‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 15 sur 183 · LOYS · texte numérisé non relu

LOYS

A nostre très chier grant ami et cousin Laurens de Médicis. » (Charavay, Rapport au ministre sur les Archives d' Italie, 1881, p. 39.)

Recours en outre à saint Denis, saint Avertin, sainte Catherine, invoqués pour les maux de tête (voy. Broc de Segange, 11, 330; 1, 329; II, 489). Fréquents pèlerinages à

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saint Florent, auquel on avait recours pour guérir (outn; la fièvre) les maux de tète (Broc de Segange, H, 276).

!^ 8. E})llepsie. — Sijslème nerveux (suite). — Le très exact Robert (jaguin, général des Mathurins et ambassadeur de Louis XI auprès de Maximilien, nous a révélé, chez le roi, l'existence de Fépilepsie : « Ouo tempore (1480) rursus cuiu Maximiliano annorum induciae intercesserunt.... Sed per id tempus aegrolare maxime Ludovicus cœpit. Xam romiliali morbo cum interdum premeretur, elephantiae quoque occulla indicia prae se l'erebal; et haemorrhoide crebro vexabatui-. Ouamobrem medicorum diligenti opéra usus esL -> (R. Gaguin, L 279.)

Ce texte soulève au point de vue clinique une double question :

1" Louis XI a-t-il réellement été épileptique ?

2° A quelle date (au cas de l'affirmative) doit-on fixer chez le roi le début de l'afïection? De l'assertion de Gaguin que l'aggravation morbide n'apparaît chez Louis XI qu'en 1480, nous ne sommes nullement en droit de conclure que la triple affection (épileptique, cutanée, hémorrhoïdaire) dont le roi est porteur ne remonte qu'à cette date. Nous savons par l'aveu de Louis XI (voy. ci-dessus, p. LVIII) qu'il était déjà hémorrhoïdaire depuis trente-trois années à cette date de 1480, où (iaguin signale pour la première fois chez le roi la présence de ce stigmate de l'arthritisme. Quant à la dermatose, nous avons pu établir son existence antérieurement à la date donnée par Gaguin (voy. ci-dessus, p. LUI). La clinique aura donc à faire subir à l'assertion de ce chroniqueur la même vérification au point de vue de répile})sie.

Comme on peut le prévoir aisément, aucun de ces deux problèmes (existence de l'épilepsie — chronologie de l'épilepsie) ne sera d'une solution facile.

Simple pour toutes les maladies tenues pour avouables devant l'opinion publique, cette recherche nosographicpie devient malaisée pour la névrose épileptique. Au moyen Age encore plus qu'aujourd'hui le mal sacre était, pour celui qui en était affecté (à plus forte raison s'il était roi), une humilia-

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tion dont le malade, ses parents et ses médecins niellaient tous leurs efforts à dissimuler Texistence.

§ 9. Existence de lépilepsie. — Pour l'établir il est nécessaire et suffisant : 1° de reconstituer le diagnostic des médecins de Louis XI à la date donnée par Gaguin ; — 2° de confirmer ce diagnostic par la thérapeutique, c'est-à-dire de fournir la preuve qu'à cette même date Louis XI suivait le traitement classique de la médecine médiévale contre Tépilepsie.

s^ 10. Diagnostic des médecins de Louis XI à cette dcde de i480. — Il nous est révélé de la façon la plus imprévue par Louis XI lui-même (et naturellement à son insu) dans une lettre où le roi, tout en faisant part de son étal morbide à son correspondant, évite avec soin de dénommer la mystérieuse alTection pour laquelle il sollicite des prières. Dans cette lettre adressée (1481) à Pierre Cadouet prieur de N.-D. de Salles à Bourges, Louis XI nous a, sans le savoir, livré la nature de sa maladie aussi clairement que s'il en avait fait l'aveu à un clinicien :

u Maistre Pierre, mon amy, je vous prie tant comme je puis, que vous priez incessamment Dieu et Noslre-Dame de Sales pour moy, à ce que leur plaisir soit m'envoyer la fièvre quarte ; car fcuj une maladie dont les physiciens disent que je ne puis estre guéry sans Vavoir', et quand je l'auray, je vous le feray savoir incontinent. » (Arch. du Cher, Fonds du Chapitre, d. Raynal, Uist. du Berrg, III, 132.)

