‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 16 sur 183 · Interne propinantur scobis et pracparata subjuncta · texte numérisé non relu

Interne propinantur scobis et pracparata subjuncta

2. Externe includitur particula annulo, gestaturque digito. Inditur itidem pugno, applicatur pulsui, immittitur in aurem sinistram, suspenditur de collo ut cutim attingat. »

(Joli. Schrôder, Pharmacopoeia medico-chymica. Leyde, 1672, p. 791.)

B. Thérapeutique de Louis XI.

Nous avons constaté (cf. ci-dessus, § 6, B et A) que le roi faisait usage d'hysope et de fumeterre.

Il fit également des achats d'élans :

« A Bernard More marchant Austerlin de la ville de Campe (Kempen) de la Ilouse (Hanse) 730 liv. de merché fait pour amener

au Roi six bestes nommées Elles, trois masles et trois femelles »

(Compte de Pierre de Lailly du l«i" cet. '1479. Commynes-Dupont, t. II, p. 234, note 3.)

<( Au pays de Dannemarche et de Suerie, envoya quérir de deux sortes de bestes : l'une s'appelloit helles, et sont de corsaige de

cerfz, grans comme buffles, les cornes courtes et grosses )> [Com-

mynes, éd. Dupont, t. Il, p. 233).

<( A Jamet Boileaue notonnier, demourant à Tours, la somme de 6 liv. pour avoir mené et conduit par eaue de Tours jusques à Orléans une grant beste sauvaige nommée elle laquelle ledit seigneur

INTRODUCTION. LXXXVII

envoyoit ou pays de Gastinois (Quittance du 23 septembre 1481). » (British Muséum. Mss. Egerlon, 883, fol. 2.)

« A Jehan Martin, la somme de 9 liv. 12 s. 6 den. pour fournir à la despence que faire lui conviendra pour mener, conduire et gouverner ladite beste sur l'eaue depuis ledit lieu de Tours jusqucs audit lieu d'Orléans et d'ilec la mener par terre jusques à Bel-Esbat oudit pays de Gaslinoys, où ledit seigneur Ta envoyé pour nourrir et gouverner illec (Quittance de 29 sept. 1481). » (Id. ihid., 883, fol. 2.)

Toutes ces acquisitions d'élans n'avaient évidemment pas seulement un but thérapeutique. Nous trouverons plus loin {Troisième exemple) quel autre motif faisait agir le roi.

Hippocrate conseille dans les accidents cérébraux suivis d'cpilepsie ou de paralysie, le lait d'ânesse à haute dose (Hippocrate, tr. Littré, t. II, 407, Du régime dans les maladies aiguës) ; de même dans l'hystérie (Id. ibid., t. VII, p. 317, De la nature de la femme).

Pline mentionne le lait d'ânesse comme utile dans Tépilepsie : Pline, éd. Nisard, 1. XXVIII, 33, 1 : « les testicules d'âne gardés dans du sel et mêlés à une boisson, surtout au lait dânesse ». Id. ibid. 1. XXXII, 37, 1 : « Les épileptiques boivent de la présure de veau marin avec du lait de cavale ou dânesse ».

Peut-être pouvons-nous expliquer par là l'achat pour le roi de plusieurs ânesses en deux jours :

« A Estienne Martin la somme de 6 1. 8 s. 4 d. à luy ordonnée par ledit seigneur pour une autre annesse et ung petit asnon qu'il a achecté pour ledit seigneur et par son ordonnance. (20 août 1482.) » (British Muséum. Mss. Egerton, 883, fol. 82.)

« A Vincent Thierry la somme de 64 s. 2 d. à luy ordonnée par ledit seigneur pour une annesse acheclée de luy pour ledit seigneur. (22 aoust 1482.) » (Id. ibid., 883, fol. 81.)

« A Symon Gryer la somme de 4 1. IG s. 3 d. à luy ordonnée par ledit seigneur pour une autre annesse. (22 aoust 1482.) » (Id. ibid., 885, fol. 81.)

Gordon recommande aux épileptiques des lits frais.

Nous trouvons dans les comptes de Louis XI la mention de lits spéciaux rafraîchissants, lit à vent, lit de natte qu'on emportait avec lui dans ses voyages :

LXXXVIII PATHOLOGIE HISTORIQUE

« A Guillaume du Jardin, tapissier dudit seigneur — pour avoir fait mener le lit de vent dudit seip^neur de la Molhe d'Esgry jusques à Paris, pour ilec le faire habiller et y faire un soufflet neuf, 20 s. t. — Pour ung- homme et ung cheval, pour avoir porté le lit de vent dudit seigneur de La Mothe d'Esgry jusques à Clereau près Vendosme.

Pour avoir fait apporter de Tours jusques à Bray-Conte-Robert, ung grant cuir de Ongrie, pourmectre sur le lit dudit seigneur 60 s. t. (27 septembre 1480.) » (Arch. nat., KK, 04, fol. 64.)

« A Anthoine de Trye, natier, demourant à Paris 105 s. — pour avoir esté de Paris jusques à Tours pour ilec faire une couchete de paille en manière d'une couchecte pour servir audit seigneur en son logeiz, où il a vacqué tant à aller, séjourner faire ladite couchecte que pour s'en retourner quinze jours entiers. 10 sept. 1481. » (Arch. nat., KK, 64, fol. 165 v°.)

