, une grosse pomme d'argent, dorée, à chauffer mains, laquelle est à rondeaulx dorez à jour ; pesant ung marc iii°.
2719. Item, une pomme d'argent vérée à chauffer mains ; pesant sept onces cinq estellins.
2723. Item, une pomme d'argent vérée à osteaulx, pour chauffer mains; pesant six onces.
3108. Item, une pomme d'argent doré à chauffer mains; pesant ung marc une once. »
CHARLES y. 549
Motiiité abolie pour les actes qui exigent un notable eilbrt musculaire (voy. note 2, p. 545). Les armes auxquelles font allusion les textes ci-dessous * ne sont pas les armes personnelles du roi. — Motiiité conservée pour les actes ne demandant
1. Mandements de Charles V, p. p. Delisle, ii° G7G A : Paris, 10 avril 1370. Charles V ordonne de payer 400 francs « sur ce que nostre amé Jehan Benedicite, nostre armeurier, a receu pour appareiller, nettayeret mettre en bon estât noz armeures et harnois estans à Rouen. »
Id. ibid., n° 693, 8 juin 1370 : « Charles, parla grâce de Dieu roy de France, à nostre amé panetier Richart de Cormeilles, salut. Comme nous aions ordenné certain navire de galées et de barges estre mis sus par nostre amiral pour ceste présente armée de la mer, et pour le dit navire garnir et avitaillier il esconviegne pluseurs garnisons de vivres et de pluseurs autres choses, nous vous mandons, etc.. »
Id. ibid., n° 629, 12 janvier 1370 : « Charles, par la grâce de Dieu roy de France, à noz amez et feaulz conseilliers noz generaulz trésoriers à Paris sur les aides pour la défense de nostre royaume et à Jehan le Mareschal, receveur des diz aides es cité et diocèse de Roan, salut et dilection. Comme Jehan des Portes, dit Benedicite, nostre haubergier et varlet de chambre, ait retenu et pris à louage, de nostre commandement, certains seules en la ville de Roan, de Vincent du Val Richier et Jehan du Val Richier, frères et bourgois de la dicte ville, pour mettre et herbergier noz armeures, que nous avons fait mener en la dicte ville de Roan es mois de juillet, aoust et septembre darrenierement passés, pour le fait de l'armée de la mer que nous entendions à faire lors, lequel louage des dictes seules peut monter pour le dit temps cinquante cinq frans d'or... » Le roi ordonne de payer ladite somme.
Id. ibid.,n° 865, 18 février 1371 : « Charles, i)ar la grâce de Dieu roy de France, à nostre amé Jehan le Mareschal, receveur gênerai des aides de la guerre ou diocèse de Rouen, salut. A la supplicacion de nostre amé et féal conseiller Vincent de Valrichier, maistre des requestes de nostre hostel, disant ([ue, dès le lundi iiii« jour de mars Tan lxix, Benedicite, nostre vallet de chambre, a tenu à Rouen une des seules du dit suppliant, et en icelle a mis plusieurs glaives et armeures pour le fait de la mer, dont icelli Benedicite n'a fait aucune satisfaction au dit suppliant pour le dit temps, ja soit ce que, se le dit suppliant l'eust tenue en sa main, il l'eust volentiers louée deux frans d'or chascun mois, nous te mandons que tu l)aiHcs et délivres au dit Benedicite la somme de quarante frans d'or, pour icelle somme bailler et délivrer })ar lui au dit suppliant. »
qu'un faible effort musculaire : écriture \ port d'objets légers. Labartlie, Inventaire du mobilier de Charles V : « 2378. Item,
1. Musée des Archives, p. 219 (n° 386. Charles V roi de France, 7 décembre 1367. — Lettre au trésorier Pierre Scatisse. Le roi mande... au trésorier de se préparer à payer au prince de Galles trente mille doublons d'Espagne pour la rançon de Du Guesclin. Cette pièce est le plus ancien autographe royal que possèdent les Archives) : « Piere... Seiez ausin bien avisez que au prince nouz sommez obligez pour la délivrance Bertrand de Caclin en xxx mile doblez d'Espaine... à paier envi moiz après sa délivrance, la moitié les m premierz moiz aconpliz puiz son département de prison et Tautre moitié en la findez vi moiz, Sy vouz en avisonz et mandonz que vouz metez ansanble dez denierz dudit ayde le pluz que vous porrez : et se autre asinacionz en aprez sete letre vouz estoiet depuiz faitez, ne voulonz que paiez soient duquez sez cliosez seint aconpliez. Escrit de notre main à Pariz le vii^ jour de desambre. Charles. » — Au dos et aussi de la main de Charles V se lit Fadresse : « A Piere Secatise notre trésorier. »
Mandements de CharlesV, p. p. Delisle, n° 889 : a En Tabbaye de Chaaliz, 21 mai [1372]. Jehan d'Orléans, Nous faisons translater à nostre bien amé le doyen de Rouen, maistre Nicolle Oresme, deux livrez, les quiez nous sont très nécessaires et pour cause, c'est assavoir polithiques et yconomiques, et pour ce que nous savons que le dit maistre Nicolle a à ce faire grant peine et grant dilligences, et que il convient que pour ce il délaisse toutes ses autres oevrez et besoignes quelconques, voulons que, pour sa dicte peine, vous li bailliez et délivrez tantost et sans nul delay la somme de deux cens franz d'or. Si gardez, sur toute Famour que vous avez à nous et le plaisir que vous dezirez nous faire, et si cher que vous doubtez encourir nostre indignacion, que en ce ne faitez faulte, quelque chevance que fere en doiez. Car ainssi li avons promis. Et pour ce que vous sachiez que ce vient de nostre conscience, nous avons en ces présentes cy dessoulx escript de nostre main. Donné en l'abaye de Chaaliz, ce xxi*^ jour de may. »
De la main du roi :
« Gardez sur quanque vous douptez nous courouser, queque chevance que vous en doiez faire, vous ly délivrez sanz nuldeloy iV^ franz.