Dans cette lettre, inintelligible pour eux, tous les historiens, depuis Duclos, n'ont su voir qu'une preuve nouvelle de la « bizarrerie superstitieuse de Louis XI ». Avec son intelligence habituelle des choses du moyen âge. Voltaire en a profilé pour dire une fois de plus au moyen âge tout son fait en la personne de Louis XI :

« On a conserve une de ses lettres à je ne sais quel prieur de Notre-Dame de Salles, par laquelle il demande à cette Notre- Dame de lui accorder la lièvre quarte, attendu, dit-il, que les médecins l'assurent qu'il n'y a que la fièvre quarte qui soit bonne pour sa santé. L'impudent charlatanisme des médecins était donc aussi

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grand que rimbécillité de Louis XI, et son imbécillité était égale h sa tyrannie. Ce portrait n'est pas seulement celui de ce monarque, c'est celui de presque toute l'Europe. Il ne faut connaître l'histoire de ces temps-là que pour la mépriser. Si les princes et les particuliers n'avaient pas quel([ue intérêt à s'instruire des révolutions de tant de barbares g'ouvernements, on ne pourrait plus mal employer son temps qu'en lisant l'histoire. »

(Voltaire, Essai sur les mœurs, ch. xr.iv. Ed. Beuchot, XVI, 5.)

Raynal se lait, de même tous les charlistes.

Ayant constaté la rhétorique stérile des historiens dogmatiques et l'impuissance de la méthode chartisle à extraire de cette gangue thérapeutique le précieux diagnostic des médecins royaux, qui y est nettement formulé, nous allons appliquer à ce document les instruments de précision de la méthode de la Pathologie historique.

Remarquons d'abord que cette lettre de Louis XI est une proposition comi)lexe qui renferme trois inconnues :

A. Une inconnue topographiqiie et hagiographique. Pourquoi Louis XI demande-t-il la fièvre quarte à N.-D. de Salles?

B. Une inconnue clinique. Dans quelle maladie la méde- -cine médiévale avait-elle recours à une métastase et substituait la fièvre quarte à une affection donnée ?

C. Une inconnue psychologique. Pourquoi Louis XI, tout ■en priant son correspondant d'intercéder pour lui, a-t-il caché à celui-ci le nom de la maladie dont les médecins royaux ont diagnostiqué Texistence, et pour laquelle ils ont exigé ce remède, selon eux décisif et seul efficace. Ce pharisaïsme explique le silence de V officieux Commgnes, silence que nous svons noté ci-dessus pour le sang humain, les cautérisations et les bergers.

A. Notre-Dame de Salles était le sanctuaire au moyen âge de tous les paludéens de la Sologne, donc spécifique pour le paludisme comme saint Hubert pour la rage (sur les vertus curatives de N.-D. de Bourges cf. le R. P. Bouveret, Ilist. des sanctuaires de la Vierge, 378, 5:20).

B. La règle diagnostique de Tancienne médecine naluram morhorwn curationes oslendunt nous permet de retrouver sans peine la nature de la maladie que Louis XI s'est tant elTorcé

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de nous cacher. On sait que c'est Hippocrate qui a fixé, il j a plus de deux mille ans, la spécificité curative de la fièvre quarte : « [Sabstitiilion des maladies les unes aux autres]. Les individus pris de fièvre quarte ne sont jamais atteints de la grande maladie (Tépilepsie) ; et si, pris d'abord de cette affection, la fièvre quarte leur survient, celle-ci les guérit de celle-là ». Hippocrate, Epidémies, Vï, 6, 5 (tr. Littré, V, 325. — Sur cet antagonisme entre le processus fébrile et le processus convulsif dans la pathologie générale hippocratique voy. en outre Hippocrate dans : Aphorismes, IV, 57 et V, 70; Littré IV, 523 et 563 ; — Prénotions Coaques, sect. 2, XVIII, 348 ; Littré, V, 659 ; — Maladies, 1,7; Littré, VI, 153 ; — Crises, 61; Littré, IX, 295).

Il est facile de reconstituer le mécanisme physiologique de cette conception. Étant donné le principe hippocratique de la métastase qui résout par la fièvre l'état convulsif [Fehris spasmumsolvit^), c'est à la fièvre la plus résistante que la thérapeutique doit s'adresser pour combattre les maladies où, comme dans l'épilepsie, la convulsion a revêtu la forme chronique. Or de toutes les fièvres à type périodique la fièvre quarte était considérée la plus tenace, — • l'antiquité concevait les fièvres cycliques comme d'autant plus résistantes qu'elles s'écartent davantage du type quotidien (de là la malédiction classique : « Quartana te teneat ! », qui a survécu dans notre ancienne langue : « Que la fièvre quartaine puisse serrer bien fort le bourreau de tailleur! » Molière, Bourgeois gentilhomme, H, 7).