(( A Coppin Sauvage, sellier et targier dudit Seigneur 46 1. 8d. —

pour deux batz de sommiers garniz de cropières pour servir à

porter les litz dudit seigneur et pour 4 aulnes de toile cirée. 26 février 1479. » (Arch. nat., KK, 64, fol. 26.)

(( A Maistre Estienne Gastault 45 1. — pour avoir fait porter et conduire sur ung cheval sommier la couchecte avec le petit chaslit de la chambre dudit seigneur partout où il a esté logé depuis le premier jour de février précédent jusques au derrenier jour dudit moys de may. (12 juin 1482.) » (British Muséum. Mss. Egerton, 883, fol. 57.)

Etat des gaiges de TEscuierie du Roy pour l'année (oct. 1481oct. 1482). Bibl. nat. f. fr. 6988, fol. 163 : « A Maistre Olivier le Dain, varlet de chambre et barbier dudit seigneur pour l'ordonnance du chariot des litz d'icelluy seigneur et des chartiers et chevaux qui le maynent au feur de 33 livres. »

Remarquons que c'est surtout contre Tépilepsie que Gordon prescrit les plantes odorantes (voir ci-dessus, p. XXX). Nous avons vu qu'on mettait dans les chambres du roi de la coq menthe, etc. « par tous les lieux où il a esté » (p. XXXIII), et qu'on faisait chercher des roses partout (p. XXXII). Cellesci devaient, de plus, être payées cher, étant relativ^ement rares à cette époque (cf. Joret, La rose dans V antiquité).

Anesthésie de rodorat, puisque le roi supportait la grande quantité de fleurs et de plantes à parfum très fort dont on remplissait sa maison.

Clî. Féré, Epilepsies et épileptiqiies^ p. 193 : « L'anosmie est aussi rencontrée par quelques observateurs (Russel, Bennett).

« Les quelques explorations que j'ai pu faire de l'odorat me portent à croire que l'obnubilation de ce sens est fréquente

INTRODUCTION. LXXXIX

à la suite des accès. Chez plusieurs malades, Tanosmie postparoxystique élait assez prononcée pour qu'ils ne sentissent pas le musc en nature. »

Nous savons que le roi était goutteux (voy. ci-dessus, p. LXI). On connaît le rapport entre la goutte et l'artériosclérose. Le texte suivant nous permet de supposer qu'il souffrait de rhumatismes :

« A Symon Buynard la somme de 8 1. 10 s. à luy ordonnée par ledit seigneur ledit jour pour avoir fait mener porter et conduire la petite maison de boys dudit seigneur tant par eaue ({ue par terre en plusieurs lieux. )>

(British Muséum. Mss. Egerton, 883, fol. 80.)

Au lieu d'opposer à ces deux dissolvants, l'arthritisme et l'épilepsie, l'hygiène qui eût été nécessaire, son hygiène est doublement funeste : au physique — excès de table, continuels et « aspres voyaiges », chasses en hiver dans les marais, couchant dans les villages, — elle aggrave l'arthritisme et accélère l'artériosclérose; au moral, destruction par les émotions dues à la lutte contre le Téméraire, qui aggrave l'œuvre mentale de l'épilepsie.

Alors que, sur un règne de vingt-huit ans, Louis XI n'est resté au Plessis que la dernière année de sa vie, cloué par la maladie, M. Monod dit dans le portrait qu'il fait du roi :

(( Nous connaissons le caractère et l'intérieur de Louis XI par un admirable écrivain, le Bourguignon Comines, qui vécut à sa cour à partir de 1473. Dissimulé, défiant, tenant peu aux apparences, le roi aimait à vivre bien gardé au château du Plessis-lez-Tours. » [Hist. de F/-ance, p. G. Monod et P. Bondois, 1891.)

Si j\L Monod avait voulu donner la formule locomotrice de Louis XI (avec le raccourci nécessaire à THistoire dans les manuels), au lieu de le peindre enfermé dans son château, — il eût fallu dire : après Napoléon I ■■ et l'empereur d'Allemagne actuel, Louis XI est le plus voyageur de tous les souverains.

Le roi lui-même se compare à Charlemagne pour avoir fréquemment parcouru son royaume :

XC PATHOLOGIE HISTORIQUE

Lenglet-Dufresnoy (éd. Commines, II, 445) : « Et au regard de ce que ledict seigneur roy de Sicile pria et requist mondict seigneur de Berry, de dire et déclarer les causes qui Font meu de soy partir si soudainement d'avecques le roy, à quoy mondict seigneur de Berry a respondu que il a esté meu de ce faire pour deux causes, l'une pour la seureté de sa personne, disant que depuis le trespas du roy que Dieu perdoint, il a toujours sceu etcongneu que le roy ne Tavoit point en amour ne bien agréable, mais en toute suspeçon (sic) et defliance, et souventes fois le demonstroit par ses paroUes, et que ces choses proceddoient, comme il pensoit, au moyen d'aucuns de ses serviteurs desquelz il a grant cause de soy dobter, pour plusieurs raisons, dont pour le présent il se taist.

L'autre cause de sondict parlement a esté pour ce qu'il voyoit et congnoissoit, ainsi qu'il dist, le désordre qui a esté, et est en tout cas, ou royaume, dont les seigneurs du sang, l'esglise, la noblesse et le poure peuple, aussy la justice, se deulent, et s'en povoit ensuir la destruction du royaume, se remède n'y estoit mis.