« Escrit de notre main : Charles. »
kl., ibid., n° 890 : « 6 juin 1372. De par le roy. Receveur, Autres fois t'avons escrit que, toutes excusacions cessans,tu venissez devers nous tantost et sans nul delay, garny de quatre cenz frans, dont tu n'as rien fait. Si sommes bien merveillez à quoy ce a tenu. Si te mandons encore de rechicf et enjoingnons, si chier que tu doubles encourre nostre indignacion, que sans nulle attente tu y viengnes
deux poignes d'arg-ent, ncellées de France, à porter la palme le jour de Pasques Flories ; pesant six onces et demye » . — Christine de Pisan, 234 : « De sa propre main, le jour du grant vendredi, au peuple monstroit la vraye croix. »
2. Membre inférieur. Nous avons démontré la persistance de la marche et de l'équitation jusqu'en 1378 ^ A cette date, usage du bateau-; jusque-là grand chas-
garny comme dessus. Et pour ce que tu saches que ce vient de noslre conscience, avons cy dedens escript nofifre nom de noslre main.
« Charles. »
Id., ibid., no 127G A. (Orig-. sur papier, écrit de la main de Charles V, Français 5044, fol. 8.) 11 novembre [1376] (?) « Très chère et trez amé cousine, Nous avons ouy notre frère de Rourj^onie de certaines chosez qu'y nous a raportey de par notre cousin de Flandres, quy sont grandez et touchet notre oneur ; et pour ceranvoions notre frère et en sa compaine notre cousin de Cousy et Buriau deverz notre cosin, et premieremant par devers vous, pour vous dire et à notre cousin, votre fiz, toute notre entansion et certaine volantey, et ausin pour savoir et nous raporter la veritey, de sy grant mavetie come on controve contre notre oneur. Si vous prions, notre très amé cousine, et requeronz sur amour, linage, homage et tout ce en coy vous nous estez tenus, ({ue, ainsy que notre dit frère et lezdesus dis vous requeront de par nous, vousvuliés enduire notre cousin et faire en toutez manierez que de ce sachienz le certain, par coy en puisiens conoitre sa bone volantay, en faisant et aquitant envers nous son devoir, ainsy que bon cousin et suget doit faire, à moy quy suy son senieur, et que nous e ly en puisienz demourer à pez de cueur, quer envers ly volons sy avant faire notre devoir que Dieu le conestra, et chacun le poura veoir. Et sur tout vuliés croire notre dit frère et lez suz escris de tout ce quy vous diront de par nous come ce en notre persone levons disiens. Et Notre Segnieur vous ait en sa sainte garde. Escrit de notre main, le jour saint Martin.
« Charles. »
A notre très chère et très ameie cousine la contese de Flandrez et d'Artois.
1. Voy. ci-dessus pp. 528-:)30, et Grandes Chron. éd. P. Paris, VI, 371, citées chap. XIV, p. 494 (le roi va à cheval à la rencontre de son oncle Fempereur Charles IV, lorsque ce dernier vint à Paris en 1378).
2. Christine de Pisan, p. 301 : <( Le bel batcl du roy, qui estoit fait et ordonné comme une belle maison, moult bien i)aint par dehors, et paré dedens. »
352 PATHOLOGIE MENTALF.
seur, le roi n'assiste plus aux chasses qu'en litière'.
\y. Étal gastrique. Nutrition: — l. « Froidure d'estomac» (voy. note 2 de la page 545), c'est-à-dire, dans la terminologie galénique, dyspepsie flatulente :
Guy de Chaidiac Grande Chirurgie (éd. Nicaise, p. 61) : « L'estomach est comme quelque despence et gardemanger commun à toutes les parties, constitué au milieu de l'animal selon Galen au quatriesme livre de V Usage. Son action est de digérer par la chaleur de la propre charnure de son fonds, comme dict Avicenne. »
Labarthe, Invent, du mobilier : (( 3593. Ilcm, une autre chambre, de tartaire vert, pour le batel du Roy, contenant ciel, dossier, coultepointe et courtines closes, doubles, de tartaire. »
Id., ibid. : « 3718. Item, ung- tappiz sur champ vermeil, ouvré à une tour à dains et à bisches, pour mectre sur le bateau du Roy. •>->
Id., ibid. : (< 3865. Item le tref [la voile] dudit batel qui est de toille noire ».
Mandements (p. p. Delisle, n° 1588, 1378) : « xx frans, à noz bateliers qui nous ont mené par eaue par plusieurs fois. »
Dans linvenlaire de 1378 nous trouvons mentionnée une béquille : Labarthe, Invent, du mobilier : « 3892. Item, ung baston tors, en manière de potence, et dont la poignée est d'un lyon couchant assiz sur quatre oiseaulx estranges. »
1. Eustache Deschamps (éd. Queux de Saint-Hilaire, III, 169) :
Et avec ce, qui veult dire le voir,
A Saint Gombain fu bien aise li roys
De voir le lieu. La pot bien percevo
Que le pays est planteureux de bois;
La lui firent les dames bonne chiere.