Transmis par la médecine antique aux Arabes (« Quartana quae salva est, libérât ab aegritudinibus malis melancholicis, sicut.... cpilepsia ». Avicenne, Canon, t. I, p. 55, col. 2), l'axiome hippocratique a dominé la neuropathologie du moyen âge ^ et celle de l'époque moderne jusqu'aux premières années du xix'^ siècle.

1. Die Concordanciae des Joh. de S° Amando, éd. Pagel, p. 332 : u Spasmus sano subito venions fit ex repletione cujiis causa sunt humores viscosi et frig-idi membrum nutrientes et propterhoc febris supcrveniens huic spasmo calefacit et dissolvit chymos nervi impleti. »

2. Die Concordanciae des Joh. de 8° Amando, éd. Pagel, p. 332 : « A quartanis habiti non valde a spasmo apprehenduntur ; si veroapprchendantur et superveniat quartana sedantur.

INTRODUCTION. LXXXIII

Si Voltaire avait pris la peine d'ouvrir les manuels thérapeutiques en époque, il eût retrouvé, intacte chez tous, la tradition du Siiperveniente qiiarlana epileplici convulsione defungunlur :

« Si l'Epileptic est une fois saisi de la rjuaiie, le plus du temps il s'en porte mieux. » [OE livres pharmaceat. d'Abraham de la Frambière médecin du Roy. Paris, 3* éd. 1718, in-fol., p. 610.)

« Quod ad prognosin attinet, in génère epilepsia est morbus curatu difficilis. Solvitur siiperveniente qiiarlana. » (Schacht Medic. Profess. Ord. Institutiones Medicinae Praclicae. Amsterdam, 1707, p. 117.)

« Excretiones cutaneae, scabies, nec non haemorrhoïdum et mensium fluxus, et quartana febris epilepsiam solvunt. » (Ludwig, Ord. Med. Acad. Lips. Decani Institiiliones Medicinae Clinicae. Leipzig, 1758, p. 310.)

C. La constatation du fait que l'affection pour laquelle les médecins de Louis XI souhaitaient la fièvre quarte, était l'épilepsie, nous donne l'explication du silence mystérieux du roi, qui, tout en nommant la maladie qu'il veut avoir, cache à son correspondant celle dont il implore la guérison. Ce silence est d'autant plus frappant si on l'oppose à son bavardage cynique avec les ambassadeurs : 1° sur son abstinence à propos de ses hémorrhoïdes ; 2" sur sa grand'mère qu'il qualifie de « putana ».

Son admirateur Commynes, qui en règle a soin de taire tout ce qui peut nuire à son maître, a tu l'épilepsie dont le roi était affecté. Confident de Louis XI et qui couchait dans sa chambre {soins, cf. Kervyn), il ne pouvait ignorer le diagnostic des médecins. S'il a caché cette maladie, c'est par partialité pour le roi qui, de crainte des pharisiens, la tenait lui-même

Quartana supcrvcniens non pcrmiltil vcnire spasmum dissolvons cum.

Spasmiis curatur duobus modis : aiit cum purgatione aul cum coctione ; quartana supcrvcniens purgat cum rigorc. »

LXXXIV PATHOLOGIE HISTORIQUE

en secret (ce qui explique que Commynes n'ait pas parlé non plus des bergers et du sang humain. Du moment qu'il cachait l'affection, il ne pouvait avouer la médication qui permettait de la retrouver instantanément : naturam morboriim ciirationem ostendiint).

Donnons en passant un exemple de la partialité de Commynes pour Louis XI. Dans son récit de l'ambassade de Contay, envoyé en 1476 parle duc de Bourgogne au roi pour prolonger la trêve, Commynes couvre Louis XI, selon son habitude, et dit que, malgré son bon accueil, on ne put empêcher le public de faire c/iansonsK Or c'est juste le contraire que nous apprend la dépêche de l'ambassadeur Fr. Pietra Santa sur les brimades faites par le roi à Contay la nuit.

« Monsignore de Conte e qua non gia cosi ben veduto doppo queste nostre conckisione corne el era prima. Ricordando che la prima pubHcatione che ha fatto fare la maesta del Re di questa nosira rinouatione de la lega etc., el la mando a fare con grandi soni de trombe sotto la fmistra oue alloza esso Monsignore de Conte ; poi sua Maesta per farli dispetto gli ha mostrato la detta littera gli ha scritto V. S. di mano propria.

