Voir ci-après, l'appendice à cet Exemple, p. CV
cil PATHOLOGIE HISTORIQUE.
1480. Les dépêches des ambassadeurs et les comptes nous donnent la preuve que le roi s'est encore séquestré en cette année 1480, à laquelle Gaguin place l'épilepsie :
« Sa Majesté se tient tellement séquestrée et enfermée qu'on ne peut la voir que lorsqu'elle y consent ; et il est si difficile de lui parler, qu'en vérité il y a à désespérer de traiter aucune affaire. Il faut mener les choses avec adresse. Nous employeronsde notre côté toute la diligence possible, et de tout ce que nous saurons, nous informerons Vos Excellences, auxquelles nous nous recommandons humblement. »
Paris, 5 juin 1480. Jean André Cagnola.
(Dépêche de l'ambassadeur milanais J. André Cagnola, Paris, 5 juin 1480. Kervyn, 111, 83.)
« Le deuxième jour après la réception de ces lettres, nous sommes partis d'ici et nous nous sommes arrêtés à sept lieues de la résidence du roi, parce qu'elle est dans un lieu sauvage, où il ne nous était pas possible de trouver des logements, et parce que Sa Majesté ne veut pas que personne s'y rende sans qu'elle le sache. Dès que nous nous fûmes ainsi rapprochés de sa résidence, nous envoyâmes immédiatement un courrier, et nous écrivîmes à Sa Majesté et etiam à notre monseigneur d'Argenton qui se trouve près du roi, que nous avions à conférer avec Sa Majesté de choses importantes et que nous la priions de nous donner audience. »
(Dépêche de l'ambassadeur milanais J. André Cagnola, Paris, 5 juin 1480. Kervyn, III, 81.)
(( A Jehan le Créant, demourant à Boutigny, et Daniel Lebart — pour le fait du logeiz du roi en sa maison de Bel Esbat, durant le
mois de may (1480) Pour ung paliz de boys de xl toises de long,
que ledit seigneur a fait faire et mectre alentour de ladicte maison. Pour cecy 84 1. 5 d. » (Arch. nat., KK, 64, fol. 59.)
<c A Maistre Pierre le Saige 51s. 10 d. — pour avoir... clotz de boys [ladite maison de la Mothe d'Esgry] à l'en tour des fossés. 28 juillet 1480. » (Arch. nat., KK, 64, fol. 74.)
Courier depesché par Louis XI à un médecin à Rlieims [1480] : u En la présence de moy Jehan Dumoulins, clerc notaire et secrétaire du Roy nostre sire... a confessé avoir eu», t reçue de maistre
Denis Bidaut, la somme de 8 1. 5 s partant de Tours, allant à
Reims devers maistre Girard Cochet, médecin touchant aucuns
ses affaire.. » (Pièce mutilée. Bibl. nat. Portef. Fontan. 140-141.)
Le roi continue à s'entourer de précautions pour rendre son accès de plus en plus difficile :
« Monsieur du Plessys, Le général du Languedoc nous fournira les 850 escuz d'or j)our le ])csant d'argent du veu de Monsieur le Daul-
INTRODUCTION. CI II
phin et aussy vous baillera deux mil escuz pour faire une tour céans en la maison du Plessys du Parc ou lieu où je vous ai montré. Je vueil qu'elle soit voustée par bas, et un^ estag-e dessus et non [)lus, et bon foussé devers la court car ceux du cousté du Parc sont bons, et ne les fauldra que approfondir.
Escript au Plessys du Parc, le 2K' jour de février (1481).
Loys. )) (Bibl. nat., f. fr. 20427, fol. 74.)