Et Vandemain vit devant sa litière
Biches et cerfs prendre Joyeusement :
En pays nul n'a tel esbatement.
Ne nulz chasteaulx de plus forte matière.
A Novion pot plaisant lieu veoir,
Et au soleil cler resplendir les toys.
Le gentil roy y vint a la prière
Jehan Le Mercier, qui le vit grandement
La ot bons vins et moult l)el parement
En son chastel fait de tresbonne piere. *
Pour l'identification de cette pièce, cf. Moranvillé, Vie de Jehan Mercier, 71, et A. Molinier, Fragments de Jean de IKoi/al (Soc. 111- 1883, 243).
CHARLES y. î).;:}
Jacobi Mangeli Bibliolheca pharmaceiilico-medica seu rerum ad Pliarmaciam galcnico-chymicam specLantium Thésaurus, t. I, p. 708 : « Aqua stomaciiica calida. Vires : Ventriculum irigidum calefacit atquc rectificat (pituitam et humorem crudum in eo coUectum digerit ac concoquit; nauseam et vomitum sistit; acido ructui medetur ; prisliniim calorem restituit). »
Balsamum Aromaticum. Vires : « Valet ad frigidum venlricukim tardius concoquentem et flatibus multis obnoxium. »
Barthélémy l'Anglois, Le grant propriétaire des choses, trad. p. J. Gorbichon, en 1372. [Cy commence ung tresexcellent livre nommé le propriétaire des choses translatées de latin en françoys à la requeste du treschrestien et trespuissant et redoubté roy Charles, quint de ce nom, adonc régnant en France paisiblement, lequel livre est utile et prouffitable pour tenir le corps humain en santé....]
Liv. V, ch. XXXVIII. Des proprietez de l'estomach.... Le froit estomach ne fait pas bonne digestion de grosses viandes et si en est tost grevé et les convertist en humeurs chauldes et corrompues.
«... L'estomac est charnu au l'ons pour conforter la digestion, car sa chair est chaulde et moiste. Et en ces deux qualitez règne la digestion principallement.
« L'estomac est avironné du foyepour avoir plus grant chaleur à cuyre et digérer les viandes. Et celle chaleur cuist les viandes et convertist en sang... »
Heinri de Mondeville, Chirurgie, éd. D'' Pagel, Berlin, 1892, p. 49 : « Componitur autem stomachus ex duobus panniculis quorum interior est nervosus, exterior carnosus. Ltililas quare tunica interior stomachi fuit nervosa, est ut suam sentiat inanitionem. Utilitas quare exterior fuit magis carnosa, est ut caloresiia virtidem digeslivam stomachi adjuvet. »
De l'apparition chez le roi de cette affection classique chez les goutteux découle le régime alimentaire de Charles : Christine de Pisan [Vie de Charles F, 1. I. ch. xv, p. 'IVi) : « Son manger n'estoit mie long, et moult ne se chargeoit de diverses viandes, car il disoit que les qualités de viandes diverses troublent l'estomac; vin clairet, sain, sans grant fumée, buvoit bien trempé et non foison, ne de divers. »
554 PATHOLOGIE MEXTALP:.
Id. ibid. (1. I, ch. xix, p. 231) : « Sobriété, laquelle est vertu divine, celluy Roy approuva en ce qu'il, entre les habundans délices, volt user icelle si comme il paroit en ses mengiers, continuellement ou très actrempément usoit de vins et de viandes plus sains que délicatifs. » — Relation anonyme de la mort de Charles V, éd. Ilauréau [Notices et extraits des Mss. de la Bibl. Nat. 1886, t. XXXI, 2« partie, P. 5) : « Hora quasi tertiarum, christianissimus Rex mensam aggreditur. Sed ipse, qui in mala valetudine corporis qua fuerat semper sobrius extiterat, minus in infirmitatibus quam alias tam in cibis quam potibus excedebat ; unde adeo mentis suae compos erat et in lantum, ex sua laudabili consuetudine, rationis habenas fraenebat, quod potius mallet esurire quam aliquid sumere quod in suae personae nocimentum verti potuisset. »
2. Reins. Dans cette reconstitution du tableau symptomatique, nous ignorons si la gravelle doit être relevée chez ce goutteux descendant de graveleux. Il faut noter toutefois, pour Tusage thérapeutique du roi, la présence de deux lithontriptiques selon la conception médiévale :
Labarthe, Invent, du mobilier: « 787. Item, ung courroye de cuir de lyon, sans nulle ferrure, en laquelle a cousu encontre, en ung cendal, troys enseignes d'or qui ont esté faictes pour le mal des rains. »
Employé au moyen âge comme lithontriptique, cf. Guy de Chauliac, Grande Chirurgie^ p. 127.
Labarthe, Inventaire du mobilier : « 163. Item, ung joyau d'or, où il y a du chef saint Estienne, environné d'esmeraudes et de rubiz d'Alixandre, assiz sur un pié d'argent. Et poise ledit reliquiaire deux marcs d'or, et le pié d'iceluy, qui est d'argent, poise deux marcs deux onces d'argent. »
Id., ibid.^ n° 935 : « Item, ung petit reliquiaire de saint Estienne, et est le pié de laton ; pesant, tout, ung marc troyes onces. »
Id., ibid. : « 2884. Ilem, ung petit reliquiaire, ouquel il a du greil saint Laurent, à façon d'une petite pellette, enchassillée d'or, et pend à unglassetde soye ; et poise ung estellin obole. »
Id., ibid. : « 2561, Item, ung très petit reliquiaire d'or de saincte Ourse; pesant cinq estellins. »
CHAULKS V. 555
11 y a lieu de faire ici une distinction dans la spécificité hagiothérapique.