Le roy se merveille fort de ceulx qui ont donné à entendre a mondict seigneur de Berry qu'il se deust en riens doubler du roy louchant la seureté de sa personne, ni qu'il y deust aucunement adjouter foy, car oncquez le Boy n'eut vouloir et ne pensa chose qui fust ou préjudice de la personne de mondict seigneur de Berry.

Et quant à la seconde cause pour laquelle mondict seigneur de Berry dit qu'il s'est party de la compagnie du roy, c'est assavoir pour ce qu'il voioit et congnoissoit ainsi qu'il dit le desordre qui a esté et est en tous cas ou royaume, dont tous les seigneurs du sang, l'esglise, la noblesse, et le povre peuple, et aussi la justice, se deulent, et s'en povoit ensuir la destruction du royaume, se remède n'y estoit mis.

Le roy, depuis qu'il est venu à la couronne, a mis toute la peir.e qui luy a esté possible de mectre, [à] garder et entretenir son royaume en paix repos transquilité et bonne justice, et à icelluy augmenter et accrolstre, et y a, grâces à nosire seigneur, pené et traveillé, en visitant les parties de son royaume plus que ne fist oncques mais roy de France en si peu de temps, depuis Charlemaigne jusques à présent, et estoient les choses sy bien disposées, avant ce trouble, que chascun vivoit en paix en son hostel, fcussent seigneurs, gens d'esglise, nobles, bourgeois, marchans, laboureurs ou autres de quelque estât que ce fust. Dieu estoit honorablement servy en l'esglise, et le divin service bien faict et continué, marchandise couroit par tout seurement, et povoit chacun aller de jour et de nuit, l'or au poing, sans dcstourbicr ou cmpeschement aucung, qui n'est pas demonstrance que au royaume eust si grand désordre comme il a pieu à mondict seigneur de Berry dire, ne par ce moyen ne fust point venue la destruclion du royaume ; mais au moyen.... »

Et nous trouvons dans Chastellain et la Chronique Scanda-

INTRODUCTION. XCI

leiise le récit naïf de deux de ces expéditions qui nous montrent la manie.

Chastellain (éd. Kervyn), IV, 196 : « 1462. Il voulut visiler les marches et confins de son royaume, avoir cognoissance de tout et de tous ; et pour ce faire, se party de Tours luy sixième, là où il fit cryer à son de trompe, que nul, sus peine de mort, ne s'avançast de le sieuvir. Et estoient luy et ses cinq compagnons habillés de gros drap gris, rudement, en manière de pèlerins et avoient chascun une grosse rude paternostre de bois pendue au col. Et délaissant son chemin vers Poitiers, alla visiter toute Guienne, tout Bordelois et toutes les marches et contrées comprises dedans. Et jàsoit ce que la famé courust qu'il allast ainsi seul, tousjours le costoioit, à un logis près, la garde de son corps, qui estoient environ six-vingt hommes comballans. Sy passa une saison en ceste Visitation faire. »

Chr. Scand, ann. 1473, éd. B. de Mandrot, I, 294 : a Et, puis le samedi matin, XIII^ jour dudit moys de mars, à Teure de six heures de matin, le roy qui estoit au Plesis du Parc, jadis nommé les Motifz lez Tours, s'en party à privée compaignie et s'en ala à Bordeaux et Baionne, et, afin que homme vivant, autre que ceulx qu'il avoit ordonnez, ne le suivissent ne alassent après luy, fist tenir toutes les portes de Tours fermées depuis ladicte heure jusques à dix heures sonnées, et si fist rompre ung pont près dudit lieu de Tours par où il estoit passé, afin que homme n'y passast. Et fist ilec aussi demourer Monseigneur de Gaucourt cappitaine des gentilzhommes de sa maison, afin que personne n'alast après lui. »

En dehors de ces perpétuels déplacements dictés par la politique, quand le souci des affaires lui permettait de rester chez lui, Commynes nous le montre sans cesse à la chasse ou à la guerre.

Commynes (éd. Dupont, II, 271) : <( Pour tout plaisir il aymoit la chasse, et les oyseaulx en leurs saisons; mais il n'y prenoit point tant de plaisir comme aux chiens. Encores, en ceste chasse, avoit presque autant d'ennuy que de pla'sir : car il prenoit de grans peines, il couroit les cerfz à force, et se levoit fort matin, et alloit aucunes fois loing, et ne laissoit pour nul temps qu'il feist : et ainsi s'en retournoit aucunes fois bien las, et presque tousjours courroucé à quelcun : car c'est mestier qui ne se conduit pas tousjours au plaisir de ceulx qui le conduisent. Toutesfois il s'y congnoissoit mieulx que nul homme qui ait régné de son temps, selon l'oppinion de chascun. A ceste chasse estoit sans cesse^ et logié par les villaiges, jusques à ce qu'il venoit quelques nouvelles de la voye de faict : car presque tous les estez y avoit quelque chose entre le duc Charles de Bourgongne et luy, et d'yver faisoient trefves. »

XCII PATHOLOGIE HISTORIQUE

Basin, III, 167 : « Quanquam aulem neque specie et forma eleganti, qiiac digna videretur imperio, neque facie decorus esset, fuit tamen satis patiens ad perferendos labores equitandi. » — Idem, III, 168 : « Nam venationibus totus paene deditus erat. »

Le roi exprime la volonté d'être représenté en chasseur sur son tombeau (Commynes-Dupont, Preuves, ITT, 339).