Vlterius gli fa ut plurimum dormire con luy Monsignore de Leynires, quale quantuncha sia mignono del Re, fauoregia il Duca di Borgogna appresso sua Maesta. Et nel piu bello dormire gli manda al vscio de la caméra a sonare gnaccari et tambori con li magiori strepiti del mondo, dicendo su su che li Alemani sono qua. Poi ogni di lo

1. Commynes (éd. Dupont), II, 13 : « Or faut voir maintenant comme changea le monde après ceste bataille [de Granson]. Premièrement ledit duc propre envoya le seigneur de Contay au roy, avec humbles et gracieuses paroles, qui estoit contre sa coustume et contre sa nature. Regardez doncques comme une heure de temps le mua. Il prioit au roy luy vouloir loyaument tenir la trefve ; il s'excusoit de n'avoir esté à la veue, qui se debvoit faire auprès d'Auxerre; et asseuroit de se trouver de brief, là, ou ailleurs, au bon plaisir du roy. Le roy luy fit très-bonne chicre, Tasseurant de ce qu'il demandoit; car encore ne luy sembloit pas temps de faire le contraire; et connoissoit bien le roy la loyaulté des subjets dudit duc, et que tost seroit resours ; et vouloit veoir la fin de ceste adventure, sans donner occasion à nulle des deux parties de s'acorder. Mais quelque bonne chiere (jue le ro}- feist audit seigneur de Contay, si ouyt-il maintes mocqueries par la ville; car les chansons se disoient publicquement, à la louange des vaincqueurs, et à la foulle du vaincu. »

INTRODUCTION. LXXXV

motegia con li piii strani motegiamenli del moiulo soUo spccie di schirzare, in modo chel pare non habia quasi aUro pinceie clie di vesperiarlo. »

(Dépêche de Fr. Pietra Santa, 12 août i i-TGjd. Chniel, /. c, [). 183.)

§ 11. Quant à la confirmation de l'existence de Tépilepsio par la thérapeutique appliquée à Louis XI, nous avons déjà vu (Premier exemple, pp. XLV-XLVI ; XXXIII-XXXIV ; XVIII ; XL-XLII) que le roi employait le remède spécifique contre l'épilepsie, le sang humain, et qu'il s'était soumis au traitement chirurgical (cautérisations, incisions) et au traitement hygiénique (ne pas dormir le jour, dormir la tôle haute, ravoir très protégée).

La médecine médiévale préconisait de plus contre l'épilepsie : Thysope, le fumeterre, la corne d'élan.

A. Thérapeutique théorique, l'' H ysope comme diurétique, donc dégageant la tête par le foie et les reins :

Bernard de Gordon, Lilium medicinae, Part. IL De passionibuscapitis, cap. xxv. De cura epilepsiae. « Utalur epilepticus isto pulvere. i^ trium generumpiperis, hyssopi, menthae dessicat. ana 5 1. pulverizentur et ponantur in sacculo de aluta et utatur epilepticus cum omni eo quod comedet. »

Le grant propriétaire des choses (traité des vertus et proprietez des eaux artificielles) :« Eau de ysope sec. Geste eaue... vault à ceulx qui tumbent du grant mal et sappelle en latin epilentia. »

1° Fumeterre, comme dégageant le foie :

Avicenne, Canon, 1. III, tr. 5, cap. xi (I, 505, col. 2) : u Si autem epilepsia excusari non potest, administrelur ei fumus terrae. » De cura epilepsiae.

3° Corne d'élan :

« Quant aux parties des animaux, nous nous en servons aussi diversement. Le poulmon de renard est propre contre la phthisie; le foye de loup contre les maladies du foye ; les dents d'éU^phant pour fortifier le cœui ; la corne de licorne pour résister aux venins, et ïongle du pied de lélan pour guérir la maladie d'Hercule. » [Les Œuvres pharmaceutiques du Sieur Jean de Renou médecin du Roy, 1G37, p. 1 i.)

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« L'élan ne vit que dans des lieux inhabitez, parce qu'il est extrêmement sujet à tomber du haut mal. Et aussitôt qu'il en est attaqué, il ne manque pas de se mettre le pied gauche dans son oreille gauche pour se guérir de cette maladie : ce qui a donné sujet de croire que l'ongle ou la corne du pied gauche de cet animal estoit un remède spécifique pour se garantir de l'épilepsie que nous appelons ordinairement mal de saint ou de Saint Jean. » (Pomet, Ilist. des drogues, 1694, in-foL, p. 23.)

« Le pied de l'élan qu'on enchâsse dans des anneaux, et duquel on fait des brasselets contre le mal caduc » (Le cabinet secret des grands préservatifs par le sieur Monnier docteur en médecine, 1(366, p. 25).

« Alces. Vires : Ungula specifica virtute celebratur adversus Epilepsiarriy tum praecavendo, tum curando, idque usu tam interno, quam externo.

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