Saint Etienne (à cause de sa lapidation) est invoqué par les cak'uleux (De mal de peclra ciiran al devol que en ros confia, Cantiques catalans dans Broc, les Sainls protecleurs des maladies, II, 568). Mais saint Laurent (/Ic/rt SS. Aucjusli, II, 493; — Alt, die Ileiligenbilder, Berlin, 1845, p. '274; — Franklin, Médec., p. 1236) guérit les douleurs de la région rénale sans distinction d'origine (soit musculaire, comme le lumbago, soit néphrétique, comme les affections calculeuses). Même remarque pour sainte Ourse (Broc, les Sainls prolecleiirs, I, 486).
E. Elat fébrile chronique (voy. note 2 de la page 545). Sur le fébrifuge du roi : hdihdiVi\\Q, Invent. du mobilier: «598. Item, une petite boursette, oi^i dedens sont pendans à une chaynette d'or, chascune,deux pierres en os bonnes contre le venin, c'est assavoir une petite teste de serpent noire, nommé Lapis Albazahar, et ung autre petit osselet blanc carré, n
Le rédacteur de V Inventaire du mobilier, étranger à la médecine, a omis la plus importante vertu du bezoar : « Lapis bezoar orientalis : hujus vires experientia docuit insignes ad febres malignas et sim » (Schrœder, Thésaurus Pharmacolicus, 1680, p. 102).
Sur l'action fébrifuge attribuée au bezoar spécialement dans les fièvres pernicieuses, cf. la Chron. Scandai, ann. 1475 (I, p. 365, éd. Mandrot) sur la mort du comte de Saint-Pol.
F. Cachexie goutteuse. Elle ressort du tableau symptomatique de Christine de Pisan (voy. note 2 de la page 545) et de la médication du roi qui fait porter « continuellement avec luy, en ung coffre de cyprès », dont il est seul à avoir la clef, le remède souverain contre la goutte. Labarthe, Inventaire du mobilier de Charles V, n° 556: « Autre inventoire des joyaulx, c'est assavoir anneaulx, relicques et autres choses estans en ung coffre de cyprès que le roy fait porter continuellement avecques luy, duquel il porte la clef : Item, la pierre qui guérist de la goûte, en laquelle est entaillé ung roy et lettres en ébrieu, d'un coslé et d'autre ; laquelle est assise en
or, à fillet, et a escript au doz sur ledit fillet. Et est ladicte pierre en ung estuy de cuyr boully, pendant à ung laz de soye, où il a deux boutons de perles. »
Manget, Bibliotheca Pharmaceuiico-medica, II, 57, col. 1 : « Lapis Spongiae, quibusdam Lapis Cappadox, Plinio Gysteolythos. Laudalur a Dioscoride ad vesicae calculum frangendum. »
N. Lemery, Pharmacopée^ s. v° : « La pierre d'épongé : Elle se trouve dans les grosses éponges. On restime pour briser la pierre du rein et pour dissoudre la goutte. »
Sur les médications anti-goutteuses, analgésiques et hypnotiques ordonnées à Charles cf. H. de Mondeville, trad. Nicaise, p. 573 : « Des Elancements de la Goutte : 1. Des causes. La cause prochaine et immédiate est une matière infectieuse et toxique qui se cache dans quelque membre, dans le pouce ou dans le pied par exemple. — 2. Des symptômes. Les symptômes consistent en ce qu'elle traverse rapidement une région comme une tlèche; parfois elle est accompagnée de fièvre. Dans l'endroit malade, il y a en outre persistance de chaleur et de douleur. — 3. Du traitement. On administrera de la thériaque. Si cette thérapeutique est insuffisante, on aura recours à l'opération manuelle suivante : lier le membre audessus et au-dessous de la partie où sont localisés les élancements avec deux bandes imbibées de thériaque.... »
Ambroise Paré{OEuvres complètes., 1603, fol. p. 496) : « Aux goûtes il y a un certain virus incogneu et indicible. Aussi Galien au livre De Theriaca ad Pisonem (ch. xv) dit que le thériaque profite aux podagres et à toutes maladies articulaires par ce qu'il consume et seiche la matière virulente des goûtes. Davantage Gordon au chapitre Des Goûtes semble aussi avoir entendu qu'en icelles y a quelque venenosité, quand il dit qu'en telle maladie l'usage du thériaque est fort à louer et principalement en après que le cors est mundifié et purgé. »
Id., ibid.^ p. 504. Gh. xv : « Des Remèdes pour les goûteux. On baillera du thériaque la grosseur d'une fève, lequel ne conforte pas seulement la débilité de l'Estomach procédante des purgations, mais aussi corrige le virus arthritique. »
CHARLKS V. 557
Mangel, Bibliotheca Pharmaceiilico-medica , I, 775 : « Podagra acltliclis et arthiticis Theriaca conducil, posl inclinationom multoties pond. zj. pola, pro viribus et acgri temperamento; — opitiilalur dolcnlibus etiam imposila. » LabarLhe, Inventaire du mobilier :
« 342. Item, ung petit barillet d'or, à mectre triade, que le Roy fait porter avec lui continuellement; et est ouvré à ung osteau.