Excès de table et de boisson :

L. Delisle, Fragments inédits de Th. Basin (Notices et Extraits des Mss. XXIV, 2*= Partie), p. 19 : « De temperantia vero ipsius non opus est longum trahere sermonem. Nam satis manifestum est quod vini satis intemperans fuit, et plerunujue estuans vino et crapula, multa in diversos seva atque crudclia fîeri jussit. »

Basin (éd. Quicherat), III, 192 : '< Pater vini et escarum temperantissimus fuil ; filius vero de omni gulae intemperantia turpiter diffamalus : unde cum semel Rotliomag^i coenaret in taberna publica, et illic una adessent qui famosi vini potatorcs habebantur, ipse fertur crustam magni pastilli, oblatam sibiab unoinsigni bibulo vinoplenam^ vacuam protinus reddidisse exhausto a se vino. »

Chron. Sabaud. ap. Mon. Hist. pair. t. I,}). 664. « Mirabiliter comedebat et cum ap})etitu voraci, ita quod in uno j)randio triginta sex alas pullorum comedit ^. »

Seyssel (éd. Comm. Godefr. II, 324) : Le « Roy qui est à présent, a gardé la médiocrilé touchant sa dépense de bouche ; dont l'autre estoit par trop excessif et curieux. »

Rappelons aussi la teneur des lettres patentes de Louis XI pour la donation à S. Claude (cit. p. LXVI) : « ...et mesmement pour la bonne disposition de notre estomac, pour que vin, ne aultres viandes ne nous y puissent nuyre et que Layons toujours bien disposé ».

§ 12. Nous savons, par le récit de Commynes des dernières années de Louis XI, que le roi a succombé à une série d'atta([ues d'apoplexie avec aphasie transitoire. Donc lésion cérébrale en foyer, non rare chez les épileptiques comme maladie terminale. Nous étudierons les textes de Louis XI en main, au volume suivant, si cette lésion était ischémique ou hémorrhagique.

1. Ce texte indique plus qu'un simple excès de lable. On y trouve les caractères essentiels de la boulimie. Ce point sera étudié au tome II.

INTRODUCTION. XCIII

î< 13. Louis XI appartient donc :

A la l'amillc arthriliqne par les manifestations herpétiques (dermatose), les hémorrhoïdes et la goutte.

A la famille névropathiqiie par Tépilepsie, la lésion terminale en foyer, son hérédité — fils d'un père à troubles cérébraux finaux, agoraphobe ; nous verrons plus loin ses tares héréditaires.

Ce sont déjà là des données précieuses pour le moment où nous aborderons l'étude de son état psychique.

Reste à faire la chronologie de l'épilepsie : peut-être nous fournira-t-elle l'occasion d'expliquer plus d'un acte jusqu'ici inintelligible du roi (par exemple les chausse-trapes).

§ 14. Chronologie de Vépilepsie.

Dès 1469 nous voyons Louis XI se soumettre à des prescriptions hygiéniques et employer des remèdes que la médecine de cette époque proconisait contre l'épilepsie : dormir la tête haute, l'avoir très protégée (et môme dès 1468 nous trouvons la mention de bonnets chauds, voy. ci-dessus, p. XLI) ; usage de fumeterre (p. LXII), usage de parfums, prescription d'égayer la chambre du malade :

« A Olivier le Mauvays barbier du Roy 103 s. 0 cl. pour le rembourser de pareille somme qu'il a mise du sien par l'ordonnance du Roy à rachact de deux mirouers doubles pour ledit seigneur. » (Arch. nat. Comptes de TArgenterie, KK, 61, fol. 44, juin 1469.)

« A Jehan Ilurte appotliicaire ^5 s. pour une livre pouldre de viollettes prinse le 10'- jour dudit mois de mars et livrée à Pierre Direy varie t de garde robe du Roy pour icelle mettre entre les robes et autres habillemens du Roy. >-> (Id. ihld., fol. 38, mars 1469.)

Pouvons-nous en inférer que le roi était déjà épileptique? Recours en 1471 à S. Claude (Vaesen, Catalogue chronol. de J. Rourré, n" 688), invoqué contre les convulsions.

Année 1 472. Etat maladif de Louis XI. Nous pouvons l'induire de la dépêche suivante de l'ambassadeur milanais, où nous trouvons la première mention de la difficulté qu'on a de voir le roi.

« Non riio dito mi estesso à la p^* M*... perché quando mal voluntera intende longo rasonamenlo et fugc le fatiche e audienlie più clie homo o Signore vedesse may. »

XGIV PATHOLOGIE HISTORIQUE.

(Dépêche de l'ambassadeur milanais Marco Trotto au duc Galeas Sforza, datée d'Araboise, 9 novembre 1472, Bibl. Nat. Mss. f. ital. no 1649. Sickel, fol. 297.)

Mai 1473. Le roi ne veut voir personne. Il fait défendre sous les peines les plus sévères l'accès du château d'Amboise :

« [Arrivée à Amboise] Sua Maestà a fatlo fare pubblice gride et da poi renovateomne octo di, chealcuno fosse chi se volesse, sotto pena de confiscatione de corpi et béni, non andasse ad Amboasa ne intorno presso ad trei leghe. Et cosi ordinato et comandato in omne loco sotto pena délia vita ; clie non acceptasse veruno excepto queli manderia ad domandare Soa Maestà. Molti Segnori gli volsero andare, che retornaronomalcontenti et con mala gratia. Monsignore di Craon conducto già fino aile porte delcastello gli fu vietato l'andare dentro : El conte de Narbona non pote entrare nella terra, etc. » (Dépêche de Christoforo da BoUa au duc de Milan Galéas datée de Tours, 27 mai 1473. Bibl. Nat. f. ital. 1649. Sickel, fol. 318.)