La médecine médiévale recommandait le bain de vapeur dans les convulsions. Henri de Mondeville, Chirurgie^ éd. Pagel, Berlin 1892, Tract. II, Doctr. I, cap. xi, p. 262 : « circa curam spasmi de repletione conferunt... stupha. »
De même Guy de Chauliac, La grande chirurgie (éd. Nicaise, 1890), troisième Traité, Doctr. I. cIi. i, p. 219 : « La curation et préservation de la convulsion seiche est mauvaise, comme dit Avicenne: toutes fois la plus convenable curation est le baing.... )> — Id. ibid. p. 220. « Les estuves et parfums secs... sont profitables à cette convulsion. » — Id. ibid. p. 220, note 2. (( Stupliae et sufTumigationes siccae. »
Les pièces d'archives témoignent que Louis XI usait de bains fréquents ^ Était-ce pour ses convulsions, ou bien
1. British Muséum. Mss. Egerton, 883, fo 44 : « A Jehan le Nonnant, varlet de fourrière dudit seigneur, pour avoir fait faire deux estuves en deux traversins de boys, pour les avoir ferrez... (11 mars 1481). »
Arch. nat., KK, 64, f" 131 v° : « A Macé Pignet, tonnelier 22 s. 6 d. — pour avoir habillé et nectoyé les cuves à baigner ledit seigneur (13 avril 1481). »
Id. ibid. 64, f^ 122 : « A Loys Boutart, poeslier 50 s. — pour trois grandes poésies d arain, pour mectre en l'un des chariotz pour servir es logeiz dudit seigneur, 6 1. t. Pour deux chauderons, contenant sept seilles, pour chauffer l'eauepour le baigner, 7 1, t. Pour une bassinoelle pour bassiner le lit dudit seigneur, 30 s. t. Et pour deux bassins, pour servir ou retraict dudit seigneur (25 avril 1481). »
Id. ibid. 64, f° 136 v° : « A Loys Boutart 50 s. — pour ung grant trepié de fer à chauffer l'eaue à baigner ledit seigneur (4 septembre 1481). »
British Muséum. Mss. Egerton, 883, P 41 : <( A Jehan Blanchart, 4 1. 2 s. 6 d. — pour avoir mené sur ung cheval les deux grans estuves de boys d'icelluy seigneur durant onze jours entiers es mois de février et ledit moys de mars depuis Thouars jus({ues au Plessis du Parc (5 mars 1482). »
CIV PATHOLOGIE HISTORIQUE
pour son affection cutanée? Peut-être faut-il, en tout cas, rattachera des attaques d'épilepsie lecoquemart que l'on fait chercher en toute hâte à la Ferté-aux-Oignons. Cette hâte n'indiquerait-elle pas la convulsion ?
<( A Jehan Giebcrt 15 s. — pour avoir envoyé quérir toute nmjt le coquemart du retraict dudit seigneur depuis la Ferté aux Ongnons jusques à Court de Cheverny oii ledit Roy esloit (20 novenib. 1481). » (British Muséum, Mss. Egerton, 883, f« 20.)
Le texte suivant concerne une médication que l'ancienne médecine employait dans la faiblesse nerveuse :
« A Nicolas Rousseau, 41 s. 3 d. pour avoir esté par l'ordonnance et commandement dudit seigneur durant ledit mois de janvier oudit
Id. ibid. 883, f" 95 : <( A Jehan de Monligny 20 s. — pour deux tonneaulx que ledit seigneur a fait prendre et achecter de luy pour faire les estuves dudit seigneur (14 mars 1482). »
Id. ibid. 883, f° 50 : « A Claude Foullon 22 1. 17 s. 6 d. — pour avoir mené sur ung cheval sommier les estuves dudit seigneur pour servir en ses logeiz depuis le premier jour de février jusques au derrenier jour de mars ensuivant (4 mai 1482). »
Id. ibid. 883, f° 85 : « A François Tilhac 24 s. t. — pour avoir vacqué luy troisiesme de personnes pour avoir mené en ung petit basteau joignant cellui dudit seigneur les estuves de cuivre dudit seigneur et autres choses nécessaires pour ledit seigneur depuis Belleville (en Beaujolais) jusques à Lyon, où il a vacqué deux jours entiers (12 mai 1482). »
Id. ibid. 883, P 86 : (c A Jehan Toupon, notonnier demourant à Lyon 23 1. — pour neuf hommes qui ont mené dedans ung basteau les estuves de cuivre dudit seigneur et autres choses nécessaires pour sa personne depuis Lyon jusques à Villefranche pour deux jours entiers (14 mai 1482.) »
Id. ibid. 883, f° 56 : « A Jehan Taille 22 1. 17 s. 6 d. — pour avoir mené et conduit sur un sien cheval les estuves et une chaudière dudit seigneur depuis le premier jour d'avril jusques au derrenier jour de may ensuivant (10 juin 1482). >^
Id. ibid. 883, fo 66 : <( A Jehan Taille 11 I. 5 s. — j^our avoir conduit et mené sur ung cheval sommier deux estuves et une chaudière depuis le premier jour de juing jusques au premier jour dudit moys de juillet ensuivant (6 juill. 1482). »
Id. ibid. 883, f° 79 : « A Jehan Taille 15 1. 10 s. — pour avoir mené, porté et conduit sur ung cheval sommier les deux estuves dudit seigneur avecques une chaudière, depuis le premier jour dudit moys d'aoust jusques au premier jour de septembre ensuivant (24 sept. 1482). »
IlNTRODUCTION. CV
ail do Thouars à Angers quérir ung vie de serf et le porter audit seigneur audit Thouars (10 mars 1482j. ;; Brilish Muséum, Mss. Egerton, 883, fol, 40.)