2733. Ttem, ung triaclier d'argent blanc, ront; sur le j)lal a deux escussons de Jérusalem ; pesant, à tout le triade et ung laz rouge à quoy il pend, deux onces.
2864. Item, ung petit barillet d'or à mectre triade, pendant à une chesnette d'or ; pesant quatre onces sept estdlins obole.
2829. Item, ung triaclier, en une longue pierre garnye d'argent blanc, pour mectre triade.
2249. Item, ung triaclier ou reliquaire de cassidoine blanc, ront, à deux petites ances, garny d'un très peu d'argent.
2255. Item, ung petit triaclier, en façon d'un barillet, lequel est de jaspre, et y a un pertuys.
2432. Item, ung petit triaclier d'argent, en façon de pommeau de coutel, à mectre triade; pesant 1°.
1898. Item, ung petit flacon d'argent, à mectre triade, qui pend à une chaysne d'argent.
3090. Item, ung très petit estuy d'argent ront, à mectre triade. »
Labarthe Invent, du mobilier: « 1911. Item, une paire de mandagloire, en ung estuy de cuir. »
Le grant propriétaire des choses, livre XVII, ch. cii : « Mandragoire est une herbe qui porte sur ses fueilles petites pommes qui sont de bonne et de souefve odeur. Elle a la racine à la forme de ung homme ou de une femme. On donne l'escorce de ceste herbe avec vin à une personne que on veut tailler et pour ce il s'endort tellement que il ne sent point la douleur.
Selon Diascorides mandragoire est une herbe qui fait dormir. On doit user saigement de ceste herbe, car qui en prent trop il en a la mort : car elle a la vertu de refroidir et de mortifier et de endormir. Et pour ce le jus de ceste herbe avec
lait de femme mis sur les temples fait dormir la personne nonobstant qu'elle soit en aigùe malladie, si comme dit le Plateaire.
Moult d'aultres vertus a la mandragoire car elle osle toutes en fleures. >>
Sur la pâleur et la maigreur cachectique du roi, cf. Christine de Pisan, 222 : « La chiere ot assez pale^ et croy que ce, et qu'il estoit moult maigre, luy estoit venu par accident de maladie et non de condicion propre. » — Id. ibid. 214 : « [A la suite de cette maladie de 1366] toute sa vie demoura trespale et tres-maigre. »
Sur sa faiblesse (son étatneluipermettantd'aller au grand air qu'en été) : Christiane de Pisan, 241 : « Nostre sage roy Charles, nonobstant que sa personne apparust le plus du temps estre à requoy en ses riches palais, fu droit chevalereux par la manière que à vray prince est apertenant. » — Id. Ibid. 222 : « Puis aloit à vespres, après lesquelles, se c'estoit en esté temps, aucunes foiz entroit en ses jardins, ésquelz, se en son hostel de Saint-Paul estoit, aucunes fois venoit la royne vers luy, où on lui apportoit ses enfens ; là parloit aux femmes et demandoit de Testre de ses enfens. »
Chauliac, Grande Chirurgie, p. 392: « Du Régime préservatif des gouttes: Il a trois intentions: la première que la matière ne soit engendrée, la seconde que l'engendrée soit chassée, etc....
Pour accomplir la première intention (que la matière ne soit engendrée, principalement la froide), maistre Arnaud de Villeneuve a recueilli dix aphorismes extravagans lesquels, pour leur excellence, seront cy inserez.
Desquels le premier est de Vair : l'air excellemment refroi-
1. Il avait le visage très pale. MM. G. Monod et Bondois traduisent ces mots par : la chair eut assez pale {Hist. de France depuis les origines jusqu''à la mort de Louis XI, 2^ édit. 1891, in-12, p. 152 : « Christine de Pisan nous le peint en ces termes : la chair eut assez pale ))). Ils oublient qu'en vieux français chière ne signifie pas chair (carnem), mais chère (cara, — mine, visage, et plus tard chère lie, faire à quelqu'un bonne chère), et que assez (italien assai) a toujours le sens superlatif.
CIIAULKS V. ooO
dissant et eschauffant, olîence les pieds des podagres. Le second, de la viande et du breuvage, etc.... »
§ 3. Maladies postérieures à 13G5 :
A. Datées mais non définies :
1. En 1374 maladie « étrange, inconnue » et qui a dû s'établir dans une forme chronique puisque la relation dit « peregvinis infirmitatibiis » (Religieux de Saint-Denis,!, 13 : «... ubi se vidit peregrinis astrictum infirmitatibus non posse quod conceperatcomplere »). La maladie, d'après le texte du chroniqueur, est nécessairement postérieure au mois d'août 1374 et antérieure au mois d'octobre de la même année.