« 111"^° et Ex™° Signore mio. Intese V. Ex, per l'ultime mie quanta la M** del Re se era reducta ad stare reslrecta. .. Presentatomi poi da Soa M* gli dixi quanta extremaamaritudine e despiacere V. Ex. haveo preso del maie suo et che quella non li sapeva recordare megliore medicina cha un gagliardo animo, et non lassarse tropo occupare da

facende maxime in questi excessivi caldi Soa M* respose quasi

ridendo : « per mia fede io sono stato ammalato, pure à te pare bene (( che sia in bono poncto. « Dicto de s/, subiunxe, etc » (Dépêche de Christoforo da Bolla au duc de Milan Galéas, datée d'Amboise, 12 juin 1473. Bibl. Nat. Mss. f. ital. 1649. Sickel, fol. 322.)

C'est à cette même date que se place l'interdiction au public de l'église de Saint-Florentin à Amboise :

Demande des habitants d'Amboise à Bourré, pour qu'il leur obtienne la permission de construire une nouvelle église, vu que celle de Saint-Florentin n'est plus publique, mais réservée au château, et que celle de Saint-Simon ne peut contenir que le sixième des hal)itants (mai 1473).

(Vaesen, Catalogue chronol. de J. Bourré, n° 836.)

Or l'isolement était tout particulièrement prescrit à l'épileptique. « Du haut mal qu'on appelle Epilence : A grand peine les peut on guérir et toutesfois ilz sont aidez par médecine et diette, et donner au patient ung œuf de corbeau tantost qu'il a eu son mal. Devant toutes c/ioses ilz se doivent

INTRODUCTION. XCV

garder de viandes nuisibles et du fait de luxure, et de trop habiter en la compagnie des gens, car leur mal les prenl plus tost que quand ilz sont tous sculz. » [Le grand propriétaire des choses, 1. VII, chap. ix.)

Cette année-là, nouveau don à S. Claude (B. N. f. ïr. i>0i21).

1475. Le roi observe qu'il se sent sain et bien disposé, ce qu'il n'eût pas noté s'il était d'ordinaire valide : les choses ne se sentent que par le contraste.

(( Durant le temps, le roy ne bouga de Paris et y fist son quaresme, faisant grand chère, et s'i trouva sain et bien disposé, comme il clisoii. » [Chron. Scandai, année 1475, éd. B. de Mandrot, t. I, p. 32;j. — Louis XI passa à Paris les trois premiers mois de l'année 1475. Note de Mandrot, p. 325.)

D'ailleurs, bien peu après (6 avril 1475) le roi écrit au prieur de Notre-Dame de Salles, lui demandant de prier Notre-Dame de lui donner guérison parfaite :

(( Monsieur le prieur, je vous prie que vous vueillez prier Nostre- Dame de Sales pour moy, qu'elle me donne guérison parfaite. Au surplus écrivez moy combien il faut d'argent pour faire un beau treillis devant Nostre Dame. Escript à Paris, le VL jour d'apvril. (Arch. du Cher, Fonds du Chapitre, d. Raynal, Hisi. du Berry, III, 132.)

Il n'avoue pas encore sa maladie, mais l'importance du don contraste avec ce silence ^

1476. Nous avons vu qu'en août 1476 le roi se plaint à Pantaleone de tremore di core. Il omet de tout dire, c'est que ces palpitations lui donnent des convulsions (« mi da molestia assay »).

De môme qu'il ment sur son abstinence, puisque à ce moment il avait deux maîtresses (silence de Commynes sur ces maîtresses).

A cette année 1476, recours à S. Jean (B. N. f. fr. 2906, fol. 52 v°), auquel on s'adressait dans l'épilepsie.

1. Raynal, /. c. p. 132 : « Le beau Ireillis dont il est question... fut en effet placé au nom du Roi dans l'église de N. D. de Sales ; il était en argent massif. »

XGVI PATHOLOGIE HISTORIQUE.

1477. Le texte suivant nous autorise à conclure que Louis XI a été malade dans l'année 1477.

((Loys, etc Considéransles bons, graiis, continuelz et recomman-

dables services que nous a par cy devant fait nostre amé et féal conseiller et médecin maisLre Glaude des Molins... tant pour la santé de nostre corps dont il a principalement la charge, que, etc... voulant par ce aucunement Ten rémunérer, pour ces causes et pour la grant et entière amour, confiance et seurté que par évidence et approuvée expérience nous avons par efîect cogneu et aperceu estre en sa personne, tant en divers accidens de maladie qui nous sont survenues... dont moiennant l'aide de Dieu notre créateur et de sa glorieuse Mère et la peine, soing et diligence dudit maistre Glaude, nous sommes venus à convalescence etc... à ycellui maistre Glaude avons donné, cédé, quitté, transporté et délaissé... par ces présentes pour luy, ses hoirs... les chastel, place, terre et seigneurie de Saint Pierre de Sélas, situées et assises en la sénéchaussée de Carcassone, etc

Donné au Plessis du Parc lez Tours ou moys de décembre l'an de grâce 1477, et de nostre règne le 17". » (Arch. nat. X^^, 8607, fol. 114.)

1478-1479. Grave et mystérieuse maladie de Louis XI durant rhiver 1478-1479.