Grasset {Maladies du système nerveux, t. II, p. 811) parle de la poudre de pénis desséché qui était préconisée dans Thystérie.
Ces quittances ont ici deux buts : 1 ° elles confirment Gaguin ; 2° mais, comme nous l'avons vu pour les hémorrhoïdes et pour les dermatoses, elles antidatent l'épilepsie.
Ainsi les chausse-trapes et les dates des quittances de pharmacie, etc., nous permettent d'affirmer que le roi avait déjà des prodromes de ces attaques bien avant 1480.
On voit combien les historiens ont eu tort de négliger ces moyens d'information où tant de data sont déjà des matériaux donnés d'avance à mettre en réserve pour la constitution de la psychologie du roi.
C'est par ces travaux d'approche, souvent stériles, souvent fructueux, qu'on peut tenter d'investir la place.
Oppositions des advocats et procureurs genéraulx aux dons immenses du domaine et autres choses faitz par le Rov Louis XI ez années 1478, 1479, 1480, 1481, 1482, 1483.
[Ce qui s'ensuit est extrait du registre secret fait par l'ordonnance de la Cour par Messire Germain Charles, notaire et secrétaire du roi et l'un des quatre notaires de ladite Cour commis à exercer le greffe civil d'icelle, pour l'absence du greffier pour estre par luy gardé à part pour servir en temps et lieu.]
Du jeudi 5 mars 1477 [1478] au conseil en la Grand Chambre où estoient M. le Boulcnger chevalier, premier président — M. de Nanterre, président — M. G. de Corbye, président — M. de Papincourt, id. — M. Boileve et M. de Vitry, conseillers.
Après que les procureurs et advocatz du Roy ont dit à la Cour que pour obvier aux dons et allienacions qui par cy devant ont esté faites et encores très souvent se font par le Roy nostre sire de son domaine ancien et autre qui luy est advenu par forfaiture et confiscation, lesquels ont esté faiz par précipitation ou aullrement; ils
CVl PATHOLOGIE HISTORIQUE.
auroient fait une opposition générale le 11'- jour de juyn 1470^, laquelle estoit enregistrée parce que lesdits dons étaient fort préjudiciables à la couronne et de périlleuse conséquence, requérant à la Cour qu'elle declarast les expéditions faites des dits dons à quelques personnes que ce fust et quy se feroient cy après estre sans préjudice de ladite opposition.
Ladite Cour a déclaré et déclare qu'elle a entendu et entend que toutes les expéditions faites par ladite Cour et qui doresnavant par elle se feront sur les dons faitz par ledit seigneur depuis son joyeux advènement à la couronne de l'allienation de son domaine tant ancien que celluy qui e&t advenu et escheu par forfaiture, enfiscacion, et pourra eschoir que aussi sur les dons qui par luy seront faitz le temps advenir, ont esté et seront sans préjudice de ladite opposition, nonobstant que lesdites expéditions faites ou à faire et les chartes qui sont faites sur icelles ou seront faictes ne le contiennent point. [British Muséum, Egerton, n° 1668, fol. 299.)