2. De décembre 1377 à mai 1378 le roi toujours souffrant: Mandements, p.p. Delisle, n*^ 1537, 8 décembre 1377: «...cinq francs que nous avons fait bailler à nostre amé et féal confesseur, pour donner pour Dieu, pour ce que nous ne jeunasmes pas hier, qui estoit veille de la conception de Nostre Dame. » — Christine de Pisan, p. 234 : « Très dévot et vray catholique estoit ce très vray crestien, le roy Charles. Sa primiere œuvre, dès qu'il estoit levé, estoit de servir Dieu, comme devant j'ay dit; et nonobstant sa déliée complexion, jcunoit tout temps un jour de la sepmaine, et les jeunes commandés, se grant accidens ne luy toi toit. » — Mandements, p.p. Delisle, n° 1701 , 27 avril 1378 : « Deux mille frans d'or, lesquelz nous avons fait donner et distribuer en pluseurs lieux pour Dieu et en aumosne pour noire maladie, pour prier pour nous. » — Id. ibid. n° 1706, l*"'" mai 1378 : « xx frans que nous avons fait bailler à Jehan de Bures, herbier, pour certaines choses qu'il a faites pour nous. » — Id. ibid. n° 1722, 20 mai 1378: « Premièrement quatre cenz franz donnez à nos amez et feaulz phisiciens maistres Jehan Jacme et Jehan de Tournemine, pour leur aidier à supporter les fraiz et despens qu'il font et soustienent chascun jour en demourant à Paris pour nostre service et de nostre commandement. »
B. Ni datées ni définies (Froissart, éd. Luce-Raynaud, IX, 281 : Avoecq tout ce, d'autres maladies dedentrainnes estoit li rois trop durement grevés et bleciés ») dont quelques-unes sont visiblement liées à l'arthritisme. Froissart
(éd. Luce-Raynaud, IX, 281) : <( Par espécial dou mal des dens, avoil il si grant grief et si grant rage que on ne Tadiroit à nul homme '. »
A noter la dévotion spéciale de Charles V [Inventaire du mobilier, n"'' 2473, 2639, 2699) pour les deux saints précisément invoqués contre le mal de dents: sainte Elisabeth de Hongrie (Broc, Saints Patrons, II, 474; P. Cahier, Caractérist. II, 646 ; Franklin, Médec, p. 228), — saint Christophe [Acta SS., Juin, t. VI, p. 125-131; Broc, II, 77; P. Cahier, II, 610; Franklin, p. 227, note 2; H. Estienne, Apolog. p. Hérodote, éd. Ristelhuber, II, 320: « S. Christofle est le naturel médecin des dens : veu sa dent qu'on monstre à Beauvois en Beauvoisin, en une petite abbaye qui porte le nom deluy »).
Section 3. — Mort.
A. — Sources.
§ 1. Elles sont au nombre de quatre:
A. Le récit de Froissart qu'ont rendu populaire tous les historiens modernes (Barante, Michelet, H. Martin, etc.). Il est muet sur la maladie au point de vue clinique (à part quelques détails étiologiques de pure fantaisie. Cf. ci-dessus pp. 536-544 sur fistule, et pp. 582-584 ci-dessous sur empoisonnement).
Il n'est pas moins inutile au point de vue historique. « Rien de décevant, a très bien dit Alfred Leroux [Nouv. Recherches
1. Labarthe, Iiivenf. du mobilier : « 2198. Item, deux ongles à feiirger dens, dont Fun est blanc et l'autre noir, garny d'argent esmaillé de France; et pend chascun à ung lasset de soye, où pent à chascun ung noyau de perles.
2798. Item, ung petit coutelet d'or à feurger dens, et la gayne esmailléede France, pendant à ung petit lacet vermeil ; pesant quinze estellins.
2828. Item, ung petit coutelet à façon de furgète à furger dens. »
CHAULES V. 561
cril. sur les relations polit, de la France avec r Allemagne 1892, p. vil), comme les Chroniques de Froissart quand on essaye de ramener ses dépositions à des dates précises et de les faire concorder avec les documents de chancellerie. »
Au dire de Froissart, Charles V serait mort à Paris, à Thôtel Saint-Pol, entouré de ses frères et du Dauphin, en recommandant le futur Charles VI à l'affection de ses oncles dans un discours que M. Guizot (Ilist. de France, II, 205) admire comme un modèle d'éloquence royale. (« De tous les adieux des rois mourants à leur famille et à leurs conseillers, ceux que je viens de reproduire sont les plus sérieux, les plus précis et les plus simples. ») — En réalité, Charles V mourut loin des siens, à sa maison des champs de Beauté-sur-Marne. Ses frères surveillaient en Vendomois la marche des Anglais (cf. Petit, Itinéraire des ducs de Bourgogne, 148) et le roi avait lui-même envoyé ses deux fils à Melun, redoutant pour eux les atteintes d'une épidémie qui ravageait Paris {Grandes Chroniques de Saint-Denis, Vï, 470).
B. Le récit de Christine de Pisan ' ffille de l'Italien Thomas
1. Christine de Pisan, p. 319: « Ce dit le trespassement et belle fin du roy Charles. Vers la moictié passée du mois de septembre, en Tan mil trois cent quatre-vingt, le roy Charles ala en son hostel de Beaulté, ouquel, peu de jours après, luy prist la maladie dont il trespassa en assez brief terme ; mais de Testât de s'enfermeté ne quier faire grant informacion, ains selons le continue procès précèdent, c'est assavoir des vertus de lui, dignes d'infmie mémoire, diray de sa très fervent foy, devocion, constance et sain entendement. Comme sa complexion soubtille fust non puissant de porter longuement fais de si grieve maladie, en bien pou de jours fu à merveilles débilité, et tant que sa seine discrecion, non empechiée jusques à la mort, pour quelconques souffrance du corps, lui jugia que brief seroit le terme de sa vie. Pour ce, volt disposer de ses derrenieres ordonnances et tendre au salut de son ame, dont nonobstant eust tousjours accoustumé de soy confesser chascune sepmaine ; adont son père espirituel continuelement avec lui, très dihgemment examinant sa conscience, et que riens n'y demourast en scruppul, en grant devocion, larmes et contricion, se confessoit derechief par souventefoiz ; et comme jà fust agrevé très durement, volt recepvoir son Créateur, lequel, après pluseurs messes de luy oyes, lui fu admenistré : devant laquelle réception, à merveilleux signes de devocion, dist telz paroUes, en la présence du sacrement : « G Dieu mon rédempteur, à qui toutes « choses sont manifestes, moy recognoiscent tant de foiz avoir offensé
de Pisan, « médecin et astrologien » du roi), récit exclusivement rédigé (au dire de Tauteur) d'après les souvenirs de son
u devant ta majesté et digne saincteté, soyes propice à moy pécheur, « et ainssi comme as daigné approchier le lit du povre languissant, te « plaise, par ta miséricorde, que à toy puisse en la fin parvenir! » Et en telles parolles disant, à grans larmes, fu communié, et après rendy grâces à Dieu.