« A Maistre Glaude Molin conseiller et médecin du Roy nostre sire la somme de 1000 escuz d'or valant 1604 1. 3 s. 4 d. à luy donnée et ordonnée par ledit seigneur sur lesdites finances de Languedoc de ladite année et ce pour le récompenser de plusieurs grans et agréables services qu'il a puis naguères faiz audit seigneur en certaine maladie qu'il a eue et pour plusieurs autres services qu'il luy fait continuellement à l'entour de sa personne. » (Comptes originaux du règne du Roi Louis XI. Oct. 1478.-oct. 1479. Bibl. Nat. f. fr. 23265, fol. 18.)

t( A Maistre Pierre Chomet, médecin et astrologien du Roy, pour récompense d'un voyage fait aux Forges près Chinon par ordonnance du Roy. » (1479.) (Bibl. Nat. f. fr. 20685, p. 707.)

[Janvier 1478-1479]. Archives de Dijon, B. 5114. Comptes du Maçonnais, fol. 108: u A Guillaume de Saint amant escuier la somme de vint solz tournois à lui ordonnée et tauxée par nions'' le gouverneur et bailli de Mascon tant pour journées c[ue pour despens de deux jours entiers qu'il a vacquez ou mois de Janvier mil cccc LXXVIII, par l'ordonnance et commandement du lieutenant général de mondit S"" le bailli, d'estre aie de Mascon à ChoITailles, distant dudit Mascon de IX lieues pour conduire ung chevaulcheur de Tescuierie du Roy qui venoit de la court devers mondit S"" le bailli et lui jiortoit lectres du Roy pour avoir certaine recepte de médecine que mondit S"" le bailli avoit, laquelle il envoya au Roy par ledit chevaulcheur, pourlesquelz deux jours mondit S"" le bailli lui a lauxélesdilz XX s. t... )>

IXTUODUCTIOX. XCVIl

« Tout est entravé par les diniciiltés que l'on éprouve ici d'obtenir une audience, surtout quand le roi est absent et loin d'ici, comme je l'ai écrit précédemment. Gomme il ne veut recevoir aucun ambassadeur, etc.... » (Dépêche de l'ambassadeur milanais J. André Cagnola, Tours, 14 décembre 1478. Kervyn, III, 37.)

« Je n"ai pas eu le loisir de parler à Sa Majesté qui se monti^e de plus en plus dilFicilc pour accorder des audiences. Aussi ai-je eu l'idée de lui faire remettre un extrait des dépêches chiflrées, par monseigneur d'Argcnton, qui s'en est chargé, comme je vous l'ai écrit auparavant. Sa Majesté les eut et nous adressa sa réponse par monseigneur d'Argenton. » (Dépêche de J. André Cagnola au duc de Milan, Tours, 16 avril 1479. Kervyn, I, 245.)

(( Il cherche la solitude ; il fuit la foule qui fut toujours odieuse aux hommes de bon lieu, quoique pour un prince il soit difficile de se conduire ainsi. Quelquefois aussi il étudie, m'a-t-on dit, et je suis disposé à le croire, car ses discours en font preuve et il cite souvent les meilleures autorités. C'est pour cela, je pense, qu'il évite les ennuis plus que jamais. )> (Dépêche de Carlo Visconti au duc de Milan, Paris, 12 juin 1479. Kervyn, I, 258.)

(( Le roi (et c'est chose raisonnable), ayant longtemps été malade, aime à consacrer le temps qui lui reste, à faire ses dévotions et à goûter le plaisir de la chasse. » (Dépêche de Carlo Visconti au duc de Milan, datée de Paris, 12 juin 1479. Kervyn, I, 258.)

« Chaque jour il devient plus solitaire ; il ne veut voir que qui lui plaît, et bien souvent si vous voulez une chose, il ne la veut pas, et si vous montrez que vous ne la voulez pas, cela suffit pour qu'il la désire ardemment. Comme tous les vieillards qui touchent à leur déclin, il devient de jour en jour magis obnoxius iracundise. » (Dépêche de Carlo Visconti au duc de Milan, Paris, 20 juin 1479. Kervyn, I, 264.)

(( Sa Majesté Très-Chrétienne est allée en pèlerinage dans un endroit qui s'appelle Notre-Dame de la Victoire, à dix lieues environ d'ici (Senlis), où elle a coutume de se rendre quand elle a remporté quelque victoire : elle s'y rend cette fois à l'occasion de ses succès en Franche-Comté. Ne pouvant prendre une autre route, elle est passée par Paris, mais elle n'entra point en ville, et s'arrêta dans un très beau château éloigné d'une lieue environ, où elle passa la soirée ; le lendemain, elle alla entendre la messe à Saint-Denis, qui est aussi éloigné d'une lieue et demie d'ici, et la messe finie, après avoir dîné sans permettre que personne l'approchât, elle se remit en route pour son pèlerinage. » (Dépêche de l'ambassadeur milanais J. André Cagnola, Paris, 20 juin 1479. Kervyn, I, 265-266.)

(( Le seigneur d'Argenton a résolu de se faire remplacer près du roi par le comte Bolîilo et monseigneur du Bouchage, auxquels, durante ej'us absentia, on s'adresserait pour les afl'aires qui se présenteraient; car on ne peut avoir audience de Sa Majesté qu'autant qu'elle le veut bien, et c'est très rare. » (Dépêche de l'ambassadeur milanais J. André Cagnola, Tours, 4 octobre 1479. Kervyn. III, 69.)