<( Cestui sage roy, demonstrant les signes de sa grant constance nonobstant les tourmens de rengagement de sa maladie, pour donner aulcune recréacion de reconfort à ses serviteurs, que il véoit pour lui grandement adoulés, dont ilavoit grant pitié, en efforcent sa puissance, vouloit chascun jour estre levé et vestus, et mengier à table ; et, quelque foible qu'il fust, leur disoit parolles de reconfort et bons amonnestemens, sanz quelconques clameur ou plainte de signe de douleur, fors en appellant le nom de Dieu, de Nostre-Dame et des sains; et deux jours ains son trespassement, tout eust il passé moult greveuse nuit, lui levé et vestus, va regarder ses chamberlans et tous les autres serviteurs et pliisiciens, qui estoyent tous esplorés ; adont leur prist à dire de très joyeux visage, et en semblant de bonne convalescence : « Esjoyssez-vous, mes bons loyaulx amis et serviteurs, « car en briefve heure seray hors de voz mains ; » lesquels, oyans ces parolles, ignorèrent, pour la joyeuseté de la chiere, en quel sens ot dicte la paroUe, de laquelle, tost après, Teffect leur en donna la clarté.
« Le samedy devant son trespas, apparirent en lui les signes mortelz, où les douleurs furent horribles, sanz que apperceue fust en luy aucune impacience ; mais en continuant sa devocion, tousjours estoit sa clameur à Dieu, et costé lui sondit confesseur lui amonnestant les parolles en tel article nécessaires, auxquelles, comme très vray crestien catholique, respondoit et faisoit signes de grant foy à Nostre Signeur.
<( Quant vint le dimanche à matin, et jour qu'il trespassa, fist appeller devant luy tous ses barons, prelas, son conseil et chancelier; adont va parler devant eulx moult pieuses parolles, si que tous les contraigni à larmes. Entre les autres choses dist, du fait de Fesglise, que comme il eust esté informé par tout le collège des cardinaulx et en faisant toute l'investigacion qu'il avoit peu et sceu faire, présumant que tant de vaillans prelas ne se voulsissent mie dampner pour un singulier homme, que il avoit desclairié pape Clément pour vray pape ; et ce qu'il en avoit fait, prenoit sus son ame ([ue de bonne foy l'avoit fait,
« Item, son testament et laiz, que pieça devant avoit fait, vouloit qu'en celle forme fust tenus.
« Après ces choses, requist la couronne d'espines de Noire-Seigneur, par l'evesque de Paris lui fust apportée ; et aussi, par l'abbé de Saint- Denis, la couronne du sacre des rois ; celles d'espines receupt à grans
père « et sans dongier d'aucune informacion » (Christine de Pisan, éd. Buchon, p. 319 : « Dirons du dernier terme
devocion, larmes et rcvcrance, et haultement la fist mecLre soubz. ses piez ; adont commença telle oroison à la sainte couronne: « O « couronne précieuse, dyademe de nostre salut, tant est douls et en- «. miellé le rassadyement que tu donnes par le mistere qui en toy fut <c compris à nostre redempcion; si vrayement me soit celluy propice ^i duquel sang tu fus arousée, comme mon esperit prent resjoyssement « en ta digne présence ! » Et longue oroison y dist moult dévote.
(( Après tourna ses parolles à la coronne du sacre, et disL : <( O coronne <( de France, que tu es précieuse, et précieusement très ville ! pre- « cieuse considéré le mystère de justice lequel en toy tu contiens et <( portes vigoreusement ; mais ville, et plus ville de toutes choses, <(■ considéré le faiz, labour, angoisses, tourmens et peines de cueur, « de corps, de conscience, et périls d'ame, que tu donnes à ceulx qui te <( portent sur leur espaules; et qui bien à ces choses viseroit, plustost « te laisseroit en la boe gésir qu'il ne te releveroit pour mectre sus son « chief. )) Là dist le roy maintes notables parolles, plaines de si grant foy, devocion et recognoiscence vers Dieu, que tous les oyans mouvoit à grant compassion et larmes.
« Après ce, la messe fut chantée, et volt le roy qu'en chants melo- <iieux et orgues fussent à Dieu chantées laudes et ])eneyssons.
(( Porté fu le roy de sa couche en son lit ; et comme il prensist moult à foibloyer, son confesseur lui ala dire : « Sire, vous me comman- « dastes que, sans actendre au derrain besoing, je vous ramenteuse ^< le derrain sacrement ; combien que nécessité ne vous y chace mie, « et que maint, après celle unxion, soyent retournés à bonne conva- « lescence, vous plaist-il, pour le réconfort de vostre ame, reccpvoir (( la? » Le roy lui respondi que « moult lui plaisoit ». Adont lui fu aprestée, et volt le roy que toutes manières de gens à qui il plairoit entrassent dedens sa chambre, laquelle fu tost remplie de barons, prelas, chevaliers, clercs et gent de peuple, tous plourans à grans senglous de la mort de leur bon prince; sur tous y menoit dueil son loyal chambellans le seigneur de La Rivière, si grant que il semblait comme homme tout remis de son sens ; et par tel contenance ala le roi baisier, si comme il vint dehors, que à tous fist moult grant pitié.