XCVIII PATHOLOGIE HISTORIQUE

Pour éviter d'être vu et rendre son accès plus difficile, le roi fait mettre des chausse-trapes aux Forges :

(( Très-illustres seigneurs, Le seigneur Jean-André [Cagnola] est de retour. Monseigneur d'Argenton est d'avis, m'a-t-il dit, que j'attende ici le roi, surtout s'il ne m'arrive aucun message qui réclame célérité, parce que Sa Majesté est tellement retirée avec ces messieurs des finances, qu'elle ne veut recevoir aucune autre personne. Bien que le roi eût mandé Jean-André pour les lettres des Suisses, il n'a pas voulu néanmoins parler à celui-ci, mais il l'a fait expédier par monseigneur d'Argenton et par Bofillo. Je crois que Vos Seigneuries apprendront, par les lettres de Jean-André, comment Sa dite Majesté a fait fabriquer un grand nombre de chausse-trapes très pointues, qu'elle a fait semer tout le long des chemins qui aboutissent à sa retraite, sauf une route très étroite et fort incommode où se tiennent ses gardes, afin que personne ne puisse s'approcher. Je vous dis cela afin que Vos Excellences ne s'étonnent pas, si je tarde beaucoup à me présenter à Sa Majesté.

Charles Visconti. »

(Dépêche de Carlo Visconti au duc de Milan, datée de Tours, mai 1479. Kervyn, I, 255.)

« 13 janvier 1479. A Jehan Forgier, serrurier 4 1. 10 s. — pour deux cens chavisses trapes qu'il a faictes par l'ordonnance et commandement dudit s"", pour mectre aux Forges. » (Arch. nat., KK, 64, f" 29.)

« 16 mars 1479. A Jehan le Villain 51 1. 6 s. 10 d. — Pour soixante journées de charpentiers qui ont vacqué pour avoir fait les barrières de boys àl'entour du logeiz des Forges, dont ledit seigneur a faitveoir les parties, et ne veult cy autre déclaracion en estre faicte. » (Arch. nat., KK, 64, f» 21 v«.)

Commynes est muet sur cette maladie. Voici ce que nous en dit Basin :

(( Fuit autem rex per aliquos menses hiemales, ante et circa festa dominicae Incarnationis, in quodam Castro ultra flumen Ligeris, circa Caynonem^ ; ubi cum, venationibus et voluptatibus suis ut vacaret liberius, nisi perpaucis ad se aditum haberi non permitteret, et, disposais suorum satellitum per spatia custodibus, vias, per quas propiorad se accessus haberi potuisset, faceret custodiri: ex ea re rumor maximus increbuit per omnes terras ducis, quod ipse rex in talem

1. Quicherat (Basin, III, 49, note 1) corrige à tort Basin, puisque la dépêche des ambassadeurs milanais du 43 janvier 1479 (Kervyn, I, 240) est datée de Chinon.

INTRODUCTION. XCIX

-corporis sui invaletudinem incurrerat, quod nunquam nec eqiio, nec cuiTu vectari posset, nec inde ulla medicorum ope aut industria convalescere. Qui riimor nedum terras ducis, sed plurimas etiam regni provincias vulgo adimplevit; ita ut etiam eum, nedum aegrotum, sed mortuum esse plures susurrarent et clanculo jactitarent. Postea tamen compertum est omnes hujuscemodi rumores inanes et veritate vacuos exstitisse. NuUa enim tum aegritudine corporis dicitur decubuisse^ sed de instaurando et colligendo exercitu, tributisque immanibus, per omnes terras ditionis suae imponendis et levandis, cogitabat. » (Basin,III, 49.)

A retenir du passage de Basin : l°que le roi a été malade et très gravement en janvier-mars i479, — affirmation prouvée par : a. les dépêches des ambassadeurs, 6. les quittances des médecins, c. les rumeurs qui ont couru sur sa mort.

2° Que cette maladie a été mystérieuse et (comme en 1473 à Amboise) le roi s'est CMiistré et claquemuré, /JOMr caclier ses voluptés, dit Basin. Laissant de côté les interprétations malveillantes de l'émigré, reste le fait subit de la claustration. Le fait est-il plus vrai que l'appréciation? Oui, puisque la quittance des chausse-trapeset les dépêches des ambassadeurs ■en témoignent. Le fait que Basin cite les sentinelles prouve que d'habitude Taccès du roi était libre

3° Que la forme de la maladie était l'état nerveux, puisque incapacité de supporter le mouvement, le cheval comme la voiture (non suspendue). D'où chariot branlant (cf. ci-dessus, p. LXXVI).

A." Que le lendemain de sa guérison, comme cela arrive toujours chez les émigrés (découragement de l'émigré), ceux-là mômes qui annonçaient sa mort commencent à déclarer qu'il n'avait jamais été malade (ce qui est contredit par les ambassadeurs).

Non seulement cette maladie de l'hiver 1478-1479 fut si grave que d'elle datent toutes les folies, mais qu'elle explique comment en 1480 Edouard peut dire à Maximilien que le roi est perdu (avant l'attaque) et n'en a pas pour deux ans' (avant

1. Lenglet-Dufresnoy (éd. Commines), 111,616 : u Août 1480. Conseil du Roy cF Angleterre au Duc cVAutrictie, de faire une tresve de deux ans avec le Uoy Louis XI, en attendant la mort de ce Roij qui paroissoit certaine.

C PATHOLOGIE HISTORIQUE

même que Commynes nous soufile mot de l'état du roi) et que Garlo Visconti parlant de Louis XI s'exprime ainsi : a comme tous les vieillards qui touchent à leur déclin » (voir ci-dessus, p. XCVII) — il n'avait que cinquante-neuf ans.

Durant cet hiver 1478-1479 la messe de saint Claude est célébrée « chacun Jour » des mois : octobre, décembre, janvier, février et mars « à l'intention et dévocion » du roi, ce qui nous confirme la forme convulsive de la maladie du roi.

« Au Roy 4 1. 5 s. 3 d. qu'il a fait bailler à frère Pierre Gervais prestre pour avoir célébré chacun jour dudit mois d'octobre [1478] à la dévocion dudit seigneur la messe de Monseigneur Saint Claude. » (Arch. nat., Comptes de KK. 66, fol. 6. Octobre 1478.)

« Audit seigneur 4 1. 5 s. 3 d. qu'il a fait délivrer à frère Gervais Thiebault pour avoir dit et célébré chacunjour dudit mois de décembre [1478] à l'intention et dévocion dudit seigneur la messe de Monseigneur Saint Claude.» (Id. ibid. fol. 9. Décembre 1478.)

« Audit seigneur 4 1. 5 s. 3 d. qu'il fist bailler à messire Gervais Thiebault prestre pour avoir dit et célébré durant ledit mois de janvier [1479] et chacun jour d'icelluy une messe, à l'intention et devo cion dudit seigneur, de Saint Claude. » (Id. ihid. fol. 10. Janvier 1479.)

« Audit seigneur 77 s. qu'il a fait délivrer à frère Pierre Gervais prestre pour avoir célébré chacun jour dudit mois de février [1479] à l'intention dudit seigneur la messe de Monseigneur Saint Claude. » (Id. ihid. fol. 12. Février 1479.)

« Audit seigneur 4 1. S s. 4 d. qu'il a fait bailler et délivrer à frère Pierre Gervais religieux de l'ordre Saint Benoist pour avoir dict et célébré pour chacun jour dudit mois de mars [1479] à l'intention et dévocion dudit seigneur la messe de Monseigneur Saint Claude. » (Id. ihid. fol. 13. Mars 1479.)

A la date de janvier 1478 [1479] quittance d'un don fait à saint Florentin (Bibl. Nat. FF. 2904, fol. 7). Saint Florentin était invoqué dans les troubles mentaux (Broc de Segange, II, 379). En 1479 don à saint Jean-Baptiste : « pour certain tabernacle d'argent doré pour couvrir la chasse où repose le chef ]Monseigneur saint Jean-Baptiste, à Amiens, en l'église x\ostre-Dame500hv.))(Bibl. Nat. Gaignières 772^ f. fr. 20685). Rappelons le nom de mal saint Jean donné à l'épilepsie.

Les mots écrits en marge d'un manuscrit de Rhazcs nous ont appris qu'à la date du 13 septembre 1478, le remède {anisl cimini satureie) contre les ventosités fortes était ordonné au roi (voir ci-dessus, p. XXXI).

INTRODUCTION. CI

Avicenne, Canon, l. III, tr. 4, cap. xxviii (t. I, p. 848, col. 2) : « Retcntio ventositatis quandoque perducit ad hydropisim. Et quandoque générât tenebrositatem visus, et vertiginem, et epilepsiam, et facit accidere spasmiim. »

L'achat des vingt-deux chapeaux de l'hiver 1478-1479 prouve la congestion subite du roi. En automne 1478 l'achat de chapeaux est encore normal :

« 13 octobre 1478. A Jehan Quants 32 s. 2 d. — pour ung chappeau que ledit seigneur a fait prendre et achecter de luy. n (Comptes de Tannée, oct. 1477-oct. 1478. Arch. nat. KK, ôi, P 24.)

C'est de cette maladie que date une série d'actes que nous considérons comme l'explosion de la mégalomanie.

Le roi achète d'un seul coup vingt-deux chapeaux, payés à peu près 700 francs actuels par chapeau, lui si avare, — contraste avec son vieux chapeau d'autrefois '. De même, achat de robes fourrées, et il en distribuait à tous-. Ces achats exagérés indiquent de plus la collectiomanie.

Dons excessifs aux saints. Tous ces faits font présager l'aliénation totale du domaine.

Cette mégalomanie est confirmée par une preuve d'autant plus capitale qu'elle émane de juristes, tout à fait ignorants en médecine : c'est l'opposition aux dons du domaine, datant de 1478, que nous trouA^ons dans le précieux manuscrit du British Muséum (Egerton, 1668, fol. 299) : Oppositions des advocats et procureurs généraux aux dons immenses du domaine (14n8-USS)\

La date initiale de 1478 est d'un prix inestimable.

1. (( Nostre roy se habilloit fort court, et si mal que pis ne pouvoil, et assez mauvais drap aucunes fois, et portoit ung mauvais chappeau, différent des aultres, et ung imaige de plomb dessus. » (Commynes, éd. Dupont, I, 166.)

2. « Il se vestoit richement, ce que jamais n'avoit accouslumé paravant ; et ne portoit que robbes de satin cramoisy fourrées de bonnes martres ; et endonnoit à ceux qu'il vouloit, sans demander ; car nul neluy eust osé demander, ni parler de riens. » (Commvnes, éd. Dupont, II, 232.)

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