« Le roy lui mesmes, selons sa foiblece, s'aida à s'enulier. Quant la •croix lui fu présentée, la baisa, et en Tembrassant commença à dire, regardant la figure de Nostre Seigneur: « Mon très douls sauveur et « rédempteur, qui en ce monde daignas venir, affm que moy et tout « l'umain lignages, par la mort, laquelle, volontairement et sanz -<( contrainte, volz souffrir, rachetasses, et qui, moy indigne etinsipient (( à gouverner ton réaume de France, as institué ton vicaire, j'ay tant « griefment vers toy pechié, dont je dis: Mea culpa, mra gravissima -<( culpa, mea maxinia culpa; et nonobstant, mon douls Dieu, que je
d'icellui sage et tout ainssi que dit le proverbe : « En la fin u peut-on cognoistre la perfeccion de la chose », povons vraye-
« t'ay courroucié par deffaultes innumerables, je sçay que tu es vray « misericors et ne veuls la mort du pécheur ; pour ce, à toy, père de « miséricorde et de toute consolacion, en l'article de ma très grant « nécessité, criant et t'appellant, te demande pardon. » Celle oroison finée, se fist tourner la face vers les gens et le peuple qui là estoit, dist : (c Je sçay bien que ou gouvernement du royaume, en pluseurs « choses, grans, moyens et petis, ay offensés, et aussi mes serviteurs, (( auxquelz je debvoye estre bénigne et non ingrat de leur loyal service ; « et, pour ce, je vous pry, ayez merci de moy : je vous requier parce don ; » et adont se fist haulser les bras, et leur joingni les mains : si povez savoir se grant pitié et larmes y ot gictées de ses loyaulx amis et serviteurs.
« Encore dist : «Sachent tuit, et Dieu Ta primierement cogneu, que « nulle temporalité ne prospérité de vanité mondaine ne me pertrait ne « encline à vouloir de moy autre chose ne mes ce que Dieu a voulu de (' moy ordonner, lequel scet qu'il n'est quelconques chose précieuse « pour laquelle je voulsisse ou désirasse estre retourné de ceste ma- « ladie. »
« Un peu après, en approchant le terme de la fin, en la manière des anciens pères patriarches du Vieulx Testament, fist amener devant lui son filz aisné, le dauphin; alors, en le beneyssant, commença ainssi à dire :
« Ainssi comme Abraham, son fils Isaac, en la rousée du ciel et en « gresse de la terre, et en l'abondance de froment, vin et œile, l)eney et « constitua, en enjoingnant que qui benistroit luifust beneit, et qui le « mauldiroit fust rempli de maleisson ; ainssi plaise à Dieu qu'à ceslui « Charte doint la rousée du ciel et la gresse de la terre et l'abondance « de forment, vin et oile, et que les lignées le servent, et soit seigneur « de tous ses frères, et s'inclinent devant luy les filz de sa mère ! Qui le « beneistra soit beneit ! et qui le mauldira soit remply de maleiçon ! »
« Ce mistere fait, à la prière du seigneur de La Rivière, beny tous les presens, disant ainssy : « Benedictio Dei, Pafris et Filii et Spiritus « Sancti, descendat super vos, et maneat semperl yy laquelle beneysson receurent tous à genous, à grant devocion et larmes. Puis leur dist le roy : « Mes amis, alez vous en, et priez pour moy, et me laissiez, « affinque mon travail soit fine en paix. » Lors, luy tourné sus l'autre costé, tost après tirant à l'angoisse de la mort, oy toute l'istoire de la Passion, et auques près de la fin de l'evvangile saint Jehan commença à labourer à la derreniere fin ; et, à peu de trais et sanglons, entre les bras du signeur de La Rivière, que moult chierement il amoit, rendi l'esperit à Notre Seigneur, qui fu, comme di est, environ l'eure de midi, le seiziesme jour de septembre ledit an 1380, et le quarante quatriesme de sonaage, le dix septiesme de son règne. »
ment, à la fin de noslre dit sage roy, cognoistre la perfeccion de ses très préeleues vertus et sapience : de laquel fin moult me plaist ce que mémoire me rapporte, sanz dongier d'autre informacion, la relacion que j'en oys de mondit père naturel, auquelles parolles, cognoisçant son excellence en toute vertu, je adjouste foy comme à parolle véritable dicte de preudomme, lequel très amé serviteur et clerc excellent, gradué et doctorisié à l>oulongne la Grasse en la saincte medicine, avecques autres degrés de sciences, fu continuelement présent en la maladie dudit prince y jusques à la fin; et ceste vérité par assez de gens encore vivans peut estre sceue. »)
Cette affirmation fut acceptée partons les historiens jusqu'en 1887, date à laquelle M. Hauréau découvrit dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale une relation latine anonyme émanant d'un témoin oculaire de la mort de Charles; il n'eut pas de peine à démontrer que cette pièce était, encore plus que les souvenirs de maître Thomas de Pisan, la source principale à laquelle (sans l'avouer) Christine avait largement puisé.